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ben
04/12/2002, 04h11
Au principe de la souveraineté khaldounienne des princes du désert, la rjoulyâ s'est vidée de son honneur. Abâtardie, elle se résume aujourd'hui à la vulgarité de la domination masculine.

Dans sa modalité cœrcitive et disqualifiante, elle pétrit également -selon une anthropologie du pouvoir- une autorité machiste et asservissante.

Infériorisés au niveau de sujets, les hommes croient restaurer, dans la violence contre les femmes, une image civile d'eux-mêmes.

Mais c'est plutôt à une identité mixte de sujet libre et de citoyen de plein droit que convie le féminisme, au bout du dépérissement de la rjoulyâ.



C'est une veille d'Aïd el Idha, il y a deux ans, une fin d'après-midi douce, printanière, qui livre la rue à l'harmonie et à l'adolescence.



Trois jeunes filles, les cheveux dans les yeux et riant au travers sont assises sur un petit mur, devant un grand centre commercial des beaux quartiers. Dans leur grâce, on les prendrait pour des nymphes, si un zeste d'aguichante beauté ne les apparentait à quelque Lolita.



Elles n'ont pas encore 15 ans, l'âge barrière du Code pénal pour la virilité trop entreprenante, mais leur taille -près d'1,75 m chacune-, leurs formes épanouies anticipent une féminité que leurs aînées, moins bien nourries et moins autorisées au sport, n'ont approchée pleinement qu'avec quelques années de plus : signe d'une croissance d'une société, de son mieux -être, mais aussi d'un meilleur vivre ensemble qui permet aujourd'hui aux jeunes filles d'occuper l'espace. Bref, elles sont libres, mais toutes les consciences ne sont pas au même diapason, certaines demeurées encore dans de honteux archaïsmes. Elles sont libres, dites-vous ? Non, pour d'autres, elles sont à prendre.







Le marquage trivial



Deux individus passent alors par là. Ils sifflent, font des gestes obscènes, marquent du langage le début de la prédation : " Tu as tous tes bagages ", " Quelle valise ! " " Quel comptoir ! " " Je me promènerais bien en toi deux journées de suite ". Suit tout un registre sémantique emprunté à l'élevage où il est question de vache et de pâturage et où pour rester décent, nous pasticherons La Fontaine : " Je tondrai de ma langue l'épaisseur de ton gazon ".



L'appropriation par la crûdité du langage s'enchaîne à celle des gestes. Car l'un des deux mecs est descendu de la Mercedes. Chemise à carreaux ouverte sur un tee-shirt moulant, chaîne et chevalière d'or, il avance, bassin en avant, proposant en carte de visite ses attributs phalliques.



Puis il porte la main sur l'une des jeunes filles, attentant à sa pudeur. Une bagarre commence et l'homme, touché dans sa vanité, assène coups de poings sur le visage, envoyant l'une des jeunes filles à terre, sous les yeux de passants qui n'interviennent pas, par lâcheté probablement, confirmant cette exclamation surgie un jour dans une enceinte politique : " Il n'y a plus que les femmes qui aient de la rjoulyâ ! ". Mais peut-être aussi les passants se rangent-ils à la conviction d'une culpabilité des jeunes filles, du fait simplement qu'elles aient été là, offertes à l'appétit sexophage des prédateurs virils, violeurs en puissance.



Dans un ordre androcentrique, l'appropriation de l'espace par la masculinité, comme l'assujettissement des femmes au vouloir mâle, va de soi. Dans les Cahiers intersignes (Printemps 98) traitant de "La virilité en Islam", le psychanalyste tunisien Fethi Ben Slama et la sociologue algérienne Nadia Tazi posent déjà en introduction que " C'est en terre d'Islam aujourd'hui que l'on observe le plus massivement, à la fois, la valence différentielle des sexes et en même temps, son impensé radical...



C'est aussi tout au long de cette ligne de séparation des hommes et des femmes que la crise se noue le plus violemment ". Alimentant l'imaginaire et le discours masculin, et fondant la rhétorique politique au cœur de laquelle repose l'autorité de l'homme, " la virilité tient lieu de vérité implicite. Impossible à questionner dans sa conception naturaliste, sa fondation théologique, sa logique de puissance comme une évidence du corps, comme un partage perpétuel, à la fois réel et mythique. C'est pourquoi elle est le pilier de l'orthodoxie et de son consensus érigé en autorité, laquelle ne clame la petitesse de l'homme face à Dieu que pour le rehausser en tant que masculin ".



