Kabyle.com : D’abord, « Usalas » un surnom qui cache toute une histoire, racontez-la-nous ?
Salem AIT-ALI-BELKACEM : Oui, c’est un surnom qui me va comme un gant et qui me colle à la peau depuis le jour où j’ai « porté son costume » et je crois, en toute modestie, que je l’ai bien porté vu, d’abord le succès de « MACAHU » (Machaho) et ensuite l’importance, l’aura du personnage, celui d’un bandit d’honneur. Le nom de Mohand Usalas est une pure invention de M. Belkacem HADJADJ, réalisateur du film « MACAHU ». Esthétiquement, c’est un très beau nom, étymologiquement, c’est un mot qui représente la poutre principale sur laquelle repose toute la maison kabyle et culturellement parlant c’est du pur berbère.
Quand je me suis présenté au casting, je n’avais aucune idée du film ni du rôle. Tout ce que je savais c’est que le réalisateur cherchait un homme de grande taille et comme j’en suis un, je crois qu’ils m’ont cherché et je les ai trouvés pour paraphraser Lounis Aït Menguellet. Depuis, c’est devenu mon surnom, qui est devenu comme une marque déposée.
Pouvons-nous avoir votre véritable identité et ce que vous faites dans la vie ?
Je m’appelle Salem AIT-ALI-BELKACEM, je suis médecin de profession et acteur par vocation, ancien arbitre de football.
Comment s’est faite votre rencontre avec le 7e Art ?
Nous nous sommes rencontrés en 1992, à Tizi-ouzou. À l’époque j’étais encore étudiant en Médecine et je faisais du théâtre à l’université où nous avions tenté de monter une pièce de MUHYA : « SI PERTUF » adaptée de la célèbre « Tartuffe » de MOLIERE.
Apres un essai non concluant au casting de « La Colline Oubliée », je nourrissais l’espoir de le rencontrer à nouveau et ce fut fait deux ans plus tard avec « Macahu » de Belkacem HADJADJ. Ce fut une rencontre à la fois, inattendue et longtemps espérée, incertaine et merveilleuse, stressante et émouvante, discrète et bouleversante, passionnante et géniale.
Je venais de rencontrer mon rêve le plus fou, mon amour le plus ancien et le plus sincère. Il fallait le séduire à tout prix. Le casting était sérieux et la concurrence âpre. Après moult tests, j’ai décroché le rôle d’Usalas, ensuite un rôle dans « La Montagne de Baya » de feu Azzedine MEDDOUR. Depuis c’est le grand amour entre nous et je ne m’en plains pas.
Dites-nous comment arrivez-vous à concilier votre métier de tous les jours et votre passion d’acteur ?
C’est difficile, je dois l’avouer. Ce sont deux métiers très passionnants qui impliquent un engagement moral et viscéral, qui nécessitent du sérieux et de l’assiduité. Comme l’un n’empêche pas l’autre, je réserve toujours mon congé annuel pour les tournages et le tour est joué. Cependant, je dois signaler que j’ai eu certaines difficultés pour me libérer quand il s’agissait de tournages plus longs. Y en a qui me mettent des bâtons dans les roues, mais je trouve toujours un moyen pour m’en sortir. Je profite pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur ce phénomène. Un fonctionnaire a-t-il le droit d’exercer une activité artistique en parallèle sans compromettre son poste de travail ?
Depuis votre première apparition au cinéma, que de rôles se sont succédé, pouvez-vous nous les citer, ainsi que les films et leurs réalisateurs respectifs ?
Dans l’ordre chronologique :
- « Usalas » dans « Machaho » de Belkacem Hadjadj.
- « Akli », mari de « Baya » dans « La Montagne de Baya » de Azzedine Meddour.
- « Saïd » dans « Mariage par annonce » d’Amrouche Mehmel.
- « Akli » dans « Si Muh u Mhend » de Rachid Benallal.
- « Ouramdam » dans « L’Ennemi Intime » de Florent-Emilio Siri.
- « Ouaghzen » dans « Mimmezrane » d’Ali Mouzaoui.
- « Arezki lbachir » dans « Arezki l’indigène » de Djamel Bendeddouche.
Et on vient de le finir, « ESSAHA » de Dahmane Ouzid, un feuilleton de 16 parties
Ces dernières années ont été prolifiques, deux rôles secondaires dans « Mimezran » et « L’ennemi intime », ainsi que le rôle principal dans « Arezki l’indigène », qu’en retenez-vous ?
Oui les deux dernières années surtout. Compte tenu de l’état de quasi-stérilité cinématographique et du climat d’insécurité qui règne au pays, je peux dire que je suis gâté : Une participation a un film de grande envergure comme « L’Ennemi Intime », et le rôle principal dans « Arezki l’indigène ».
