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Entretien exclusif avec Bouaziz Ait-Chebib, Président du Mouvement de l'Autodétermination de la Kabylie

Kabyle.com :  Le mouvement pour l’autonomie de la Kabylie, gagne de plus en plus la sympathie du peuple kabyle.  Comment êtes-vous arrivé à séduire des milliers voir des millions de kabyles à adhérer à ce mouvement  dans un pays aussi despotique, où la démocratie et les libertés d’opinion sont outragées ?
B. Ait-Chebib :  Pour lever toute équivoque ou toute autre confusion, je dois vous rappeler que le MAK n'est plus un Mouvement autonomiste, le MAK, depuis la conférence de ses cadres tenue le 24 janvier 2014, est le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie. Ce n'est plus du tout la même chose.
Pour  en revenir au cœur du régime algérien, aussi despotique et tyrannique qu'il soit, il n’en est pas moins​ déstabilisé par la nature pacifiste de notre Mouvement. Comme vous le savez le MAK agit et milite dans le cadre d'un combat résolument politique et pacifique. Le régime algérien, lui, ne sait fonctionner que dans la violence, la répression et la tyrannie. Nous nous organisons pour contourner les entraves à notre liberté d’agir. Certes, nous évoluons dans un environnement hostile aux libertés, et nous en subissions les affres, mais il n'y a pas d’obstacle incontournable quand un peuple est déterminé à protéger son existence et sa liberté. Par ailleurs, comme vous avez pu le constater ce 20 avril, le peuple kabyle a répondu massivement  présent au rendez-vous de  son histoire pour enfin se désaliéner de tous les jougs coloniaux.  Enfin, nous mobilisons parce que nous agissons selon les principes nobles de liberté, de justice et d'égalité. Le peuple kabyle ne peut pas s'accommoder d'une existence de servitude et de soumission. Une telle situation n'est pas supportable pour le peuple kabyle, attaché plus que tout à son identité, à sa liberté, à sa dignité. Or, il se trouve que seul le MAK mène ce combat de dignité et de liberté, non seulement pour la Kabylie, mais aussi, par extension, pour tous les peuples amazighs qui veulent se libérer du joug colonial et qui songent enfin à réaliser leurs destins en tant que peuples et nations amazighs. C'est un droit légitime reconnu par l'ensemble des Etats membres de l'ONU, dont l'Algérie; et ce droit garantit le droit des peuples à disposer d’eux même. ...voilà pourquoi le MAK mobilise.

Bouaziz Aït Chebib - Marche du 20 avril 2016 à Tizi-Ouzou (Kabylie) - Photographie Balak A. D.R.


