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Hélène
04/09/2004, 20h09
04-09-2004

Ossétie du Nord
Bassaïev derrière la prise d'otages ?

André Noël
La Presse


Selon les premiers indices, le principal organisateur de la prise d'otages de Beslan, en Ossétie du Nord, est l'ancien premier ministre de la Tchétchénie, aussi chef de guerre radical, Chamil Bassaïev. Signe particulier: il a formé des escouades de « veuves noires », des femmes, généralement jeunes, qui multiplient les attentats terroristes. Les liens de ce chef militaire de 39 ans avec l'organisation Al-Qaeda d'Oussama ben Laden sont ténus, mais réels.

Selon des représentant des services de sécurité russes (FSB, ex-KGB) cités par l'agence Itar-Tass, Chamil Bassaïev aurait mis au point la prise d'otage, et que celle-ci aurait été exécutée par un autre chef de guerre, Magomet Evloev. Ce dernier, surnommé Magas, dirigeait le commando qui a gardé en otages des centaines de personnes dans l'école de Beslan.

Selon la même source, Magomet Evloev est soumis à l'autorité de Chamil Bassaïev et est responsable d'avoir financé et exécuté des attentats en Tchétchénie et dans la république voisine d'Ingouchie.

200 morts, 700 blessés
La prise d'otages de l'école de Beslan s'est achevée hier dans le sang, avec un bilan de plus de 200 morts et quelque 700 blessés, après un assaut soudain et non planifié des forces russes et l'explosion de charges placées dans le bâtiment par les preneurs d'otages.

Au départ, la guerre déclenchée contre les Russes visait la libération nationale. Ses origines remontent à 1829, lorsque Catherine II de Russie se lance dans la conquête sanglante du Caucase, dont fait partie la Tchétchénie. Les chefs de la résistance sont des musulmans originaires de la région voisine du Daguestan. Ils convertissent les Tchétchènes à l'Islam.

Un siècle plus tard, les Tchétchènes se joignent à l'Armée rouge pour combattre le tsar. Ils espéraient gagner leur autonomie, mais ils perdront vite leurs illusions. Ils sont annexés à l'Union soviétique, dans une république tchétchéno-ingouche. Durant la Deuxième Guerre mondiale, Staline déporte des centaines de milliers de Tchétchènes, sous prétexte qu'ils ont collaboré avec les nazis allemands.

Les espoirs d'autonomie renaissent lors de la dissolution de l'URSS. En 1991, la Tchétchénie déclare son indépendance. Moscou s'y oppose et envoie des troupes. L'armée russe bombarde les villes, dont la capitale, Grozny. Cent mille Tchétchènes trouvent la mort, surtout des civils. La population soutient le mouvement séparatiste.

Chamil Bassaïev se distingue dans des combats tant en Tchétchénie que dans les régions voisines, comme la Géorgie. Il organise un détournement d'avion et une première prise d'otages massive: 1500 personnes dans un hôpital du sud de la Russie; 166 trouveront la mort.

Des élections sont organisées en 1997 en Tchétchénie, sous la supervision de l'Europe. Bassaïev est battu au poste de président par un chef islamiste modéré, Aslan Maskhadov, mais il est nommé premier ministre.

Le nouveau gouvernement tchétchène signe un accord de paix, fragile et boiteux, avec la Russie. Insatisfait, Bassaïev reprend la lutte armée. Il mène d'abord des incursions dans la République autonome du Daguestan, également sous la coupe des Russes. C'est à ce moment qu'il tisse des liens avec la mouvance islamiste de ben Laden.

Le but de ces fondamentalistes: créer un nouveau sanctuaire dans le Caucase. Ils bénéficient du soutien actif des talibans afghans, d'Al-Qaeda, de plusieurs organisations d'Arabie Saoudite se réclamant du wahhabisme (une vision intégriste de l'Islam) ainsi que de groupes extrémistes pakistanais et égyptiens. Ils entendent jeter les bases d'une nouvelle république islamiste réunissant les provinces du sud de la Tchétchénie et celles du nord du Daguestan.

Sur le terrain, Bassaïev s'adjoint le «commandant» Khattab, un chef de guerre qui est né en Jordanie et a étudié aux États-Unis. Khattab a combattu les Russes en Afghanistan, au Tadjikistan et en Tchétchénie. Il rencontre Oussama ben Laden à Jalalabad (Pakistan) en juin 1999. Un officier d'Al-Qaeda organisme le recrutement étranger.

Les moujahidines affluent de partout dans le monde. Il s'agit d'une nouvelle guerre sainte (jihad) contre les infidèles, après les guerres en Afghanistan, en Bosnie et au Cachemire. Une anecdote: cette année-là, des agents de la Gendarmerie royale du Canada perquisitionnent au domicile d'un membre du réseau islamiste de Montréal dirigé par Fateh Kamel. Ils découvrent une cassette vidéo portant l'inscription « le Jihad en Bosnie et en Tchétchénie ». La cassette montre les combats des moudjahidines dans ces deux pays, avec plans rapprochés d'un logo représentant un Coran supporté par deux kalachnikovs.