La rjoulyia est donc convenue comme le socle fondateur des généologies, tisse l'imaginaire , levain de l'inconscient, forge les pratiques individuelles et collectives, étalonne les rapports sociaux.



La métaphysique, elle-même, peuple les récits des paradis d'une "rhétorique des sens", au bonheur des hommes. Analysant les bréviaires érotiques (in Cahiers d'intersignes), Aziz Al-Azmeh décrit le lieu d'un plaisir perpétuel, démultiplié pour des élus à la volupté dans "une économie libidinale misogyne ". Dans le clos impeccable, jamais souillé d'aucune humeur, d'aucune semence, d'aucune menstrue, " les capacités sexuelles de chaque homme valent celle de cent hommes sur terre, pouvant chacun déflorer et copuler avec cent vierges chaque jour "...



Quel fantasme masculin n'aura pas pris les femmes d'ici-bas pour la réincarnation terrestre des hourrïet ? Ces filles de joie angélique de l'au-delà ? Toujours belles et toujours vierges, à l'hymen toujours restauré après chaque défloration par l'homme qui, lui, a une érection permanente et infinie tandis quelles proclament leur loyauté, leur fidélité et leur consentement continu. :D :D

ben
04/12/2002, 04h24
L'ombre portée du pénis



Cette livraison d'Intersignes articule aussi la virilité autour de la sexualité, son nerf vif et parfois son artère honteuse. La répression du désir se sublime dans des fables et contes populaires, légendes et mythes où l'expression virile gonfle dans " l'ombre portée du pénis " (Hachem Féda).



Grandeur, volume et puissance habitent les modalités de la présence masculine à l'autre, mais sont aussi, par défaut, à l'origine des troubles de l'identité masculine. Le premier accouplement endosse l'empreinte de ce commandement : nuit de noces sanglante où le jeune homme, parfois encore novice, se doit d'être taureau. De nos jours, le rituel matrimonial de la déchirure fondatrice de l'autorité de l'époux, l'homme fendant la membrane aussi victorieusement que le torero tranche l'oreille, s'est abâtardi en une corrida sans spectateur.



Seule une littérature anthropologique (analyse de Adel Faouzi) et quelques vécus marginaux, aux frontières de la citadinité, conservent la mémoire de l'exhibition spectaculaire, en un oriflamme ensanglanté, de l'affirmation viriliste. Aujourd'hui intimité, pudeur et expériences prénuptiales réalisent davantage l'unité du couple, banalisent les premières défaillances et accordent, loin des partitions codifiées, la musique des corps et leur harmonie.



Pourtant, tout au long de la vie conjugale, la pression sociale déjouera la quête intime du bonheur. Elle évacue ce tatonnement d'une volupté partagée pour ne laisser place dans le rapport amoureux qu'au lointain conditionnement, l'héritage mémorisé dans l'inconscient de l'antique statut qui positionne au lit l'homme et secondairement la femme. Alors, l'homme, rendu à sa filiation, accomplit sa virilité dans un plaisir rapide, volé, imposé et parfois violé.



Car, c'est d'abord la chambre à coucher qui, dépositaire des rôles, devient le réceptacle de la féminité horizontale face à la verticalité mâle rigide, hautaine, rarement pacifiée. Une femme sur dix en Occident, et certainement davantage au Maghreb, prend la baston quand elle se refuse. Aucun homme n'accepte que ne soit pas regardée avec envie l'hombre portée de sa virilité, avec concupiscence.



La métaphore de la virilité



Tout le reste n'est que figure du désir. Sa médiatisation intervient d'abord dans le champ lexical. Analysant le langage des hittistes algérois (jeunes chômeurs adossés aux murs) que l'humoriste Fellag a si savoureusement restitué, la linguiste Djamila Saïdi Mokrane inventorie le registre machiste où l'obscénité elle-même prête à rire et où l'envie marque une telle béance de tendresse, une telle solitude qu'elle se fait pardonner.



