Un mois de ramadan violemment anti-kabyle vient de s’écouler en laissant ses traces en Kabylie. Notre région a vécu pendant un mois sous ses décombres, comme sous l’effet d’une catastrophe naturelle qui s’abat sur elle, la laissant impuissante. Dépassés par l’islamisme galopant, éreintés par des conditions de vie des plus difficiles, se sentant incapables d’assumer des initiatives personnelles pour se défendre, les Kabyles se sont réfugiés soit dans la soumission soit dans la cachette. Deux recours typiquement anti-kabyles.

Bgayet - Mosquée Abdelhamid Ben Badis - S. MOKRANI KABYLE.COM D.R.
Le mois a été catastrophique à plusieurs niveaux. A titre d’exemple, une ville comme Vgayet a sacrifié la moitié de sa saison estivale, ce qui constitue sa seule source significative de revenus. Alors que nos voisins tunisiens ont reçu très peu de touristes cet été, à cause de la conjoncture politique que traverse le pays, le potentiel touristique de l’Afrique du nord aurait pu être, du moins en partie, redirigé vers la Kabylie. Un nouvel ordre est établi dans notre région et elle doit réagir, faute de quoi on se demande à quoi elle ressemblera dans quelques années.
Alors que le mois de ramadan se termine, il y a donc lieu de réfléchir sur l’enfer que nous venons de vivre et sur les leçons à tirer pour aborder les ramadans qui nous attendent. Il faut tout d’abord souligner la vérification de la thèse que nous avions avancée au début du ramadan, à savoir l’absence de répression policière des non-jeûneurs. Le pouvoir algérien pourra se féliciter d’avoir fait respecter un ramadan anti-kabyle sans protestation, sans arrestation, sans procès et sans créer la moindre occasion de provoquer la mobilisation. C’est est important pour un régime tel que celui de Boutef, d’une part soucieux de son image, et d’autre part situé dans un contexte historico-géographique où les dirigeants se font balayer par des révolutions populaires, ou même par les bombes.
Mais nous voilà arrivés au cœur du sujet. Si la terreur d’état n’est plus frontale, elle n’a pas disparu, elle a juste changé de caractère. Elle est désormais endogène ; c’est la société elle-même qui s’auto-oblige à respecter le ramadan. Or, comment la répression endogène est-elle rendue possible et sur quels éléments repose-t-elle ? De notre point de vue, la soumission endogène de la Kabylie au ramadan fasciste de 2011 s’appuie sur quatre mécanismes.
La dictature religieuse d’une minorité islamo-fascisante
Elle est le résultat de l’alimentation continue de la société civile en islamistes fanatiques qui incarnent encore le terrorisme et la cruauté. Par sa violence et sa réputation, cette frange de la population rappelle perpétuellement à la société que l’ordre fondamentaliste est présent. Pourtant minoritaires, la seule présence des islamistes suffit à porter l’effet dissuasif recherché par le pouvoir, de manger/boire en public.
L’atomisation de la société
En l’absence de structures de changement social dignes de ce nom –organisations, partis politiques-, pour prendre la défense de la société civile face à une agression animique, économique et sociale comme celle du ramadan anti-kabyle, le citoyen est livré à lui-même pour résister. En théorie, un gérant de restaurant peut prendre l’initiative individuelle d’ouvrir, pour prendre un exemple. Mais étant presque entièrement convaincu que son acte ne sera pas défendu par la collectivité et qu’il sera seul à subir les représailles –prison, fermeture du commerce etc-, une telle idée ne lui vient même pas à l’esprit. L’atomisation de la collectivité favorise la soumission puisque car l’union est la seule arme des masses populaires dans leur défi de l’ordre établi par une minorité qui détient la force.
Le poids du tabou
Sur le plan économique, la Kabylie, a-t-elle les moyens de perdre un mois de travail ? Sur le plan scientifique, est-il indiqué de passer 16 heures sans boire de l’eau par 40 degrés ? Sur le plan psychologique, est-il sain d’avoir à se cacher pour manger avec la peur au ventre de se faire lyncher ? Pour arriver à analyser notre réalité et, trouver des solutions, il est absolument nécessaire de lancer le débat social correspondant. Or, c’est précisément cela qui est rend impossible par notre régime, qui a au fil des années édifié le tabou du ramadan, le rendant ainsi intégriste. Par l’absence de discussion sur un sujet, un citoyen ne sait pas ce que pensent les autres, et est induit à penser qu’ils adhèrent à l’ordre établi, c'est-à-dire qu’aucun problème ne se pose pour eux. Ils deviennent un élément de répression pour lui, alors qu’il ne sait même pas ce qu’ils pensent. Inversement, il est aussi un élément de répression pour eux, alors qu’ils ignorent ce qu’il pense. Ainsi sévit le tabou, et il interdit le débat pour protéger et perpétuer les réalités tellement absurdes qu’elles s’effondreraient à l’issue d’une seule discussion.
