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Paris - Alger - Boudjellill et le président de la France

Le renouvellement de la chambre haute algérienne (sénat) est le dernier tour avant la fermeture de la mangeoire électorale et l’emmaillotage final du pouvoir législatif algérien par des élections illégales et illégitimes pour cause du caractère bâtard de sa constitution.
Boudjellil (Vujlil) est un village de Kabylie, chef-lieu de commune de même nom et situé à l’extrémité sud-ouest du département de Bejaia (Algérie). Les élections communales et départementales de ce 23 novembre 2017 ont été empêchées par quelques-uns de ses résidents.

Vujlil, un village de paix

La France a été le maitre d’ouvrage de la première école primaire entrée en service vers 1892-93. Par la finesse et l’intelligence de son défunt maire Mohand Salah Alilat, il a bénéficié très tôt de l’alimentation en électricité, celle en eau potable est venue après. À Vujlil, les locaux de son université islamique qui a eu pour étudiant l’artiste Chérif Kheddam (1927, 2012) sont intacts.

Le village a payé son tribut pour la libération du pays et a donné son déporté en Nouvelle-Calédonie ; un de ses natifs, engagé volontaire pour la libération de la Palestine, a assuré la protection de Yasser Arafat (1929, 2004), chef de son Organisation de libération, l’OLP.
Comme le Mémorial des martyrs à Alger ou la Tombe du soldat inconnu à Paris, Vuljil a son symbole dédié à l’inconnu : Si Ahmed Swari. Non documentée, l’histoire orale dit qu’il s’agit de celle d’un déserteur de l’armée russe durant la Seconde guerre mondiale qui s’est retrouvé salarié à la gare des chemins de fer de Béni Mancour, un village voisin. À son décès, il a été enterré à Si Ahmed Swari, un lieu-dit à l’entrée de Vujlil.

Jusqu’à la mi-années (19)80, en plus des différentes administrations qui étaient en retrait, Vujlil a fonctionné sous l’autorité morale d’un groupe de Sages qui a géré les communaux, les contrats de mariage et divorce, le règlement des dimes à payer aux familles des victimes des accidents de la route causés par les conducteurs locaux sans passer par les tribunaux, les accès vicinaux et routiers, le partage de propriétés entre les membres de fratries, les chapardages, la distribution de l’eau pour l’irrigation et autres situations conflictuelles ou non, coopératives ou non-coopératives.

Le groupe de Sages a défini par la pratique empirique sociologique, les enseignements islamiques et recommandations du Prophète Muhammed, la Sunna, un corpus de règles à surprendre les Nobel en économie Elinor Ostrom, George Akerlof, Joseph Stiglitz, Daniel Kanheman et John Nash Junior. Vujlil a ses artistes, son équipe de football et son groupe de chasseurs. Ce dernier s’est imposé et a imposé des règles de pratique de première classe.

Durant les années 1980, en local, comme dans les villages enclavés, peu de Boudjelliliens ont été actifs dans la question amazighe. La revendication étant concentrée dans les grandes villes universitaires comme Tizi-Ouzou, Alger, Sétif et Constantine, les actifs étaient noyés dans la masse. Sans production de littérature de la part de ces universitaires actuellement retraités ou en voie de l’être, ils demeureront inconnus et c’est l’histoire qui recevra un autre coup de sabot.

Vujlil a vécu les affres du terrorisme armé. Des familles ont été agressées, des foyers ont été violés, des armes ont été prises de force. C’est un groupe de villageois y compris des universitaires qui a organisé et assuré sa protection nocturne. Ath Vujlil ou les Boudjelliliens ont participé activement dans les manifestations violentes d’Avril 2001 à 2003 durant lesquels un jeune homme d’Ath Ouihdane, un village de la commune, a été abattu par balle à Akbou. À Vujlil, un mémorable conclave y a été organisé.

Avec ses électrons libres et toutes sortes de modèles de comportements, la population de Vujlil, avec ses Subsahariens et migrants internes, est pacifique. Dans une croissance démographique négative, la commune est demandeuse d’investissements impossibles à financer ni par l’épargne publique nationale, ni par la privée locale. Les Boudjelliliens expatriés en France majoritairement et en Amérique du Nord minoritairement, les ententes interétatiques entre la France et l’Algérie sur les transferts des diverses pensions de retraite ou viagères ainsi que d’autres volumes financiers rendent difficile l’appréciation de la pauvreté dans le village. Des transferts -  des fuites -, de capitaux s’opèrent dans l’autre sens : les locaux qui versent en monnaie locale les montants en euro qu’ils achètent et déposent dans des comptes bancaires en France.  