Alors " le dragueur décharge ses pulsions en les dérobant dans les formes métaphoriques qu'il puise dans son existence quotidienne ". Fantaisistes ou perverses, leurs tribulations langagières procèdent toutes d'une sémantique libidinale où la magie verbale pose Don Juan plutôt que Kaïs sur son piédestal viril, même si le colosse n'a que des pieds d'argile.



L'immaturité du dragueur, souvent adolescent, le prédispose à des métaphores au départ peu osées, voire rassurantes. Ainsi la jeune fille est replacée dans son lieu de prédilection, la cuisine, tandis que le dragueur s'en occupe : "Je cuisine, je sauce" (n'tayeb, n'ghams). Voici le registre couture : " n'khayet " (Je couds, c'est-à-dire je marque un va-et-vient racoleur) ou encore " je tricote " (n'tricoti) et plus audacieux, " Je t'enfile "...La manipulation par les mains et le reste est installée.



La traque sexuelle -poursuit la linguiste- apparente la femme à l'animalité familière ou perverse : minoucha halloufa. De la ghezala (gazelle) à la bouzemzem (guèpe) se déploie l'éventail de l'attendrissement, jusqu'à la méfiance envers la pernicieuse, voire la ******. Alors pointe la vulgarité disqualifiante : la femme est ****** (qahba), cela va de soi et le dictionnaire de la lubricité lui oppose tous les vocables anatomiques au-dessous de la ceinture par lesquels l'homme signale que lui-même "en a".

ben
04/12/2002, 04h38
La rjoulya ou "en avoir"



La rjoulya, c'est désormais "en avoir" par ces glissements de sens où -commente ce jeune homme- la vertu d'Ibn Khaldoun n'est plus synonyme que de vulgarité.



La rjoulya est d'abord la vertu avec laquelle l'homme porte l'honneur de son groupe. Valeur tribale, la rjoulya est courage, maîtrise de soi, générosité, magnaninuté. Elle est une qualité aristocratique qui pose un individu dans sa noblesse, au dessus du groupe. Dans un équivalent occidental, elle pourrait être au principe de l'excellence ou de la distinction.



Elle connaît à travers l'histoire un dévoiement pervers, un abâtardissement dont la sociologue algérienne Nadia Tazi donne l'excellente illustration dans son article : " Le désert perpétuel " (Cahiers Intersignes) : " Il faut se résoudre à mettre la violence en terre d'Islam, aujourd'hui et particulièrement en Algérie, sur le compte de la virilité, plus exactement de la contradiction qui la travaille.



La virilité aura été rabaissée mais non sécularisée. Nichée sur un socle théologico-juridique, elle persiste au cœur de l'ethos alors quelle s'est vidée de sa substance morale, de ses formes esthétiques. Elle se veut la norme identificatoire même alors qu'elle ne se donne plus qu'arbitrairement dans ses prérogatives et ses disgrâces et qu'elle est vécue dans l'humiliation. La chute est à la mesure de l'élévation où elle se trouvait...Sinistrée mais non dépréciée, elle n'est plus du désert l'émanation sauvage et farouche ".



La rjoulya n'est plus la vertu seigneuriale de la siyyada (la seigneurie), valeur "sinistrée", elle a cédé à la perversion du pouvoir, qui substitue à une vertu reconnue par tous l'arbitraire d'une autorité sans qualité.



La virilité habille alors de son uniforme la pratique politique, elle gendarme la vie et oppose à toute contestation sa loi musclée et ses arguments frappants.



Poursuivant une passionnante lecture de la virilité comme structurant le système d'Etat, Nadia Tazi poursuit : " Dans la rue, au quotidien, on découvre vite combien le machisme est d'entrée de jeu, mécaniquement, une structure psychique d'Etat. On a tous croisé ces policiers qui d'un signe terrorisent les gens ou ces fonctionnaires savourant leur petite prépotence provisoire et dont les actes discrétionnaires sont conduits comme à la parade ".



Quelque chose de pourri



" Il y a quelque chose de pourri au cœur du Droit ". Cette citation d'un politologue peut désigner combien la législation peut codifier l'immonde et l'obscène.