Prolifique ? Ce n’est pas le cas, hélas ! En Algérie, la production cinématographique est largement insuffisante pour ne pas dire quasi inexistante. La volonté existe chez les vrais professionnels, la qualité des cinéastes algériens est prouvée même outre-mer. Les techniciens ne demandent qu’à travailler. La thématique est riche et foisonnante, parfois inexplorée. Des comédiens de talent chôment. Des scénaristes écrivent et des réalisateurs ne demandent qu’à passer à l’action. Reste à trouver la potion magique pour en faire un moule : L’argent et une politique à même d’asseoir les assises du cinéma algérien.
J’en retiens que tout vient à point nommé à qui sait attendre. J’ai eu l’honneur et le plaisir de travailler avec des gens sérieux et compétents, des artistes pleins d’engagements et dévoués à la cause du cinéma algérien, un capital expérience acquis au fil des jours, que je mettrai à profit dans les prochains tournages.
Dans « L’ennemi intime », vous avez eu l’honneur de jouer aux côtés de Fellag, un mot sur cela ?
Nous nous sommes ratés deux fois, dans « Machaho » et « La Montagne de Baya » mais il était écrit que nos chemins allaient se croiser un jour, sur un plateau de tournage et sur les hauteurs du moyen atlas marocain. Sa venue était attendue par tout le monde et je venais de m’apercevoir, à mon grand bonheur, qu’il était connu et respecté au Maroc. L’accueil fut à la mesure de sa notoriété.
Je connaissais l’Artiste et je découvris l’Homme avec toute sa splendeur, sa gentillesse, son humilité, son savoir-faire et sa disponibilité. Au-delà du fait que j’étais ravi de le rencontrer enfin, je me suis senti subitement rassuré comme si j’avais un grand frère à mes côtés.
Quels sont les souvenirs de vos meilleurs ou pires tournages ?
Il n’y a pas à mon sens de meilleurs ou pires tournages. Il y en a qui sont difficiles, vu les conditions sécuritaires de l’époque et le manque de moyens tels « Machaho » et « La Montagne de Baya ». Mais chaque tournage est une histoire riche en souvenirs, en découvertes, en enseignements et challenge renouvelé.
Le pire souvenir est l’explosion de Bouzeguene qui a coûté la vie à plusieurs membres de l’équipe devant la mémoire desquels je m’incline et porte une pensée sincère à leurs parents. Le meilleur est sans conteste, « L’Ennemi Intime » avec l’organisation irréprochable, la logistique immense et la parfaite entente entre les membres de l’équipe.
Quel est le film, dans lequel vous avez joué, qui vous a le plus marqué ?
Tous m’ont marqué, chacun par sa spécificité tant thématique qu’humaine. Cependant, « La Montagne de Baya » et « Machaho » demeurent pour moi, qui n’est sorti d’aucun institut d’art dramatique, « une école de cinéma ». Pris séparément, le tournage des deux films a duré quatre années et avoir Azzedine Meddour et Belkacem Hadjadj comme réalisateurs, on en sort forcément avec un bagage. J’ai aussi beaucoup appris aux côtés de Florent-Emilio Siri lors du tournage de « L’Ennemi Intime ».
Olivier d’or du meilleur acteur au Festival du Film Amazigh en 2008 ?
Le premier de l’Histoire, s’il vous plait. Je précise cela pour vous dire combien cette distinction m’honore et me galvanise à chaque fois que je rencontre du regard le trophée. Elle me rassure dans mes convictions et renforce ma passion pour le 7ème art. C’était en janvier 2008, lors de la 8ème édition du festival du film amazigh à Setif. « Arezki l’indigène » de Djamel Bendeddouche était en compétition et je ne savais pas jusqu’à deux jours après le début du festival, l’existence de ce prix. C’est vous dire ma surprise et l’ampleur de mon émotion à l’annonce de mon nom.
Paradoxalement, ce prix a eu son revers de la médaille. La jalousie a pris le dessus sur le bon sens. Des personnes que j’aimais et respectais m’ont dénigré. On a sciemment occulté la distinction dans toutes les projections auxquelles le film a pris part. On m’a volontairement écarté des plateaux de télévision. On a délibérément oublié de m’inviter aux manifestations culturelles à l’étranger. Et j’en passe ! Pourtant je n’ai fait que gagner un prix. Mais bon « mazal lxir ar zdat » (Le meilleur est à venir).
