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Calendrier amazigh - Calendrier berbère

En terre amazighe d'Afrique du Nord, subsiste un calendrier agricole immuable issu des traditions astronomiques savantes et des savoirs autochtones.

Ce calendrier correspond aux cycles et rythme des saisons, le rapport qu'entretien l'homme avec la nature, les mythes et croyances ancestrales.

A une période précise que nous situerons à l'envahissement de la Numidie par les Arabes, les associations des lunes de ces anciens calendriers ont disparu au profit des associations des mois du calendrier agricole arabe.

De nouvelles appellations sémites (nissan, smayem...) sont venues se greffer au dépens des anciennes appellations, mises à l'écart (furar, meghres).

Le mois de janvier, appelé en tamazight yennayer - est une composition des deux mots « yan-ayour ». Yan, qui veut dire (un ou premier) et ayour (lune).

Les autres appellations de mois sont des emprunts à d'autres langues.

Jusqu'au VIème siècle, certaines régions amazighes, si ce n'est l'immense majorité, se référaient au calendrier julien.

La calendrier julien a cédé la place au calendrier grégorien en 1582. Parmi les rénovations admises, le calendrier grégorien a possédé 13 jours en plus que le calendrier julien.

Ainsi la synchronisation évènementielle entre le changement subit par le calendrier solaire en 1582 et l'invasion de la Numidie par les Arabes au VIème siècle, explique la différence des 13 jours entre le jours de l'an fêté par certaines populations ayant comme références le calendrier grégorien et d'autres populations, telles les Amazighs qui ont gardés le tableau chronologique du calendrier julien, qui a, comme on l'a cité, amputé de 13 jours.


Les rites

Dans toute communauté instituée, des règles s'imprègnent en organisation, pour célébrer un événement. Les rites célébrés à l'occasion de l'avènement du premier Jour de l'An ont acquis une grande importance.

La célébration du premier Jour de l'An « Amenzu Yennayer », en région berbère, obtint une notoriété au point où elle est qualifiée comme étant une solennité communautaire, tel Achoura.

Chez les berbères, la célébration du Jour de l'An est marquée par deux rites : sacrifice propitiatoire et le souper de l'année « Imensi useggas ». Cette tradition s'annonce comme objet à orienter une force occulte vers une action bien déterminée.

A ce sujet, H. Genevois, dans son exposé Valeur et sang, écrit : « Soit pour l'acquisition ou la confession d'une chose de particulière que l'on entreprint pour inaugurer un travail que l'on entreprend, soit pour une nouvelle étape de sa vie. »

Sacrifice propitiatoire : C'est une cérémonie événementielle dans la famille qui a comme action de vénérer la force divine. Comme le démontre un proverbe amazigh : « Win yezlan rrich demnegh-as lâich » (A qui égorge une bête à plume, je garantie sa subsistance).
Pourquoi une bête à plume ? D'après ce qui est raconté, l'immolation spécialement de la volaille est indiquée par le Tout puissant, suivant une légende. On comprend que Dieu, une fois, envoya au ciel à Sainte Marie un pigeon, pour apaiser sa faim, lors de sa retraite volontaire, pour échapper à la colère de ses frères. Cette légende a crée la tradition, que l'immolation doit être une volaille dont les vertus prophylactiques sont, particulièrement efficaces. Du moins c'est ce qui est pensé. Alors, le coq est choisi par la majorité des pratiquants des rites. Sinon, à défaut, on choisit le lapin.

Et, comme caractéristique marquant la famille kabyle (taârift), les membres composant la famille sont regroupés sous un même toit, car on peut constater jusqu'à quatre générations regroupées comme un bloc soudé ; De ce phénomène marquant, surgit l'incapacité de satisfaire par l'immolation d'un coq toute composante familiale, en cette circonstance une exception est promulguée par les Sages : « Certaines familles nombreuses... immolèrent une victime plus importante, spécialement un chevreau (aqelwach). » Le chevreau aussi, est une bête de possession de propriété prophylactique ; Cette pratique aussi, est appuyée par un asefrou : « Lwehche itekkes lwehche » (le féroce ôte la peur).

En ce qui concerne les démunis, qui vivent le manque, on prépare une soupe, conçues par des légumes secs appelés (Irelman ou uftiyen). Ce plat représente une valeur pour exorciser les influences malfaisantes. et rendre la cérémonie plus complète. A ce sujet un asefrou dit : « Chyadh itsqabal achayadh » (le rôti, affronte les maladies).

