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Voir la version complète : Le Liban meurtri


azapit
13/02/2006, 02h59
Un autre Boudiaf... :ermm:

L’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais, Rafik Hariri, a constitué un véritable séisme dans un pays miné par le confessionnalisme et une instabilité récurrente. Mais la mort de Hariri aura surtout porté un coup sévère aux relations traditionnelles entre le Liban et la Syrie, les dirigeants politiques de Damas étant même accusés, par une commission d’enquête de l’ONU, d’avoir commandité le meurtre de l’homme politique libanais, hostile à la mainmise de la Syrie sur son pays. Si la mort de Hariri a induit un immense élan de solidarité nationale et ressoudé les rangs de la classe politique libanaise, elle a également, dans une certaine mesure, élargi le fossé d’incompréhension entre les leaders politiques tout en accentuant la fracture avec la Syrie devenue la problématique numéro un du Liban. Mais l’assassinat de Hariri a surtout eu un profond impact auprès des Libanais, créant un sursaut national comme le Liban n’en a plus connu, depuis la guerre civile de 1975, l’une des causes de l’implantation «durable» des troupes syriennes au pays des Cèdres. La mort de Hariri a rapproché les confessions libanaises qui semblaient jusqu’alors en paix armée. Pouvait-il en être autrement lorsque la Constitution du Liban est fondée sur le confessionnalisme qui a fait beaucoup de dégâts parmi ses communautés, la pyramide étatique du pouvoir étant toujours marquée par l’attribution de la présidence aux chrétiens, le Premier ministère aux sunnites et la présidence du Parlement aux chiites. C’est cette dichotomie qui fait que l’unité du pays demeure illusoire comme le montre le retour aux divisions d’antan que la mort de Rafik Hariri semblait avoir atténuées. De fait, le summum de ces moments unitaires au Liban a été les manifestations monstres du 14 mars 2005, un mois après l’assassinat de Rafik Hariri, exigeant notamment le départ des contingents syriens stationnés au Liban. Mais cette démonstration unitaire n’a pas résisté au climat politique délétère qui régnait au pays d’une part, aux assassinats, et tentatives d’assassinat, de plusieurs personnalités libanaises du monde de la politique et des médias d’autre part, donnant à voir que le consensus, à tout le moins circonstanciel, restait fragile, se délitant un peu plus à chaque assassinat. Les Libanais, qui estimaient avoir franchi le plus difficile - avec notamment le départ des troupes syriennes le 29 avril 2005 - déchantaient rapidement face à une situation qui apparaît plus complexe et inextricable qu’ils ne le pensaient. De fait, la mise en examen, dans l’affaire de l’assassinat de Rafik Hariri, des principaux collaborateurs du président pro-syrien, Emile Lahoud avait empoisonné davantage, si cela se pouvait, le climat détestable qui s’est installé à Beyrouth aggravé par les assassinats, forçant nombre de personnalités, dont Saad Hariri -fils du défunt Rafik Hariri- et chef de la majorité parlementaire, à prendre le chemin de l’exil en France et en Europe. De fait, aucun des problèmes qui secouent le Liban n’a trouvé de solution, et la longue présence syrienne n’avait fait qu’exacerber davantage les divisions et les ressentiments d’une population marquée à jamais par une guerre civile qui a laissé des empreintes indélébiles. Aujourd’hui, le Liban semble se trouver de nouveau à la case départ où tout est à refaire, à commencer par l’application des accords de 1989 de Taef qui mirent fin à quinze ans de guerre civile, dont l’une des recommandations, l’abrogation progressive du confessionnalisme politique, est demeurée sans écho, le Liban continuant à fonctionner comme il l’a fait avant la guerre de 1975. Des questions que les Libanais ne semblent pas prêts, aujourd’hui encore, à aborder de front, se concentrant sur des épiphénomènes, comme le désarmement du Hezbollah, qui doit trouver sa solution dans le cadre national libanais et après la libération totale du territoire libanais de l’occupation israélienne (la zone des fermes de Chaaba est toujours sous contrôle israélien, près de six ans après le retrait de l’armée israélienne du Sud-Liban) et la prise effective du contrôle du Sud par l’armée libanaise. Aussi, l’urgence pour le Liban est de reconstruire les bases d’une unité nationale induite non plus par les croyances religieuses mais par un idéal politique à partager par tous les Libanais. Plusieurs manifestations sont prévues aujourd’hui et demain, de même que des émissions spéciales à la mémoire du défunt Rafik Hariri. Ainsi, la journée de demain, le 14 février, a été décrétée «Journée de l’Unité nationale».Rafik Hariri a été assassiné le 14 février 2005, rappelle-t-on.


:noexpress

azapit
13/02/2006, 03h12
:moon: :coeurs:

Beyrouth,
quand l'horizon m'appelle, m'appelle et me sourit.
Beyrouth,
ton charme m'ensorcelle, ta beauté me séduit.
C'est les daines de tous les temps, qui m'enchante et qui m'attend,
cest la vieille féerie du liban.

Beyrouth,
ton champ plein de douceur, s'étire à l'infini.
Beyrouth,
et monte dans mon coeur, en vertes symphonies.
C'est la chanson du vieux temps, que répètent les amants,
c'est la lente mélodie du liban.

Beyrouth,
soleil riant au ciel, au reflet mystérieux.
Beyrouth,
flaveur délais de miel, qui nous descend des cieux
C'est Vénuse de tous les temps, que célèbre les amants,
dans la montagne fleurit du Liban.

Beyrouth,
Je chante à tes étoiles, quand tout silence y règne.
Beyrouth,
le bleu que rien ne voile, sommeille dans tes yeux.
Je rêve a un rêve éclatant, qui me berce tendrement,
par les milles et une nuit du Liban......