Les Kabyles sont partagés entre l'autonomie et l’indépendance. Certains rejettent complètement  l’idée de ce projet d’autres appréhendent l’avenir de la Kabylie. Qu’en dites-vous ?
Qu’il y ait des Kabyles qui rejettent toute idée de distance et de liberté vis-à-vis du régime colonial d’Alger, foncièrement arabo-islamiste et viscéralement anti-kabyle, il doit certainement y en avoir mais à mon avis, il y en a vraiment très  peu.  D’ailleurs, ce sont ceux sont-là qui, dans leur propre village, soutiennent avec  zèle la politique néocoloniale du pouvoir arabo-islamique d’Alger, le plus souvent contre quelques avantages financiers ou administratifs. Mais, vous savez, il est de plus en plus évident que le peuple kabyle adhère massivement à la démarche du MAK. C’est tellement visible que le pouvoir algérien commence sérieusement à s’agiter sur son trône colonial. C’est même le branle-bas de combat pour ainsi dire: les marionnettes politiques sont actionnées pour provoquer  ou carrément attaquer le MAK, les militaires algériens, à travers des général-major, menacent dans des discours public de sévir contre le MAK.  Et pourtant, malgré une féroce propagande anti-MAK, le Mouvement ne cesse d’attirer vers lui les kabyles. Vous savez pourquoi ? Parce que la question kabyle constitue une question légitime. Elle se défend à tous les points de vue du droit international. Ensuite, le MAK est inattaquable tant du point de vue des moyens d’actions qu’il utilise que de la légitimité de ses objectifs, il mène un combat noble et pacifique qui vise à réconcilier un peuple avec son Histoire, à le sortir du colonialisme, de la servitude et du mépris de soi. Cela le peuple kabyle l’a compris et il y adhère. Bien sûr, les KDS sont aux premières loges dans le travail de sape vis-à-vis de l’extérieur, parce que, en Kabylie par contre, personne n’est dupe… Ces KDS sont affublés de titres de premier ministre, de chef de cabinet de Bouteflika ou de ministre des sports, avec tous un seul et unique rôle : faire le Kabyle de Service ; le tout dernier indice en date quant à leur fonction première est que c’est le ministre des sports (et non le ministre de la culture) qui  décerner des prix aux artistes kabyles lors de cérémonies culturelles à Tizi-Ouzou et c’est le premier ministre algérien ((et non le ministre de la culture)  qui fait l’ouverture des rencontre de l’ONDA pour défendre les droits d’auteurs des artistes algériens… Pendant ce temps-là, le ministre algérien de la culture lui est dans son rôle, il organise par exemple des  évènements de type « capitale de la culture arabe »  sur les territoires ancestraux des peuples Amazighs... Bref, pour ce qui nous concerne, nous savons ce que nous voulons et nous sommes convaincus d’être dans le sens de l’Histoire, laquelle nous a d’ailleurs toujours appris que les combats justes finissent toujours, un jour ou l’autre, par aboutir ; et ce, quels que soient les obstacles auxquels il faudra faire face pour y arriver. Et cela je crois que le peuple kabyle, dans son écrasante majorité,  l’a compris comme il  a compris qu’il n’y a aucune autre issue pour la Kabylie en dehors de disposer de son propre Etat. C’est le seul moyen de réhabiliter son histoire, sa culture, sa langue, son identité et sa souveraineté pour édifier à ses enfants un avenir de dignité, de liberté et de prospérité. Concernant la question des autonomistes  et indépendantistes kabyles. Pour ce qui concerne la structure, nous avons définitivement réglé le problème en faisant le choix de suivre la voie de l’autodétermination comme moyen d’action du point de vue du droit international et comme aboutissement en Kabylie, avec comme objectif commun, consensuel, la mise en place d’un Etat kabyle. Cet Etat sera «autonome » ou « indépendant », selon le verdict des urnes par lesquelles le peuple kabyle, dans sa totalité, se sera librement exprimé. La décision finale sur la nature du futur Etat kabyle revient exclusivement au peuple kabyle. C’est lui seul qui décidera par la voie des urnes du statut d’autonomie ou d’indépendance de l’Etat Kabyle. Sur le terrain, tous les militants, autonomistes ou indépendantistes, ont régulièrement l’opportunité de défendre leurs options et leurs points de vue sur la question. La ligne politique du Mouvement est l’autodétermination et chacun peut défendre ses options dans le cadre de l’objectif commun de mise en place d’un Etat kabyle. Ensuite, c’est aux défenseurs des deux options d’argumenter et  de convaincre les citoyens de voter pour telle ou telle option car au final c’est le peuple kabyle qui aura le dernier mot pour statuer souverainement sur la nature de l’Etat kabyle, et ce dans le cadre légal du référendum d’autodétermination.
 
Dans votre mouvement on trouve aussi bien des autonomistes que des indépendantistes et mêmes des confédérés. Quel est la ligne directive exacte de l’état-major du Mak ?
Cette question rejoint la précédente. Les protagonistes de toutes les sensibilités peuvent démocratiquement s’exprimer dans les instances du MAK, y défendre et promouvoir leurs options pour peu qu’ils agissent dans le cadre du respect des résolutions adoptées par le Congrès. La ligne politique du Mouvement est d’aboutir à un référendum d’autodétermination du peuple kabyle qui lui seul déterminera la nature autonome ou indépendante du futur Etat kabyle. C’est on ne peut plus clair. Pour ce qui est de l’Etat-major du MAK, c’est exactement la même chose : Il y a une seule et même ligne directrice pour tout le monde : le référendum d’autodétermination. Ensuite le peuple kabyle, qui aura été convaincu par l’une ou l’autre des options décidera souverainement. Il ne reste plus qu’à convaincre…
 
