Le Djurdjura , cette majestueuse montagne du mont tellien de 300 millions d’années, est un imposant et authentique reflet de la Kabylité. Insoumise, fière, somptueuse mais aussi protectrice, clémente et maternelle, la montagne du Djurdjura recèle l’histoire immémoriale de la Kabylie et est un foyer principal de notre culture.

Elle a comme transmis à ses enfants sa pureté et sa combativité ; et c’est ainsi que s’est forgé un peuple à la fois raffiné et indomptable. Classé patrimoine de l’humanité par l’UNESCO, pour sa biodiversité, l’autochtone Adrar N Djardjar fait face aux problèmes habituels posés par la modernité. Décharge sauvage, pollution, distorsion du paysage, divers pillages, déforestation ; aggravés par un manque notoire de conscience et donc de valorisation ; voici les principaux défis auxquels montagne se trouve livrée. Le Djurdjura aura largement mérité l’exemplaire hommage rendu par le festival de la montagne et du tourisme du 23 au 27 juillet, une première dans le genre. C’est l’association environnementale Tezdeg qui en est l’initiatrice et qui est à remercier pour ce travail d’importance capitale pour la valorisation de notre patrimoine culturel et naturel, et par delà, la survie même de la culture et du peuple kabyle.

Photographie Samia Ait Tahat Kabyle.com juillet 2011 Tous droits réservés
Les perturbations dues aux grèves des transports rendent la vie infernale à Tizi-Ouzou depuis plusieurs semaines, elles ne facilitent aucun déplacement. Le jour où nous montons à michelet pour réaliser ce reportage, il y a en plus des blocages sur la route de Larba Nath Iraten, ce qui nous oblige à passer par Tala Amrane. C’est donc au terme de deux bonnes heures de route de Tizi que l’on arrive au village d’Azrou, commune d’Illilten, daira d’Ifarhounène. Mais aussitôt arrivés, la fatigue se dissipe comme par magie. Situé au pied du célèbre Azrou N Thour, au cœur du Djurdjura, l’endroit est à couper le souffle. Ici, l’air et l’eau ont des saveurs uniques, les gens sont hopsitaliers, l’ambiance est joviale mais sérieuse, déterminée à mener à bien la première édition du festival de la montagne et du tourisme.
A l’origine, c’était un une orientation purement montagne qu’on voulait donner au festival, explique Massinissa Ait Amrane, président de Tezdeg et un initiateur du festival. Mais rapidement, le tourisme s’est imposé comme l’autre composante, de poids égal, de ce festival. Pourquoi ? Parce que le tourisme est un moyen efficace, si ce n’est le seul, pour faire de la préservation d’un patrimoine naturel une source de des revenus pour la région. L’idée de développer le tourisme est donc très judicieuse pour lutter contre les problèmes qui menacent la montagne.
Et quels sont ces problèmes ? Massinissa les énumère. Tout d’abord, la décharge sauvage, un problème qui touche toute la Kabylie depuis une dizaine d’années. Il y a ensuite la dégradation du paysage ; en termes d’appauvrissement et de distorsion. L’appauvrissement vient de divers pillages que subit la montagne, la distorsion du paysage étant une conséquence. Par pillage, on entend déforestation, ou pillage du bois, au profit du secteur du de la construction et du bâtiment. Mais il y a aussi le pillage de la roche. En effet, on assiste à l’installation de coopératives ou multinationales, travaillant sous contrat, et ayant pour activité d’extraire la pierre et la concasser pour en faire du sable, autre matériel très précieux pour la construction. Les divers pillages ne causent pas uniquement la triste distorsion esthétique du Djurdjura, il mettent dangereusement en péril l’équilibre écologique de la montagne. Et la demande sans cesse croissante dans le secteur de la construction n’arrange rien à la situation et rend le massif gravement vulnérable.
