Interview du Président Boutqulhatin
Comme le système politique âne-gérien déteste même entendre prononcer le mot "transparence", le sinistrement célèbre boss de l'ANE-TV, HHC, qui serait absent pendant le tournage, ordonne à ses employés de préparer une interview en déféré pour Sire Boutqulhatin, Président des âne-gériens. Et comme tous les journalistes issus des milieux asservis redoutent la colère de Boutqulhatin, un journaliste kabyle, connu sous le nom de âmi-Venturier , décide de l'affronter seul. L'interview en question, qui serait nettoyée de toute séquence gênante, est programmée pour un samedi, à une heure du matin, au moment où tout les citoyens ronflent dans leurs mésirables terriers.
- Journaliste (hésitant): Maintenant que vous avez raté le Prix Nobel de la Paix que vous avez visé avec votre char, pardon votre charte, qu'allez-vous faire pour ... pour reblanchir votre image, monsieur le Président ?
- Boutqulhatin (ricanant): Jai un nouveau projet encore plus captivant que le premier. Avant tout, je ferai construire davantage de geôles où s'éjournera dans des conditions que je vous laisse imaginer tout intello mal éduqué qui aurait la mauvaise idée de porter atteinte à l'image de ses gouvernants.
- Journaliste (flatteur): Oui, monsieur le Président, ils méritent bien ce que vous leur réservez. Ce sont bien eux qui ont souillé l'image de notre chère patrie en s'attaquant sans raison à son führer qui a beaucoup souffert pour qu'elle ne s'enlise pas dans le marécage de ...
- Boutqulhatin (menaçant): ENSUITE, je m'occuperai de ce bled-là qui ne cesse de réclamer l'irréclamable.
- Journaliste (complaisant): Ah, vous voulez dire le Maroc qui a toujours convoité une bonne partie de nos territoires ! Ils sont vraiment dingues, ces Marocains, monsieur le Président.
- Boutqulhatin (cognant sur la table) : Les Marocains sont nos frères, ya-buheyyuf ! Je parle plutôt de la Kabylie et de ses Qmayel ! Ce sont ceux-ci les vrais dingues ! Ils réclament de hisser leur baragouin au rang de la langue du Coran et de l'écrire en plus en latin ! Un de leurs grillons s'enfonce encore plus bas dans l'absurde en réclamant l'autonomie ! Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, L'AU-TO-NO-MIE !
- Journaliste (flagorneur): Mais ils vont manger quoi après, ces fous de Massinissa ? hdjar djerdjer ? Et quelles sont les mesures que vous entendez appliquer à ces marionnettes qu'agite la main étrangère, fakhamet erraïs ?
- Boutqulhatin (rancunier): La première est d'envoyer davantage de renforts militaires en Kabylie pour combattre les Islamistes auxquels nous ouvrirons toutes les issues pour éviter qu'ils tombent nez à nez avec notre armée. L'objectif N°1 est de protéger nos soldats contre les conséquences de confrontations directes avec les égarés islamistes qui sont quand mêmes des Ane-riens que notre devoir, notre patriotisme et notre nnif nous dictent de protéger aussi.
- Journaliste (cherchant à faire plaisir): Le temps presse et il ne reste hélas que quelques secondes pour la première tranche de notre émission, mais vu l'empressement de notre el-mouchahid el-karim pour connaître le deuxième objectif, nous vous accordons, monsieur le Président, dix secondes supplémentaires.
- Boutqulhatin (en colère): Tout d'abord, vous ne m'accordez rien du tout ; tout est à moi : l'ANE-TV, la radio chaîne I, II et III, les quotidiens El-Moutchahidh et Ech-Chagheb ! Y'en a même quelques titres de la presse, que vous appelez sans honte, privée, qui répondent à mes ordres. Compris ?
- Journaliste (désorienté): Parfaitement, monsieur le Pharaon, pardon le Président !
- Boutqulhatin (furieux): Donc, continuons jusqu'au bout ! Le deuxième objectif que vous et votre foutu public cherchez à savoir est inclus dans le premier ; vous n'avez qu'à lire entre les lignes, ya-bghel !
- Journaliste (complètement désaxé au début) : OK OK, Sidna Bout, pardon, Ok, monsieur le Président, on continue jusqu'au bout. Ma ... ma question est la suivante : le système judiciaire âne-gérien est accusé par aâda al watan, bien sûr d'être corrompu. Qu'en dites-vous ?
- Boutqulhatin (fronçant les sourcils): Allez poser cette question aux gars de la justice, pas à moi, c'est leur système qui est accusé et pas le système que je représente !