Il parait difficile de rassembler toutes les tendances pour le même combat.  N’est-ce pas ?
La preuve que ce n’est pas impossible c’est que nous avons réussi à le faire. Il suffit de miser sur le bon procédé, d’avoir le sens de la diversité  et de respecter l’opinion de l’autre. Si nous n’avions pas opté pour le principe commun du droit à l’autodétermination, il est probablement certain que nous aurions abouti à une scission. Le MAK a su trouver la formule idéale pour rassembler les militants kabylistes en laissant le choix au peuple de choisir, il n’y a pas plus loyal et démocratique. Une formule idéale qui convient parfaitement à la culture kabyle. Aucun kabyle se définissant comme démocrate ne peut être contre ce principe qui consacre la souveraineté des peuples, donc la démocratie.
 
A votre avis que demandent les militants ?
Les militants Kabyles ne demandent qu’à défendre leurs idées dans un cadre clairement défini. Ils veulent lutter pour leur patrie, ils veulent s’engager et militer pour la Kabylie, mais ils ont besoin de confiance et le MAK a l’immense avantage de ne souffrir d’aucune ambiguïté, ni vis-à-vis du régime colonial algérien ni vis à vis de  sa progéniture islamiste. Aucun des deux ne risquera jamais de faire partie des «partenaires politiques» du MAK, et en terme de confiance, vu le passé récent de la Kabylie, ce n’est pas peu ! Voilà ce que veulent les militants. Une fois qu’ils ont ça, qu’ils sont sûrs de ne pas être floués, instrumentalisés pour préparer un ministère  arabo-islamique à tel ou tel politicien kabyle, là ils s’engagent corps et âme. Je saisis cette opportunité pour saluer leur engagement désintéressé et indéfectible sur le terrain en étant armés de leur seule force de conviction face à un régime colonial  qui les diffame, les affame et les réprime.
 
Le Mak est la première puissance politique incontestable en Kabylie. Quelle est sa force ?
La force du MAK réside d’abord dans son projet qui s’inscrit dans une totale rupture avec les visions algérianistes qui nous ont conduits à cette situation où la Kabylie est menacée de mort. La clarté de son discours qui est franc, direct et rassembleur a pu redonner confiance et espoir au peuple kabyle qui a connu trop de déceptions. Sa présence en permanence sur le terrain a démontré que rien ne pourra altérer sa détermination et ce malgré tout ce qu’il subit comme boycott médiatique, diffamation, intimidation et répression.  Le fait que le MAK a décidé dès sa création à ne prendre part à aucune élection algérienne joue en sa faveur au moment où la confiance a été rompue entre la Kabylie et « ses élus » qui n’avaient même pas osé démissionner en 2001 pendant que le régime antikabyle, auquel il servait de caution démocratique, tirait sur nos enfants avec des balles explosives.  Les forces du MAK que je viens d’énumérer n’auraient jamais pu exister sans la détermination et l’engagement sincère de ses militants qui sont des exemples rassurants de patriotisme. Ils militent pour une Kabylie libre loin de toute ambition carriériste.

