Nous sommes mis devant le fait accompli. Le mois d’Août 2011 a apporté le ramadan avec lui. Et les autorités algériennes en ont fait un ramadan plus intégriste que jamais. Qu’est-il de l’esprit de résistance kabyle légendaire ? Se manifeste-t-il dans des situations comme celles-là ? Den ombreux bruits courent sur des villages ou des régions où les restaurants et les bars ouvrent. Nous décidons de nous déplacer et de nous enquérir de ce qui en est. C’est à un village sur les hauteurs des montagnes entourant Tizi-Ouzou que nous nous dirigeons pour ce premier reportage sur la résistance active au ramadan intégriste.
Bravant la répression policière potentielle et l’interdit socio-culturel entourant le ramadan, un café du village décide d’ouvrir ses portes comme d’habitude. Nous arrivons sur place le premier samedi, caniculaire, du mois de ramadan. Situé en face du siège de la police communale, à une cinquantaine de mètre de la mosquée du village, le portail est tiré ; il est ouvert mais on ne voit donc pas les gens qui sont dedans depuis l’extérieur.
Risque ou pas risque ?
A notre entrée, nous le sentons tout de suite, l’ambiance est tendue. Nous prenons place à une table au hasard pour recueillir les avis clients, au départ plutôt réservés. « A n’importe quel moment il peut y avoir une descente de police. On se ferait tous embarquer ». Le gérant et les clients sont däailleurs catégoriques : ils nous laissent entrer pour réaliser le reportage, mais nous nous engageons à ne citer ni le nom du café, ni celui du village, ni même la région de grande-Kabylie du lieu où nous sommes, par crainte de représailles. Si le café est ouvert, ce n’est pas non plus le reflet de l’esprit du village ; celui-ci se plie aux consignes du ramadan obscurantiste de 2011. Ouvrir le café et venir s’y attabler correspond à un risque, « nous l’assumons », insistent les clients attablés. Mais pourquoi prennent-ils se risque ? Tout simplement parce que les gens qui son là considèrent que la religion relève de la sphère privée et que le mois de ramadan n’a pas à interférer avec les habitudes sociales du village, explique un jeune homme. D’ailleurs, fait remarquable, on trouve même des jeûneurs dans ce café. Un autre client poursuit : « nous prenons le risque parce qu’au fond, nous avons l’habitude. Tout, dans notre société tourne autour de la prise de risque, il y a tellement de choses interdites ».
Mais tout le monde n’est pas de cet avis. Pour Hamid, être ici ne présente aucun risque, il se sent en sécurité. Certes, on ne s’affiche pas, l’islamisme ayant avancé considérablement ces dernières années, mais les structures traditionnelles villageoises garantissent encore des libertés. Elles protègent ceux qui veulent manger publiquement pendant le ramadan de la répression du pouvoir. Paradoxalement, c’est bien latradition, qui sévit encore à travers les structures sociales, qui est garante de modernité. Et contre ces structures, les architectes et les partisans du ramadan intégristes ne peuvent rien. « C’est nos traditions et nos structures sociales qui nous sauvent. Si nous voulons vivre libre, il faut dons en prendre grand soin et les défendre », constatent les clients. Ainsi, certains considèrent qu’en venant s’attabler au café ouvert de taddart, ils ne prennent aucun risque véritable… « pour le moment, » nuancent-ils.
Recul
Et cette nuance est très importante. Elle exprime la fébrilité des villageois et leur manque de confiance en l’avenir sur le plan de la pratique des libertés individuelles et religieuses. Ces dernières années, les villageois disent constater un recul important de ces libertés. « Il y a dix ans, on pouvait trouver des cafés ou des bars ouverts au vu et au su de tout le monde, y compris à Tizi. Puis cette liberté s’est vue réduire jusqu’à la commune. Maintenant, elle existe seulement au niveau du village, et encore, nous sommes obligés de nous cacher pour prendre notre café », regrette Hamid.
Dans le village, si la liberté sociale de fréquenter le café pendant le ramadan est tolérée par les villageois, qui savent qu’il ouvre, elle n’est pas pour autant bien vue. « 90% des habitants ici considèrent ce que nous faisons comme un sacrilège ». Pourtant, et alors que beaucoup prendraient ces non-jeûneurs pour des provocateurs, l’aspect provoc est complètement absent de leur discours. Un jeune homme l’explique: « je ne réclame pas du tout le droit de manger dans la rue, car pour moi cela serait manquer de respect aux jeûneurs. Mais je veux pouvoir prendre un café au café du coin, comme en temps normal, si je le veux. C’est le seul droit que je revendique ». Une tolérance qui, dans le contexte d’hostilité vécue par les jeunes du café, force l’admiration.
A la table, Réda, un jeune jeûneur, fréquente le café et nous livre ses commentaires. « Je respecte toutes les religions et je jure sur jma3 liman. Alors que je jeûne, je viens dans ce café car il incarne le respect. Je suis respecté dans mon droit de jeûner et je respecte le choix des autres de ne pas jeûner. Je considère que je donne l’exemple aux musulmans pratiquants. Je peux même payer un café à un ami ici, car mon orientation religieuse musulmane est laïque avant tout. Mon acte de résistance, c’est ca ».