Le développement durable : l'âme autochtone
Massinissa poursuit : « voilà pourquoi le slogan du festival est la vulgarisation et la valorisation du patrimoine naturel et culturel. Nous voulons mettre en évidence toutes les potentialités de la région », en particulier ses capacités à devenir le moteur d’une économie locale. Cependant, sur le plan stratégique, avant d’aborder les opportunités économiques, il faut absolument commencer par changer la façon de voir de la population locale, explique Massinissa. Il s’agit d’abord de former les consciences sur le fait que la montagne peut être vue autrement que comme un bien à piller ; elle peut être au contraire une opportunité dorée pour les randonnées, l’escalade, le parapente, source de bien-être et d’équilibre –pour peu, justement, et qu’on le maintienne propre et qu’on la préserve en le protégeant du pillage. C’est alors, une fois qu’on aura appris à valoriser notre patrimoine et le voir autrement, que nous pourrons le rendre disponible à ceux qui payeront ce service, générant emplois et revenus pour la population. En un mot, développer le tourisme. C’est toujours l’écologique qui est intéressant à long terme, y compris sur le plan économique. On redécouvre les principes du développement durable, depuis longtemps érigé par les peuples autochtones du monde.
Il faut aussi noter que Illilten possède un atout supplémentaire pour développer le tourisme et les sports de montagne : elle bénéficie d’un contexte sécuritaire hors-pair et n’a jamais été touchée par le terrorisme.
Valorisation et découverte
Le festival fut préparé en un temps reccord mais il a obtenu un certain nombre de sponsors. Un programme riche et ambitieux a été monté autour de la valorisation et de la découverte. Le festival été ouvert par Karim Abranis, le célèbre chanteur originaire de la région. On a ensuite procédé à l’ouverture des stands d’exposition artisanale, comprenant poterie, bijou, tapis, robe, gâteau traditionnel, sculpture sur bois, peinture. S’est joint l’association de jeunesse innovatrice pour l’environnement (AJIE) et l’association universitaire Ecoaction. A noter également la participation de la subdivision de Larba Nat Iraten de la Direction de conservation des forêts, qui a illustré ses activités. Les expositions se sont tenues dans les locaux du lycée d’Illilten et ont duré trois jours.
Sur place toujours, Ferroudja Moussaoui de l’association Amusnaw a assuré une formation sur le tourisme durable. Une conférence complémentaire sur le thème a été donnée par P. Dahmani, président du club sportif Etoile du Djurdjura. Dans le même ordre d’idées, Farid Ahmed, président l’association Tajma3t nel djebla a présenté l’expérience de tourisme solidaire que son association organise une fois par an depuis quelques années. Elle consiste en la location de gîtes traditionnels rénovés à des touristes. La dernière conférence à signaler est une conférence-débat sur le sujet crucial des opportunités économiques de développement en zone montagneuse. « Nous voulions expliquer les activités agricoles qui peuvent être développés dans la montagne, y compris les petits élevages, et les soutiens économiques qui peuvent être obtenus », explique Massinissa.
Mais les activités du festival sont sorties du cadre du village de Azrou. Dés le premier jour, on a effectué une visite guidée à Zubga, le village modèle de Kabylie. Désigné comme étant le plus propre de Kabylie au terme d’un concours organisé par l’APW de Tizi, Zubga compte en plus avec un comité de village très dynamique, ce qui se reflète dans le niveau social et culturel de ce petit village. Il possède en effet un musée, un stade, une crèche, un foyer de jeunes et une ambulance, entre autres. Il y a eu aussi une randonnée qui a réunit des jeunes et moins jeunes, a démarré à Ait Aissa Ouyahia à 6 heures du matin pour terminer à Azrou N Thour. Cette activité a été encadrée par des gardes-forestiers de Parc Djurdjura et des membres du club de sports de montagne Etoile du Djurdjura. Enfin, pour ce qui concerne les virées, on a visité le musée d’objets traditionnels, musée personnel de Amar Oumalou, dans le village de Tizi Oumalou.
Et le résultat concret le plus immédiat du festival : la création d’un réseau de tourisme de montagne en Kabylie, à l’issu d’une table ronde. Les dix associations qui le constituent se sont donné rendez-vous en Septembre pour donner corps au réseau.
