Les Kabyles de la région de Sétif
Régions : SÉTIF
Guenzet Nath Yala, entre modestie et passé glorieux
Pour la première fois depuis la fin des années 1960, la commune de Guenzet Nath Yala, dans le nord de la wilaya de Sétif, a organisé, il y a quelques jours, des activités culturelles.
La célébration de Youm El Ilm n’est que raison pour relancer, à la faveur de la nouvelle configuration de l’Assemblée populaire communale, l’action culturelle presque inexistante dans cette contrée montagneuse. S’incrustant dans des espaces officiels, les jeunes de la localité regroupés dans plusieurs associations ont mis également tout leur enthousiasme pour tirer leur commune de la léthargie. Ils ont par conséquent mijoté un programme culturel qui a duré deux jours pour célébrer le Printemps berbère. A la faveur de ces deux anniversaires, la région sortait temporairement d’une longue hibernation culturelle. Et pourtant, cette région de montagne recèle une mémoire immense singulièrement dans la résistance des populations de cette partie de la petite Kabylie à l’oppression française. Durant quelques jours deux générations étaient sur le même palier de l’histoire pour revendiquer l’une et l’autre le passé glorieux des descendants de Yala venus en l’an 1061, selon Salah Gaïd, s’installer sur ses montagnes majestueuses. Notre propos agréera sans aucun doute les uns et les autres. Et pour cause, les uns et les autres se revendiquent fièrement du passé de leur région pour ce qu’elle avait donné pour la libération du pays.
M’hamed Bouguerra, Malika Gaïd, Debih Cherif... enfants du nationalisme Yalaoui
Justement le moment-phare de ces festivités commémoratives était la conférence ayant pour thème le nationalisme en général et le chahid qui le symbolise le mieux, Arezki Kehal en l’occurrence. Dans cette contrée, de l’Islam tolérant et respectueux des convictions divergentes qui leur avait été enseigné par d’éminents érudits notamment cheikh Saïd, cheikh Youcef Yalaoui, cheikh El Ourtilani…, qui cimente en plus la solidarité et la cohésion des Yalaouis, lorsque l’on évoque le nationalisme, cette conviction est forcément expurgée de tout chauvinisme, régionalisme et autre anathème. Chez les Yalaouis, il a forcément un sens noble. Il a été l’âme des braves qui refusent de courber l’échine et qui refusent la fatalité de la soumission. Comme il n’est point un simple argument avec lequel certains ont négocié des privilèges comme le font malheureusement de manière ostentatoire ceux qui, depuis l’Indépendance, régentent le pays et qui se fabriquent des parcours inexistants. Dans ces montagnes rudes, les hommes, forts de leur amour pour leur patrie, défendent la pierre. Cette noble pierre bleue qui a façonné leur caractère de guerrier aux côtés d’El-Mokrani. Le colonel Amirouche ne se sentait-il pas parmi ces frères les Yalaouis lui, l’homme de la Wilaya III historique lorsqu’il venait inspecter ses troupes dans les montagnes rocailleuses d’Adhrer, de Thilla, de Sidi M’hand Ouyahia et d’autres localités ? Il savait qu’il avait en face de lui des hommes d’honneur pour qui la mort est meilleure que la défaite. Le refus de se rendre et le sacrifice de l’héroïne Malika Gaïd à qui Amirouche avait conseillé de rejoindre le maquis est un exemple parmi tant d’autres. Il suffit de questionner les moudjahiddine de Bouira sur la bravoure de cette femme légendaire. Ne jamais se plaindre, ne jamais courber l’échine, ne jamais dévier de la droiture quitte à le payer de sa vie. C’est la pensée des enfants des Ath Yalas. Les Yalaouis avaient le caractère dur. Comme les pierres qu’ils défendaient. Cette résolution a enfanté des hommes qui ont participé à faire l’histoire de l’Algérie. Cette noblesse a été chèrement payée. Environ 650 martyrs sont tombés au champ d’honneur et d’autres portés disparus pour une population adulte de 6 000 âmes. En 1974, Houari Boumediène avait tenu à faire un voyage à travers les chemins difficiles creusés sur les flancs de la montagne jusqu’à Guenzet. Lui, le nationaliste, voulait absolument voir cette extraordinaire contrée qui avait tant donné à la Révolution de Novembre. Sur place, il avait découvert quelques simples hameaux épars construits en pierre et farouchement accrochés à la montagne rocailleuse. Il avait sûrement remarqué que