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stephane
17/09/2005, 01h51
http://www.lematin.ma/journal/article.asp?id=natio&ida=52171

Hamid Souifi : «La langue amazighe est vivante et le restera»

16.09.2005 | 14h24

Le bilan de l'IRCAM brossé par le linguiste

Hamid Souifi travaille actuellement au Centre de l'aménagement
linguistique de l'IRCAM. Il dresse le bilan de l'action de cette
institution et évoque tous les défis qui attendent la langue amazighe
dans l'environnement marocain.


Le Matin : Pour commencer, je vous demande un bref bilan des études
faites sur la région du Rif, dans le domaine de la linguistique ?
Hamid Souifi : Le Rif a toujours été le parent pauvre de toutes
sortes de développements socio-économiques et socioculturels par
rapport à d'autres régions du Maroc. Ce constat est avancé sur la
base de faits et de données de terrain. Pour des raisons
extralinguistiques (zone géographique difficile, ancienne zone
espagnole déséquilibrée économiquement suite à une politique
économique difficile suivie par l'Espagne dans la région, embargo
économique historique imposé sur la région par le pouvoir central de
Rabat…), le Rif a toujours été désigné du doigt pour vivre dans la
souffrance pendant plusieurs décennies.

Il était, et il est toujours, victime d'une politique de
marginalisation dans tous les domaines y compris celui du savoir…
entre autres celui de la recherche linguistique qui nous intéresse le
plus ici.
Historiquement, il est bon de rappeler, tout de même, les premières
réflexions d'une poignée de missionnaires espagnols et français qui
avaient le mérite d'inaugurer les recherches linguistiques rifaines
dès le début du vingtième siècle.

Et les auteurs Riffains ?
L'implication, et la participation des auteurs Rifains dans ce
domaine n'ont commencé qu'à partir des années quatre-vingt (80).
C'est à partir de ses années que nous avons constaté l'arrivée des
premières études menées par les Rifains consacrées au tarifite. Il
est tout à fait justifié ici de rendre hommage aux premiers
chercheurs qui ont pris le "risque" d'étudier les parlers rifains
sans être intimidés par tout genre de provocations de la part de
certains anti-amazighes.
Ce genre de travaux scientifiques était mal perçu par
l'administration marocaine.

Elle voyait en amazighe un simple facteur de division…Je me rappelle
encore lors de la préparation de mon mémoire de licence à la faculté
des lettres d'Oujda, l'objet de ma recherche n'a pas été apprécié par
les dirigeants de la Faculté pour la simple raison que mon sujet
portait sur la description de la phrase verbale en tarifite…Des
exemples de ce type de provocations, et d'intimidations, ne
manquaient pas dans le Maroc de l'époque.

Dans le Maroc moderne, il faut reconnaître, tout de même, qu'il y a
eu une légère avancée dans la conception collective des Marocains
quant à leur vision globale sur la langue et la culture amazighes. Un
nombre important de travaux dans ce domaine ont vu le jour grâce à
des chercheurs nationaux et internationaux. Malheureusement, la
majorité des chercheurs rifains abandonnent vite leurs recherches sur
le tarifite pour des raisons de différents ordres. C'est la raison
pour laquelle il est nécessaire d'assurer la continuité le pour
décrire les parlers rifains, et faciliter, par la suite, la tâche au
processus de la standardisation de la langue amazighe.

Ces recherches sont-elles accessibles aux spécialistes ?
Dans notre pays, les ouvrages et les documents portant sur la langue
et la culture amazighes dérangeaient. Je n'exagère pas si je vous dis
que ce genre de documents, qui n'étaient pas accessibles il y a
encore quelques années, a pu bénéficier de la liberté de diffusion
grâce à la détermination des militants et aux efforts des chercheurs
universitaires ou extra-universitaires s'intéressant au domaine.

Du point de vue officiel, l'État n'intervient pas au niveau des
circuits de distribution et de diffusion d'ouvrages de la langue et
de la culture amazighes afin d'encourager leur vente et de les
rapprocher du citoyen marocain pour la simple raison qu'il s'agit de
la langue et de la culture amazighes. Les maisons d'édition et les
libraires ont toujours qualifié ces ouvrages d'un bénéfice non
satisfaisant. Pour se faire, les chercheurs font toujours venir les
documents par leurs propres moyens de l'Étranger, là où la qualité
scientifique de ces recherches est estimée à sa juste valeur.

Aujourd'hui, il faut se donner les moyens pour réussir la promotion
et l'intégration de la langue et de la culture amazighes comme partie
intégrante de cette identité, notamment dans le cadre du grand projet
visant la démocratisation de notre pays. De ce fait, l'État marocain,
représenté par ses différents organismes socioculturels, est invité à
assurer, au citoyen marocain, l'accès aux différents documents
(ouvrages académiques, documents et recherches…) sur la langue et la
culture amazighes. Rappelons que la grande partie de documents
portant sur les différents parlers du Rif, qui est, géographiquement
un territoire marocain, se trouve actuellement en Europe, notamment
en Hollande, en Belgique et en Allemagne.