Dans un équivalent de Big-Push financier fait d’aides à la construction, à l’emploi des jeunes et au développement agricole qui a engendré une catastrophe dans le patrimoine génétique des plantes, des richesses sont visibles ; les demande et offre agrégées les ayant engendrées ont déclenché une spirale inflationniste difficile à arrêter. Actuellement, la région comme toute l’Algérie, encaisse l’effet boomerang de ces politiques publiques populistes qui ont porté ces instruments économiques imposés de l’Extérieur, mis en œuvre sans étude et jamais évalués : le chômage associé à la rigidité des salaires et l’absence de désinflation commencent à rendre la vie difficile. Cette situation est devenue favorable aux migrants subsahariens, marocains et syriens. Si la nature bienveillante et pacifique des Boudjelliliens réduira les conséquences négatives de ces effets ; ailleurs, elles seront la cause de violences sociales.

Dans un projet intensif en capital financier devenu un gouffre sans fond avec la corruption qui l’a accompagné, le lancement la bretelle express (autoroute) qui relie l’autoroute Est-Ouest à Béjaia et son port a rencontré une forte résistance des propriétaires terriens. Avec le marteau de la violence de l’État et l’attrait des dédommagements financiers qu’ils ont obtenus, sans mesures correctives immédiates des externalités négatives, la détérioration de la nature et de la qualité de vie dans cette région enclavée, augure une hécatombe sanitaire.
Causé par le tarissement des sources naturelles d’eau qui a engendré l’abandon de la petite agriculture vivrière, les incendies de forêts à répétition, la désertification accélérée, les industries extractives et la transformation de l’asséchée rivière Oued Sahel en décharge publique non contrôlée, toute la commune de Vujlil est dans un désastre environnemental et écologique.

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Boudjellil
Boudjellil

Vujlil, les jeux, l’information parfaite, l’information complète et les équilibres, la France et l’Algérie

Au Mexique, une variante du jeu aux dominos se fait avec 91 pièces avec un double neuf. Vujlil est célèbre pour ses équipes à 4 dans ce jeu limité à 28 pièces. À Vujlil, les femmes ne jouent pas au domino dans les cafés maures.  
Par l’ambiance qu’il crée autour de lui, Dda Bezza, un retraité de Sonatrach, la compagnie nourricière des Algériens, la vache à lait des occidentaux, est très célèbre dans ce jeu. S’il y est pris, il s’en passera de la prière si le muezzin en fait l’appel. En criant, il annonce une pièce et joue une autre. Aissa et Mourad sont réputés être des devins des pièces des autres alors que Amirouche et Arezki le sont pour la triche. À Vujlil, ce jeu a aussi ses nullards qui en s’y essayent, ils prennent la tannée.

Dans ce jeu, une paire de Boudjelliliens est quasiment imbattable

Classiquement pratiqué à Vujlil, après le dépôt sur la table d’au maximum 8 pièces, le jeu aux dominos passe rapidement d’un jeu simultané à information complète à un jeu séquentiel stratégique à information parfaite.
Le gérant d’un café maure en retrait du centre de Vujlil a exigé qu’il soit appelé le Directeur. En fin de journée, son établissement est plein à craquer. Boubkeur surnommé Bob qui a visité les USA est connu pour son respect d’autrui, courtoisie et gentillesse. C’est un cartésien aux dominos. L’Hacène personnifie la naiveté dans son sens noble et la bravoure. C’est un ancien immigré accroc aux jeux. Ils forment la paire la plus délicieuse à voir dans des parties qui sont par quintessence, un jeu d’alliance. Quand L’Hacène dévie, ce qui arrive souvent parce que sa logique est floue, Bob bave et crie à l’entendre 1 km à la ronde. Cherif et Waqqi forment l’autre paire célèbre dans le village. Si Cherif est excellent dans ce jeu, Waqqi l’est pour son approximation qui fait de lui un joueur plus proche du faible que du moyen. En s’imposant la contrainte de gagner par tous les moyens et en jouant contre la paire formée de Bob et L’Hacène, le café devient une foire. Pour cette fin, ils ont défini des règles de collusion. La première est de compter le nombre de fois qu’un double six, double cinq ou double quatre sont tués chez les adversaires. Même s’ils perdent aux points, avec cette règle, ils peuvent « moralement » gagner. La deuxième est de choisir la stratégie : Juventus (équipe de soccer de Turin, Italie) pour Juste parce que la première lettre est J ou Fiorentina, une autre équipe italienne de soccer, pour Faux par sa première lettre ; à chaque stratégie, des codes de communication sont ajoutés. Exemple : Si Cherif demande un Six en stratégie Fiorentina (Faux), si Waqqi répond par « Ne t’inquiète pas » (Ahya Ammi), cela signifie qu’il faut continuer pour massacrer Double six qui est chez l’autre paire. La troisième stratégie est plus pernicieuse : dans un geste nonchalant, Cherif montre ses pièces à L’Hacène qui aura l’impression de jouer avec 14 ; quand ce coup marche avec Boubkeur et c’est rare, puisqu’il fait la paire avec L’Hacène, ils ont l’impression de jouer avec 28 pièces. La qualité de l’information additionnelle offerte aux adversaires est rendue négative par Chérif qui est obligé de jouer Faux pour les amener à jouer eux-aussi Faux et c’est l’engueulade garantie entre eux.

