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Voir la version complète : Colloque international sur la laïcité organisé à Paris le 09 octobre 2005


stephane
17/10/2005, 20h06
Le Président du RCD a été invité à un colloque international sur la laïcité organisé à Paris le 09 octobre 2005(*). Durant son séjour dans la capitale française, Saïd SADI a rencontré divers responsables politiques français et étrangers avec lesquels il a débattu de la situation de l’émigration et des derniers développements sur la scène algérienne. Saïd SADI a successivement rencontré Laurent Fabius (PS) et Anne
Marie Luzin, présidente du Sénat belge (tous les deux intervenants au colloque). Il a par ailleurs eu une séance de travail avec Madame Marie-Georges Buffet (Secrétaire national du PCF), François Bayrou président de l’UDF et les responsables du
département international de l’UMP. Enfin le Président du RCD a donné deux
interviews ; l’une à
l’hebdomadaire Charlie Hebdo, proche du courrant alter mondialiste et l’autre au
quotidien Le Monde qui paraîtront dans le courant de la semaine prochaine.

INTRODUCTION DE Said SADI A LA RENCONTRE SUR LA LAICITE DU 09 OCTOBRE 2005
(mairie du XXème arrondissement PARIS)

Une certaine tradition veut qu'on prenne l'expérience française comme étalon
d'analyse à chaque fois que l'on aborde la place du culte dans la cité moderne.
J'avoue, pour ma part, ne pas très bien connaître l'histoire de la laïcité
française. Je limiterai donc mon introduction à deux ou trois questions qui, je
l'espère nous permettront de mieux débattre du sujet de la conférence d'aujourd'hui.


Premièrement, et ce n'est pas très original de le dire, tant que la question de la
mort n'aura pas été élucidée, l'Homme aura toujours besoin de croire en une religion
ou une idéologie qui l'aide à mieux vivre des questionnements auxquels il n'a pas de
réponse.

Deuxièmement, depuis longtemps déjà, la vérité religieuse et la vérité de l'Homme se
sont côtoyées. Quelques fois dans l'harmonie, plus fréquemment dans le conflit. Il
est utile de s'interroger sur la question de savoir pourquoi, quand et comment les
ruptures entre ces deux vérités se sont produites.

Enfin, il est, pour nous tous, essentiel d'essayer de comprendre ce qui a précipité
le monde musulman dans l'investissement suicidaire du religieux.

Au vue de ce que nous avons pu constater en Algérie, nous pouvons dire que la
question de la laïcité a accompagné toutes les périodes de changements politiques
décisifs de la Nation. Ceux qui suivent la scène algérienne savent bien que le
congrès de la Soummam , qui a donné la première plate-forme politique au mouvement
indépendantiste en août 1956, a postulé la Nation comme entité laïque. « Il ne
s'agit pas de restaurer une monarchie ou une théocratie désormais révolues: l'Etat
algérien sera démocratique et social. » Peut-on lire dans le document qui a
sanctionné le premier texte fondateur de l'Algérie contemporaine.

Quelques soient les positions des uns et des autres par rapport à cet événement,
tout le monde s'accorde à dire que l'affirmation de la séparation des pouvoirs a
fait faire un pas déterminant au combat libérateur. Inversement, dès que, pour des
questions de pouvoir, ces principes ont été remis en cause, l'Algérie a entamé une
phase de régression; phase dans laquelle elle se débat toujours.

Plus près de nous, en février 1989, lorsque nous avons créé notre parti le RCD
-seule formation à revendiquer clairement la laïcité en Algérie- nous avons , lors
des débats préparatoires, consacré une bonne partie de nos réunions à lire notre
passé pour mieux anticiper les ouvertures sur le monde actuel.