ces Kabyles des montagnes sont riches seulement de leur liberté et de leur dignité. Les mots que pouvait prononcer le président ne pouvaient certainement pas décrire son émotion. Devant tant de grandeur il avait préféré garder le silence de la méditation. En effet, ceux qui connaissent la région savent que des entrailles de ces pierres ont surgi des hommes et des femmes qui ont participé grandement à façonner l’Algérie. M’hamed Bouguerra, colonel de l’ALN, chef de la Wilaya IV est né à Khemis- Meliana parce que son père du village de Titest de ce pays des Ath-Yalas avait été muté dans cette ville. Dans la longue liste d’honneur Guenzet Ath Yala, on enregistre d’autres noms prestigieux de la guerre de Libération : Debbih Cherif, Mohamed Zekal, Khelifa Boukhalfa ont affronté aux côtés de Ben M’hidi les troupes de Bigeard dans la bataille d’Alger. Il y a aussi des chahid anonymes comme ce militant du PPA Tahar Oubessaï assassiné par la police française pour avoir exhibé le drapeau algérien place de la Nation à Paris, le 14 juillet 1953, durant les festivités célébrant la libération de la France du nazisme. Ou le chahid Belhouchet Mouloud, du nom berbère Mouloud Oumazouz, qui se savait de toutes les façons mort, a néanmoins gardé jusqu’au bout son sang-froid pour monter un subterfuge à la soldatesque qui l’encerclait et fait venir un capitaine comme lui avant de le tuer et de mourir les armes à la main en compagnie de Regoui Abdelhamid, un autre chahid de la localité. Il est peut-être injuste de ne pas citer tous les faits d’armes des Yalaouis, la liste reste encore longue. L’armée française, consciente que cette région était un creuset du nationalisme engagé, avait brûlé les corps au chalumeau, exécuté sommairement, enfermé et déporté hommes, femmes et enfants, mobilisé l’artillerie et l’aviation pour bombarder des villages et des hameaux entiers, réduits à la faim… sans pour cela goûter à la satisfaction d’entendre les Yalaouis gémir ni courber l’échine.
Arezki Kehal, le révolutionnaire algérien exemplaire
Lorsque Ghechir Mohand, Mohand Ouhafi pour les Yalaouis, moudjahid cadre de la Fédération de France — décidément les Yalaouis, toujours au sommet, ont investi tout espace de combat — avait fait lecture de sa conférence sur Arezki Kehal, il pouvait dire avec émotion que ce grand martyr, fils des Yalaouis était l’un des précurseurs du combat de l’Algérie contre le colonisateur. Pour Le Soir d’Algérie, le conférencier trace succinctement l’itinéraire de ce dirigeant politique de premier ordre de l’Etoile nord-africaine puis du PPA. Dda Mohand a commencé par relater la naissance de l’Etoile nord-africaine (ENA) le 20 juin 1926 à Nanterre en France : «Il n’y avait pas de Yalaouis parmi le collectif militant pour la simple raison que rares étaient les émigrés originaires de la région d’Ath Yala. Arezki Kehal avait émigré en 1929 après des études chez un proche du célèbre cheikh Saïd et un succès en 1921 au CEP. Quelque temps après son arrivée en France, il avait intégré le premier parti politique algérien en 1930.» En 1936, le militant Kehal, connu selon ses compagnons pour sa double culture occidentale et algérienne, se retrouve membre du bureau politique, trésorier général et l’un des fondateurs et secrétaire de la rédaction du journal El Ouma (la nation). A son retour en Algérie en 1936, il a mené une campagne d’explication sur les objectifs de l’Etoile nord-africaine, à savoir préparer une révolution pour sortir le colonisateur de notre pays. Dans le sillage de ses activités à Guenzet Nath Yala, il a créé la première cellule comprenant 5 membres dans cette localité : «Il y a dans ce groupe Madouni Mohand Cherif, Bouznad Salem, Zeroual Bachir, Abachi Lakhdar et Benmouloud Mahieddine», dit Dda Mohand. Il rappelle par ailleurs que Medouni a été chargé par Amirouche d’animer le maquis de Aïn Roua dans la wilaya de Sétif avant de se voir confier des responsabilités avec le grade de capitaine dans la région de Djemaâ Sahridj dans la wilaya de Tizi-Ouzou. Quant à Bouznad, il avait organisé avec Si Hamimi qui deviendra par la suite l’adjoint d’Amirouche, la toute première embuscade dans la région de Sétif. Les activités de sensibilisation et de mobilisation de Kehal dans ces montagnes de la petite Kabylie avait attiré les