Youcef ZIREM - Le Verbe voyageur

lun, 2008-10-13 10:31 -- Ahcène Bélarbi

Serein ? Chez le poète, le calme n’est que d’apparence, le tumulte est dans l’âme.

Ainsi, entre les cimes de Tamgout, en Kabylie, et le sommet de la butte Montmartre, à Paris, Youcef Zirem – car c’est de lui qu’il s’agit, ici – enfourche la fougue de sa muse, apprivoise le Verbe voyageur. Son Verbe. Pour dire quoi ? Pour dire la vie, le monde, dans tout ce qu’ils ont d’horreur et d’éblouissant. Mais dire d’abord, la liberté d’être soi-même, car être soi-même c’est accepter l’altérité.

Tolérance. Authenticité. Générosité. Trois aspects de la grandeur d’âme, intrinsèques à la personnalité d’un poète, que, d’aucuns, gens sans consistance humaine, verraient, à tord, évidemment, comme des valeurs « vieux jeu ». Youcef  en est pétri, avec, en plus, cette révolte innée, canalisée par une culture abyssale à la mesure de la rigueur intellectuelle du poète.

Célèbre, en tant que journaliste, par ses interventions percutantes, sur les plateaux des TV ou des radios, son génie intellectuel et d’homme de culture, brille aussi par son talent de  nouvelliste, romancier, essayiste… et poète. Certaines de ses œuvres, tel l’essai intitulé : Algérie, la guerre des ombres est étudié jusque dans des universités américaines.

Dans cet écrit nous essayerons modestement d’ouvrir une page sur son côté poète, qui, peut-être, est le moins connu du public eu égard à l’indisponibilité (publications épuisées) de ses oeuvres dans ce domaine.

Nous laisserons notre poète continuer tranquillement sa promenade parisienne, mais sans pour autant le lâcher d’une… syllabe. Il faut savoir que, à chacune de ses haltes – et Youcef en fait beaucoup, aussi bien en flânant qu’en écrivant – des paroles échappent à son silence prolifique, ou jaillissent, voix cursive, de son calepin torturé.

Expression souveraine, le Verbe se libère, soliloque, nous immerge dans l’ivresse de la passion. Inexorablement, on se pâme sous les Stigmates du guet-apens :   

Spirale du rapt

Elle déferle sur ma quiétude

Sa marche impose le silence

Ses rondeurs me triturent les méninges

Notre patience commune se mêle au vent

En un fugitif clin d’œil

Elle me dit sa passion

Une étoile voit le jour

L’obscurité se dissout

La bruine printanière cesse

Ses lèvres mélodiques

Emprisonnent ma volonté

Un exil prend forme

Ses yeux d’éden m’engloutissent

Ses hanches allument un feu

Nous gardons un brin de notre sourire

Et nous attendons demain

L’écriture, incisive, rendue dans un style lapidaire se passe d’effets d’ornements. Les poèmes se suivent, et ne se ressemblent pas. Assujettie à des situations diverses, la même vigueur sémantique, cependant, les animent.

Ainsi dans : Une odeur d’asperge, où renaît, frémissant de vie, un passé sublimé :  

A l’ombre apaisante de l’olivier

Un rêve est éparpillé

Réinventés, les mots s’accrochent

A ses pas fossilisés…

Si, ici, la poésie de Youcef célèbre, ailleurs elle s’insurge, sans euphémisme fourvoyeur, contre les partisans d’un ordre moyenâgeux. La démocratie est illusoire. Entre un autoritarisme immuable, et un obscurantisme rampant, il reste les Espoirs craquelés :

Ils ont voulu

Revenir quinze siècles en arrière

Ils ont renouvelé la détresse et les égorgements

Ils ont permis

La généralisation de la torture…

Parfois le Verbe devient fureur : c’est la révolte qui gronde. Elle gronde contre l’angélisme mystificateur de ceux qui magnifient un présent ensanglanté ; elle gronde contre un ordre qui se joue de la détresse d’un peuple en hypothéquant son avenir… Quand le mensonge dépasse en horreur une réalité criminelle, le poète déshabille les illusions soporifiques, dévoile la vérité nue. Et l’on y voit Une plaine à reconquérir :

Un bout de nuit

Trois cents égorgés

Le terrorisme n’est que résiduel

Ont-ils honteusement affirmé

Il ne crève pas

Ceux qui sont bien protégés

Ceux qui sont intouchables

(…) Le terrorisme n’est que résiduel

Ont-ils honteusement affirmé…

On ne peut parler de tous les poèmes écrits par Youcef Zirem - l’entreprise relèverait plus d’un ouvrage en la matière que d’un simple article de presse.  Ce modeste aperçu est donc juste un petit clin d’œil sur ce grand poète. La dernière halte, se fera au café « Le vieux Châtelet ». C’est là que notre poète nous a accordé l’entretien qui va suivre. 
 

Ahcène Bélarbi

 

Entretien avec Youcef  Zirem - « L’écriture m’habite à tout moment »

Original dans son écriture, comme dans sa façon d’être, Youcef Zirem possède sa propre poésie. Ici, quelques questions pour percer un peu l’univers créatif du poète. 