Quel serait l'apport de la variante rifaine de l'amazighe en matière
de standardisation de la langue?
Au même titre que les deux autres variantes marocaines, le tamazighte
et le tachelhite, le tarifite aura un apport considérable en matière
de standardisation de l'Amazighe, et ce dans tous les domaines de la
linguistique (phonétique, phonologique, lexique et morphosyntaxique).
Ces propos ne doivent pas laisser comprendre que le tarifite présente
des divergences considérables dans tous les domaines par rapport aux
deux autres variantes. A part le domaine phonétique, qui présente un
nombre de traits distinctifs, les autres domaines présentent beaucoup
de similitudes phonologiques et morphosyntaxiques.

Pour ce qui concerne la phonétique, le tarifite, comme une bonne
partie de tamazighte parlé au Centre, connaît un nombre important de
spirantes et d'affriquées. Même si l'utilisation de ces dernières
n'est pas condamnée dans les emplois locaux (régionaux) y compris
dans la lecture des manuels scolaires, les textes sont notés selon
les critères des normes orthographiques adoptés par l'IRCAM.
Autrement dit, l'utilisation des traits phonétiques locaux est
tolérée à l'oral mais pas au niveau de l'écrit qui est le même pour
l'amazigh marocain.
Au niveau lexical, bien que le tarifite possède un nombre élevé
d'emprunts arabes et espagnols, il peut contribuer avec un nombre
important d'unités lexicales (lexèmes) amazighes qui vont enrichir le
dictionnaire et le tronc commun amazighe. Donc l'apport du tarifite,
ne diffère guère des contributions des autres variantes amazighe
marocaines. Par conséquent, la standardisation de l'amazighe ne peut
s'effectuer sans l'une des trois variantes de l'amazighe marocain.

Quelles spécificités présente la variante rifaine ?
Ce sont essentiellement des spécificités phonétiques qui
caractérisent les parlers rifains, d'ailleurs ce sont elles qui
entravent, le plus souvent la communication entre les Imazighens des
trois zones. La norme de l'IRCAM permettra certainement de réduire
les écarts entre ce nombre important de parlers amazighes en se
donnant tous les moyens de réussir cette standardisation souhaitée
par tous les Marocains attachés aux valeurs identitaires
linguistiques et culturelles de notre pays dans l'enseignement, les
médias, la production littéraire et artistique…

Estimez-vous incontournable l'ouverture sur les autres variantes nord
africaines de l'amazighe (kabyle, chaoui, touareg…) dans le processus
de standardisation ? pourquoi?

A mon sens, dans un premier temps, il vaut mieux se pencher sur une
standardisation locale, régionale ou nationale aussi bien au Maroc
qu'ailleurs (autres pays de Tamazgha). Les linguistes, et cela bien
entendu rentre dans le cadre de la politique et de la planification
linguistique, doivent mettre en application leur savoir en matière de
planification linguistique. Ce processus, principal objectif de
l'IRCAM et de toutes les forces associatives et créatrices démocrates
nationales, est déjà en marche au Maroc depuis quelques années.

Donc, il est tout à fait normal, notamment pour des raisons
techniques, de commencer tout d'abord avec une standardisation locale
ou régionale avant d'impliquer dans ce processus, d'autres variantes
amazighes du grand Tamazgha. Il s'agira, bien entendu, d'un travail
de longue haleine et d'une entreprise peu aisée comme on peut
l'imaginer.

Cette vision est justifiée, me paraît-il, par le souci de neutraliser
tout d'abord, les multiples sous-systèmes en vue d'une
standardisation régionale. Ce n'est qu`à une étape ultérieure que
l'on peut parler d'une ouverture sur les autres variantes nord
africaines. C'est une ouverture qui doit être basée, avant tout, sur
une stratégie qui reste à définir avec les linguistes d'autres pays
de l'Afrique du nord, y compris le problème de la codification de la
graphie, premier pas vers une standardisation de la langue, et qui a
pris de l'avance dans notre pays. Mais il serait souhaitable, pour
que ce processus ait la même réussite dans tous les pays de Tamazgha,
que les Imazighens d'autres pays se mettent au travail afin de
réussir la première étape, la plus importante à mes yeux, celle d'une
standardisation régionale et nationale.

Cela dit, dans le domaine de la néologie, et même de l'orthographe
normalisé, je tiens à rappeler qu'il y a déjà un fonds commun assez
important qui fait converger tous les parlers amazighes nord-
africains.