Bilan : En rappelant qu’à Vujlil, les femmes sont interdites d’accès aux cafés maures, les quatre compères s’offrent deux heures de plaisir et de loisir avec une facture moyenne de 150 dinars algériens à payer au directeur du café. Dans un jeu aléatoire instantané qui devient un jeu séquentiel stratégique à First-Mover ou Second-Mover Advantage déterminants, deux stratégies d’équilibres d’alliance s’affrontent et font de l’asymétrie de l’information créée par le J(uste) et le F(aux) la clé de la victoire. C’est ainsi que Cherif et Waqqi arrivent à faire un carnage contre Boubkeur et L’Hacène et c’est Vujlil qui devient le meilleur village au monde.

Mais, au même titre que toute l’Algérie par son pouvoir exécutif interposé, Vujlil subira les hallucinations du FMI et de la Banque mondiale. Elles se feront dans la continuité du matraquage psychologique des Algériens fait de football, chansons-buzz, du business politique et bientôt, ce sera la visite du président de la France qui fera parler « tout le monde ».

Comme aux dominos, le Président de la France fera un carnage à Alger

Si la visite est maintenue, le président de la France sera à Alger le 6 décembre 2017. Avant celles de la Chine et de la Russie, après ses visites répétées de l’Allemagne, sa visite préélectorale des USA, après avoir assisté à des sommets internationaux, après son duel avec le Président des USA devant l’Assemblée générale de l’ONU, sa réussite dans la libération du Premier-ministre libanais en visitant l’Arabie Saoudite et sa visite du Maroc ; avant d’arriver à Alger, le Président de la France sera passé par la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Burkina Faso.

Quand il sera à Alger, il aura fini de pacifier tous les fronts à l’intérieur de la France : des syndicats sur les jantes, une presse au pas cadencé, des politiques embourbés dans leurs soupes bouillantes internes, une justice sous pressurisation, renforcé par sa victoire contre l’un de ses généraux les plus lourds qu’il a fait plier et qu’il a poussé à faire la quémande des studios de radios pour sauver sa face ; il laissera aussi ses populations d’origine algérienne suffisamment précarisées et stigmatiseés, ses « élites » nord-africaines et algériennes biberonnées à la francophonie incapables de se prononcer.

Le Président de la France viendra à Alger et exécutera son carnage avec un droit à l’ostentation et condescendance mérité. Il viendra avec une mallette pleine de menaces qui feront répondre par oui les décideurs algériens à toutes ses demandes.  
Comme maintenant à Vujlil, l’Algérie est dépourvue d’un groupe de Sages qui saura négocier comme ceux de Vujlil l’intérêt patriotique et la maximisation du bien-être collectif. Invités, les généraux et d’autres personnalités algériens ont dédaigné menacer la France que trop c’est trop.

Le président de la France déposera peut-être une gerbe de fleurs au Mémorial des martyrs avec juste la musique de l’hymne national algérien parce que ses vers en arabe sont violents contre son pays. Comme à Vujlil et ses habitants qui ont raison de rester à distance sur cette problématique et l’identité amazighe, tant que les écrivains, les politiques, les chanteurs et toutes les stars refusent ou ont peur de s’exprimer sur la dotation de la nation d’un hymne national bilingue, tous les chefs d’État viendront avec un atout en main, celui d’agiter des groupuscules à semer la zizanie et les troubles en Algérie.