Résister, c’est aussi influencer le cours des choses là où elles se décident. Volontaire et constructif, Réda va plus loin. Il explique que si les mosquées sont dominées par les courants salafistes, il ne tient qu’à ceux qui pensent autrement à se mettre au travail. Il faut intégrer les lieux et créer un courant concurrent au fondamentalisme, rassembler les croyants autour de la tolérance, le droit à la différence, la liberté et la diversité religieuse. « Inchallah, lorsque je commercerai à faire la prière, je travaillerai dans ce sens ».
A qui la faute ?
Les jeunes hommes du café sont unanimes ; ils essayent d’être optimistes mais ils ne le sont pas. Ils voudraient bien voir des jours meilleurs mais ils ont du mal à y croire. Cela est essentiellement dû au recul gigantesque des libertés religieuses, individuelles et démocratiques. « La terreur d’état est installée », « les droits fondamentaux ne sont plus garantis », ainsi s’expriment les jeunes.
Et pour expliquer cet état de fait, ils pointent du doigt plusieurs facteurs. Par exemple les énormes investissements dans les mosquées devenues des institutions fanatisantes. « Pourquoi les donneurs de fonds ne font pas construire des foyers de jeunes ou des centres de loisirs ? ». On évoque aussi l’anéantissement de la vie associative et politique et le fait que cela a ouvert la voie à l’intolérance. Mais à l’intervention d’un autre jeune, Idir, c’est un aspect bien plus profond qui est soulevé: l’éducation scolaire. « L’école n’apprend pas la tolérance. Nous, nous connaissons cette valeur car nous l’avons trouvée chez nos parents et ancêtres. Mais à l’école elle était totalement absente. Il n’est pas étonnant de voir que personne n’est gêné de voir quelqu’un condamné parce qu’il a bu de l’eau, uniquement parce que c’est le ramadan ». Il faut, pour Idir, éduquer la population, et ceci non seulement à l’école mais aussi dans la société, et terminer l’amalgame social entre non-respect du ramadan et manque de respect envers les croyants ou la communauté. Il ne faut plus que cela soit vu comme de la provocation, insiste notre jeune interlocuteur, visiblement engagé et affecté par la morale sociale.
… et à qui incombe la responsabilité du changement ?
Et si on allait encore plus loin. Quen pensent les jeunes de braver l’interdit en public, manger ou boire directement dans la rue ? « Les initiatives personnelles ne servent à rien. Car la majorité pense comme elle pense », lance Riad, direct et tranchant. Nos amis autour de la table concluent : il faut réformer l’école dès la base. Sur le plan local, il faut trouver les manières pratiques de barrer le passage à l’intégrisme.
C’est sur la pointe des pieds que nous quittons les lieux, de peur d’éveiller la susceptibilité des gardes communaux en face. Ils doivent savoir, tout en le tolérant, ce qui se passe dans le café. Nos échanges à cœur ouvert, dans une certaine tension se terminent ; notre état d’âme est mitigé. Nous partons tristes de voir dans quel état de colonisation et d’oppression les villages de le Kabylie abandonnée se trouvent aujourd’hui. Des piliers socioculturels kabyles tels que la laïcité et la tolérance, maintenues pendant des dizaines de siècles, sont très sérieusement menacés. Mais nous partons rassurés de savoir qu’il existe encore des héros de l’histoire ; ces kabyles qui résistent et qui défendent l’ordre traditionnel républicain, en risquant gros. C’est avec beaucoup d’enthousiasme que nous diffusons leur témoignage ; aussi bien rendre hommage à leur sens de la droiture et leur courage, que pour inspirer d’autres à suivre leur valeureux exemple.
Vive la Kabylie belle et rebelle !
Vive le peuple kabyle fier et insoumis !
Samia ait Tahar.


Commentaires
non jeuneur
les kabyles qui ne font pas le ramadhan sont des "ignorants" des jouhalla...s'ils etaient des vraie chretiens comme au liban...de pere en fils depuis jesus ce sera tres logik...mais chez les k'bayels on ne comprend rien...cé des athés???cé des jouhalla???cé koi au just...rabi yehd'ina
ne pas faire careme...ou boire l'alcool ...ou manger le porc...cé pas la catastrophe pour une algerie qui est fiere de la culture "arabo islamique....car ces "non" musulman de la derniere heure ne represente heureusement q'une goutte ds un ocean ....essallam
Sisalah l'aliéné !!!
L'arabo islamisme c'est comme pour les maladies auto immunes,il n'y a pas encore de traitement !!. Te rappeller que l'intolérance est dans votre culture désertique ne sert à rien !. Alors va étaler ton aliénation ailleurs et laisse les kabyles faire ce qu'ils veulent,la religion est du domaine privé !!.
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