Dans l’éditorial publié il y a une dizaine de jours, nous avions avancé a lancé la thèse selon laquelle le est régime en période vengeance et de représailles contre la Kabylie, qui a perdu la bataille livrée contre lui : celle ralliement du reste de l’Algérie à la cause de la démocratisation du pays. Quelques jours plus tard, l’incommensurable tragédie vécue à Fréha est venue, à notre sens, appuyer cette thèse. Le pouvoir est en pleine expédition punitive contre nous, plus exactement dans la phase ou il peut se permettre des atteintes physiques contre des civils pris au hasard, et ceci impunément. Pourtant, notre situation n’a pas toujours été ainsi. Il fut un temps où toucher à l’un des nôtres revenait à toucher à tous. Nos liens ethnologiques étaient fonctionnels. Aujourd’hui, face aux trois exactions récentes des forces militaires algériennes, pourtant de nature similaires à celui contre Massinissa Guermah, la Kabylie ne réagit pas de la même façon. Pour le cas de Fréha, il faut noter deux faits importants :
1. La faible intensité et la nature de la mobilisation suscitée. Le journal Liberté, pratiquement un relais du pouvoir algérien, couvre la marche de protestation de Fréha le 15 Septembre et se réjouit des « appels au calme et à la sagesse [qui] fusent à travers un mégaphone tenu par un de membres de la famille Kaci, visiblement inquiet quant à d’éventuels débordements » et du fait que la situation ait été « bien maîtrisée » malgré la tension palpable. Ainsi, en 2011, un militaire tire sur trois civiles désarmées, en robe à fleurs, dans une rue éclairée. Deux se sauvent et l’échappent belle, mais la troisième est touchée. Selon des témoignages recueillis sur place, l’assassin a vidé son chargeur sur la victime. Face à un innommable crime et une flagrante provocation, nous répondons par une marche pacifique, pire, nous calmons les esprits et nous détenons la colère. Pour exiger le départ de la caserne et le retour du territoire occupé à sa fonction agricole, nous faisons des minutes de silence.
2. Un discours stérile de nos élites politiques traditionnelles. Alors que c’est le rôle et la raison même d’être du FFS et du RCD d’apporter des analyses politiques et des solutions aux problèmes vécus par la population, ceux-ci se dérobent complètement. S’exprimant pratiquement avec les mêmes mots, les deux partis kabyles classiques revoient la balle à la société civile pour solutionner le problème : elle doit rester « solidaire » et « vigilante » pour mettre à échec les « complots » concoctés contre la Kabylie. Le commentaire est creux : d’une part il n’analyse rien, d’autre part, on ne comprend pas ce que rester vigilant ni solidaire signifie ou s’organise en pratique. Fuyant leur responsabilité, les deux partis se rendent complices du massacre perpétré, et peut-être à venir, contre le peuple kabyle, puisqu’ils ne lui apportent de moyens ni pour comprendre son contexte ni pour se défendre.
Le seul commentaire constructif, c’est celui de Ferhat Mehenni, repris par notre journal. Même si ont ne partage pas son point de vue, celui-ci a le mérite d’être porteur et de susciter le débat, ce qui est absolument nécessaire dans des cas aussi graves : « Il s’agit pour le régime de provoquer un soulèvement en Kabylie pour justifier un génocide ». Ne craignant ni le soulèvement de la population algérienne, domptée pour longtemps, ni d’être délogés à la Kaddafi, étant en excellents termes avec les puissances occidentales, le régime algérien a toute la latitude de se concentrer sur la Kabylie, lui faire payer le prix de sa rébellion et la neutraliser à jamais.
Ressaisissons-nous. Appelons un chat un chat et agissons en conséquence. Arabo-islamiser la Kabylie, ce n’est pas de l’incompétence, c’est une politique d’extermination culturelle. Laisser Tizi crouler sous les ordures, ce n’est pas un manque de moyens, c’est du pourrissement sanitaire et psychologique. Détourner des projets et des financements destinés à la Kabylie vers d’autres régions, ce n’est pas le fruit du hasard, c’est une politique volontaire d’asphyxiation économique. Empêcher la création d’emplois en Kabylie, ce n’est pas un manque de libéralisme économique, c’est une politique de paupérisation du peuple kabyle. Et exécuter un civil désarmé, ce n’est pas une bavure militaire, c’est un crime d’état.
Agir en conséquence pour le peuple kabyle signifie une seule chose : timanit. Il faut impérativement que le peuple kabyle se rassemble autour de son droit légitime à l’auto-gestion. Akfadou, Azazga et Fréha démontrent qu’il y va désormais de sa vie. L’expédition punitive sanguinaire dans laquelle est engagé le pouvoir ne nous coutera pas moins que cela.
Samia Ait Tahar.


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