La nullité des élections municipales et départementales à Vujlil confirme qu’aucune autorité politique, législative et exécutive n’est légitime en Algérie, situation qui fait que c’est du pain béni pour le président de la France pour commettre son massacre.
Si à Vujlil, les migrants internationaux et nationaux sont accueillis à bras ouverts ; les États, en particulier la France ont agité les médias pour matraquer les opinions publiques par la qualification d’esclavage alors qu’il s’agit d’une traite des humains induite par la Politique européenne de voisinage qui a flambé l’inflation dans le prix du passage en Europe. En France même, un célèbre écrivain a été accusé de traite des humains.  Cette flambée des prix a augmenté les incitatifs au chantage financier des maffias et trafiquants des familles vulnérables. Elle est aussi dans la cotation des monnaies africaines vis-à-vis de l’euro « français » et de son besoin vital de maintenir sa prédation économique.

Le désastre environnemental et écologique de Vujlil sera reproduit à l’échelle nationale par les investissements qui seront consentis de force et de peur à la France, lesquels seront accompagnés d’un incommensurable siphonnage de capitaux. Avec une loi fasciste et eugéniste sur la Santé qui est déjà votée par des députés qui ignorent les rédacteurs de leur constitution, la demande en soins à l’étranger et qui ne sera jamais satisfaite sera exponentielle.
En venant en Algérie, le président de la France exigera l’application des mesures de réciprocité en conformité avec le droit international. Elles toucheront les droits de propriété et le transfert des revenus qu’ils soient de retraite ou d’investissements privés des Algériens qui ont réintégré la citoyenneté française et qui résident dans ce pays, dans l’Union européenne ou dans tout le monde occidental.

Lors de sa visite en Algérie, la sécurité du président de la France sera assurée par ses forces armées stationnées au Mali, Niger et Tchad ainsi que celles de l’Africom. Une fois rentré chez lui, il approuverait tout assouplissement dans la prétendue lutte contre le terrorisme transnational pour augmenter la pression sur son pays hôte et fragiliser la coopération régionale. D’une pierre, deux coups ; l’Algérie sera offerte au dépeçage final par le FMI et la BM, d’autant plus que le ministre des Finances a annoncé l’impression de 1800 milliards de dinars équivalant de 15.78 (petits)  milliards de dollars US et l’Assemblée nationale a rejeté l’impôt sur la fortune,  refuse de discuter de la baisse des salaires et d’évaluer la criminelle dévaluation du dinar.
Pour éviter ce carnage, les Algériens doivent imiter les Boudjelliliens dans la réaction qu’ils ont eue face aux terroristes, dans la paix qu’ils entretiennent dans le village et les alentours et dans leur amour pour la patrie. Il manque aux Boudjelliliens de remettre au-devant la sagesse comme mode gestion ; l’abandon de la rationalité et de l’utilitarisme qui doit commencer par la création d’une monnaie locale surévaluée par rapport au dinar algérien et d’une banque de temps ainsi le temps de plaisir et de loisir dans le café maure du Directeur sera mieux apprécié sous la condition sine qua non que les femmes y jouent aux dominos mais ni contre ni avec Boubkeur. C’est un tabou que le rédacteur de ce texte va casser parce que sans haine ni mépris pour aucun peuple, il aime sa Patrie.

Cherif Aissat.

 

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Commentaires

Le Sieur Macron président de la France est là continuité des précédents Présidents. l’important c’est les intérêts de  la France. A savoir l’avenu du président Macron certainement pas une visite de courtoisie pour un dictateur  comme Bouteflika et ses acolytes mais pour être assuré de la continuité des intérêts de la France et aussi assurer le clan de son soutien et surtout la pérennité de leur pouvoir. Enfin assuré aussi les généraux que leurs hôtels particuliers sont bien gardés.

Le président Macron fait très bien son travail, il défend les intérêts vitaux de son pays la France. Alors que le nain de jardin et toute sa cour d'opportunistes incompétents ne défendent en réalité que leurs propres intérêts. Et n'oublions surtout pas par qui ils ont été mis au pouvoir, et quels engagements ils ont pris vis à vis de leurs maîtres et leurs donneurs d'ordres, suivez mon regard. Au pays des ariouls les têtes de mules sont les rois.

Excusez-moi mais je ne vois pas le rapport entre Boudjelil et Macron. Boudjelil n'a rien a envier aux autres parties de la Kabylie meurtrie par tant d'années de misère morale, matérielle et culturelle. Boudjelil est privée de développement et de progrès par un pouvoir assassin et soucieux d'affamer la population kabyle pour la soumettre ayx fantasmes des arabistes et des fascistes arabisants.

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