Hélène
12/07/2004, 01h54
11 juillet 2004 / 17 h 20
TOUT SUR LA VIOLENCE ANTISÉMITE DANS LE RER
Six jeunes maghrébins et noirs agressent une femme et son bébé et lui dessinent des croix gammées sur le ventre
Les faits ; les précédents ; un reportage sur la ligne du RER où les faits se sont déroulés et toutes les réactions officielles en France.
Un peu plus tard dans la soirée, l'éditorial d'Elisabeth Schemla
VERSAILLES - Six hommes ont violemment agressé, vendredi matin dans le RER D, entre Louvres et Sarcelles (Val-d'Oise), une jeune femme de 23 ans qu'ils croyaient juive, avant de lui dessiner des croix gammées sur le ventre, a-t-on appris samedi de sources policières.
Les six agresseurs, d'origine maghrébine et armés de couteaux, ont coupé les cheveux de la jeune femme, accompagnée de son bébé de 13 mois, puis ont lacéré son tee-shirt et son pantalon, avant de dessiner au feutre noir trois croix gammées sur son ventre, a-t-on indiqué de mêmes sources.
Les six jeunes hommes, qui étaient montés dans le train à la gare de Louvres, avaient commencé par bousculer la jeune mère, puis lui avaient dérobé son sac à dos, qui contenait ses papiers d'identité.
C'est en voyant qu'elle avait une adresse dans le XVIe arrondissement de Paris - où elle n'habite plus - qu'ils auraient déduit qu'elle était juive, ce qui n'est pas le cas, a-t-on précisé de sources policières.
"Dans le XVIe il y a que des juifs", avait alors lâché un des six hommes, avant que le groupe ne commence à agresser la jeune femme, a-t-on précisé de mêmes sources.
Les agresseurs avaient ensuite pris la fuite en renversant la poussette, faisant tomber le bébé à terre, et en emportant le sac de la victime qui contenait, outre ses papiers d'identité, sa carte bancaire et une somme de 200 euros.
La police judiciaire de Versailles (Yvelines) a été saisie de l'affaire. Le président de la République Jacques Chirac a exprimé son "effroi" après cette agression et a demandé que les auteurs de "cet acte odieux" soient retrouvés, "jugés et condamnés avec toute la sévérité qui s'impose".
Le ministre de l'Intérieur, Dominique de Villepin, a condamné "avec la plus grande fermeté" une agression "ignoble" et précisé qu'il avait "donné instructions aux services de police pour retrouver les auteurs dans les plus brefs délais", après cette agression "qui a été aggravée de gestes racistes et antisémites".
Dans un communiqué, le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme a condamné "avec force l'agression ignoble et lâche" commise dans le RER D. Jeudi, au Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), Jacques Chirac avait appelé les Français "au sursaut" face à la recrudescence d'actes antisémites et racistes. Le bilan des actes racistes et antisémites recensés au 1er semestre 2004 montre "une accélération très forte", leur nombre étant "supérieur à la totalité des actes commis en 2003", selon un bilan communiqué vendredi à l'issue du 5ème Comité interministériel de lutte contre le racisme et l'antisémitisme, qui s'est tenu à Matignon.
Selon les derniers chiffres du ministère de l'Intérieur, 95 actions racistes et xénophobes (hors actes antisémites) ont été enregistrées au cours des six premiers mois de l'année ainsi que 161 actes de menace ou d'intimidation.
Sur la même période, 135 actions ont été commises contre des juifs et 375 menaces répertoriées.
Agressions antisémites : des précédents depuis 2002
PARIS - L'agression à caractère antisémite d'une femme par six hommes commise vendredi dans le RER D entre Louvres et Sarcelles (Val-d'Oise) a connu des précédents en France ces deux dernières années :
---2002---
- 1O avril : quatorze footballeurs de l'association juive Maccabi sont agressés sur un terrain d'entraînement à Bondy (Seine-Saint-Denis), à coup de barres et de bâtons, par des inconnus masqués. L'un d'entre eux est blessé.
