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Hélène
24/08/2004, 21h25
International


La cohabitation reste difficile entre les religieux et les adeptes des plaisirs estivaux dans la patrie d'Atatürk
Turquie : bataille entre parasols et minarets sur la mer Egée

Istanbul : Marie-Michèle Martinet
[24 août 2004]

Ici, les champs d'oliviers dégringolent de la montagne, jusqu'au rivage bleu de la mer Egée, où se découpe la silhouette sombre de l'île grecque de Lesbos, posée à l'horizon comme un gros cachalot assoupi. Quand Temel Bey a pris sa retraite, il n'a pas hésité longtemps avant d'acheter une maison à restaurer, dans un petit village de pêcheurs. Pourtant l'endroit avait plutôt mauvaise réputation, à cause de ses habitants qui n'hésitaient pas à afficher leurs convictions religieuses lorgnant nettement vers l'intégrisme, dans une région pourtant majoritairement laïque.

Temel Bey ne s'en est pas inquiété. Indifférent à la froideur mutique des voisins, il s'est donc installé avec sa famille et, après avoir restauré la maison principale, dont la façade ouest donne directement sur la mer, il a eu l'idée d'aménager un café-bar dans un bâtiment attenant, et aussi une terrasse pour l'été, avec des parasols et un ponton pour la baignade. A l'été 2002, il recevait ses premiers clients.

Il n'a pas compris tout de suite, en découvrant un matin sur la plage le premier tesson de bouteille dont les éclats de verre brillaient au soleil parmi les galets. Il l'a ramassé, sans penser à mal. Mais après que l'incident se fut produit à plusieurs reprises, il a bien dû se rendre à l'évidence : la présence de son petit commerce estival n'était pas du goût de tout le monde.

Partisan de la manière forte, Temel Bey n'a pas lésiné sur la méthode à employer pour calmer l'ardente hostilité de ses voisins : il a appelé quelques amis militaires à la rescousse, qui sont venus un matin, à l'aube, avec un camion, et ont embarqué une quinzaine d'hommes du village, avant de les relâcher quelques jours plus tard. Et Temel Bey n'a plus jamais trouvé de tessons de bouteille sur sa plage.

Le premier hiver est venu : celui des élections législatives et du raz-de-marée islamique en Turquie, qui n'allait pas épargner la petite ville voisine, pourtant traditionellement aux mains du CHP, le parti républicain fondé par Atatürk. Et tandis que la vague blanche des islamistes submergeait le pays, celles de la mer Egée éprouvaient durement la solidité des murs de la maison de Temel Bey, secouée par la tempête. Mais il en fallait plus pour le décourager, ou même lui donner des regrets.

Eté 2004. Cette année, Temel Bey a aménagé un nouveau ponton, où se prélassent quelques grosses dames, assoupies sur des coussins publicitaires arborant sans complexes les couleurs de la bière Efes. A quelques mètres, les maisons des villageois, construites de bric et de broc, semblent avoir été bâties par hasard de quelques parpaings assemblés à la hâte.

A l'ombre des balcons bancals, on distingue les silhouettes discrètes des femmes prenant le thé. Les jours de grande chaleur, les plus jeunes, toujours accompagnées d'un grand frère, se hasardent jusqu'au rivage pour se glisser dans l'eau, où l'étoffe sombre de leurs vêtements leur colle à la peau. Elles jouent à s'éclabousser, sans faire attention à ces garçons de la bourgeoisie d'Istanbul qui, quelques brasses plus loin, dans leurs maillots Quicksilver, font la course à celui qui arrivera le premier à la bouée blanche. Et quand, depuis la mosquée qui, elle aussi, a les pieds dans l'eau, le muezzin lance l'appel à la prière, la voix semble glisser à la surface de la mer, sans interrompre le rythme des conversations, jusqu'aux barques des pêcheurs qui filent doucement vers le large.

Plus tard, tandis que le soleil déclinera sur les collines, à l'heure où, autour d'un verre de raki, les estivants s'attardent aux derniers rayons, les jeunes filles regagneront sans bruit leurs maisons : deux mondes qui se croisent et ne s'adressent pas la parole, ou si peu.

Cependant Temel Bey a l'impression que le dialogue pourrait enfin commencer à s'établir. L'hiver dernier, tandis que la neige tombait, événement rare, sur la mer et les oliviers, pour la première fois, un vendredi, après la prière, quelques hommes du village ont franchi le seuil de son café pour venir boire le thé. Le début, peut-être, d'un mutuel respect, même si toutes les occasions sont bonnes, dans la vie courante, pour marquer les différences.

L'hiver dernier également, la nouvelle mairie islamiste de la petite ville voisine a abattu les anciens palmiers plantés sur le port pour les remplacer par... un arbre électrique composé d'un mât et de branches métalliques figurant une espèce de geyser lumineux. Tandis que les troncs des arbres abattus finissent de se dessécher en bordure de la route nationale, les ampoules multicolores clignotent désormais sur les eaux du port, donnant à la petite ville balnéaire une allure de Las Vegas oriental.

said26
25/08/2004, 15h42
bonjour tous et toutes.

la cohabitation est gerable pour le moment, puisque le parti au pouvoir a promis de ne pas toucher au liberté individuelles.