Notre revendication de la laïcité n'a pas été inspirée, comme on l'a souvent entendu
dire, par l'expérience française. Il se trouve, et c'est une réalité sociologique
vérifiable aujourd'hui encore, que dans la société, je dis bien dans la société, par
opposition aux pouvoirs politiques qui se sont succédés depuis le haut moyen âge à
ce jour, les Algériens ont veillé à séparer l'exercice du culte de la responsabilité
civile et/ou politique. Hormis la vallée du M'zab qui, pour des raisons historiques
spécifiques, confond les deux instances, il n'y a pas un village d'Algérie où
l'assemblée, par ailleurs défaillante puisqu'elle n'intègre pas la femme, est sous
tutelle du responsable de la mosquée. Et, on n'insistera jamais assez sur ce point,
l'intégrisme en Algérie n'est pas la conséquence d'une évolution historique
intrinsèque à
la société: c'est le résultat d'une volonté du pouvoir politique. C'est, notamment
l'école, les média audio-visuels et la mosquée, depuis qu'elle fut contrôlée par le
régime, qui ont mené à l'impasse sanglante qui n'a pas fini d'endeuiller le pays.

Et cela a valeur de constat permanent. Dans les moments de régression, le pouvoir
politique a toujours voulu se légitimer par l'appropriation de la délégation divine.


Cela fut vrai des périodes de reflux politique et social à l'époque des royaumes
almohades et almoravides, c'est vrai des périodes de crises de légitimité du FLN. La
dérive mystique dans laquelle s'enfonce le chef de l'Etat aujourd'hui est exemplaire
de ces tentations mystico-despotiques quand le dirigeant n'a ni bilan ni projet
mobilisateur à faire valoir.

Il est, je pense, superflu d'ajouter que ces immersions du pouvoir politique dans la
surenchère religieuse s'accompagnent régulièrement d'un affaissement des acquis
démocratiques et, donc, d'une réduction drastique de toute critique, aggravant, du
même coup, les possibilités d'explorations d'horizons autres que la fuite en avant
et la démagogie, propres à tant de régimes arabes.

La question n'est donc pas une affaire de contenu du dogme, même si ce dernier a son
importance. La problématique qui nous préoccupe est fondamentalement de nature
politique.

C'est, si je puis dire, d'une simplicité biblique. L'absence de liberté renforce
l'abus d'autorité qui, lui-même, génère corruption, misère et frustration, véritable
carburant de la fureur islamiste.

On a pu entendre, ici et là, que l'espoir pouvait venir de l'Islam de France qui,
émancipé des excès qui le minent dans ses pays d'origine, servirait de repères aux
communautés musulmanes dans le monde. Il ne s'agit pas de décourager les bonnes
volontés en ces temps de menaces et de tensions intercommunautaires. Ces efforts
peuvent toujours servir à nourrir la réflexion. Il ne faut pourtant pas s'égarer
dans des démarches inadaptées.

Ceux qui s'abritent ou s'abîment dans le radicalisme islamiste en France ou en
Europe connaissent peu les dogmes et cherchent d'abord à assouvir haine et
frustration. Le vecteur de leur mobilisation doit répondre à cette volonté de
revanche. Un Islam laïc est inopérant dans la prise en charge d'une exaspération
sociale recyclée dans l'intolérance et la xénophobie. L'Islam modéré est par
définition illisible par des jeunes qui veulent se battre contre des repères ou des
pouvoirs qui les excluent.

Dit plus clairement, cela veut dire que la promotion d'un fils d'émigré dans un
gouvernement européen aura plus de résonance dans les banlieues que tous les
Conseils du culte réunis.

Mais il ne s'agit pas d'affirmer, non plus, que l'identité religieuse n'a pas de
place ou qu'elle n'est pas revendiquée dans la cité d'aujourd'hui.

J'ai commencé par dire que la problématique cultuelle fait partie des grandes quêtes
de l'Homme. Il faut simplement réaliser qu'une démarche à l'origine d'un
accomplissement exemplaire peut, selon les périodes de l'histoire, dégénérer vers
des abîmes de régression cataclysmique.

Dans le cas de l'immigration, la prise en charge du culte ne peut servir d'amorce à
un processus d'intégration qui doit la précéder.