---2003---
- 4 janvier : le rabbin Gabriel Farhi est atteint d'un coup de couteau à l'abdomen dans sa synagogue, rue Pétion (XIe arrondissement de Paris). Trois jours après, sa voiture est incendiée. Au fil de l'enquête, des interrogations apparaissent sur la réalité de l'agression, vigoureusement démenties par le rabbin.
- 22 mars : en marge d'un défilé organisé à Paris contre la guerre en Irak, deux membres du mouvement juif Hachomer Hatzaïr sont agressés près de leurs locaux, rue Saint-Claude à Paris (IIIe).
- 8 juillet : agression avec des bâtons et des barres de fer contre des élèves de l'école juive Jeunesse Beth Loubavitch à Paris (XIXe).
- 17 octobre : le rabbin Michel Serfaty est agressé alors qu'il se rend à pied à la synagogue de Ris-Orangis (Essonne).
---2004---
- 17 janvier : un jeune homme de 15 ans est agressé à la patinoire de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Cinq mineurs de 14 à 17 ans sont mis en cause.
- 4 mai : un rabbin de Créteil porte plainte après avoir été la cible d'une agression antisémite. Il dit avoir été traité de "sale juif", de "sale Rabbi Jacob", puis frappé au visage et au ventre, et menacé de mort.
- 30 mai : le fils du rabbin de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), un adolescent de 16 ans, est frappé et insulté devant son domicile. Cinq jeunes, dont quatre mineurs sont mis en examen. L'un d'eux avait été mêlé à l'agression du 17 janvier à la patinoire de Boulogne.
- 4 juin : un jeune juif de 18 ans est agressé d'un coup de couteau non loin de son école à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). L'agresseur, un homme à la personnalité perturbée, auteur présumé de huit autres agressions en trois jours est mis en examen pour tentatives de meurtres et écroué.
- 9 juillet : six hommes agressent violemment une jeune femme de 23 ans qu'ils croyaient juive dans le RER D, entre Louvres et Sarcelles (Val-d'Oise). Armés de couteaux, ils lui coupent les cheveux, lacèrent son tee-shirt et son pantalon, avant de dessiner au feutre noir trois croix gammées sur son ventre.
__________________________________________________
11 juillet 2004 / 23 h 48
L'Éditorial de Élisabeth Schemla
S A L O P E R I E
Je n'en peux plus de ces indignations, ces trémolos, ces mots grandiloquents, ces mains sur le cœur, ces appels au sursaut, cette unanimité à chaque agression antisémite. Cette fois-ci, la malheureuse victime qui occasionne un tel déferlement est une jeune -femme impuissante avec son bébé dans une poussette. Elle s'appelle Marie, elle n'est pas juive, elle a été prise pour une juive, elle est devenue juive. Les voyous lui ont donc coupé les cheveux au couteau et ont dessiné sur son ventre de mère des croix gammées. Cela choque plus les foules que lorsque la cible porte kippa. Ou même n'en porte pas. Les cris d'épouvante sont plus aigus : on comprend que chacune, chacun, peut être désormais le prochain choix du hasard et de la s a l o p e r i e.
Je n'en peux plus, à chaque violence contre des juifs, d'entendre les responsables politiques regretter systématiquement, ensemble, le racisme (sous – entendu anti-arabe) et l'antisémitisme ; les accoler l'un à l'autre comme s'ils étaient indissociables parce que symétriques. Comme si les juifs français s'en prenaient physiquement ( œil pour œil, dent pour dent, n'est-ce pas ?) à n'importe quel adulte ou n'importe quel enfant ayant plus ou moins l'air arabe, à la sortie du travail, d'une mosquée ou d'une école. Il y a bien des crétins et des excités désespérants parmi ces juifs, mais que je sache, leurs méfaits relèvent jusqu'ici du plus pur fantasme. Ou alors, nous sommes tous très mal informés. Et c'est donc une perversité, non moins pure, que d'invoquer automatiquement à chaque incident ou délit antisémite la regrettable « montée des communautarismes », introduisant ainsi dans le discours et les esprits une fausse et dangereuse équité entre les agressés et leurs agresseurs.