Quel commentaire faites-vous pour ceux qui vous accusent d’extrémisme, de xénophobie,  d’anti nationalisme, de relais de certaines puissances étrangères  voir de barbouzes ?
Ce que subit le MAK comme diffamation et diabolisation dénote qu’il est le cœur de la vie politique en Afrique du nord. C’est justement parce que son combat est noble et juste que les ennemis de la liberté le qualifient de tous les noms et de tous les maux. Qu’on nous explique en quoi nous sommes extrémistes ? Est-ce que c’est nous qui agressons les gens pour qu’ils adoptent de force notre langue, notre culture et notre identité ? Est-ce que nous les assassinons ? Le xénophobe est celui qui  ne supporte pas l’existence de l’autre, pour l’heure, l’ostracisme c’est le kabyle qui le subit et non l’inverse alors si xénophobe il y a, il est dans toutes les instances de l’Etat algérien. Nous sommes anti nationalistes de quoi ? De la nation arabe en Afrique du nord ? Alors là Oui nous sommes contre cette nation qui n’existe d’ailleurs pas ; et si d’autres veulent s’y construire ou s’y désintégrer, qu’ils ne nous imposent pas de nous dissoudre avec eux. Ils sont libres de le faire mais pas de nous l’imposer. Pour être anti nationalistes, il faut qu’il y ait nation, or, il n’y a pas de nation algérienne. Notre patrie et notre nation sont la Kabylie. Quant à être à la solde de l’étranger, ça n’a rien de nouveau. Cela étant dit, ce n’est pas nous qui imposons une langue et une identité étrangères venues conquérir  l’Afrique du Nord  au détriment de celle des véritables autochtones. En tous cas, le terrain kabyle est là pour démentir toutes ces sornettes. L’extrémisme consiste justement à qualifier ceux qui ne partagent  pas ses opinions d’extrémistes et les priver de s’exprimer. Le MAK qui a tenu son congrès sous un Etat de siège marqué par une vague d’arrestations de ses militants est victime de l’extrémisme de l’Etat algérien qui ne supporte pas que des kabyles se définissent comme tels. Le MAK est également victime de l’ensemble de la classe politique algérienne qui fait dans la défense sélective des droits humains.  Le MAK respecte toutes les opinions. D’ailleurs il est la seule organisation politique quand elle organise une conférence-débat ne filtre pas la liste des intervenants pour manipuler le débat. Nous donnons la parole à tous le monde et nos réponses n’ont jamais été injurieuses, elles se basent sur la force de nos arguments tout en insistant sur le fait que nous ne détenons pas le monopole de la vérité et s’il existe une autre alternative que la nôtre, elle est la bienvenue, pour vu que la Kabylie se pérennise dans la liberté et la prospérité.  Le MAK s’inspire des valeurs ancestrales kabyles qui reposent sur le respect de l’autre et laânaya. De ce fait, la  xénophobie est l’antithèse de ses principes. Pour preuves, les centaines de réfugiés africains et syriens qui affluent en Kabylie sont bien traités par les citoyens kabyles ce qui n’est pas le cas ailleurs dans les différentes régions d’Algérie. Le GPK a bien demandé aux élus kabyles de saisir les instances internationales afin de trouver le meilleur moyen de prendre en charge ces réfugiés. Un geste de haute valeur politique qui dénote la générosité kabyle.
 
Le MAK a fait de la solidarité avec les peuples opprimés qui luttent pour leurs droits politiques un principe non négociable. Ce qui confirme, si besoin est, que le MAK est un mouvement ouvert sur l’universalisme et aspire à contribuer à travers l’avènement d’un Etat kabyle, libre, laïque et social à l’édification d’un monde de paix et de fraternité.   Le nationalisme consiste à  défendre sa nation. Pour ceux qui nous accusent d’anti-nationalistes, la nation kabyle n’existe pas et rien ne peut exister en dehors d’Oumma Arabia. Donc tous ceux qui refusent de se diluer dans cette Ouma inventée  et virtuelle sont traités d’antinationalistes. Je  rappelle à ces impérialistes que nous n’avons pas d’autre nation que la Kabylie. Et rien n’arrêtera la marche du peuple kabyle vers sa libération. Ils doivent s’y faire.  Dans tous les régimes totalitaires et coloniaux, les patriotes sont accusés de relais de puissance étrangère. L’Algérie n’a pas dérogé à cette règle et ça ne date pas du MAK ; Des berbéristes de 1949 au MAK, en passant par le FFS, le MCB, le RCD, les Archs, les kabyles ont toujours été accusés de Hizb Fransa par le régime raciste d’Alger.  La réalité est que les vrais décideurs en Algérie sont ailleurs  et non pas en Algérie. Les Bouteflika et les Toufik ne sont que des agents exécutants des vrais décideurs. L’Algérie est mal placée pour parler de relais au service des puissances  étrangères étant donné qu’elle  est une création coloniale et qu’elle est dépourvue de souveraineté et comme preuve : tout le monde sait que c’est la CIA qui a démis le chef du DRS de ses fonctions.   Chercher des soutiens sur le plan international pour la cause kabyle n’est pas seulement un droit mais un devoir patriotique pour le MAK et le GPK. Nous le faisons au vu et au su du monde entier car notre démarche ne travaille que les intérêts de la Kabylie contre justement un régime algérien à la solde des anciennes puissances coloniales.
En conclusion, le MAK ne compte que sur le peuple kabyle qui finira tôt ou tard par se libérer de la chimère historique qui s’appelle : l’Algérie.


