Said Bellil, Réalisateur :« Ce n’est pas évident de faire un film en kabyle »

sam, 2008-09-06 14:02 -- Anonyme (non vérifié)

Kabyle.com : Quelles sont les difficultés que rencontre un réalisateur qui fait un film en kabyle ?

Said Bellil : Le manque de moyens constitue le plus grand obstacle. Surtout les moyens financiers. Il est très difficile de trouver des comédiens, surtout des comédiennes. J’ai du faire un casting à l’université de Bgayeth pour trouver des comédiens. La deuxième difficulté ce sont les lieux de tournage. Les villages kabyles ont beaucoup changé. Il est impossible de tourner une scène sans tomber sur une antenne parabolique, un poteau électrique ou un mur en béton. Je suis allé à Ikhef El Djabia, là où Abderrahmane Bouguermouh a tourné La Colline Oubliée. Arrivé là je me suis rendu compte que, malheureusement, le village s’est complètement dégradé. Il est tombé en ruines. J’ai fini par dénicher Ighil Melloulen et Beni Djaad, des villages plus ou moins préservés où j’ai pu tourner l’essentiel des scènes du film. Je tiens à remercier l’association Tafsut de Beni Djaad. C’est grâce à eux et au dévouement de l’ensemble des habitants que le film a pu se faire. Les habitants, y compris les femmes et les jeunes filles, ont même accepté de jouer les figurants. Le reste du film a été tourné à Aubervilliers et à Saint-Denis en France.

Avec quel budget avez-vous pu tourner le film ?         

                                
Said Bellil : c’est grâce à la subvention de l’ONDA, l’office national des droits d’auteur que j’ai pu donner le premier tour de manivelle. Même dérisoire cette subvention m’a beaucoup aidé. Le ministère de la culture, à travers le FDATIC, un fonds d’aide au développement des arts, m’a promis une aide mais je ne l’ai pas reçue. Ma demande vient même de recevoir une réponse négative. J’ai été contraint  alors à faire des économies de bouts de chandelles pour arriver à mes fins, tourner à l’économie, réduire l’équipe et le matériel au strict minimum. Vous savez, c’est plus du militantisme culturel que du cinéma proprement dit que l’on est réduit à faire.
 

Comment s’est déroulée l’avant première du film à la cinémathèque de Bgayeth ?

Lors de la projection du film à Bgayeth, j’ai été heureux de constater que les gens sont venus nombreux et en famille pour voir le film d’autant plus qu’ils ont semblé l’apprécier. C’est cela ma satisfaction. Le film s’est fait malgré tout. Tourner dans un village en plein mois de décembre, avec la neige et le froid, ce n’est pas du tout évident.

 

Propos recueillis par M.Ouary. kabyle.com Kabylie

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