Je profite pour dédier ce prix à quelqu’un qui m’est très cher et que mon émotion ou mon égo a oublié de citer lors de la cérémonie. Je voudrais signaler aussi un passage fort sympathique de madame Denise Brahimi dans son livre « 50 ans de cinéma maghrébin » qui me cite en page 93 en ces termes : « Cette belle et noble détermination, ainsi que le sens de la dignité, apparaissent fort bien sur le visage et dans l’allure de l’acteur Salem Aït-Ali-Belkacem, choisi pour interpréter le rôle d’« Arezki el Bachir ». Qu’elle en soit vivement remerciée pour cela !
Quels sont les projets cinématographiques sur lesquels vous travaillez, êtes en contact ou à venir ?
Je viens de finir le tournage d’un feuilleton intitulé « ESSAHA » de Dahmane Ouzid et scénario de Tahar Boukella. C’est une comédie musicale, première en Algérie, qui retrace les péripéties des habitants d’une cité hétéroclite et nous parle au fait de la vie des Algériens avec ses qualités et ses tares. Sa sortie est prévue pour ce mois de Ramadhan, je parie qu’il fera parler de lui.
Si l’occasion vous était donnée, pouvez-vous faire du métier d’acteur votre métier à plein temps ? Qu’est-ce qui vous en empêche ?
Ah oui ! Avec plaisir. Seulement voilà, en Algérie, le cinéma ne nourrit pas et quand on a des responsabilités, c’est impossible. Vous en conviendrez qu’il faut bien vivre et nourrir sa famille. La production cinématographique en Algérie est sporadique et réaliser un film relève du parcours du combattant. Ajoutez à cela, la rareté des salles de cinéma et des créneaux de distribution. Le piratage fait des ravages, l’aide de l’Etat est très insuffisante, les mécènes n’existent pas en Algérie et pour corser les choses absence totale d’un statut clair de l’artiste. Mais ce qu’il y a de bien et d’encourageant en Algérie c’est que malgré la faible quantité, la qualité existe.




Entretien réalisé par : Ajqas
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Commentaires
ay asalas,pourquoi ne pas
ay asalas,pourquoi ne pas remettre les choses a leurs juste place,en parlant plutot de cinéma kabyle ou amazi& au lieu de cinéma algerien,parce qu'en dehors des kabyles,je ne crois pas qu'il y'ait beaucoup d'algeriens qui ont vus macahu ou adrar n'baya.
Tghelted deg lehsab-ik
Bonjour
Je pense que vous vous trompez énormement. S'il s'agit de faire des films uniquement pour nous même, cela ne sert vraiment à rien sauf a se revoir ou a voir ce que vous n'avez pas vu de vous. Pour revenir a Machahu et adrar n Baya, detrompez-vous, ils ont été regardés par des milliers de personnes non kabylophones.
Machahu a été classé meilleurs film africain en 1997
Adrar n baaya selectionné a la mostra de Venise a la meme année, je crois.
Le cinéma d'expression amazigh existe, c'est un fait indéniable grâce a des hommes courageux comme Bouguermouh, Hadjajdj et Meddour. Mais il fait partie du cinema algerien avec ses qualités et ses défauts.
la maladie de l'algerianisme.
Azul merra
e type est un ingrat, car il ne comprend pas que les arabes l'ignorent dans leur totalité. Pour les arabes il n'existe même dans leur imaginaire, alors pourquoi mettre "l'algerianisme" qui n'existe que dans la tête des amazighs en Tamazgha. Cette maladie de l"algerianisme, seuls les kabyles sont atteints. Le reste de l'Algérie ils s'en foutent royalement de ce que vous faites en berbere. Ils s'en foutent de nos artistes mêmes s'ils sont largement meilleurs que leurs chanteurs arabes. Alors, arrêtez de nous mettre la sauce aldjiryane s'il fou bli! On dit en taqvaylit: "ma tugi-k ula d ldjennet, agwitt ula d kecc".
Salut l'artiste..
un acteur bourré de qualité .
souhaitons-lui pleins succès et qu'il continue à porter haut l'image d'un kabyle exemplaire..
Nous avons besoins de tels personnages.
Bonne réussite..
BRAVO
Merci a L'Acteur Beau, Superbe , Intelligent ...UN KABYLE QUOI
Arezki
San Francisco
féliciations
félicitations docteur et bonne chance dans tes futurs projets.Je tiens à signaler aussi tes qualités exceptionnelles de médecin. la Kabylie a besoin des hommes comme vous!
Mohand
C'est un trés grand HONNEUR,
C'est un trés grand HONNEUR, de connaitre un trés bon Medecin comme vous DOCTEUR AIT ALI BELKACEM, et un Grand Acteur de notre culture berbere,je vous souhaite encore et encore plus +++++++++, et l'occasion de la fin d'année 2011, je vous souhaite B O N N E - A N N E E - 2 0 1 2.
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