Le MAK est devenu un antagoniste incontournable du pouvoir militaire Algérien. Vous lui faites peur non ?
Le MAK a le soutien de la Kabylie. C’est ce qui fait peur au pouvoir militaire algérien qui est bien conscient du fait que le processus de  libération de la Kabylie est irréversible. Il tente de gagner du temps car il sait mieux que quiconque qu’aucune puissance militaire ne peut arrêter un peuple qui a décidé de se libérer. Pour le pouvoir militaire algérien, la liberté du peuple kabyle est inéluctable et entraînera forcément sa chute et la reconfiguration politique de l’Afrique du Nord.

Votre mouvement s’internationalise plus d’avantage. Est-il  un atout pour votre projet d’autodétermination ?
A la création du GPK le 1er juin 2010, le MAK a mis le cap sur l’internationalisation de la question kabyle afin de gagner en visibilité et forcer l’admiration des consciences universelles en vue de se solidariser avec son combat.   Pour donner plus d’atouts et de force à l’action diplomatique menée par l’Anavad, nous avons opéré un saut qualitatif en passant de l’autonomie à l’autodétermination pour inscrire la question kabyle dans le cadre du droit international.   Depuis, la question kabyle s’internationalise davantage ce qui travaille en sa faveur. Dans toute démarche libératrice, le soutien de la communauté internationale est important. Le cas du MNLA qui a libéré l’Azawad sans pouvoir concrétiser son projet d’indépendance est plus qu’édifiant. Cette internationalisation nous a permis de faire connaître la Kabylie et son combat et surtout de sortir du huit-clos avec l’Algérie qui redoute justement ce soutien international et ça se vérifie dans l’intervention de son représentant à l’ONU qui a du mal à répondre à une journaliste sur une question relative à la Kabylie.  Ceci-dit, l’internationalisation de la question kabyle se nourrit de la formidable mobilisation du peuple kabyle aussi bien à l’intérieur que dans la diaspora. Le 20 avril dernier a donné un vrai coup de pousse au GPK et a fait trembler le régime colonial algérien.

La quasi-totalité  de vos  militants sont issus de la communauté universitaire. Comment le MAK a pu s’implanté dans ce milieu cérébral et pourtant très surveillé et contrôlé par la police politique ?
Le MAK est présent dans toutes les couches sociales comme le confirme la formidable mobilisation du 20 avril dernier et les différentes coordinations installées dans les villages et les villes.  La communauté universitaire est considérée dans le monde comme le moteur de toutes les révolutions. Les étudiants kabyles n’ont pas dérogé à cette règle en reprenant le flambeau de leurs aînés qui ont été les pionniers de la cause identitaire en 1949 et les véritables éclaireurs de consciences en 1980. Le MAK se félicite du fait qu’il contient dans ces rangs un nombre important d’étudiants et le mérite revient d’abord à son projet révolutionnaire qui motive la communauté universitaire et surtout au travail accompli par ses conseils universitaires qui ont su transmettre un message de vérité, d’espoir et de liberté sans moyens mais avec beaucoup de détermination et de sincérité.  Je leur rends un grand hommage à travers vos colonnes.

