Hélène
22/09/2004, 23h15
Algérie : la révision du code de la famille toujours bloquée
La révision du Code algérien de la famille, texte défavorable aux femmes, semble une nouvelle fois enlisée. Islamistes et conservateurs se donnent la main contre des amendements que le gouvernement et le chef de l'Etat n'arrivent pas à faire passer au Parlement.
Le président Bouteflika s'était engagé, après sa réélection en avril dernier avec 85% des suffrages, à améliorer le statut juridique des femmes. Les Algériennes dépendent d'une loi qui les inféode aux hommes, conformément au Code de la famille voté en 1984. Si le chef de famille est conservateur, les femmes de sa parenté sont soumises à ses décisions.
L'Algérie est très en retard sur ses voisins. La Tunisie a depuis des décennies fait de l'émancipation de la femme un socle de son développement. Le Maroc a depuis un an, sous l'impulsion de son nouveau souverain, sévèrement restreint la survie de la polygamie.
La question du tuteur
et la répudiation
Dans un élan de bonne volonté, le président Bouteflika a affirmé qu'il refusait que la femme « soit soumise à un statut qui la condamne à une condition inférieure à celle de l'homme ». Une commission installée par le président a ensuite proposé la limitation de la polygamie, l'encadrement de la répudiation, la suppression du « tuteur », parent mâle sans lequel la femme ne peut en principe pas se marier.
Les associations de femmes et les démocrates sont opposés à ces amendements, qu'ils jugent insuffisants. Ils veulent abolir la polygamie et la répudiation, habitudes qui font la part belle à la décision de l'homme.
Mais ils sont piégés par l'offensive islamo-conservatrice qui rejette la révision du Code de la famille pour des raisons qui lui sont propres. Alors que les féministes trouvent les amendements trop timides, les conservateurs y voient un abandon choquant de la primauté masculine.
Le Mouvement de la réforme nationale (MRN-islamiste radical) d'Abdallah Djaballah, présent en force à l'Assemblée nationale, est très virulent. Il rejette les amendements, exige un référendum et a le soutien de son rival modéré, le Mouvement de la société de la paix (MSP) d'Abou Djerra Soltani.
« Encourageons
la polygamie » !
Chamseddine Bouroubi, député MRN, a affirmé ceci : pour lutter contre le célibat des femmes, « la solution est simple : encourageons la polygamie par tous les moyens ». L'ancien ministre Abderrahmane Chibane, président de l'Association des oulémas (théologiens), défend pareillement la polygamie au prétexte qu'« il vaut mieux un demi-mari que pas de mari du tout ». Une partie du Front de libération nationale (FLN), très conservatrice, refuse également de soutenir le président Bouteflika dans cette réforme du droit civil.
La défense de la polygamie en Algérie s'aligne sur un mouvement semblable qui se développe en Egypte (voir DNA du 16 septembre).
Seul le Rassemblement national démocratique (RND), autour du chef du gouvernement Ahmed Ouyahia, souhaite la révision du statut de la femme.
L'actuel Code de la famille, inspiré de la charia et adopté en 1984 quand le FLN était parti unique, fait juridiquement de la femme algérienne une mineure à vie. Il reconnaît la polygamie et la répudiation. Un homme peut, sans enfreindre la loi, avoir jusqu'à quatre épouses, les répudier et les reprendre à sa guise.
Depuis l'arrivée à la présidence d'Abdelaziz Bouteflika, en 1999, la révision de ce code est régulièrement annoncée, puis ajournée, ce qui souligne la fragilité du chef de l'Etat sur toutes les questions sociales.
Dominique Jung
© Dernières Nouvelles d'Alsace - Mer 22 sept. 2004
www.dna.fr
rubrique
La révision du Code algérien de la famille, texte défavorable aux femmes, semble une nouvelle fois enlisée. Islamistes et conservateurs se donnent la main contre des amendements que le gouvernement et le chef de l'Etat n'arrivent pas à faire passer au Parlement.
Le président Bouteflika s'était engagé, après sa réélection en avril dernier avec 85% des suffrages, à améliorer le statut juridique des femmes. Les Algériennes dépendent d'une loi qui les inféode aux hommes, conformément au Code de la famille voté en 1984. Si le chef de famille est conservateur, les femmes de sa parenté sont soumises à ses décisions.
L'Algérie est très en retard sur ses voisins. La Tunisie a depuis des décennies fait de l'émancipation de la femme un socle de son développement. Le Maroc a depuis un an, sous l'impulsion de son nouveau souverain, sévèrement restreint la survie de la polygamie.
La question du tuteur
et la répudiation
Dans un élan de bonne volonté, le président Bouteflika a affirmé qu'il refusait que la femme « soit soumise à un statut qui la condamne à une condition inférieure à celle de l'homme ». Une commission installée par le président a ensuite proposé la limitation de la polygamie, l'encadrement de la répudiation, la suppression du « tuteur », parent mâle sans lequel la femme ne peut en principe pas se marier.
Les associations de femmes et les démocrates sont opposés à ces amendements, qu'ils jugent insuffisants. Ils veulent abolir la polygamie et la répudiation, habitudes qui font la part belle à la décision de l'homme.
Mais ils sont piégés par l'offensive islamo-conservatrice qui rejette la révision du Code de la famille pour des raisons qui lui sont propres. Alors que les féministes trouvent les amendements trop timides, les conservateurs y voient un abandon choquant de la primauté masculine.
Le Mouvement de la réforme nationale (MRN-islamiste radical) d'Abdallah Djaballah, présent en force à l'Assemblée nationale, est très virulent. Il rejette les amendements, exige un référendum et a le soutien de son rival modéré, le Mouvement de la société de la paix (MSP) d'Abou Djerra Soltani.
« Encourageons
la polygamie » !
Chamseddine Bouroubi, député MRN, a affirmé ceci : pour lutter contre le célibat des femmes, « la solution est simple : encourageons la polygamie par tous les moyens ». L'ancien ministre Abderrahmane Chibane, président de l'Association des oulémas (théologiens), défend pareillement la polygamie au prétexte qu'« il vaut mieux un demi-mari que pas de mari du tout ». Une partie du Front de libération nationale (FLN), très conservatrice, refuse également de soutenir le président Bouteflika dans cette réforme du droit civil.
La défense de la polygamie en Algérie s'aligne sur un mouvement semblable qui se développe en Egypte (voir DNA du 16 septembre).
Seul le Rassemblement national démocratique (RND), autour du chef du gouvernement Ahmed Ouyahia, souhaite la révision du statut de la femme.
L'actuel Code de la famille, inspiré de la charia et adopté en 1984 quand le FLN était parti unique, fait juridiquement de la femme algérienne une mineure à vie. Il reconnaît la polygamie et la répudiation. Un homme peut, sans enfreindre la loi, avoir jusqu'à quatre épouses, les répudier et les reprendre à sa guise.
Depuis l'arrivée à la présidence d'Abdelaziz Bouteflika, en 1999, la révision de ce code est régulièrement annoncée, puis ajournée, ce qui souligne la fragilité du chef de l'Etat sur toutes les questions sociales.
Dominique Jung
© Dernières Nouvelles d'Alsace - Mer 22 sept. 2004
www.dna.fr
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