Ali SAYAD
13/12/2002, 01h58
Lu dans Le Soir d'Algérie, vendr. 13.12.2002.
Mon médecin gynécologue me conseille de ne pas stresser ! Malgré tous mes efforts pour lui faire comprendre que je n’y peux rien, il me répète à chaque fois la même chose. Dans la salle d’attente, une personne me demande si j’étais enceinte.
Cette question brusque me fait sursauter à chaque fois. Je lui réponds : “Non”. Puis une autre question aussi brusque : “Est-ce que tu es mariée ?” Je lui réponds que non. Ses yeux s’agrandissent en me demandant à peu près ce que je venais faire chez un gynécologue. Je réponds : “Je me soigne.” Je ne vais tout de même pas attendre un mariage qui peut ne jamais survenir pour pouvoir soigner ma maladie. C’est dénué de sens ! C’est ridicule de se plier aux exigences d’une société pourrie au détriment de notre santé et notre bien-être. Cette dame parlait et elle m’amusait avec les tonnes de tabous qu’elle a accumulés durant son existence. Elle ajoute, presque en me chuchotant à l’oreille, qu’il ne fallait pas dire à tout le monde que je vais chez un gynécologue : “Les prétendants ne vont pas se présenter à ta porte !” Je la rassure que je n’ai pas de problèmes de ce côté-là et que mes prétendants savent que je vais chez un gynécologue et que j’ai même subi une intervention chirurgicale. Elle me regarde d’un air de celle qui n’en croit pas un mot de ce que je lui dit. Ils ne vont pas se marier avec un cheval de course, ils se marient avec un être humain et ses imperfections et que nul n’est parfait. Un gynécologue est un homme de science qui soigne une partie du corps humain comme d’autres médecins qui sont spécialistes dans d’autres parties. Si l’un des organes souffre tout le corps en souffre, et chaque mal a son remède et son traitement. Décidément, je n’avais pas fini d’étonner cette dame en lui disant que je prenais la pilule (minipilule) en réponse à ses innombrables questions. “Tu prends la pilule avant le mariage”, m’avait-elle dit, étonnée. Je lui ai expliqué que la pilule, avant d’être un contraceptif, est un médicament. Certains troubles hormonaux, certains kystes et dysfonctionnements des organes génitaux sont soignés par des pilules en association avec d’autres médicaments. Il ne faut pas laisser la maladie se développer et se compliquer pour la simple raison qu’on n’est pas mariée pour pouvoir consulter un gynécologue. Et puis, je n’avais pas à me justifier envers cette dame. J’ai pris la peine de lui expliquer des choses parce que je constatais qu’elle avait une petite fille qui jouait dans les couloirs de la clinique. On ne doit pas emmener des enfants dans cet endroit. Heureusement que sa fille n’était pas en âge de comprendre. J’espérais seulement que sa fille n’ait pas le même sort que sa mère, c’est-à-dire attendre un mariage et des enfants pour pouvoir soigner une éventuelle maladie.
Lalla Fadhma n’Soumer
Que l'on soit filles ou garçons (les mêmes problèmes existent chez les unes et les autres), il nous faut apprendre à gérer notre corps, sans tabou, sans se mentir. Le premier mensonge s'adresse d'abord à nous, viennent ensuite les autres.
Mon médecin gynécologue me conseille de ne pas stresser ! Malgré tous mes efforts pour lui faire comprendre que je n’y peux rien, il me répète à chaque fois la même chose. Dans la salle d’attente, une personne me demande si j’étais enceinte.
Cette question brusque me fait sursauter à chaque fois. Je lui réponds : “Non”. Puis une autre question aussi brusque : “Est-ce que tu es mariée ?” Je lui réponds que non. Ses yeux s’agrandissent en me demandant à peu près ce que je venais faire chez un gynécologue. Je réponds : “Je me soigne.” Je ne vais tout de même pas attendre un mariage qui peut ne jamais survenir pour pouvoir soigner ma maladie. C’est dénué de sens ! C’est ridicule de se plier aux exigences d’une société pourrie au détriment de notre santé et notre bien-être. Cette dame parlait et elle m’amusait avec les tonnes de tabous qu’elle a accumulés durant son existence. Elle ajoute, presque en me chuchotant à l’oreille, qu’il ne fallait pas dire à tout le monde que je vais chez un gynécologue : “Les prétendants ne vont pas se présenter à ta porte !” Je la rassure que je n’ai pas de problèmes de ce côté-là et que mes prétendants savent que je vais chez un gynécologue et que j’ai même subi une intervention chirurgicale. Elle me regarde d’un air de celle qui n’en croit pas un mot de ce que je lui dit. Ils ne vont pas se marier avec un cheval de course, ils se marient avec un être humain et ses imperfections et que nul n’est parfait. Un gynécologue est un homme de science qui soigne une partie du corps humain comme d’autres médecins qui sont spécialistes dans d’autres parties. Si l’un des organes souffre tout le corps en souffre, et chaque mal a son remède et son traitement. Décidément, je n’avais pas fini d’étonner cette dame en lui disant que je prenais la pilule (minipilule) en réponse à ses innombrables questions. “Tu prends la pilule avant le mariage”, m’avait-elle dit, étonnée. Je lui ai expliqué que la pilule, avant d’être un contraceptif, est un médicament. Certains troubles hormonaux, certains kystes et dysfonctionnements des organes génitaux sont soignés par des pilules en association avec d’autres médicaments. Il ne faut pas laisser la maladie se développer et se compliquer pour la simple raison qu’on n’est pas mariée pour pouvoir consulter un gynécologue. Et puis, je n’avais pas à me justifier envers cette dame. J’ai pris la peine de lui expliquer des choses parce que je constatais qu’elle avait une petite fille qui jouait dans les couloirs de la clinique. On ne doit pas emmener des enfants dans cet endroit. Heureusement que sa fille n’était pas en âge de comprendre. J’espérais seulement que sa fille n’ait pas le même sort que sa mère, c’est-à-dire attendre un mariage et des enfants pour pouvoir soigner une éventuelle maladie.
Lalla Fadhma n’Soumer
Que l'on soit filles ou garçons (les mêmes problèmes existent chez les unes et les autres), il nous faut apprendre à gérer notre corps, sans tabou, sans se mentir. Le premier mensonge s'adresse d'abord à nous, viennent ensuite les autres.