Vous êtes dépourvus de tous les moyens juridiques, démocratiques et de liberté  et que vous arrivez à passer votre message au peuple kabyle. Comment faites-vous ?   
Ne reconnaissant pas l’Etat colonial algérien et ses institutions, le MAK ne demande jamais d’autorisation pour tenir ses activités. Loin des salons  et les salles officielles, le MAK investit directement la rue  pour être avec les citoyens. Un travail de proximité est mené de façon permanente à travers des réunions, des rencontres citoyennes, des meetings … Les autorités algériennes tentent  de nous empêcher mais en (vain) grâce à la mobilisation des populations locales qui ont soif d’un discours de vérité et d’une vision nouvelle pour se débarrasser du colonialisme arabo-islamique de l’Algérie.  Notre message passe car on va vers le citoyen lui expliquer notre démarche avec des mots simples en kabyle. Le citoyen kabyle qui a toujours été  marginalisé a trouvé en le MAK un cadre où il est valorisé et écouté et surtout que le MAK insiste sur le fait que le dernier mot revient au peuple kabyle pour trancher sur son avenir.

La marche du 20 avril dernier a été un triomphe pour le MAK. Un commentaire ?
Les marches du 20 avril à Tuviret, Vgayet, Tizi Wezzu, ainsi que la marche du 17 avril en France et le rassemblement du 16 avril au canada ont constitué une sorte de référendum où le peuple kabyle s’est exprimé en faveur de sa liberté donc de l’instauration de son propre Etat.  L’heure de la victoire est très proche ce qui a provoqué une panique générale au sein du régime algérien qui a lâché sa meute pour nous dénigrer.  Quand un régime recourt à la répression, à la diffamation, à l’instrumentalisation des organisations de masse et des jeunes désœuvrés, cela signifie tout simplement que sa fin approche plus vite qu’il ne le croyait.  Désormais, le peuple kabyle est sur la voie de sa libération. Rien ni personne ne peut l'arrêter.

Les médias Algériens vous traquent sans aucune indulgence. Que répondez-vous à ces derniers ?
Plus ils nous dénigrent, plus on gagne en crédibilité et en force. Leurs attaques démontrent tout simplement que nous sommes près de la victoire.

Le patron du groupe Cévital est devenu ces derniers jours, l’ennemie number one du pouvoir. Le MAK soutien l’homme d’affaire controversé. Peut–on savoir les raisons qui vous poussent à soutenir ce grand argentier, un produit typique du système opaque ?… Est-ce une stratégie politique ou bien parce qu’il est tout simplement kabyle ?
On va dire que le MAK est dans une démarche de "patriotisme économique". De ce fait, il défend les investisseurs qui choisissent d’investir en Kabylie, donc Rebrab aussi. Mais  par son anti-kabylisme, le gouvernement algérien fait tout pour  appauvrir le peuple kabyle en pratiquant une politique de contre-développement, notamment en faisant fuir les investisseurs au moyen de la terreur (kidnappings) et du terrorisme bureaucratique. Le MAK ne fait pas de Rebrab une fixation. Quand ce dernier  ou un autre opérateur économique installe ses usines en Kabylie, le gouvernement algérien fait tout pour les obliger  à fermer leurs  entreprises  ou à les délocaliser dans le seul but d’affamer le peuple kabyle. Une usine fermée aura des conséquences néfastes sur des centaines de travailleurs qui se trouveront sans gagne-pain. Donc on ne peut pas se taire devant des situations pareilles.  Et c’est dans cette optique que nous soutenons  tous les investisseurs y compris Rebrab qui créent des emplois en Kabylie.   Par ailleurs, selon les déclarations de Rebrab au journal « le monde », les affaires qui l’opposent au clan de  Bouteflika, comme l’affaire du rachat d’El Khabar, ne relèvent pas de l’anti-kabylisme; Par conséquent le MAK et la Kabylie n’en sont pas concernés. La lutte des clans qui fait rage au sommet de l’Etat algérien est une affaire algérienne et non pas kabyle.  Je saisi néanmoins cette opportunité pour m’indigner du fait que Rebrab aurait du investir les 400 milliard qu’il consacre pour "racheter El Khabar" dans la promotion de notre culture comme la création de journaux en Kabyle (il n'existe aucun journal en kabyle). Enfin, il serait souhaitable que Rebrab cesse de nourrir les journaux anti-kabyles comme Ennahar, Echourouq, El bilad etc en les alimentant de ses publicités car, comme Ennahar n'a pas manqué de se retourner contre lui  à la première discorde, les autres feront de même ...
    
