Vous êtes ici

Combat amazigh et salafisation des esprits

Le salafisme via ses nouveaux convertis s'attaque depuis plusieurs décennies à tout ce qui est spécifiquement Nord-africain et amazigh. Tout y passe.

  •     Pratiques traditionnelles de guérison, initiations et identifications : mythologies, contes, berceuses, langage, cuisine, soins du corps, tatouages, talismans, confréries à transe, mausolées, objets thérapeutiques, rites soufis, voyance ( timsensit ), rituels de deuil et d'enterrement, mariage, habillement, pratiques sexuelles, érotologie...
  •    Symboliques et pratiques modernes : graphie latine ou tifinagh, Z (ⵣ) ou aza de reconnaissance, la salutation « Azul », les nouveaux prénoms berbères, la célébration pan-amazigh de Yennayer, l'officialisation de tamazight…

Au siècle précédant le réformisme musulman - ( Islah ) avec Ibn Badis - s'est déjà attaqué en Algérie à la première série des pratiques traditionnelles et aux premiers revendications berbères des années 40/50. Dans sa tentative de moderniser l'Islam, ce courant a jeté tout en bloc, maraboutisme, confrérisme et croyances amazighs. Précisons que beaucoup de modernistes, tout comme les réformistes, ont dévalué et dénigré les systèmes de pensée traditionnels berbères et mystiques, qualifiés de magiques, prélogiques, primitifs, archaïques. Cette disqualification est en partie venue des écrits d'ethnologues avant les œuvres de M. Mauss, L. Strauss et G. Devereux.

tableau-amazigh.jpg

Art de Kabylie
Art de Kabylie


Le courant baathiste ne s'est pas occupé des pratiques traditionnelles berbères, il ne s'est opposé qu'au courant moderne amazighiste. Il a laïcisé la culture et la langue arabe. Le salafisme procède à leur re-sacralisation artificielle ici-bas, post-mortem et après le déluge.
Aujourd'hui, le salafisme mène une guerre totale contre les signes de la tradition et ceux de la modernité amazigh. Il cumule les trois combats : réformistes, baathistes et wahabistes. Il procède de deux façons ; il attaque de manière frontale ou indirecte. Cette dernière a un nom un peu bizarre, elle se dit pénétration par Enculturation ! C'est une technique qui consiste à préserver en surface la tradition tout en la dénaturant, en lui changeant de sens. Elle a été utilisée par l'église catholique pour christianiser les peuples païens. On voit en Kabylie l'exemple tout récent de la robe kabyle avec le hijab.

Des franges entières de Kabyles commencent à se dissoudre dans le salafisme

Des franges entières de Kabyles commencent à se dissoudre dans le salafisme. Les signes annonciateurs sur fb en sont les commentaires qui affirment : « chacun est libre ». Sous prétexte de démocratie, l’on exprime sa tolérance à l'introduction des pratiques salafistes anti-amazigh.

La réaction immunitaire contre le salafisme semble très faible. Les kabyles conscients de ce danger se contentent de constats affligeants, de condamnations verbales, de lamentations ou se confinent uniquement dans le combat pour la souveraineté en sous estimant le processus de salafisation galopant. En attendant Godot, il gagne continuellement à sa cause des âmes vulnérables. Il détricote la trame culturelle amazigh fil par fil, jour après jour.
Ce combat exige une réflexion approfondie et une étude minutieuse des techniques de l'ennemi.
Ce dernier profite, par exemple, des failles des valeurs kabyles ( honneur, pudeur, classes d'âge...) face à la modernité. Il propose et impose des fausses pratiques de protection de soi, une sauvegarde des liens familiaux et des rapports entre les générations et les sexes. Il demeure un recours facile face à toute crise existentielle qui peut affecter un individu au cours d'une vie exposée à des événements traumatiques.
Je reviendrai une autre fois sur ce sujet préoccupant et mettre en exergue cet impensé de la lutte démocratique amazigh à travers ses différentes options politiques. J''exposerai dans une prochaine conférence les grandes lignes d'une réflexion et d'un projet possible à mettre en œuvre.

Hamid SALMI
Janvier 2018

Vous devez être connecté pour lire la suite de cet article.

Connectez-vous ou inscrivez-vous si vous n'avez pas encore de compte.

Rubriques : 
Thèmes associés: 

Ajouter un commentaire

You must have Javascript enabled to use this form.