:moon: :coeurs:

Ariless
14/02/2006, 04h12
Le Liban a été meurtri par les palestiniens, depuis le milieu des années 70. Ce pays est foutu. Même les libanais chrétiens n'arrivent plus à faire la différence.

J'ai un collégue libanais chrétien pieux et pratiquant qui ne mange pas de porc car c'est haram. Comme j'en ai ri beaucoup, il a juré: "Wal.lah, je suis sérieux".

azapit
15/02/2006, 05h20
«Le Liban, un rosier sauvage»



«Le Liban est un rosier sauvage. Si vous vous approchez
des fleurs, gardez-vous des épines. Et si vos mains
s’en trouvent lacérées jusqu’au sang, prenez quand
même le temps de caresser les fleurs.
Je parle de rosiers, ayant à l’esprit cette pratique,
répandue en Bourgogne et dans le Bordelais, qui
consiste à laisser pousser des rosiers, justement, en
tête des rangées de vigne. On a constaté, en effet,
que cette fleur souffrait avant toute autre des
maladies qui s’attaquent aux plantes, et qu’elle
pouvait donc servir de sentinelle pour alerter les
vignerons et leur donner le temps de réagir.
Mais les hommes ne comprennent pas toujours le
message. Certains, par paresse, par ignorance, par
aveuglement, lorsqu’ils voient apparaître des taches
sur les feuilles, se disent que le rosier est, de
toute manière, une plante fragile, délicate, frivole,
et que leur vigne ne risque rien.
Il y a trente ans, le Liban est entré dans l’une des
phases les plus éprouvantes de son histoire. Une
société qui voyait dans la diversité sa raison d’être
et dans la liberté d’expression le fondement de la
paix civile venait de sombrer dans la crispation
identitaire, les massacres, la peur de l’autre et la
destruction de soi. Pendant quelque temps, le pays est
apparu comme une exception, affligeante pour ses fils
comme pour ses fidèles amis, mais ne suscitant, chez
bien des gens, que des jugements détachés et
condescendants. Que voulez-vous ?, le rosier est une
plante si fragile !
Puis les affrontements ethniques et communautaires se
sont multipliés à travers le monde. Non seulement au
Proche-Orient, en Afrique, ou dans le sud de l’Asie,
mais également dans l’ancienne Yougoslavie, aux
premiers contreforts de l’Europe. Et au-delà. Ce qui
semblait naguère le triste apanage de quelques
banlieues de Beyrouth a aujourd’hui pour théâtre
la planète entière, de Manhattan à la Tchétchénie, en
passant par Londres, Madrid, et jusqu’à Bali.
Crispation, massacres, peur de l’autre et destruction
de soi. Il est vrai qu’avec la chute du Mur de Berlin,
nous sommes passés d’un monde où les clivages étaient
surtout idéologiques à un monde où les clivages sont
identitaires. Je n’ai aucune nostalgie pour l’époque
de la guerre froide, qui a causé, au XXe siècle, les
drames que l’on sait. Mais elle avait pour
caractéristique d’éveiller, en permanence, le débat.
Quand les clivages sont identitaires, il n’y a ni
débat ni dialogue. Chacun proclame ses appartenances à
la face de l’autre, chacun lance ses imprécations ;
puis retentissent rafales et explosions.
Le rosier est une plante délicate, me dit-on. Le Liban
est une mosaïque de communautés. Qu’on ne s’y trompe
pas, il ne s’agit plus seulement du Liban, la terre
entière est une mosaïque de communautés. Ethnies
opprimées, religions chatouilleuses, nations
inassouvies, elles sont chaque jour un peu plus
apeurées et tentées par le recours à la violence ;
pour se protéger, pour s’affirmer, ou pour se venger.
Si l’humanité d’aujourd’hui se révélait incapable de
faire vivre ensemble, dans l’harmonie et dans la
dignité, sur le minuscule territoire du Liban, des
communautés qui, depuis des siècles, pratiquent la
coexistence ou, à tout le moins, le côtoiement,
comment diable pourrait-elle gérer l’incommensurable
diversité planétaire ? À cette interrogation
angoissée, ce début de siècle nous apporte un début de
réponse, qui n’a rien de rassurant. Ni pour les pays
où cohabitent depuis longtemps des populations mêlées,
ni pour ceux qui viennent tout juste de découvrir les
contraintes de la diversité. Il suffit de promener son
regard sur cette planète déboussolée pour constater
que la violence ne recule pas, et que le fossé entre
les plus grosses communautés humaines ne fait que
s’élargir. Pas un événement majeur qui ne soit vécu,
des deux côtés de la faille, et notamment sur les deux
rives de la Méditerranée, avec des sentiments opposés.
Amis du Liban, ne perdez pas des yeux le rosier
sauvage qui a poussé précisément au bord de cette
faille ! Si vous voyez s’épanouir, puis triompher, le
vaste élan de liberté et de coexistence dont Samir,
Gebran, May et leurs compagnons ont été les courageux
porte-drapeaux, c’est que la vigne des hommes donnera
demain des grappes saines. Mais si vous voyez les
fleurs trembler, chanceler, puis s’abattre, si vous
voyez la pourriture se former à la naissance des
feuilles, c’est que la vigne entière est menacée et
que le vin de l’avenir sera aigre. »


Par Amine Maalouf

L’écrivain Amine Maalouf a lu ce texte lui-même, à l’occasion de la soirée de Reporters sans frontières, le 1er février dernier, qui s’est déroulée au musée d’Orsay.