Je n'en peux plus d'entendre les mêmes responsables politiques mettre ce « nouvel » antisémitisme arabo-musulman ( qui légitime d'ailleurs subrepticement l'antisémitisme français traditionnel, on y vient, on y vient… ) sur le compte exclusif de l'échec de l'intégration. Attitude positivement criminelle. Parce qu'elle exonère totalement les antisémites : ils ne le sont qu'en raison de notre incapacité à résoudre leurs problèmes. Ils n'ont ainsi aucune responsabilité à assumer. On tient d'ailleurs le même discours absurde sur les électeurs du Front national
( de prétendus laissés pour compte de la modernité ), et on adopte le même comportement vis à vis de toutes les dictatures arabes dont on n'exige rien en échange des accords qu'elles nous réclament, sous prétexte qu'il faut les aider à se démocratiser et qu'il ne faudrait pas ajouter de l'humiliation à l'humiliation. Dans tous les cas, le pire est assuré.
Je n'en peux plus d'entendre toujours les mêmes - et les médias - tenir des discours schizophréniques. D'un côté, refus vertueux de l'antisémitisme ; de l'autre, haro tout aussi vertueux sur Israël. Et c'est peut-être le point crucial. Il est temps, il est urgent que les autorités en prennent conscience : elles sont plongées, sans s'en rendre compte à coup sûr, dans une hystérie anti-israélienne. Jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, année après année, ils n'ont à l'égard de ce pays que mots dépréciatifs, culpabilisants, méprisants. Ils ont, toujours, la condamnation à la bouche. Israël n'a jamais, jamais, grâce à leur yeux. Sur rien. Aucun acte, aucune décision ne rencontre autre chose qu'hostilité de leur part. Israël est travesti par leur regard, et par leurs mots. C'est simple : quoi que ce pays fasse, il est coupable. Coupable dans toutes les tribunes internationales où la France s'exprime ; coupable, en France, pour l'opinion publique française. Ce qui vient de se passer à propos de l'avis consultatif de la Cour de la Haye sur la barrière de sécurité est symptomatique. Outre l'importance démesurée accordée au sujet par les politiques et les médiatiques pendant plusieurs jours, tout a été fait pour mettre en scène la faute d'Israël, sans jamais apporter les éléments de compréhension du dossier. La faute d'Israël, voilà. Israël a tort de vouloir se défendre du terrorisme par une ligne de séparation. Israël a tort de vouloir dissuader en ayant le nucléaire. M. Al Baradei vient d'ailleurs de le lui dire et suggère qu'il renonce à cette arme. Là encore, ce doit être par souci d'équilibre et d'équité, puisqu'il fait la même demande à l'Iran, et à quelques autres.
Israël est hors droit international, hors droit des peuples. Hors droit, tout simplement. Et il ne viendrait à l'idée d'aucun – ou presque – de ces contempteurs d'Israël que les Palestiniens, eux, n'en ont qu'un seul : le droit à un état. Le reste, tout le reste, n'a été fixé ni figé par rien ni personne, de fait, puisque l'acte fondateur de ce droit a été refusé par ces Palestiniens en 1947.
Quand Messieurs Chirac, Barnier, Villepin, Hollande, Mamère, Bezancenot, Mesdames Buffet et Laguiller, toutes et tous les autres, comprendront-ils qu'à force de répéter inlassablement que l'état juif est un monstre, est un monstre, est un monstre, est un monstre, est un monstre parmi les nations… ils finissent par en convaincre le plus grand nombre ? En particulier ceux que tout prédispose à entendre cette antienne ? Plus grave : qui se sentent ainsi libérés pour agresser non pas l'état juif mais des juifs, et trouvent dans la position des autorités politiques et médiatiques justification à leur crime ? Avant de donner des ordres – oui, des ordres – tant attendus à la police, à la justice, à l'éducation nationale et à la fonction publique, avant de donner des leçons à longueur de colonnes ou d'images, ce sont les modalités et la tonalité du discours qu'il faut changer. Une décision rapide à prendre, et qui ne coûte pas un sou. Juste le courage de sortir du double langage et de regarder sa propre responsabilité en face
Parce que je n'en peux plus de tout cela, je le dis : cette jeune Marie maltraitée dans le métro a d'abord été victime de ses agresseurs, ensuite des agresseurs permanents d'Israël.