Le sens démesuré du respect chez les Kabyles
Ce n’est pas un mythe. Nous les Kabyles sommes immensément respectueux. Nous ne voulons, pour la plupart, en aucun cas être pris pour des malpolis. En instaurant peu à peu une morale sociale qui assimile le non-respect du ramadan au manque de respect aux non-jeûneurs, à la mauvaise éducation et au manque de politesse, le pouvoir touche une corde extrêmement sensible des Kabyles. Les non-jeûneurs deviennent plus réticents à s’assumer publiquement et se voient obligés de se plier à un ramadan qu’ils n’observent pas, pour montrer de la considération et du respect aux concitoyens qui jeûnent.
C’est pour cela qu’il serait anti-kabyle de recourir à la désobéissance civile basique en Kabylie, c'est-à-dire d’appeler les non-jeûneurs à manger dans la rue pendant le ramadan. Ce serait inapproprié et inefficace, parce que cela irait à l’encontre du sens de la politesse élémentaire chez les kabyles. Il faut aussi noter que même en temps normal, nous les Kabyles ne mangeons pas devant les autres sans leur proposer de partager. Manger dehors rue pendant le ramadan relèverait d’un double manque de politesse pour nous.
Perspectives
Il y a lieu de le signaler s’il y a eu confusion : le propos de nos écrits du ramadan n’est pas de critiquer l’islam ni le ramadan mais bel et bien la façon dont ils sont utilisés par le pouvoir vicieux qui nous gouverne pour nous opprimer. Le ramadan de 2011 a été appliqué par l’obligation et l’oppression, au mépris de la diversité religieuse et sociale des kabyles, dans l’absence de débat et dans un contexte socio-économique insurmontable pour les classes sociales défavorisées. Nous avons donc décidé de le désigner par fasciste, intégriste ou obscurantiste, et c’est vers lui et ses architectes que nos critiques portent.
Comme nous défendons la kabylité, c'est-à-dire la liberté et le respect, il ne s’agit pas de remplacer une intolérance par une autre. L’alternative au ramadan khoroto n’est pas un ramadan où les jeûneurs se sentiraient tentés ou agressés par les non-jeûneurs. Ce que nous recherchons, c’est de comprendre les piliers du ramadan fasciste pour (re)construire le ramadan kabyle, où tous auront leur place dans un esprit d’équilibre et de respect mutuel.
Pour revenir aux quatre mécanismes détaillés plus haut, chacun de nous imaginera les solutions pour les démonter. Ici, nous nous contenterons de donner deux pistes de réflexions au sujet de ces mécanismes :
- Aujourd’hui le non-jeûneur doit choisir entre manger à sa guise comme il l’a décidé et ne pas manger et de passer pour un mal élevé. Pour construire une société où le non-jeûneur sera respecté dans son choix sans devoir se sentir mal poli, il faut par exemple ouvrir les restaurants et les cafétérias. Ainsi les gens pourront s’attabler et manger à leur guise, sans gêner et sans être gênés et d’éviter de jouer la comédie de celui qui fait le ramadan. On démocratise ainsi le ramadan, qu’on le rend doux, miséricordieux, respectueux autant des jeûneurs que des non-jeûneurs.
- Si le ramadan fasciste existe essentiellement grâce au tabou qui l’entoure, il faut casser la loi du silence. Elle perpétue un tabou malsain, entretient les préjugés et la loi du plus fort qui dessert fortement la majorité. Dans la pratique, cela ne se fera en qu’en lançant les vastes chantiers de réforme républicaine populaire. A travers des projets de proximité, des campagnes de conscientisation, des conférences et des débats, il faut que les associations et mouvements populaires donnent la parole à la population et créent le débat nécessaire pour la reconquête du ramadan et de l’islam kabyles. Dans cette démarche, il existe même des alibis religieux précieux, comme l’ijtihad, à ne pas rater pour la survie même de notre culture ancestrale, désormais très sérieusement menacée.
Samia Ait Tahar.

Bgayet été 2011 - S. MOKRANI KABYLE.COM D.R.


Commentaires
Ramadhan anti-kabyle?!?!?
Ramadhan anti-kabyle!!! du n'importe quoi!!
Franchement, c'est de la paranoia
annagh ayoudhayen!!!
Acu kixdem Remdan ayamaghvun, dimlyaren guemdanen diddunit iguzame ulac win dinan awal,Tsagi itsugdud???? Nek uffighed qarnagh Amazigh = Homme Libre anidhat tlelli nwid yuzamen?Latetsnadhim ghaf ecwal, awentidifk rebbi wahedhwen kan ayimcumen...
Khetchini Dhamraveth
Je sens du maraboutisme dans tes propos mon cher!!!!
Le cadeau de l'aïd de Kadafi à Boutef : une patate chaude !
Kadafi, sa famille et sa suite (notamment ses amazones-garde du corps) sont allés en Algérie en cortège de Limousine blindée !
Finalement, ni les mercenaires de Boutef, ni les armes ayant transité par Jijel, n'ont suffi pour sauver son accolyte Kadafi.
Iflisen Umellil
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