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Voir la version complète : Est-ce que la kabylie est redevable à la France ?


ayouliw
20/03/2005, 18h52
Ce sujet m’a été inspiré par le récente polémique entre Hand Sadi et Salem Chaker au sujet de l’enseignement de la langue berbère en France, qui donna par ricochet l’occasion a certains parmi nous de vilipender la France pour son rôle supposé ou avéré dans l’étouffement des aspirations identitaires kabyles, même si cela ne se faisait pas d’une manière directe mais plutôt par l’attitude du pouvoir français que nous jugeons assez complaisante avec son vis-à-vis algérien. Pour moi il clair qu’une telle attitude envers la France est dictée par la vision que nous nous faisons de ce pays, patrie des droits de l’homme et de la démocratie et tout le cortège qui va avec. Dans le meilleur des mondes, nous n’aurions pas eu tort, mais force est de constater que la France défend avant tout ses intérêts, ce qui est a mon avis tout a fait légitime et réaliste. Mais sur un tout autre plan et malgré ce manque de solidarité auquel nous nous attendons de la part de la France, vous ne croyez pas que la Kabylie doit beaucoup à la France ?
Je m’explique. Aujourd’hui comme hier, le tissu industriel en Kabylie est inexistant, les investissements économiques de l’état algérien en Kabylie sont quasi nuls. Pour survivre la plupart des familles kabyles étaient dans l’obligation d’envoyer un des leurs en France pour subvenir aux besoins des siens; toute une littérature orale surtout à travers la chanson a pris naissance au sein de la société kabyle pour décrire l’exil est les affres de la séparation avec les êtres que nous chérissons, cela dénote l’ampleur de ce mouvement migratoire. Certains diront que la France a aussi besoin de main d’œuvre, ce qui était vrai durant une certaine époque, mais aujourd’hui la France peut s’en passer de tous ces gens qui ramènent leur culture avec eux et finissent par se ghettoiser dans les banlieues qui sont devenus de véritables territoires de l’insécurité. La France peut très bien ramener des ouvriers dans les pays de l’est plus assimilables culturellement, mais la kabylie n’a pas d’autre alternative que la France, la preuve, je crois qu’il y a plus de 30000 sans-papiers kabyles en France. Ce que je voulais dire, c’est que sans l’apport de l’argent de nos émigrés, la kabylie ne sera pas différente de cette Kabylie décrite par Camus dans ces reportages.
Sur le plan culturel, la langue française a été une échappatoire pour l’élite et intellectuels kabyles pour sauvegarder notre culture qui subissait les assauts de l’arabo-islamisme érigé en doctrine officielle par l’état algérien après l’indépendance. Même après l’avènement de l’antenne parabolique, tout le monde s’est approprié cet objet pour fuir la télévision algérien qui est un relais redoutable et même mortel du fascisme arabo-islamique.
Ma conception de la dignité humaine m’empêcherai de faire dans l’à-plat-ventrisme, mais je dirai que nous les kabyles, nous devons beaucoup à la France, pas comme incarnation du pouvoir politique français, mais plutôt comme expression de la culture française et ce qu’elle véhicule comme idéaux auxquels nous nous faisons référence que nous l’admettons ou non.