TOUT SUR LA VIOLENCE ANTISÉMITE DANS LE RER
Six jeunes maghrébins et noirs agressent une femme et son bébé et lui dessinent des croix gammées sur le ventre
Les faits ; les précédents ; un reportage sur la ligne du RER où les faits se sont déroulés et toutes les réactions officielles en France.
Un peu plus tard dans la soirée, l'éditorial d'Elisabeth Schemla
VERSAILLES - Six hommes ont violemment agressé, vendredi matin dans le RER D, entre Louvres et Sarcelles (Val-d'Oise), une jeune femme de 23 ans qu'ils croyaient juive, avant de lui dessiner des croix gammées sur le ventre, a-t-on appris samedi de sources policières.
Les six agresseurs, d'origine maghrébine et armés de couteaux, ont coupé les cheveux de la jeune femme, accompagnée de son bébé de 13 mois, puis ont lacéré son tee-shirt et son pantalon, avant de dessiner au feutre noir trois croix gammées sur son ventre, a-t-on indiqué de mêmes sources.
Les six jeunes hommes, qui étaient montés dans le train à la gare de Louvres, avaient commencé par bousculer la jeune mère, puis lui avaient dérobé son sac à dos, qui contenait ses papiers d'identité.
C'est en voyant qu'elle avait une adresse dans le XVIe arrondissement de Paris - où elle n'habite plus - qu'ils auraient déduit qu'elle était juive, ce qui n'est pas le cas, a-t-on précisé de sources policières.
"Dans le XVIe il y a que des juifs", avait alors lâché un des six hommes, avant que le groupe ne commence à agresser la jeune femme, a-t-on précisé de mêmes sources.
Les agresseurs avaient ensuite pris la fuite en renversant la poussette, faisant tomber le bébé à terre, et en emportant le sac de la victime qui contenait, outre ses papiers d'identité, sa carte bancaire et une somme de 200 euros.
La police judiciaire de Versailles (Yvelines) a été saisie de l'affaire. Le président de la République Jacques Chirac a exprimé son "effroi" après cette agression et a demandé que les auteurs de "cet acte odieux" soient retrouvés, "jugés et condamnés avec toute la sévérité qui s'impose".
Le ministre de l'Intérieur, Dominique de Villepin, a condamné "avec la plus grande fermeté" une agression "ignoble" et précisé qu'il avait "donné instructions aux services de police pour retrouver les auteurs dans les plus brefs délais", après cette agression "qui a été aggravée de gestes racistes et antisémites".
Dans un communiqué, le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme a condamné "avec force l'agression ignoble et lâche" commise dans le RER D. Jeudi, au Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), Jacques Chirac avait appelé les Français "au sursaut" face à la recrudescence d'actes antisémites et racistes. Le bilan des actes racistes et antisémites recensés au 1er semestre 2004 montre "une accélération très forte", leur nombre étant "supérieur à la totalité des actes commis en 2003", selon un bilan communiqué vendredi à l'issue du 5ème Comité interministériel de lutte contre le racisme et l'antisémitisme, qui s'est tenu à Matignon.
Selon les derniers chiffres du ministère de l'Intérieur, 95 actions racistes et xénophobes (hors actes antisémites) ont été enregistrées au cours des six premiers mois de l'année ainsi que 161 actes de menace ou d'intimidation.
Sur la même période, 135 actions ont été commises contre des juifs et 375 menaces répertoriées.
Agressions antisémites : des précédents depuis 2002
PARIS - L'agression à caractère antisémite d'une femme par six hommes commise vendredi dans le RER D entre Louvres et Sarcelles (Val-d'Oise) a connu des précédents en France ces deux dernières années :
---2002---
- 1O avril : quatorze footballeurs de l'association juive Maccabi sont agressés sur un terrain d'entraînement à Bondy (Seine-Saint-Denis), à coup de barres et de bâtons, par des inconnus masqués. L'un d'entre eux est blessé.