Bilan et continuation
Le programme initial, pourtant ambitieux, a pratiquement été suivi. A noter, des activités annulées, comme l’escalade et le parapente, qui allaient se tenir sous l’égide des clubs sportifs Kabylie Evasion et Sports de montagne de Bejaia à cause d’empêchements de dernière minute pour ces clubs. Sur le plan logistique, il a fallu prendre en charge les participants. Pour l’hébergement, on a utilisé les locaux du lycée de Ifarhounène. Le transport entre ce dernier et le lycée de Illilten a été aussi assuré par le festival, à l’instar des repas. Il s’agissait au total d’une cinquantaine de personnes.
Sachant que c’est dans le délai record d’un mois et demi que tout a été organisé, que la médiatisation a été du coup largement en-deçà de ce que l’événement méritait, il faut dire que la mise en pratique de l’idée force admiration par sa rapidité et son efficacité. D’ailleurs Massinissa se dit globalement satisfait. « Essentiellement à cause des temps courts de préparation, les moyens rassemblés étaient dérisoires, il y avait trop peu de sponsors pour tout ce qu’on se proposait de faire et presque aucune médiatisation. Heureusement l’APC de Illilten a répondu présent ». Il insiste à remercier publiquement son collègue Takfarinas Nait Arabane pour ses efforts soutenus pour rendre ce festival possible.
Ahmed Nait Sai, réalisateur, intervient au festival en tant que garde-forestier. Pour lui cette activité est une grande réussite. « Le plus beau, c’est de voir que la population locale a répondu oui à notre appel, et le message que l’on voulait faire passer est transmis : valorisons notre patrimoine naturel et culturel commun, prenons-en soin ». Ahmed poursuit : « Azrou est une localité touristique. Si nous, habitants, ne lui accordons pas de la valeur, alors qui le fera ? C’est à l’honneur du festival d’avoir soulevé cette question. Un grand merci à Tezdeg pour cette initiative, et merci aux habitants l’Illilten d’y avoir répondu ».
Quelle suite sera donnée à cette première édition ? Toujours ambitieux, le président de Tezdeg voit la possibilité avant tout d’élargir le cadre du festival du local au national, éventuellement à l’international, puisque c’est l’esprit même du tourisme qui impose la tendance transfrontalière. Mais Massi n’est pas inquiet : « nous avons tissé les liens nécessaires pour cet élargissement. Je suis moi-même membre de humanit-art Algérie et nous avons des contacts avec Lille qui nous aideront ». Le tout sera de s’y prendre plus à l’avance que cette année, termine Massinissa.
Tighri n udrar : l'appel de la montagne
C’est vraiment difficile de quitter Illilten, surtout lorsqu’on n’y a passé que quelques heures. La magie du site naturel, l’importance du thème du festival et la générosité des présents sur place font qu’on reste sur notre soif et nous compliquent sérieusement la tâche de notre retour à Tizi. Le rendez-vous est pris pour l’année prochaine, où nous profiterons chaque jour d’un festival qui aborde un sujet et des thèmes d’une importance capitale, où l’association Tezdeg promet un élargissement aussi bien qualitatif que quantitatif de cette première édition, où, nous l’espérons, la médiatisation méritée de cette idée drainera des foules pour participer, apprendre et agir.
Si le Djurdjura nous a un jour abrités, nous qui fuyions les colonisateurs, s’il nous a permis de nous établir, de nous émanciper et de nous fortifier, il serait inqualifiable de l’abandonner à la décharge, à la pollution et au pillage. Si les conjonctures mondiale et nationale, que nous les kabyles vivons aujourd’hui, veulent nous emmener à survivre en pillant et en vendant le Djurdjura, nous devons savoir dire non et voler au secours de celle qui, de tous temps, nous donne la vie.
Samia Ait Tahar


Commentaires
tourisme de montagne
je dirais que c une bonne initiative de penser ainsi et surtout de valoriser le developpement durable et le tourisme de montagnenous avons un trésor comme le djurdjura ou nous pouvons faire tas de choses et sutout de faire venir des touristes de partout chez notre kabylie qui souffre.je souhaite que les autorites et surtout l'APW de TIZI mis les moyens necessaire a contribuer et encourager cette initiative merci a tous et bonne continuiteé et nous remericions aussi notre colegue samia Ait tahar pour son reportage
H.Sediki
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