Voir la version complète : Tournez le sablier
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Ce n’est pas tous les jours qu’on change d’année. Quoi de plus naturel que de fêter le nouvel an, de se plier au rituel des voeux ? Bonne année ! Bonne santé ! On s’embrasse une fois, deux fois, trois fois, sur le front, sur la joue, sur les autres parties du visage. Geste courant, habituel, spontané. Il y en a qui tendent la main, d’autres qui tournent le dos, d’autres encore qui pratiquent le baiser mafieux qui peut être fatal. Evénement ? Non événement ? Ce qui est certain, c’est que lorsque sonnent les douze coups de minuit, lorsque rugissent les sirènes des bateaux, tous, autant que nous sommes, Musulmans, Juifs, Bouddhistes et non Chrétiens, nous célébrons l’année nouvelle. Le symbolique prévaut sur le rationnel. Les souhaits que l’on adresse aux autres, s’ils font partie des usages et de la bienséance, brisent parfois les distances et renouent le lieu social.
Mais parfois, les voeux masquent les vraies questions. Le rituel prend alors assise sur toutes les démagogies. Sur fond de magouilles, le luxe s’étale. Les parvenus s’embrassent et se congratulent en agitant leur beau linge. Les fossoyeurs de l’Algérie organisent de gigantesques fiestas en faisant couler le champagne à flots dans les hôtels huppés des grandes villes. Dans les opulentes villas acquises au franc symbolique, entre bourgeois cossus, on se fait la bise ou l’accolade en entrechoquant les coupes débordantes. Bercés au son du raï ou de la techno jusqu’aux petites heures et l’aube, les nouveaux fortunés, rassasiés de caviar, de foie gras et de dindes, se donnent en spectacle comme pour mieux faire un pied de nez à la grande pauvreté sise au bas de la pyramide sociale.
Ecoeurés, les citoyens ordinaires, dont les conditions de vie ne cessent de se détériorer, observent, impuissants, ces orgies gargantuesques et ces soûlographies entre gens «in» solidement protégés par des «gorilles» menaçants. Lorsque l’individualisme féroce et l’égoïsme virulent constituent la norme, lorsque la culture du narcissisme et du «vivre pour soi» deviennent la référence du mode de vie idoine, l’obsolescence de la société n’est plus très loin. Les dysfonctionnements constatés ici ou là et l’aggravation des fractures sociales nous mèneront irrémédiablement vers la désagrégation et l’asphyxie.
Aucune leçon du passé n’a été tirée pour éclairer notre présent. Nous pénétrons l’avenir à reculons. L’incurie a transformé notre belle terre en champs de morts. Nous avons consacré quarante années d’indépendance à aller nulle part. Nos richesses s’accumulent dans les banques étrangères. Notre élite éclairée fuit encore vers des cieux plus cléments. Le pays est à vendre aux enchères. Après la liquidation des biens de l’Etat et la privatisation sauvage, c’est autour de nos ressources énergétiques que se focalise l’attention des corbeaux. On peut accuser les journalistes de noircir le tableau et, ce faisant, de provoquer la sinistrose. La difficulté de faire face aux obstacles amène toujours les politiques à rechercher les responsabilités ailleurs et à désigner les boucs émissaires. Mais cela ne résout pas pour autant les problèmes car, plus que toute autre raison, c’est la situation économique qui influence négativement le moral.
Il nous faut espérer que l’année 2003 amène enfin de bonnes nouvelles de Palestine, d’Irak et de tous les pays englués dans le malheur, qui souffrent de trop d’injustices. Il nous faut espérer l’agonie du fanatisme religieux et du fanatisme idéologique qui minent le monde. Il nous faut enfin espérer que l’Amérique sublime ses pulsions guerrières et désamorce les bombes dont elle vient d’allumer les mèches.
L'ALGEROISE
05/01/2003, 22h37
Provient du message de ben
Ce n’est pas tous les jours qu’on change d’année. Quoi de plus naturel que de fêter le nouvel an, de se plier au rituel des voeux ? Bonne année ! Bonne santé ! On s’embrasse une fois, deux fois, trois fois, sur le front, sur la joue, sur les autres parties du visage. Geste courant, habituel, spontané. Il y en a qui tendent la main, d’autres qui tournent le dos, d’autres encore qui pratiquent le baiser mafieux qui peut être fatal. Evénement ? Non événement ? Ce qui est certain, c’est que lorsque sonnent les douze coups de minuit, lorsque rugissent les sirènes des bateaux, tous, autant que nous sommes, Musulmans, Juifs, Bouddhistes et non Chrétiens, nous célébrons l’année nouvelle. Le symbolique prévaut sur le rationnel. Les souhaits que l’on adresse aux autres, s’ils font partie des usages et de la bienséance, brisent parfois les distances et renouent le lieu social.
Mais parfois, les voeux masquent les vraies questions. Le rituel prend alors assise sur toutes les démagogies. Sur fond de magouilles, le luxe s’étale. Les parvenus s’embrassent et se congratulent en agitant leur beau linge. Les fossoyeurs de l’Algérie organisent de gigantesques fiestas en faisant couler le champagne à flots dans les hôtels huppés des grandes villes. Dans les opulentes villas acquises au franc symbolique, entre bourgeois cossus, on se fait la bise ou l’accolade en entrechoquant les coupes débordantes. Bercés au son du raï ou de la techno jusqu’aux petites heures et l’aube, les nouveaux fortunés, rassasiés de caviar, de foie gras et de dindes, se donnent en spectacle comme pour mieux faire un pied de nez à la grande pauvreté sise au bas de la pyramide sociale.
Ecoeurés, les citoyens ordinaires, dont les conditions de vie ne cessent de se détériorer, observent, impuissants, ces orgies gargantuesques et ces soûlographies entre gens «in» solidement protégés par des «gorilles» menaçants. Lorsque l’individualisme féroce et l’égoïsme virulent constituent la norme, lorsque la culture du narcissisme et du «vivre pour soi» deviennent la référence du mode de vie idoine, l’obsolescence de la société n’est plus très loin. Les dysfonctionnements constatés ici ou là et l’aggravation des fractures sociales nous mèneront irrémédiablement vers la désagrégation et l’asphyxie.
Aucune leçon du passé n’a été tirée pour éclairer notre présent. Nous pénétrons l’avenir à reculons. L’incurie a transformé notre belle terre en champs de morts. Nous avons consacré quarante années d’indépendance à aller nulle part. Nos richesses s’accumulent dans les banques étrangères. Notre élite éclairée fuit encore vers des cieux plus cléments. Le pays est à vendre aux enchères. Après la liquidation des biens de l’Etat et la privatisation sauvage, c’est autour de nos ressources énergétiques que se focalise l’attention des corbeaux. On peut accuser les journalistes de noircir le tableau et, ce faisant, de provoquer la sinistrose. La difficulté de faire face aux obstacles amène toujours les politiques à rechercher les responsabilités ailleurs et à désigner les boucs émissaires. Mais cela ne résout pas pour autant les problèmes car, plus que toute autre raison, c’est la situation économique qui influence négativement le moral.
Il nous faut espérer que l’année 2003 amène enfin de bonnes nouvelles de Palestine, d’Irak et de tous les pays englués dans le malheur, qui souffrent de trop d’injustices. Il nous faut espérer l’agonie du fanatisme religieux et du fanatisme idéologique qui minent le monde. Il nous faut enfin espérer que l’Amérique sublime ses pulsions guerrières et désamorce les bombes dont elle vient d’allumer les mèches.
Que DIEU egzosse tes voeux, mon grand :rolleyes:
B(i)en à toi
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