- Journaliste (enhardi): On dit galement que la justice est au service du Pouvoir, donc pas indépendante.
- Boutqulhatin (avec sarcasme):Ya-hmar, ce n'est tout de même pas raisonnable qu'on mette dans les tribunaux des juges qui mettront en prison des hauts fonctionnaires de l'Etat, car sinon c'est toute cette confiance-là qui lie le citoyen à ses gouvernants qui s'évaporerait. Imaginez juste un peu le désastre qui s'abattrait sur le système éducatif, qui est l'usine de la matière grise de notre pays, et par ricochet sur tous les responsables que nous sommes, si le number one du MEN était emprisonné par un juge trop libre pour le motif imaginaire de mauvaise gestion ou, pire, de sabotage de l'école âne-gérienne.
- Journaliste (s'avançant sur un terrain miné): Justement à propos de l'école âne-gérienne, les quotidiens nationaux rapportent chaque jour que les établissements scolaires, qui sont d'ailleurs en nombre insuffisant, manquent cruellement de moyens. Vétusté des classes, infiltrations, panne ou manque du chauffage, éloignement et manque du transport, manque des moyens pédagogiques, manque du personnel, et j'en passe.
- Boutqulhatin (en colère): Que voulez-vous qu'on fasse dans une pareille conjoncture, hein ? S'occuper des futilités soulevées par vous autres journalistes et syndicalistes farghin chghel et tourner le dos à la question scuritaire qui, elle, est plus importante pour l'avenir de notre pays ? Il y a des priorités dans mon programme, et la priorité des priorités est de renforcer la sécurité autour de nous, ... euh, je veux dire dans nos villes et villages.
- Journaliste (renchérissant): Vous avez raison, monsieur le Président, la sécurité doit primer sur toute autre question. Ceci dit, pourriez-vous nous parler brièvement, euh pardon, avec aussi de détails que vous le souhaitez, des grandes réalisations de l'Etat dans ce domaine ?
- Boutqulhatin (menaçant): Notez-le bien, car vous autres journalistes avez la manie de déformer mes propos. Rien que dans mes deux mandats, l'Etat a construit à travers tout le territoire national près de mille nouvelles brigades de gendarmerie, près de mille nouveaux commissariats de police, des centaines de nouvelles casernes de l'armée et des centaines de centres de groupes d'autodéfense. Les effectifs de ces corps ont augmenté de plus de 50% ; à remarquer qu'on a ouvert les portes à TOUS les Ane-gériens, y compris aux repentis qui ont juré sur le Coran de ne plus se rebeller. Et ce n'est pas tout : pour mener à bien leur mission, nos gars de sécurité ont bénéficié ces derniers temps de toutes nouvelles technologies, comme les ordinateurs portables où sont stockés des infos et des photos sur toute personne recherchée. En plus, de nouvelles lois ont été votées également ces derniers mois et qui donnent carte blanche à nos gars de mettre à l'écoute le téléphone des gens suspectes et, si nécessaire, de fouiller leurs domiciles sans aucun avertissement. Tout ça, on le fait pour le bien du citoyen âne-gérien, bien sûr.
- Journaliste (s'aventurant non sans hésitation): Naturellement, monsieur le Président. Bien, maintenant, si vous me le permettez, monsieur le Président, revenons encore une fois à la question très cruciale qui concerne aussi tous les Ane-gériens : tamazight.
- Boutqulhatin (écumant de colère): Ahhhhhhhhhh, nous y voilà ! Vous tournez en rond autour de tamazight comme s'il n'y avait aucune autre cause plus noble à défendre dans le monde ! El-Quds, ça ne signifie donc rien pour nous autres Ane-gériens ? Voila une cause pour laquelle nous devons tous nous sacrifier ! Quant à tamazight, toz ! Elle n'est RIEN !
- Journaliste (reconquis par la peur, mais insistant): Mais, monsieur le Président, Jérusalem est très loin de nous et appartient aux Juifs et Arabes palestiniens et c'est à eux de chercher comment cohabiter.
- Boutqulhatin (foudroyé par ce qu'il vient d'entendre) : Là, tu viens de commettre un délit passible de peine de mort, mon gars. Garde ! Traînez moi cet ihudi par les pieds jusqu'à sa cellule et faites-lui regretter d'être né sur le sol d'un million et demi de chouhada ! Mais tâchez de faire disparaître après toute trace de torture pour nous éviter d'éventuels problèmes avec ces foutus défenseurs des droits de l'homme !