Ainsi en va-t-il de tous les statuts de la famille où les femmes sont consignées dans des positions domestiques et dépendantes. Mais modèles culturels impératifs de croissance économique et exigences démographiques accélèrent une évolution vers l'autonomie. Faudra-t-il répéter combien les acquis juridiques des femmes tunisiennes signalent une telle avancée ? Dès lors, la rjoulyiâ est-elle menacée ?



L'autorité du leader charismatique de l'indépendance tunisienne fit sans doute avaler à bien des hommes, imbus de leur virilité, la pilule amère des dispositions de 1956 et d'autres amendements. Pourtant on se souvient du tollé que provoquèrent les amendements de 1981 accordant aux femmes divorcées sans revenu une rente viagère ainsi que la jouissance du domicile ex-conjugal en tant que mère en charge des enfants.



Les hommes y virent une diminution de leur potentialité économique dans le même temps que le divorce les jetait à la rue. Mais jusqu'en août 1993 ils ne lâchèrent aucun lest à propos de la tutelle et conservent encore une part exclusive de l'autorité parentale. Jusqu'en août 1993 aussi, eux seuls donnaient la nationalité tunisienne à la progéniture.



Jusqu'en 1998 également les enfants naturels n'avaient pas droit au patronyme à moins que le père illégitime n'y consente. Désormais, le test génétique (obtenu hélas trop souvent par des formes contraignantes) rend aux mères célibataires et aux enfants de "la honte" une dignité que trop d'hommes retiraient dans "Les Silences du Palais"(1) par l'assouvissement de leur désir de maîtres.



Aussi, en dépit de quelques travers dans son appication, la loi de 1998 marque symboliquement la fin de l'impunité machistte.



Aussi, aujourd'hui, la rjoulya dans sa version triviale se voit désamorcée.



C'est désormais une lapalissade que de dire la scolarisation des filles tunisiennes (elles sont 51% de l'effectif estudiantin, ce qui est une véritable révolution) ou leur occupation d'activités traditionnellement masculines : aucune fonction ne leur échappe plus, du pilotage des taxis à celui des avions, métiers de la plume, de la caméra, du pinceau, du scalpel, de la robe etc...



Professeurs de sciences théologiques, elles ne sont pas cheikh el-islam et pas encore cheikh el médina, quoiqu'elles soient présentes dans les Conseils municipaux. Toutefois, elles ne s'aventurent pas encore à demander des quotas en politique, car la première exigence mixte est d'abord celle d'un vrai pluralisme.



Enfin, en sport, elles conquièrent tous les sports individuels et collectifs, l'haltérophilie et le football approchés de manière spectaculaire et quelque peu exhibitionniste.



La dernière extension de domaine de la lutte féministe concerne la revendication de l'égalité des sexes devant l'héritage. Très marginale encore, elle en reste au plan du débat et de la pétition.



Autant dire que rien ne résiste plus aux femmes tunisiennes qui vident la rjoulya de son aura, de son pouvoir.



Les hommes en sont perplexes et déstabilisés. Rien ne leur appartient plus en propre, ni les jeans, ni les santiags, ni la cigarette, ni la chicha ni le langage, du reste, que les femmes virilisent, émaillant leurs interjections de "z..." dans les débats musclés où elles roulent des mécaniques. Elles draguent en voiture, à plusieurs, et sifflent les mecs, deux doigts dans la bouche. Un tout jeune ingénieur déprime aujourd'hui d'avoir été lâché par sa ****œur et sa petite amie qui sous ses yeux, au volant de sa voiture racola un tenancier de bowling "pour la nuit".



Dans les bars, elles se prennent des pintes de bière brune puisque les hommes préfèrent les blondes. Dans les nights-clubs ou les clubs plus fermés, elles "lèvent" les hommes qu'elles ramènent dans leurs studios (quel équivalent pour "garçonnières" ?).



Arrivés en couples, tous s'adonnent à l'échangisme et au partenariat multiple.



Quand elles ne sont pas motorisées, elles font du stop, au milieu de la nuit, ou prennent un taxi, n'ayant aucun dédain pour le chauffeur avec qui on continue la virée. " Certains de mes confrères marchent ", nous commente ce jeune chauffeur du taxi, considérant que " ce n'est pas dans nos usages. Mais ce sont souvent des étudiantes provinciales qui, montées à la ville, ont perdu leurs repères familiaux ".