A cela s'ajoute la préparation des beignets (lesfendj, tihbal, lekhfaf) ou de crêpes (aheddour, tughrifin, achebbadh). Comme c'est remarqué, sur les appellations données aux plats, la différence existe en nom d'une région à une autre. Sinon le procédé en fabrication est similaire. A Taguemmount Azouz, à la préparation de Aheddour, on choisit une crêpe qu'on perce autant de fois qu'il y'a de mois. Une fois la crêpe est mise au feu, on attend d'où surgira la vapeur pour qualifier ce mois - auquel correspond le trou - de pluvieux. A Djemaa Saharidj, les beignets (lesfendj) sont réservés au lendemain, pour être consommé.

Le souper de l'année : Le souper de l'année, est un signe qui fait appel à l'abondance alimentaire. Il est inconvenant pour une ou l'autre famille de montrer des signes d'aisance, tout le monde doit être sur le même pied d'égalité que son prochain.
Imensi useggas, est fondamentalement un repas de fête. Dans certaines régions on arrive même à fabriquer et à garder de côté une part, destinées spécialement aux filles mariées et à la leur porter. Comme il existe aussi dans d'autres endroits que la femme et l'homme se réunissent autour du même plat, une exception qui surgit uniquement au cours de Imensi useggas.

Le plat en cette occasion est le couscous arrosé de légumes secs et de viandes. A Taourirt Menguellat, on destine une pensée à tout le monde, même aux absents ; on dispose des cuillères autour du plat, aux présent comme aux absents. Et le plat (aqhih) ne doit pas être ni vidé ni nettoyé jusqu'au lendemain. Ce geste relève du fait que tout le monde doit profiter jusqu'à la fourmi. Tandis que à Ighil Ali, on y consomme le couscous de peur de l'envahissement des réserves de grains par les insectes et les fourmis.

Pour caractériser l'ambiance, des rites de prophylaxie corporelle sont organisées. A Djemaa Saharidj, Taourirt Mimoun... On applique sur les sourcils de genêt (timmi s tmetti n uzezzu). Ce rite est pratiqué pour renforcer la vue. Comme l'explique aussi E.Westermark dans son livre Survivances païennes dans la civilisation mahométane : « Quand approche la nuit, on fait un lion. Deux hommes ; placés l'un devant l'autre...Les jeunes gens cherchent un tellis dont ils revêtent et qu'ils fixent à l'aide de tresse d'alfa... alors l'individu, placé devant, se met à rugir dans un mortier qu'il tient à la main. La marmaille emmène le lion dans des maisons et dans les tentes où il effraye les petits enfants. Les jeunes gens disent aux habitants 'donnez-nous pour le dîner du lion'. On leur donne des figues sèches et des beignets. »
A Khemis ; près de Tlemcen, comme a Djemaa Saharidj, le carnaval y trouve une place importante aussi. Des enfants se promènent dans les rues, en portant une tenue vestimentaire conçue spécialement en cette occasion, et un masque fabriqué à base de citrouille. Le chef du groupe est appelé Bou âfif, qui a valeur de père noël, muni d'un tambour frappe dessus en quémandant, et tout en répétant la phrase d'usage. Le ramassage des dons est l'affaire des enfants.

Il n'y a mieux, pour terminer cet article qu'un passage extrait du Fichier berbère, cité par H.Genevois : « Laisser un peu de nourriture dans le plat... désire-t-on ne pas briser le cours de l'abondance si bien commencée ? »


Les origines mythiques

L'histoire des Berbères remonte à 10 000 ans avant Jésus Christ. Ce n'est pourtant qu'au temps de l'Egypte ancienne que sera fixé l'an zéro du calendrier berbère. Il correspond à la date où le roi Chacnaq 1er (Sheshonq) fût intrônisé pharaon d'Egypte. Ce roi berbère avait réussit à unifier l'Egypte pour ensuite envahir la Palestine. On dit de lui qu'il s'empara des trésors du temple de Salomon à Jérusalem. Cette date est mentionnée dans la Bible et constitue par là-même, la première date de l'histoire berbère sur un support écrit.