Qu'est ce qui t'a conduit à la poésie?
Je ne sais pas vraiment ce qui m’a conduit à la poésie ; peut-être les contes que ma mère nous racontait à la maison à moi et à mes frères et sœurs quand nous étions tout petits, peut-être mon père qui m’a fait aimé les livres en mettant à ma disposition une bibliothèque ; peut-être mon amour de la nature, donc de la Kabylie et mon attirance pour les situations qui sortent de l’ordinaire ; peut-être mes premières lectures soutenues qui me font voir l’étrangeté de l’existence humaine ; peut-être l’amour vécu même de manière impossible...
 
Emotion, lucidité: quels impact ont, ou peuvent avoir ces deux sentiments sur la création poétique?
L’émotion est à l’origine de tout ; elle est à l’origine de notre éveil, de nos questionnements véritables mais aussi à l’origine du merveilleux... La lucidité vient plus tard quand on comprend l’absurdité du monde et qu’on accepte de surpasser cet handicap pourtant insurmontable.
 
Toi-même, à quel moment tu écris?
Moi j’écris à tout moment ; je n’ai pas de moment de prédilection... Mais l’inspiration véritable ne vient pas tout le temps...En général, je laisse toujours mes textes mûrir d’eux-mêmes...Parfois j’écris inconsciemment même si je ne note rien du tout...L’écriture m’habite à chaque moment de la journée ou de la nuit... Elle m’habite à tel point que je ne peux pas conduire de voiture car je suis souvent dans les nuages salvateurs de l’écriture et je ne peux pas me concentrer et bien voir la route en conduisant. 

Y a-t-il des poètes d'Algérie ou d'autres pays dont tu sens la présence t'envahir quand tu prends ta plume?
Franchement quand j’écris, aucun poète, aucun écrivain, ne m’envahit, ne me vient à l’esprit : je crois que je sais, depuis un moment, que j’emprunte un chemin singulier...Mais j’ai apprécié plusieurs poètes d’Algérie ou d’ailleurs depuis l’enfance : j’ai lu une quantité impressionnante de livres de poésie, dans toutes les langues que je pratique...L’Algérie est pays de la poésie, par excellence...Je me souviens que Tahar Djaout qui aimait beaucoup les poésiades de Béjaia disait que dans cette région, tout le monde est poète, qu’il suffisait de soulever n’importe quelle pierre dans la rue pour y trouver de nombreux poètes...
J’ai aimé plein de poètes : Kateb Yacine, Malek Haddad, Tahar Djaout, Abderrahmane Lounès,  Fernando Pessoa, Paul Eluard, Henri Michaux,  
 
 
Ta poésie ne s'enferme dans aucune des formes traditionnellement usitées. Est-ce à dire qu'elle est le reflet de ta manière d'être (libre de toute aliénation)?
Oui, elle est le reflet de mes quêtes, souvent impossibles... Elle est le reflet de mes passions utopiques... Elle est le reflet de mes refus répétés des hypocrisies sociales... Elle est le reflet de mon désir de continuer mon chemin singulier malgré le fait qu’il ne mène, peut-être, nulle part.

As-tu une idée sur la jeune poésie algérienne: auteurs,  publications  émergentes? 

Franchement je ne connais pas beaucoup les dernières publications poétiques en Algérie, dans toutes les langues usitées par les Algériens... En revanche, je sais qu’il y a beaucoup de poètes importants qui ne sont même pas encore publiés et qui ne veulent même pas se faire publier.

Tes projets littéraires immédiats
Je n’ai pas vraiment de projets immédiats mais j’écris beaucoup et j’ai déjà de nombreux textes inédits... Ils seront certainement publiés en temps opportun.

Ahcène Bélarbi

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Commentaires

Soumis par Anonyme (non vérifié) le

slt youcef cava?c'est ali de la cafeteria,je vien de t'es decouvrire sur le net cer a la radio on a j'amais parler je voulai te dire bonne continuation a bientot...

Soumis par Anonyme (non vérifié) le

voila un hommage d un grand homme qui fait briller le soleil ..jai le plaisir de vous voir pour la premiere fois a la mairie du 19eme a la rencontre des ecrivains francofone organiser par madame saadi fatima jai lue votre livre et jai toujours demander de vos nouvelles pour avoir d autre livres car vous avez une façon unique de dire les choses vrais . cela nous fait voyager rever aimer etre heureux et soufrir en meme temps c est ça la veriter bonne continuations monsieur zirem en esperant vous voir dans d autres rencontre je ne trouve pas les mots les plus fort pour vous remerci de tous ce que vous avez fait pour laisser un bel exemple a nos enfants un repere pour nous et une richesse de tous les   espris   a bientot           merci                                                                                                                                                                                  

Soumis par Anonyme (non vérifié) le

bonjour youcef cava,je vien de voire t'es video et tu es super quand tu parle car ce que tu dit est vrai,et je vais acheter t'es livre pour on s'avoire plus,jbonne continuationa tres bientot.ali de la cafeteria..
 

Soumis par Anonyme (non vérifié) le

Bonjour youcef, Je lis toujours ce que tu écris avec fiereté, je te souhaite une bonne continuation. Hassina " Paris"

Soumis par Karim d'Akfadou (non vérifié) le

Merci Monsieur Zirem pour vos fabuleux écrits qui nous interpellent quand les consciences se taisent . Vous êtes l'un des rares intellectuels libre et vrai, quand la plupart vendent leurs âmes au Diable pour applaudir les démons! Merci!

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