Pourriez-vous nous parler de la création du prochain parlement kabyle ?
Après avoir mis sur pied un gouvernement provisoire kabyle, une carte d’identité, un drapeau, il est plus que nécessaire de parachever cet édifice institutionnel par un parlement kabyle pour poser les fondements du futur Etat Kabyle.  Comme tout le monde sait, un parlement est un organe collégial à plusieurs rôles : un rôle de conseiller pour le pouvoir exécutif ; un rôle de législateur ; un rôle de représentant de la nation à l’étranger.  Le parlement représente les citoyens et par extension l’Etat lui-même.
Cette idée de parlement kabyle vise à restituer l’autogestion ancestrale de la Kabylie de manière à établir, à terme et de fait, un Etat proprement kabyle. Pour ce faire, la société kabyle doit évidemment être impliquée. Il s’avère justement qu’aujourd’hui, comme depuis toujours, y compris depuis la pseudonyme indépendance algérienne, c’est la société kabyle, notamment à travers ses comités de villages, qui prend en charge les besoins de la société à travers la réparation des routes, des fontaines, la prise en charge des malades par la mise en place d’une solidarité active. Pendant que les officiels et les apparatchiks algériens se font soigner dans les hôpitaux français, la société kabyle s’organise pour prendre en charge les malades ne pouvant être soignés en Kabylie. De même que la protection de l’environnement kabyle est prise en charge par la société kabyle qui s’organise de plus en plus. Il s’agit de structurer efficacement cette autogestion kabyle pour lui permettre une meilleure efficacité et établir une corrélation étroite et concertée entre toutes les confédérations de Kabylie.
Par ailleurs, l’idée de Parlement kabyle constitue une nouvelle étape dans l’instauration du futur Etat kabyle. Il incarnera entre autre le socle de toutes les énergies saines de Kabylie qui auront aussi à préparer les textes fondateurs de notre Etat. Ça sera un cadre légiférant qui dotera la Kabylie de lois kabyles à la place des lois coloniales algériennes. En sus de sa mission de législation et de réflexion, il va permettre aux Kabyles de sortir avec des solutions concrètes aux problèmes de la vie quotidienne comme cela vient d’être brièvement décrit. De plus, ce parlement vise à consacrer l’unité kabyle en vue de mobiliser l’ensemble du peuple kabyle pour faire face à l’arabisation, à la salafisation, à l’insécurité, à la misère socio-économique… Le projet est en débat. Des groupes de travail sont déjà à pied d’œuvre.

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Tanemmirt i Kabyle.com. Ad yidir uγlan aqvayli s tdukli di tlelli.

Entretien exclusif réalisé par Balak.A pour Kabyle.com

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« Le MAK a le soutien de la Kabylie. C’est ce qui fait peur au pouvoir militaire algérien »
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Commentaires

Aidons tous ceux qui peuvent aidé la Kabylie à devenir autonome et arrêter de dénigré nos poètes et chanteurs par leurs voies nous sortons de l'ombre et de l'ignorance de notre histoire, car pour moi Lounis Aït Mengallet à tout dit il n'y a qu'à écouter ses chants et poèmes qui décrivent le passé le présent et l’avenir du peuple Berbères, et la même chose pour Idir que j'admire pour son engagement depuis des lustres pour la cause Kabyle. Et alors ce n'est pas à cause d'une courtoisie de serrage de mains d'un individu qu'on embrasse sa cause! Arrêter d’écrire n'importe quoi car on vous lis dans le monde entier. 