Les travaux des paléontologues et historiens démontrent sans équivoque que les Berbères étaient présents en Egypte depuis sa constitution. Nous retrouverons ensuite des inscriptions lybiques sur la pierre de rosette. Des tifinaghs récents qui remontent au moins au Ve siècle avant notre ère, date du mausolée d'Abelessa. Les Imazighen Mashaouash, Libous orientaux de Cyrénaïque étaient en contact direct avec les l'Egypte ancienne. En 1200 avant J.C. la civilisation libyque avait même boulerversé l'équilibre de la Méditerranée orientale en envahissant l'Egypte. C'est à cette époque que le Berbères inventèrent une roue inconnue jusqu'alors et apprennaient aux Grecs à atteler quatre chevaux.

A la fin de la XXIème dynastie égyptienne, Sheshonk (Chachnaq 1er), grand chef militaire des Mashaouash, obtint du Pharaon Siamon, dont l'armée était en grande partie composée d'Imazighen, l'autorisation d'organiser un culte funeraire pour son pére Namart, un privilège exceptionnel.

A la mort de Psossenes II en 950 av. JC qui avait succédé à Siamon, Sheshonk s'attribua la dignité royale et fonda la XXIIème Dynastie qu'il ligitima en mariant son fils, Osorkon, la fille de Psoussens II, la princesse Makare et installa un autre de ses fils comme grand pretre d'Amon Thbes.

Sheshonk établit sa capital Boubastis, installa les hommes de sa tribue dans des terres du delta du Nil et leur constitua des fiefs.
Une nouvelle féodalité prit pied en Egypte. L'an zéro amazigh se refère donc à cette date historique de 950 av. JC ou Sheshonk fut monté sur le trône et fonda la XXIIème Dynastie.
Les Imazighen fêtent aussi la nouvelle année qui correspond au 1er jour du mois Yennayer, soit le premier jour du calendrier julien. Le calendrier actuel est le calendrier grégorien.

 

Les mois du calendrier berbère

FrançaisLatinKabyle
JanvierJanuariusYennayer, Nnayer
FévrierFebruariusFurar
MarsMartiusMeghres
AvrilAprilisYebrir, Brir
MaiMaïusMayyu, Maggu
JuinJuniusYunyu, Yulyu
JuilletJuliusYulyuz
AoûtAugustusGhucht
SeptembreSeptemberChtember
OctobreOctoberTuber, Ktober
NovembreNovemberNwamber, Wamber
DécembreDecemberDjember, Dudjember

Les saisons

Printempsfafsut14 furar28 février
Etéawil ou anebdu17 maggu29 mai
Automneamiwan18 ghucht30 août
Hivertagrest17 nwamber29 novembre

Les périodes et fêtes agraires

Iwedjiven (les devoirs)

27 octobre

Démarrage de l’année agraire. Premier labour symbolique, rite propitiatoire de fertilité de la terre.

Lahlel n’ tyerza (labours licites)

25 jours Du 27 /10 au 21/11

Labours, semailles et dressage des taureaux. Nettoyage des oliveraies

Iqechachen n’ tyerza (la chute des feuilles)

7 jours - Du 22/11 au 29/11

Dernière semaine des labours, ramassage des olives qui tombent seules (ahlaladh).

Taggourt n’ tegrest (La porte de l’hiver)

29 novembre.

Premier jour de l’hiver.

Iqechachen n’ tegrest. (Les dernieres feuilles qui tombent)

7 jours Du 30/11 au 6/12

Entrée de l’hiver. Interdiction d’entrer dans les oliveraies (période improductive)

Timechret ou zemmour, ou Tamouqint (La fête des olives)

Date fixée par tajmaât.

Fête villageoise avec sacrifice d’animaux, démarrage de la cueillette des olives après Iqechachen.

Oussan u zemmour (jours de cueillette)

18 jours - du 7 au 24 décembre.

Tiwizi, entraide dans la cueillette des olives Ouverture des huileries.

Azounzo : (Rituel d’ouverture des moulins)

goûter rituel de l’huile nouvelle.

Tughalin n’ tafukt (Solstice d’hiver)

21 décembre.

Issemaden iverkanen (Journées noires et glaciales)

20 jours - Du 25 décembre au 13 janvier.

Poursuite de la cueillette des olives. Labours d’hiver.

Imensi n’ yennayer (repas du réveillon)

Veillée du 12 janvier.

Fête familiale, rite sacrificiel, rite de passage, réjouissances, exubérance.

Amenzou n yennayer Jour de l’an amazigh

ouverture de la nouvelle année, travaux domestiques importants (nettoyage,…) coincide avec le 13 janvier

Issemaden imellalen (journées blanches et froides) 20 jours

Du 14 jan au 2 février.

