26 Mai 2012
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Akli Mohand Saïd : « C’est mon père, le colonel Mohand Oulhadj, qui m’a conseillé d’écrire ce livre »

mer, 2010-08-25 17:03 -- Ajqas
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Akli Mohand Saïd, photographie Ajqas Kabyle.com Tous droits réservés

 

Kabyle.com : Commençons si vous le voulez bien par une petite présentation de vous et de votre parcours au sein de l’Armée de Libération Nationale (ALN-Algérie) ?

Akli Mohand Saïd : Je m’appelle Akli Mohand Saïd, fils aîné du colonel Mohand Oulhadj, je suis né le 19 juin 1933 à Bouzeguène. Après des études primaires à l’école d’Aït Ikhlef, j’ai rejoint Alger pour y poursuivre mes études complémentaires. En 1949, je rejoins mon père à Sétif pour apprendre le métier de forgeron. En 1952, je suis parti en France pour travailler à l’usine « Cooder Saint Marcel ». Après deux ans de service militaire, je rejoins, en 1956, l’Armée de Libération Nationale (ALN). J’ai été chef de groupe avant de devenir, en 1957, chef de secteur politico-militaire d’At Ghobri. En 1958, en ma nouvelle qualité d’« aspirant politique » j’ai été affecté par le colonel Amirouche à la « Région 4, Zone 3, Wilaya 3 ». Le 1er novembre 1959, je fus élevé au grade de sous-lieutenant et j’ai été nommé chef politico-militaire de « Région 4 ».

Vous venez de publier un livre : «  Si Mohand Saïd raconte amghar », se rapportant à votre père le colonel Mohand Oulhadj, pouvez-vous nous en parler ?

Effectivement, je viens de publier un livre sur le colonel Mohand Oulhadj, que j’appelle personnellement « amghar » (amɣar), car mon père, en 1964 déjà, m’avait conseillé d’écrire un livre sur l’histoire pour informer les jeunes générations au sujet des atrocités commises par le colonialisme français à l’encontre de leurs aïeuls (parents ou grands-parents).

Qu’est-ce qui vous a motivé le plus à écrire ce livre ?

Je l’ai écrit, comme je viens de le dire, pour informer la population et la jeunesse algérienne par rapport à l’histoire de la Guerre de libération nationale (1954-1962).

Donc, ça s’est fait sur les conseils de votre père ?

Oui, en 1964, mon père m’avait conseillé d’écrire, mais à ce moment-là, je n’ai rien fait. Malgré tout, il m’a laissé des écrits et des documents et il m’a dit que si la situation n’évolue pas pour le mieux d’ici 50 ans, il faudra écrire des livres pour informer la jeunesse de ce qui s’est passé pendant la lutte pour le libération nationale pour qu’elle sache ce qui a été fait ce qui les aiderait à reconstruire leur pays.

Pourquoi avoir décidé de publier votre livre spécialement cette année ?

Je pense que le moment est venu, malgré que la situation ne soit pas encore stable et qu’il y ait beaucoup d’écrits et d’écrivains qui s’intéressent à cette période de notre histoire récente, mais je me devais d’écrire moi-même et de donner ma version des faits comme je les ai vécus en tant qu’officier de l’ALN, car j’ai énormément vu au cours de la guerre de Libération nationale : des atrocités, des regroupements, des cas de torture, des complots… Je me sens comme « obligé » d’écrire et de relater ce que je sais.

Une polémique est née du fait que l’on retrouve le nom de M. Ali Chekkal (président de l’Assemblée algérienne de l’époque) dans votre ouvrage, qu’en est-il ?

Il y a une polémique à ce sujet, je ne sais pas comment le nom s’est « glissé » à la page 197, il s’agit d’une erreur d’édition comme je l’ai déjà affirmé. Le dénommé Ali Chekkal est un grand traître à la partie en sa qualité, à l’époque, de Président de l’Assemble algérienne qui était du côté du colonisateur français, il a été exécuté à Paris par le « fidaï » Mohamed Ben Sedouk le 26 mai 1957 au stade de Colombes (Paris), je tiens à rendre hommage à son assassin et non pas à lui.

Vous confirmez bien qu’il s’agisse d’une erreur d’édition et non d’une rétractation ?

Oui, je confirme qu’il s’agit d’une erreur d’édition parce que je ne suis pas prêt de pardonner aux traîtres de la patrie, ils resteront ainsi. D’ailleurs, dans le manuscrit le nom de Ali Chekkal était destiné à un autre chapitre du livre intitulé : «  Les exécutions ».

Que pouvez-vous nous dire au sujet des déclarations de Nordine Aït Hamouda au sujet du trésor de la « Wilaya 3 » (Kabylie) ?

Je tiens à préciser que je ne veux polémiquer avec personne et que chacun est libre de dire « sa vérité ». Le trésor de la « Wilaya 3 », que nous avons collecté pendant la guerre de Libération nationale, a été restitué à l’État algérien, c’est mon père (Le colonel Mohand Oulhadj, NDLR) qui a pris la décision et par l’intermédiaire de M. Abdelmdjid Meziane, secrétaire général du Président Ben Bella à cette époque au Bureau politique (BP), tout a été remis à la « Défense nationale » en contrepartie d’un récépissé signé par M. Abdelkader Chaboub.

Vous avez déclaré détenir encore d’autres archives au sujet de cette période charnière, d’autres publications vont-elles s’en suivre ?

Il reste encore des documents que j’ai moi-même cachés dans des cimetières, il n’y en a pas beaucoup, mais certains se révèleront d’une importance capitale, je continuerai à écrire en me basant sur mes archives, car il faut tout de même avoir des preuves pour avancer des faits ou en infirmer d’autres.

Avant de mourir, votre père vous a-t-il fait des confidences ou donné des conseils à suivre ?

Il m’a conseillé d’écrire l’histoire, car les personnes meurent, mais les écrits restent. Actuellement, beaucoup de gens parlent d’histoire sans pour autant apporter la moindre preuve de ce qu’ils disent. Personnellement, j’ai des preuves et j’ai écrit, j’écrirai encore plus pour informer la population algérienne et l’inviter à reconstruire son pays.

Votre père a-t-il regretté des décisions prises lors de la guerre de Libération nationale ?

Mon père a pris énormément de décisions lors de la Guerre surtout en sa qualité de chef de la « Wilaya 3 ». Il a pris des décisions pour arrêter les crises qu’a eu à affronter sa région à l’image de celle dite « des officiers libres » ou encore « de la bleuite » et ce de façon modérée, sans faire couler de sang. Après cela, il a pris contact avec toutes les « Wilayas » pour tenter de les aider à continuer le combat pour la libération du pays, il a même pris contact avec les responsables de l’extérieur pour les informer de ce qui se passait dans la « Wilaya 3 ».

 

Crédit photos : © Ajqas / Kabyle.com

Entretien réalisé par : Ajqas

 

 

 

 

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