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L'Algérie emprisonne ceux qui évoquent les décisions du Comité des Droits de l’Homme de l’ONU

Rafik Belamrania est écroué pour avoir rendu publique la décision du Comité des droits de l'homme de l'ONU concernant son père, exécuté sommairement en 1995.

Rafik Belamrania a été arrêté le lendemain de la publication sur une page Facebook locale des constatations du Comité des droits de l'homme de l'ONU condamnant l'Etat algérien dans l'affaire de l'exécution sommaire de son père en 1995.

L'information concernant la décision du Comité de l’ONU a été postée sur le réseau social le 14 février. Trois jours plus tard, le 17 février, Rafik Belamrania a reçu une convocation écrite de la police d'El Kennar (wilaya de Jijel) qui comportait également les initiales de la brigade de lutte contre la cybercriminalité du commissariat de Jijel. Il s'est rendu au commissariat central de Jijel le 20 février et a été placé en garde à vue. Le parquet de Taher a émis un mandat de perquisition et son domicile a été fouillé. Traduit devant le procureur du tribunal de Jijel et le juge d'instruction le 22 février, Rafik Belamrania a été placé sous mandat de dépôt pour « apologie du terrorisme ».

Ces dernières années, des dissidents et opposants au gouvernement ou considérés comme tels sont souvent poursuivis en référence à l’article 87 bis 4 du Code pénal qui définit l’« apologie du terrorisme ». La criminalisation de l’expression publique autour des exécutions extra-judiciaires est un moyen de bâillonner celles et ceux qui souhaitent faire la lumière sur les dépassements et atrocités commis par des forces de sécurité. Il suffit que des parents de victimes ou des militants interviennent sur les réseaux sociaux pour que cette accusation soit portée.

Exécution extra-judiciaire

Rafik Belamrania, qui est également membre de l'association Mich’al des Enfants de Disparus de Jijel, a soumis le 9 mai 2012 une communication au Comité des droits de l'homme au nom de son père, Mohamed Belamrania, agriculteur de 44 ans et père de 10 enfants, domicilié à El Kennar dans la wilaya de Jijel. Le 13 juillet 1995 dans la soirée, l'armée effectuait dans le village une opération de grande envergure. De nombreux militants et sympathisants du Front Islamique du Salut (FIS) ont été arbitrairement arrêtés. Vers 21h30, une trentaine de militaires appartenant au Cinquième bataillon des parachutistes de l’ANP ont fait irruption à son domicile et ont emmené Mohamed Belamrania à bord de son propre véhicule vers une caserne militaire aménagée dans un centre commercial au centre du village d'El Kennar.

Le lendemain, les hommes détenus dans le centre commercial, parmi lesquels figurait Mohamed Belamrania, ont été emmenés vers une destination inconnue. Trois d'entre eux ont été libérés quelques jours plus tard et ont informé la famille qu'ils avaient été détenus à la caserne d’El Milia situé à une cinquantaine de kilomètres du village.

Le 24 juillet, des cadavres ont été jetés par les parachutistes au bord de la route du lieu-dit Tenfdour près d'El Milia. Quand son frère l'a appris, il s'y est rendu et a identifié Mohamed Belamrania. Il avait les mains liées derrière le dos avec du fil de fer et son corps, criblé de balles, portait des traces visibles de tortures.

Les cadavres ont été enlevés par la police mais les familles ne pouvaient les récupérer que si elles payaient 120 000 dinars et signaient une déclaration attestant que la victime « faisait partie d’un groupe terroriste ».

Déni de droit et cynisme

La famille a déposé une plainte pénale devant le procureur de la République d’El Milia et durant des années, elle a effectué de nombreuses démarches afin qu'une enquête soit diligentée, en vain. En désespoir de cause, les parents de la victime se sont adressés alors au Comité des droits de l'homme dans le but qu'il intervienne auprès des autorités algériennes. Le Comité des Nations-Unies demande qu'une enquête soit menée, que les responsables soient poursuivis et que la famille soit indemnisée.

L'Etat algérien n'a à ce jour jamais fait suite aux recommandations du Comité des droits de l'Homme qui s'est adressé à lui en particulier pour des dizaines de cas de disparitions forcées. Il les a tout simplement ignorées.

Rafik Belamrania est victime d'une détention arbitraire du seul fait d'avoir exercé son droit à la vérité et à la justice. Le déni de droit infligé à un citoyen qui voudrait que la lumière soit faite sur les circonstances et les responsabilités du meurtre de son père est inadmissible. Cet état de fait est une illustration supplémentaire d’une justice algérienne asservie. Algeria-Watch, qui s’associe à tous les militants des Droits Humains et à ceux qui activent pour l’Etat de Droit en Algérie, exige que Rafik Belamrania soit libéré immédiatement.

Source: 
Algeria-Watch, 1er mars 2017
Date: 
2017-12-02
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