Quelle serait la contribution de l'IRCAM à cette entreprise ?
L'IRCAM est à la fois une institution académique et une instance
consultative. Sa principale finalité depuis sa création est la
standardisation de l'amazighe. Cette langue de demain qui sera
comprise par tous les Marocains, la même qui sera diffusée par la
télévision et la radio, la même qu'on trouvera dans les tribunaux,
dans le théâtre, dans l'administration…dans tous les domaines de la
vie quotidienne. Il est à rappeler qu''en si peu de temps, l'IRCAM a
réalisé ce qui n'a jamais été réalisé au Maroc dans le domaine de
l'amazighité, langue, culture et enseignement.

Les résultats obtenus sont considérables, notamment, la
reconnaissance mondiale de la graphie Tifinaghe, en tant que graphie
officielle de l'amazighe au Maroc, et qui va trouver, à partir de
l'an prochain, sa place dans les programmes du géant de
l'informatique, Microsoft. La préparation des manuels de
l'enseignement, la formation des inspecteurs, sans oublier le nombre
important de publications qui ont enrichi la bibliothèque amazighe…

Quels sont les autres projets de l'IRCAM ?
Les interventions de notre Institut sur ce point s'inscrivent bien
sûr dans le temps vu l'ampleur du projet. Il s'agit de tout faire
pour réussir le passage d'une situation jugée défectueuse par tous à
une autre situation souhaitée par tous les Imazighens. Les efforts
scientifiques de l'IRCAM iront, bien sûr, dans le sens de donner la
place que mérite la composante amazighe non pas seulement au niveau
national marocain, mais aussi au niveau régional, celui de toute
l'Afrique du nord.

Tout en se concentrant, dans un premier temps, sur une
standardisation au niveau national, notre Institut préparera, dans un
second temps, une stratégie pour une langue standard s'étendant sur
tout l'Afrique du Nord. Dans ce dessein, une ouverture à long terme
sur les autres variantes me paraît, bien sûr, inévitable puisqu'il
s'agit d'une seule langue Amazighe parlée dans plusieurs pays de
Tamazgha avec des degrés de différences phonétiques notamment. C'est
dans cette perspective aussi que l'IRCAM fait l'objet de plusieurs
visites de chercheurs et de scientifiques nationaux et internationaux
travaillant dans le même domaine de la standardisation de l'amazighe.

L'objectif de ces contacts et de ces concertations est de travailler
ensemble afin de définir une stratégie commune relative à une
standardisation de l'amazighe au niveau de tout Tamazgha. Des
délégations étrangères s'intéressant à ce processus se sont rendues à
notre Institut pour évaluer la stratégie en matière de la
standardisation suivie par notre institut pour réussir cette grande
opération historique.

Il faut donc croire aux résultats positifs attendus derrière cette
standardisation qui espère donner la place que mérite la composante
amazighe dans ce Maroc moderne et son rôle aussi en matière de la
standardisation de l'amazighe au niveau de toute l'Afrique du Nord,
loin des caractères " jacobins " qui, historiquement, n'ont fait que
foncer le pays dans le kao en lui imposant une langue et une culture
autres que les siennes. Rappelons pour mémoire que les instances
législatives et exécutives dans notre pays, n'ayant pas fait leur
devoir en vue de traduire dans la réalité les textes portant création
de l'enseignement de la langue amazighe depuis l'indépendance.

Comment appréciez-vous les manuels élaborés par l'IRCAM ?
Les manuels élaborés par l'IRCAM sont destinés à répondre au manque
d'outils pédagogiques qui a accompagné la mise en place de
l'enseignement de l'amazighe dans l'école marocaine. C'est un outil
nécessaire pour un bon départ et pour la réussite de ce grand défit.

Mais malgré les multiples efforts de travailler en collaboration avec
l'IRCAM, on a l'impression, malheureusement, que le MEN (ministère de
l'Éducation nationale) traîne et ne respecte pas ses engagements pour
traduire en pratique les textes portant création de l'enseignement de
la langue et de la culture amazighes. Aujourd'hui, vu que
l'enseignement de l'amazighe est devenue chose réelle après tant
d'années de résistance et de revendication de ce droit, la priorité
de l'IRCAM est d'accompagner la mise en place de cet enseignement
dans le primaire, le secondaire et le supérieur.

C'est pour cette raison qu'en plus des manuels de l'élève qui
viennent pour accomplir cette tâche, ils existe plusieurs autres
publications (contes, petites histoires, poésies…) qui complètent les
manuels et qui renforcent, à mon sens, le processus de la
standardisation (langue et graphie) chez les apprenants puisqu'ils
sont rédigés dans leur totalité en caractères tifinaghes, selon les
normes orthographiques préconisées par l'IRCAM.

