ben
23/11/2002, 04h48
Si je ne sais plus penser, je suis loin d'être le seul. J'ai regardé mon pays sur la carte qui accrochée au mur, un sentiment superficiel et lointain me fait atterrir quelques années plus tôt, j'entend retentir l'hymne national sur mon premier instructeur: la télé! C'est comme cela que j'ai appris le nationalisme, à la façon des commentateurs télé, à la manière de ceux qui ont écris les textes, à la démagogie de ceux qui ont dicté les mots et les virgules. Et quand j'ai regardé cette nuit-là la géographie de mon cher pays, j'ai étalé mon regard plus loin, j'ai commis l'irréparable et j'ai pris goût. J'ai couru loin, très loin, j'ai pris le vent comme moyen de locomotion. Je me suis évadé de leurs griffes, détaché de leurs chaînes. J'ai négligé la douane, fait la tique à la police des frontières. J'ai piétiné les protocoles et les codes en vigueur, et à la surprise des plus développés, là ou je me suis aventuré, j'ai trouvé des humains, je comprenais leurs langues des fois, je l'ignorais d'autres, mais je comprenais toujours ce qu'ils me disaient, ils avaient tous la même langue de coeur, si facile, loin des difficultés des diplomates, si claire, comme leurs larmes de misérables, loin du brouillard et des codes des militaires, si direct, loin des labyrinthes et des échappatoires des chefs d'états, leur sourire était message, leurs yeux étaient leur journal, leurs mains racontaient leur quotidien, et je finis par comprendre en défiant les linguistes qu'il n'y avait dans le monde que deux langues, et deux sortes de langages. A ce moment-là j'ai brisé le tabou, et de ma petite carte j'ai effacé les frontières avec des mains tremblantes, dans mon for intérieur c'était déjà fait, l'acier fut trempé, mais j'ai été surpris de voir que les frontières s'effaçaient facilement, ce n'était qu'un encre qu'une main a étalé, ou qu'une machine a imprimé, ce n'était que mythe, et j'ai balancé cet encre accrocheur à la figure d'Adolf et de Nasser, et j'ai pensé cette nuit-là, libre, et j'ai rêvé d'une vie sans frontières.
Si c’était à refaire
Je n’existerais pas
Car la vie sur cette terre
Fait un p’tit tour et puis s’en va
Si c’était à refaire
Je n’existerais pas
Car la vie sur cette terre
Fait un p’tit tour et puis s’en va