Les rebelles tchétchènes opposent une résistance farouche aux troupes russes, qui multiplient les exactions. Encore une fois, ce sont les civils qui écopent. Des milliers d'innocents sont tués. Les organisations de défense des droits de la personne dénoncent le gouvernement russe de Vladimir Poutine, mais la communauté internationale fait la sourde oreille.

Les rebelles, au premier chef Bassaïev, étendent leurs actions hors de la Tchétchénie et mènent eux aussi plusieurs attaques visant les civils, surtout russes. On im**** ainsi à Bassaïev la prise d'otages dans un théâtre de Moscou en 2002, qui s'est terminée par la mort d'environ 170 personnes. Des «veuves noires»- des femmes bardées d'explosifs- ont été utilisées lors de cet attentat.

Cet été, il semble que Bassaïev se soit rapproché de son rival, l'ancien président Aslan Maskhadov. Les deux hommes ont organisé une attaque audacieuse en Ingouchie, à la frontière de la Tchétchénie. Ils ont tué au moins 90 Russes, subissant très peu de pertes de leur côté.

Au mois d'août, Maskhadov a annoncé la formation de sa nouvelle équipe. Il a remis le «ministère» de la Sécurité à un proche de Bassaïev. Maskhadov, dont le pouvoir décline au sein de la rébellion, continue néanmoins à afficher ses distances face à Bassaïev.

Ce dernier a revendiqué les attentats de la semaine dernière contre deux avions de ligne russes, qui ont tué 90 passagers et les membres des équipages. Ce sont encore une fois des «veuves noires» qui auraient fait exploser les bombes attachées à leurs ceintures. L'une d'elles était née près de Vedeno, le village de Bassaïev.

Mercredi, un des assaillants a été joint au téléphone par un journaliste du New York Times. Il a alors déclaré que les rebelles faisaient partie d'une escouade dirigée par Bassaïev. Leur groupe comptait aussi des veuves noires.

Les autorités russes ont déclaré que Bassaïev était l'organisateur de cette dernière attaque, probablement la plus barbare de toutes en raison de la présence de nombreux enfants. Selon Moscou, elle aurait profité de l'appui logistique d'un idéologue wahhabiste, Abu Omar As-Seif, représentant Al-Qaeda en Tchétchénie.

Cette dernière information est à prendre avec des pincettes: le président russe, Vladimir Poutine, semble exagérer les liens entre Al-Qaeda et les rebelles tchétchènes. Il cherche par ce moyen à se gagner l'accord tacite des pays occidentaux- en premier lieu les États-Unis- dans sa guerre en Tchétchénie.

L'administration Bush, en guerre contre Al-Qaeda, a formellement étiqueté Bassaïev comme un terroriste international. Le dernier rapport annuel du Département d'État américain sur le terrorisme dans le monde atténue toutefois les liens entre les rebelles tchétchènes et l'organisation de ben Laden: «Il y a des preuves d'une présence étrangère en Tchétchénie, peut-on lire. Mais la plupart des activités terroristes ont des origines locales et sont liées au mouvement séparatiste.»
Dernier bilan



04-09-2004

Près de 350 morts en Ossétie du Nord
Horreur et incompréhension


Associated Press
Beslan, Russie

Plus de 24 heures après l'assaut des forces spéciales russes contre l'école de Beslan en Ossétie du Nord, le bilan de la sanglante prise d'otages s'élevait à près de 350 morts, dont 323 otages et 26 ravisseurs tués.

Le ministre régional des situations d'urgence, Boris Dzgoïev, 323 otages, dont 156 enfants, ont trouvé la mort dans l'attaque de l'école de Beslan.

La majorité des morts retrouvés dans le gymnase de l'école ont été tués par les explosions qui ont provoqué l'effondrement d'une partie du toit, selon la police d'Ossétie du Nord, citée par les agences russes Interfax et ITAR-Tass.

Selon le procureur russe Sergueï Fridinski, avant même l'assaut des forces russes, les ravisseurs avaient tué par balles une vingtaine d'otages et avaient balancé leurs corps par la fenêtre.

Quant aux 26 ravisseurs, ils ont tous été tués, a déclaré le procureur Fridinski. Plus tôt, des chaînes de télévisions russes avaient toutefois annoncé la capture de trois des preneurs d'otages.

Plus de 542 personnes, dont 336 enfants, ont en outre été hospitalisés après l'assaut donné vendredi, ont par ailleurs précisé les responsables hospitaliers.

Après une interruption pendant la nuit, des experts en explosifs et des secouristes ont repris leurs fouilles dans l'école dès samedi matin afin de retrouver d'éventuelles victimes.

Plus d'un millier de personnes, pour la plupart des enfants se trouvaient dans l'école de Beslan lors de la prise d'otages survenue au premier jour de la rentrée scolaire.