La pratique d'un culte apaisé doit être libre et préalablement assise sur un
back-ground civique si l'on veut la voir renforcer l'accomplissement de l'être et
consolider l'harmonie des différents groupes constitutifs de la Nation.

Il ne s'agit donc pas d'ignorer l'importance et la portée de la demande de l'accès à
la spiritualité comme facteur de construction individuel ou en tant qu'élément
participant, parmi d'autres paramètres, à l'élaboration de l'identité collective
mais de bien la resituer dans la hiérarchie des dispositifs qui régissent un monde
de plus en plus interdépendant.

On peut observer qu'aucun peuple issu d'une religion révélée n'a pu être intégré
dans le cadre des anciennes puissances coloniales. Même dans un ensemble comme le
Commonwealth, on voit bien que les relations nouées par la couronne britannique avec
l'Australie ou la Nouvelle Zélande n'ont rien de commun avec les rapports
qu'entretient Londres avec le Pakistan.

L'actualité immédiate montre, à travers la question de l'adhésion de la Turquie à
l'UE, combien la donne religieuse est porteuse d'appréhensions quand il s'agit de
fédérer des destinées aux trajectoires historiques éloignées ou conflictuelles.

La crise soulevée par le voile à l'école a révélé un profond malaise de l'Europe sur
le sujet. Le comportement de la classe politique devant la religion de l'ancien
colonisé hésite entre un rejet sectaire et une condescendance lourdement connotée
par la culpabilité post-coloniale. Il y a, pourtant, une place pour un traitement
adulte et démocratique de l'Islam en occident si, les uns et les autres, nous
actualisons nos visions.

Pendant longtemps, on a expliqué que le tiers-monde n'était pas assez mature pour
accéder à l'exercice plein et entier des droits de l'homme et des dirigeants du Sud
ne se sont pas gênés pour exploiter ces hésitations. Les choses ont évolué sur ce
dossier mais le même chantage se reproduit de la même manière et à tous les niveaux
sur la question de la laïcité. Nous avons des spécificités et nous n'avons pas à
donner la même valeur au respect des convictions religieuses du citoyen, nous
répondent les despotes.

Eh bien, il me semble aujourd'hui encore, que nous devons délocaliser la réflexion
et établir de nouvelles priorités. Nous avons mis du temps, mais dans la deuxième
moitié du vingtième siècle, nous avons imposé l'idée que l'accès au statut de nation
démocratique était lié au respect des droits de l'homme. Il nous faut aujourd'hui
conditionner les relations internationales par le couplage de la démocratie avec la
laïcité. C'est la nouvelle priorité pour une avancée de la liberté et une meilleure
garantie de la paix dans le monde.

Cette nouvelle démarche pourra donner un nouvel éclairage et mettre en relief les
luttes menées par les démocrates dans les pays musulmans en faveur de l'égalité et
du progrès et qui sont, notamment en ce qui concerne le statut de la femme, menacées
d'abord par l'intégrisme, c'est à dire la négation de laïcité.

C'est dire que l'Islam ne se libérera pas de l'extérieur mais de l'intérieur. Le «
Vatican II » de l'Islam sera fait par les nations de confessions musulmanes ou ne
sera pas. Et, dans un premier temps, ce qui sera important à considérer n'est pas
tant la nature des réformes qu'introduiront les communautés musulmanes dans le
corpus de leur religion que la capacité de produire, en leur sein, le citoyen à même
d'oser la réforme du culte.

Au terme de ce bref exposé, je crois que l'on peut dire qu'au fond cette question
qui nous renvoie si souvent à Dieu est d'abord l'affaire des hommes. Et, étant dans
la capitale française, j'aimerais dire à nos amis européens qu'il s'agit moins de
nous moderniser le culte musulman à partir de chez eux que de moderniser leur regard
sur les Musulmans. Soutenir le combat démocratique dans le Sud en général et en
terre d'Islam en particulier, est le meilleur gage d'une évolution pacifiée du
monde. Cela devrait, entre autres, commencer par s'interdire de saluer des
mascarades électorales comme des consultations démocratiques.