Aujourd'hui notre ennemis sont certains arabisants pour des intérêts personnels qui veulent sacrifier la Kabylie pour plaire à leur Maîtres Bédouins. C'est ceux là qu'il faut combattre par tout les moyens pas les nôtres surtout quand ils sont des artistes. 

C'est ce genre d'homme dont la kabylie a besoin. C'est une fierté d'avoir comme guide un responsable pariel comparées aux irresponsables qui ont ruiné la kabylie et l'Algérie.

l'espoir de voir tamazgha libérée des colonisateurs passe par l'édification d'un état kabyle. Ceci est impératif..

imaginez un état kabyle avec de tels hommes et de femmes . C'est la renaissance dans tous les domaines. La jeunesse kabyle n'aura plus besoin de courir ailleurs au prix des sacrifices et des humilations.

Vite une état kabyle ! Et le paradis sur terre terre sera possible contrairement à "l' improbable " sous terre.

KABYLIE...pour l'éternité

Merci au maestro pour l'article

TANEMIRT Mr AIT CHEBIB

SEUL LE MAK EST POUR LA DIGNITE, LE PROGRES ET LA PROSPERITEE DU PEUPLE KABYLE.

Oui . C'est avec ce genre de personnages que nous pouvons relevé la tête car nous avons la certitude que quoi qu'il arrive et quelque soit l issus de ce combat , les gens tél que Chebib n abdiqueront jamais . Ça fait un sacré temps que la Kabylie n à pas eu de guides sincère et plein d honneur . Merci à toi mass Chebib , car vous montrez à notre jeunesse ce qu est la dignité dans cette Kabylie remplie de traîtres . Nous vous jurons fidélité et loyauté et du soutien indefectible de tous les Kabyles dignes

Le plus beau interview du monde que je viens de lire 2 fois! Kabyle.com à frapper très fort! cet interview restera dans l'histoire que Kabyle.com à fait. Merci à monsieur BOUAZIZ que dieu vous garde.

Un discours clair et cohérent, sans concession qui rompt avec les loghorrées lénifiantes débiles et stériles des algérianistes kabyles.Les élites kabyles doivent écouter le MAK et cessez de tourner en rond ! Y en a marre de votre attachement morbide à l'Algérie arabo-intégrsite !Vous êtes en retard sur votre société.Secouez-vous ! Réveillez-vous de vos illusions sur une Algérie démocratique qui le sera...quand les poules auront des dents!

Intellectuels kabyles indifférents et insensibles au drame du peuple kabyle, méditer les propos sages et raisonnables du leader du MAK.Vous avez tort de tourner le dos à votre peuple.

Si demain vous organisez des elections  "libres" en Algerie, ce seras les islamistes qui vont l'emporter partout sauf en Kabylie. La Kabylie n'as pas le choix. Son independnace au plus vite sinon le deash vas s'installer en Kabylie pour de bon. On auras tout perdu.

tanemirt Mass Chebib.

Bravo et merci mass Ait-Chebib, vous êtes un grand homme digne et integre, vous êtes le digne heritier de Gugurtha, vous me redonner de l'espoir de croire à nouveau dans la Kabylie, nous attendons des hommes comme vous depuis longtemps voire même depuis des siècles, nous nourrissons cet espoir que la terre kabyle réintègre son berceau originel avec son identité, sa laïcité millénaire et le respect du matriarcat légendaire ou la gente féminine était à son apogée. Je fais un rêve, le jour où ma terre kabyle serait débarrassée totalement de la souillure arabo-islamique...

Monsieur Ait Chebib est vraiment à la hauteur

 Bravo pour les réponses claires et sans populisme ou démagogie

Pour l'analyse rationnelle

Pour le choix du combat pacifique

Pour avoir relevé toute l'anomosité et le sabotage contre la kabylie de la presse arabophone surtout un journal comme Elchourouk

Pour avoir relevé l'importance d'encourager l'investissement en kabylie pour résister à l'embargo économique du pouvoir raciste (arabo islamiste) algérien

Pour l'espoir que le MAK donne à la kabylie et plus tard à tous les amazighs

C'est tout simplement la kabylie comme nous l'aimons, la kabylie qui avance

 

 

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