---2003---
- 4 janvier : le rabbin Gabriel Farhi est atteint d'un coup de couteau à l'abdomen dans sa synagogue, rue Pétion (XIe arrondissement de Paris). Trois jours après, sa voiture est incendiée. Au fil de l'enquête, des interrogations apparaissent sur la réalité de l'agression, vigoureusement démenties par le rabbin.
- 22 mars : en marge d'un défilé organisé à Paris contre la guerre en Irak, deux membres du mouvement juif Hachomer Hatzaïr sont agressés près de leurs locaux, rue Saint-Claude à Paris (IIIe).
- 8 juillet : agression avec des bâtons et des barres de fer contre des élèves de l'école juive Jeunesse Beth Loubavitch à Paris (XIXe).
- 17 octobre : le rabbin Michel Serfaty est agressé alors qu'il se rend à pied à la synagogue de Ris-Orangis (Essonne).
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- 17 janvier : un jeune homme de 15 ans est agressé à la patinoire de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Cinq mineurs de 14 à 17 ans sont mis en cause.
- 4 mai : un rabbin de Créteil porte plainte après avoir été la cible d'une agression antisémite. Il dit avoir été traité de "sale juif", de "sale Rabbi Jacob", puis frappé au visage et au ventre, et menacé de mort.
- 30 mai : le fils du rabbin de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), un adolescent de 16 ans, est frappé et insulté devant son domicile. Cinq jeunes, dont quatre mineurs sont mis en examen. L'un d'eux avait été mêlé à l'agression du 17 janvier à la patinoire de Boulogne.
- 4 juin : un jeune juif de 18 ans est agressé d'un coup de couteau non loin de son école à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). L'agresseur, un homme à la personnalité perturbée, auteur présumé de huit autres agressions en trois jours est mis en examen pour tentatives de meurtres et écroué.
- 9 juillet : six hommes agressent violemment une jeune femme de 23 ans qu'ils croyaient juive dans le RER D, entre Louvres et Sarcelles (Val-d'Oise). Armés de couteaux, ils lui coupent les cheveux, lacèrent son tee-shirt et son pantalon, avant de dessiner au feutre noir trois croix gammées sur son ventre.
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11 juillet 2004 / 23 h 48
L'Éditorial de Élisabeth Schemla
S A L O P E R I E
Je n'en peux plus de ces indignations, ces trémolos, ces mots grandiloquents, ces mains sur le cœur, ces appels au sursaut, cette unanimité à chaque agression antisémite. Cette fois-ci, la malheureuse victime qui occasionne un tel déferlement est une jeune -femme impuissante avec son bébé dans une poussette. Elle s'appelle Marie, elle n'est pas juive, elle a été prise pour une juive, elle est devenue juive. Les voyous lui ont donc coupé les cheveux au couteau et ont dessiné sur son ventre de mère des croix gammées. Cela choque plus les foules que lorsque la cible porte kippa. Ou même n'en porte pas. Les cris d'épouvante sont plus aigus : on comprend que chacune, chacun, peut être désormais le prochain choix du hasard et de la s a l o p e r i e.
Je n'en peux plus, à chaque violence contre des juifs, d'entendre les responsables politiques regretter systématiquement, ensemble, le racisme (sous – entendu anti-arabe) et l'antisémitisme ; les accoler l'un à l'autre comme s'ils étaient indissociables parce que symétriques. Comme si les juifs français s'en prenaient physiquement ( œil pour œil, dent pour dent, n'est-ce pas ?) à n'importe quel adulte ou n'importe quel enfant ayant plus ou moins l'air arabe, à la sortie du travail, d'une mosquée ou d'une école. Il y a bien des crétins et des excités désespérants parmi ces juifs, mais que je sache, leurs méfaits relèvent jusqu'ici du plus pur fantasme. Ou alors, nous sommes tous très mal informés. Et c'est donc une perversité, non moins pure, que d'invoquer automatiquement à chaque incident ou délit antisémite la regrettable « montée des communautarismes », introduisant ainsi dans le discours et les esprits une fausse et dangereuse équité entre les agressés et leurs agresseurs.