soupçons de l’administrateur de Lafayette actuellement Bougaâ. Ses compagnons lui avaient donc conseillé de quitter le village natal. Quelque temps après il avait envoyé de France une lettre pour rassurer les militants de cette cellule «l’oiseau qui était en cage a ouvert la porte pour s’envoler », écrivait-il. Ce furent sans aucun doute des propos prémonitoires. M. Ghechir, qui avait questionné de leur vivant les amis du martyr avait réuni une somme d’informations sur ce dirigeant de grande envergure né dans un village de l’Algérie profonde. Selon lui, la dissolution de l’Etoile nord-africaine par le gouvernement du Front populaire, a été suivie 45 jours plus tard, le 11 mars 1937 exactement, par la création du PPA sous la présidence de Messali Hadj. Kehal faisait partie des membres fondateurs. Il avait conservé également ses responsabilités en qualité de membre du bureau politique, de trésorier général du parti et de la rédaction du journal El Ouma qui deviendra par la suite Echaab(le peuple). A l’arrestation de Messali, en août 1937 lors de sa venue en Algérie, c’est Kehal qui a repris en main la gestion du PPA. A son retour en Algérie, il a été le premier à contacter au nom du PPA cheikh Ben Badis pour lui demander de soutenir le mouvement nationaliste. Sur le plan de la gestion politique du Parti du peuple, Kehal n’était pas acquis à toutes les décisions de son président «vu les risques d’arrestation encourus, il n’était pas d’accord pour la venue du chef du PPA en Algérie mais avec la tournure des événements, Kehal, qui s’occupait du parti en France, était obligé de rentrer également au pays le 3 septembre 1937. A partir du siège de La Casbah d’Alger, il dirigeait les affaires du parti», nous dit notre interlocuteur qui précise que l’intérimaire du PPA a été souvent confronté à la répression de l’administration du colonisateur. «En 1938, il a été arrêté au domicile de Mohamed Douar à Belcourt avec Mohamed Guenouche, Ahmed Mezeghena et d’autres militants. Il n’avait pas hésité à donner un exemple sur le sens des engagements nationalistes et le sacrifice qui relèvent des responsables en donnant des instructions aux militants de dire que les documents rédigés en français et saisis par la police lui appartenaient alors que ceux rédigés en arabe étaient ceux de Guenouche», affirme Dda Mohand, qui ajoute : «Il avait dit à ses compagnons : c’est à nous les responsables d’affronter la répression.» Même en prison, il animait des causeries sur les préparatifs de la révolution et il avait instruit Mezeghena d’expliquer aux Algériens emprisonnés, le syndicalisme. Après 14 mois de détention sans jugement dont 6 mois d’atroces souffrances à la suite de répression et de grève de la faim, le résistant a été hospitalisé. Avec la complicité d’un Français communiste, les militants ont réussi à faire entrer l’éminent cheikh Saïd de Guenzet dans la chambre du militant. Le vénérable imam lui avait dit : «Tu es dans une place d’honneur. » Le 18 avril 1939, à 35 ans, il a rendu l’âme. «C’était peut-être le premier martyr de l’Algérie d’avant la révolution de Novembre. Son enterrement a été l’occasion de faire apparaître le premier drapeau algérien durant son transfert vers Guenzet où il a été, conformément à son souhait, exprimé à sa famille», conclut Dda Mohand. Le moment d’émotion passé, Dda Mohand précise : «Il y a lieu de signaler que les Yalaouis ont été présents dans tous les espaces de combats politiques pour la liberté de l’Algérie, à commencer par l’ENA, Djamiat el oulémas de Ben Badis, du PPA, de l’UDMA, du PCA et de l’OS. Tous les courants politiques ont activé chacun pour ses idées et son programme à Guenzet, ce pourquoi ils ont rejoint massivement le FLN et l’ALN.»
Abachi L.







Commentaires
Je suis d'une autre région d'Algérie et j'ai beaucoup de rspect et admiration pour cette région pour tout ce qu'elle avait donné à l'Algérie.
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Soumis par Anonyme le 7 mai, 2008 - 13:18.merci pour toi et je profite l'occasion pour vous inviter et inviter tous les admirateure de la beauté de visiter guenzet nith yaala et soyer sure que vous aller trouver quelque chose de bon labas merci
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Soumis par Anonyme le 8 mai, 2008 - 00:27.