Pour dire un petit mot sur la forme des manuels préparés jusqu'ici
par notre Institut, ils sont présentés, à mon avis, selon la forme la
plus adéquate. Les trois variantes sont présentées dans un seul
volume, et ce dans le but de donner aux apprenants de chacune de ses
trois variantes toutes les chances pour découvrir, dans le même
volume, les deux autres variantes marocaines.

La présence des trois dialectes dans un seul volume, ça ne veut pas
dire, bien sûr, que chacune d'eux est resté enfermé sur lui-même!
Partant du principe que la variation lexicale qui existe entre les
trois dialectes est, en effet, symbole d'une richesse pour le lexique
amazighe et non pas un handicap au processus de la standardisation,
les chercheurs ayant élaboré les manuels scolaires, ont veillé au
transfert d'un nombre important de termes d'une variante à une autre,
soit avec leur valeur sémantique d'origine, soit en les investissant
d'une valeur particulière à partir de diverses procédures
linguistiques, telles la transformation, la redistribution, la
composition, la dérivation etc.… Cette approche permet d'initier les
apprenants aux comparaisons interdialectales tout en contribuant au
processus de la standardisation.

Où se situe pour vous l'avenir de l'amazighité ?
Je ne peux qu'exprimer ma confiance et mon optimisme quant au sort de
notre langue maternelle. Malgré des contraintes de tout ordre, et
malgré tout le mal qu'on lui a fait subir, elle est toujours
présente, vivante, en usage quotidien chez plusieurs millions de
Marocains. Elle est le mode d'expression de l'identité première de la
majorité des Marocains.
Je suis très optimiste quant à son avenir. Elle a toujours fait face
à de grandes menaces et elle est capable de surmonter d'autres
difficultés politico-idéologiques, y compris la menace de la
mondialisation et ses effets sur les richesses socioculturelles
locales, régionales et nationales. La libération de toutes les forces
créatrices nationales (langues et cultures régionales) est inévitable
pour renforcer la présence d'un Maroc multilingue et multiculturel.
L'avenir de l'amazighe est clair, sa constitutionnalisation est
inévitable. Son statut juridique ne peut continuer à être ignoré par
la classe politique marocaine qui nous a toujours habitués aux
injustices qui n'ont fait qu'égarer le Maroc moderne et démocratique.

Quel statut institutionnel ?
« Il n y a pas mille réponses à cette question !! Comme je l'ai
signalé auparavant, la constitutionnalisation de la langue amazighe
est un droit et non pas une faveur.
Les États-nations trouvent dans la reconnaissance de leurs diversités
culturelle et linguistique, une richesse de leur patrimoine socio-
culturel de leur nation, ce qui n'est pas le cas pour le Maroc.
Pourquoi ne pas adopter cette vision sur notre patrimoine
linguistique et culturel puisque notre pays d'aujourd'hui se veut
démocratique, moderne et de droit…

La langue amazighe n'est pas un élément folklorique ou un simple
patrimoine régional, c'est une réalité nationale vécue au quotidien
par des millions de Marocains. Elle fait partie de ce multilinguisme
national qui est avant tout, un fait universel avant d'être un aspect
régional. Et face au problème de la mondialisation, le multilinguisme
et le pluriculturalisme nationaux, serviront, sans aucun doute,
cheval de bataille pour défendre la neutralité et la souveraineté
identitaire d'un Maroc multidimensionnel.

Néanmoins, il me paraît clair que la continuité et la persistance de
la même politique qui a marqué l'histoire de notre pays, et qui n'a
fait que marginaliser la langue et la culture amazighes, ne peuvent
que renforcer, consolider et légitimer les revendications du
mouvement amazighe. Le Maroc moderne doit faire preuve d'une bonne
volonté pour embrasser l'ère de la démocratie.

La libération des forces créatrices locales (nationale) ne peut que
répondre aux aspirations et aux attentes du peuple marocain afin
qu'il vive sa citoyenneté complète sans rupture avec son identité
amazighe. Il est donc temps plus que jamais de débattre la
reconnaissance constitutionnelle et l'officialisation de la langue
maternelle des Marocains.

Pour ceux qui n'admettent pas la vérité socio-historique et
culturelle de notre pays, je dois leur rappeler que ce sont les
hommes qui font l'histoire pas le contraire, et que notre pays a une
histoire très profonde faite par les Imazighens eux-mêmes qui n'ont
jamais constitué sur le sol marocain une minorité " en voie de
disparition ".

Ils ont toujours été présents dans les grands événements qui ont
marqué l'histoire de notre pays sans que celle-ci leur accorde
l'importance qu'ils méritaient… Notre pays, moderne, symbole du
pluralisme culturel et linguistique, va, sans aucun doute, mettre fin
aux injustices commises par les politiciens de notre pays à
l'encontre de l'histoire, de la langue et de la culture amazighes…»


Propos recueillis par M. Moukhlis | LE MATIN