Je n'en peux plus d'entendre les mêmes responsables politiques mettre ce « nouvel » antisémitisme arabo-musulman ( qui légitime d'ailleurs subrepticement l'antisémitisme français traditionnel, on y vient, on y vient… ) sur le compte exclusif de l'échec de l'intégration. Attitude positivement criminelle. Parce qu'elle exonère totalement les antisémites : ils ne le sont qu'en raison de notre incapacité à résoudre leurs problèmes. Ils n'ont ainsi aucune responsabilité à assumer. On tient d'ailleurs le même discours absurde sur les électeurs du Front national
( de prétendus laissés pour compte de la modernité ), et on adopte le même comportement vis à vis de toutes les dictatures arabes dont on n'exige rien en échange des accords qu'elles nous réclament, sous prétexte qu'il faut les aider à se démocratiser et qu'il ne faudrait pas ajouter de l'humiliation à l'humiliation. Dans tous les cas, le pire est assuré.
Je n'en peux plus d'entendre toujours les mêmes - et les médias - tenir des discours schizophréniques. D'un côté, refus vertueux de l'antisémitisme ; de l'autre, haro tout aussi vertueux sur Israël. Et c'est peut-être le point crucial. Il est temps, il est urgent que les autorités en prennent conscience : elles sont plongées, sans s'en rendre compte à coup sûr, dans une hystérie anti-israélienne. Jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, année après année, ils n'ont à l'égard de ce pays que mots dépréciatifs, culpabilisants, méprisants. Ils ont, toujours, la condamnation à la bouche. Israël n'a jamais, jamais, grâce à leur yeux. Sur rien. Aucun acte, aucune décision ne rencontre autre chose qu'hostilité de leur part. Israël est travesti par leur regard, et par leurs mots. C'est simple : quoi que ce pays fasse, il est coupable. Coupable dans toutes les tribunes internationales où la France s'exprime ; coupable, en France, pour l'opinion publique française. Ce qui vient de se passer à propos de l'avis consultatif de la Cour de la Haye sur la barrière de sécurité est symptomatique. Outre l'importance démesurée accordée au sujet par les politiques et les médiatiques pendant plusieurs jours, tout a été fait pour mettre en scène la faute d'Israël, sans jamais apporter les éléments de compréhension du dossier. La faute d'Israël, voilà. Israël a tort de vouloir se défendre du terrorisme par une ligne de séparation. Israël a tort de vouloir dissuader en ayant le nucléaire. M. Al Baradei vient d'ailleurs de le lui dire et suggère qu'il renonce à cette arme. Là encore, ce doit être par souci d'équilibre et d'équité, puisqu'il fait la même demande à l'Iran, et à quelques autres.
Israël est hors droit international, hors droit des peuples. Hors droit, tout simplement. Et il ne viendrait à l'idée d'aucun – ou presque – de ces contempteurs d'Israël que les Palestiniens, eux, n'en ont qu'un seul : le droit à un état. Le reste, tout le reste, n'a été fixé ni figé par rien ni personne, de fait, puisque l'acte fondateur de ce droit a été refusé par ces Palestiniens en 1947.
Quand Messieurs Chirac, Barnier, Villepin, Hollande, Mamère, Bezancenot, Mesdames Buffet et Laguiller, toutes et tous les autres, comprendront-ils qu'à force de répéter inlassablement que l'état juif est un monstre, est un monstre, est un monstre, est un monstre, est un monstre parmi les nations… ils finissent par en convaincre le plus grand nombre ? En particulier ceux que tout prédispose à entendre cette antienne ? Plus grave : qui se sentent ainsi libérés pour agresser non pas l'état juif mais des juifs, et trouvent dans la position des autorités politiques et médiatiques justification à leur crime ? Avant de donner des ordres – oui, des ordres – tant attendus à la police, à la justice, à l'éducation nationale et à la fonction publique, avant de donner des leçons à longueur de colonnes ou d'images, ce sont les modalités et la tonalité du discours qu'il faut changer. Une décision rapide à prendre, et qui ne coûte pas un sou. Juste le courage de sortir du double langage et de regarder sa propre responsabilité en face
Parce que je n'en peux plus de tout cela, je le dis : cette jeune Marie maltraitée dans le métro a d'abord été victime de ses agresseurs, ensuite des agresseurs permanents d'Israël.