Le jugement est catégorique : c'est du dévoiement (fsed) et ce jugement procède également de l'élite de jeunes filles, élevées dans des normes émancipatrices et ayant conservé la maîtrise d'elles-mêmes. Par dessus tout, les jeunes gens détestent que les filles prennent des initiatives : " Passe encore qu'elles nous offrent un pot et des cigarettes, mais qu'elles prennent l'initiative au lit, cela nous ne l'admettons pas, cela fait d'elles des p... ! "



La virilité redouble de férocité



Aussi, face à une telle déstabilisation, la virilité redouble-t-elle de férocité. Grossièreté et violence s'amplifient dans une tension entre les sexes qui pourrait appeler à un retour de bâton.



Car il est à redouter que cette "dévirilisation citadine", cette déperdition de l'autorité masculine ne soient mises au compte d'une "efféminisation" des rapports sociaux. Diabolisée, la femme pourrait être coupable de la dilapidation de l'honneur viril.





Du reste, fragilisés, les hommes ont tendance à récupérer par la violence cette part ancestrale d'eux-mêmes dont ils se trouvent dépossédés. Analysant cette fragilisation, le psychanalyste Jacques Hassoun fait remarquer qu'elle procède d'un mouvement de décadence de "sociétés entrant en désespérance et qui, travaillées par les forces de liaison, semblent se précipiter vers ces formes les plus archaïques d'idéalisation de l'éthique ou du religieux.



Ces sociétés qui voient "leurs emblèmes piétinés et leurs valeurs déniées, se replient sur elles-mêmes, repli dont les premières victimes sont les hommes qui recomposent les idéaux de la virilité et le mépris pour la femme qui en est le corollaire. "



C'est dans la violence sur "moins que soi", sa femme, son enfant, son domestique, son chien, que l'homme répare la blessure narcissique, brèche d'où sa virilité s'est désagrégée. Une telle restauration de l'image flétrie se fait aussi dans des projections identificatoires. Le culte du chef dans lequel se retrouvent ses petits féaux, ses clônes plénipotentiaires, ses administrateurs zélés, ses agents musclés et toute une mythologie patriotico-populiste sont autant de modalités de récupération d'une rjoulya abâtardie -on le sait depuis Ibn Khaldoun- dans la gloriole d'un pouvoir corrompu.



" On ne compte pas les lieux de misère culturels et politiques qui partagent cette valorisation compensatoire du viril ", poursuit Nadia Tazi dans son analyse de la décadence de la rjoulyia, tous ces lieux de dépropriation " où les consciences infériorisent le mépris que les dirigeants leur vouent".



Lieux de l'intime aussi où l'homme recompose dans la violence une image fragmentée du miroir brisé de sa virilité. Ainsi, au centre de violences de l'Association Tunisienne des Femmes Démocrates, plusieurs centaines de plaintes de femmes modestes et de quelques cadres contre des violences parfois gravissimes sont enregistrées et suivies(2).



Cependant, insiste Nadia Tazi, " Il faudrait surtout examiner les modalités par lesquelles ce syndrôme intègre l'Etat lui-même... Ce n'est pas que la virilité statutaire produise toujours du fascisme. Mais on ***çoit dans ces régimes despotiques d'un type nouveau, ces appareils qui combinent autorité et modernité, où l'espace politique en lui-même fait défaut, où la souveraineté du chef ne connaît pas de bornes, où l'on n'hésite pas à consacrer la force pour elle-même et à l'exalter oniriquement comme ethos national...



Où enfin, on annihile la pensée, multiplie les dispositifs disciplinaires et abolit peu à peu le principe de réalité ".



Contre le totalitarisme machiste pétri de toutes les mythologies, le féminisme hisse un combat libérateur pour les deux sexes.



Si ce projet appelle nécessairement au dépérissement de la rjoulya, c'est pour rebâtir une identité mixte où s'épanouit l'autonomie de l'individu et se réalisent ses droits de citoyen.



La fin du désert khaldounien et de l'Etat totalitaire pseudo- moderne porte en son principe, l'achèvement de la domination masculine et le dépérissement de la rjoulya.