Poursuite de la récolte des olives.

Lâazla (La quarantaine)

3 jours - Du 3 au 5 février.

Interdiction d’entrer dans les oliveraies

Mirghan (Mirghou) (Brulures du gel)

7 jours Du 6 au 12 février.

Gelées, précaution pour les récoltes. Feux et fumigations dans les champs

Aretal (La journée d’emprunt)

13 février

Fourar aurait prêté un jour à Yennayer.

Mighnan (les jours des oiseaux)

7 jours Du 14 au 20 février.

Période de la taille des oliviers.

Iâazriyen (les journées folles)

7 jours Du 21 au 27 février

Dernière semaine de trituration des olives. Fermeture des huileries.

Amenzou n’ tefsout (aderyis) (Premier jour de printemps)

28 février

Rituel d’accueil du printemps, procession et repas champêtres. Rituel de fertilité féminine (Les jeunes filles se roulent dans l’herbe)

Tizegaghine (Les journées rouges)

10 jours - Du 28 février au 9 mars

Nettoyage des oliveraies, taille et élagage Travail de la laine, tissage des couvertures

Timgharine (Les vieilles capricieuses)

7 jours - Du 10 au 16 mars

Travaux dans les oliveraies, épierrage, irrigation. Derniers jours de taille.

Ledjwareh (Les blessures)

7 jours - Du 17 au 22 mars

Floraison des arbres fruitiers

Swaleh (la nouaison)

7 jours - Du 23 au 30 mars

Nouaison des fruits.

Imheznen (les jours tristes)

7 jours - Du 31 mars au 6 avril.

Les 7 jours tristes.

Aheggan Iharriyen (Le ciel bouché)

17 jours - Du 7 au 13 avril

Période de froid sec.

Aheggan n’ waklanle (ciel bouché)

27 jours - Du 14 au 20 avril.

Radoucissement du climat, greffage des oléastres. Préparatifs du jardin d’été.

Tiftirine (les cycles)

7 jours - Du 21 avril au 2 mai.

Rituel de la fécondité, poursuite de la greffe.

Nissan ighelten (Les pluies bienfaitrices)

7 jours - Du 3 au 9 mai

Anzar, rituel d’appel de la pluie en cas de sécheresse. Processions et carnavals .

Nissan oushilen (Les pluies chaudes)

7 jours - Du 10 au 16 mai.

Récupération des eaux des pluies bienfaitrices.

Izegzawen (les journees vertes)

7 jours - Du 17 au 23 mai

Formation des épis dans les céréales.

Iwraghen (les journées jaunes)

7 jours - Du 24 au 30 mai

Fenaison, Labour de printemps.

Aqliv n’ tyerza (les derniers labours)

27 jours - Tout le mois de mai.

Labours de printemps dans les oliveraies, enfouissement des fumiers et des engrais verts.

Taggourt u nevdou (la porte de l’été)

30 mai

Premier jour d’été.

Imellalen (les journées blanches )

7 jours - Du 31 mai au 6 juin

Période des foins.

Iqurranen (les journées sèches)

7 jours - Du 7 au 13 juin.

Formation du fruit dans les oliviers

Tamegra (les moissons)

23 jours - Du 14 juin au 6 juillet.

Moisson de l’orge.

Lâinsla (solstice d’été)

7 juillet

Solstice d’été, fête des moissons. Fumigations des oliviers et autres arbres fruitiers

Tamouqint (le pacte)

10 jours - Du 7 au 16 juillet.

Interdiction de toucher aux figues.

Afsay n’ tmouqint (fin du pacte)

17 juillet.

Levée de l’interdiction. Fête de la figue.

Assarwet (le battage)
Tout le mois de juillet.

Battage du blé.

Smayem u nevdu (canicule)

36 jours - Du 25 juillet au 29 août. Période de canicule.

Amewwan, Lekhrif (la porte de l’automne)

30 août. Entrée de l’automne.

Smayem n’ Lekhrif (tirza)( Les visites) 4 jours

Du 30 août au 4 septembre.

Visites familiales.

Teyab erremane (Le temps des grenades)

26 jours - Du 5 au 30 septembre.

Mûrissement des grenades

Azvar (Le debrousaillement)

26 jours - Du 1 au 26 octobre.

Débroussaillement des oliveraies, préparation de la récolte des olives.

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