Hélène
11/07/2004, 20h18
9 juillet 2004 / 13 h 04
EN GRANDE-BRETAGNE, À L'OCCASION D'UNE CONFÉRENCE ISLAMISTE INAUGURÉE PAR LE MAIRE DE LONDRES
Deux organisations musulmanes lancent une « assemblée pour la protection du Hidjab », dénommée ProHidjab, avec la participation de Tariq Ramadan
Par l'AFP
Le prédicateur vedette Youssef Al-Qardaoui a également fait le déplacement dans l'île, provoquant la colère de l'opposition conservatrice qui interpelle le gouvernement Blair
LONDRES, 8 juil (AFP) - Deux organisations musulmanes britanniques ont annoncé jeudi le lancement, le 12 juillet, d'une "assemblée pour la protection du hidjab" (voile musulman), et vont organiser à cette occasion une conférence destinée à défendre "le droit pour toutes les femmes de (le) porter".
La Société des femmes musulmanes (Muslim women society, MWS) et l'Association musulmane de Grande-Bretagne (Muslim Association of Britain, MAB) "lancent une +Assemblée pour la protection du hidjab+, intitulée ProHijab, dans le but de se saisir de cette importante question et d'user de tous les moyens pacifiques et légaux pour protéger le droit de toutes les femmes de porter le hidjab", a annoncé un communiqué.
La conférence sera officiellement inaugurée par le maire de Londres, selon ses organisateurs.
Parmi les intervenants, figurent Tariq Ramadan et le Cheikh Youssef Al-Qardaoui. La visite au Royaume-Uni de ce dernier, un influent religieux qatariote d'origine égyptienne, suscite des remous, l'opposition conservatrice reprochant au ministre de l'Intérieur David Blunkett de l'avoir laissé entrer dans le pays.
Ce prédicateur a certes été l'un des premiers dignitaires musulmans à avoir dénoncé les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et ceux de Madrid en mars. Mais la BBC a diffusé mercredi soir une interview de Youssef Al-Qardaoui, effectuée le mois dernier, dans laquelle il justifiait les attentats suicides commis en Israël par des extrémistes palestiniens.
Interrogé sur le point de savoir si l'Islam justifiait ces attentats, il a répondu : "Il ne s'agit pas de suicide. Il s'agit de martyr au nom de Dieu".
"Allah est juste. Dans sa sagesse infinie, il a donné aux faibles ce que les forts n'ont pas : la capacité de transformer leurs corps en bombes comme le font les Palestiniens", a-t-il poursuivi.
Tony Blair a été interpellé sur la question par l'opposition conservatrice mercredi à la chambre des Communes, lors de la séance hebdomadaire de questions au Premier ministre.
"Etes-vous d'accord avec moi que quelqu'un qui accepte que des enfants soient tués par des kamikazes et qui est interdit d'accès aux Etats-Unis en raison de ses relations présumées avec des organisations terroristes ne devrait pas être admis dans ce pays ?", a demandé Michael Howard, le chef des conservateurs.
Le ministre de l'Intérieur David Blunkett "va regarder cela de très près. Il y a des règles à respecter", a répondu M. Blair, sans vouloir se prononcer sur ce cas particulier.
"Disons le clairement : nous ne voulons rien avoir à faire avec des gens qui soutiennent les kamikazes en Palestine ou ailleurs, ou qui soutiennent le terrorisme. Nous devons toutefois nous assurer que si quelqu'un est interdit d'accès dans ce pays, il le soit d'une manière conforme à la loi", a-t-il ajouté.
Youssef Al-Qardaoui s'est publiquement étonné mercredi à Londres de la polémique entourant sa visite.
"Ce n'est pas la première fois que je me rends à Londres, ni la dixième, ni la centième fois. J'y viens depuis un tiers de siècle. C'est une ville ouverte. Alors pourquoi cette dis**** autour de ma visite aujourd'hui ?", a-t-il dit.
Quant à Tariq Ramadan, citoyen suisse et petit-fils de Hassan El-Banna, fondateur des Frères musulmans égyptiens, il a fait campagne en France contre la loi sur le voile islamique à l'école. Il a fait l'objet d'une enquête préliminaire du parquet de Paris à la suite d'une tribune dans laquelle il mettait en cause "des intellectuels juifs français".
___________________________________
9 juillet 2004 / 10 h 42
HIDJAB - UNE DÉCISION CAPITALE POUR LES PAYS CONFRONTÉS À L'ISLAMISME
La Cour Européenne des Droits de l'Homme considère que l'interdiction du voile à l'université turque est parfaitement légale
En déboutant une étudiante qui estimait que sa liberté religieuse était atteinte, Strasbourg décourage des requêtes similaires en France
C'est une décision capitale que la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a prise fin juin. Elle a en effet débouté une étudiante en médecine turque qui se plaignait d'avoir été exclue de l'université d'Istanbul en mars 1998 pour port du voile islamique. L'institution strasbourgeoise a conclu à la non-violation par la Turquie de l'article 9 de la Convention européenne des droits de l'homme sur la liberté de pensée, de conscience et de religion à l'égard de la jeune femme. Si la CEDH estime que la circulaire du rectorat de 1998 qui soumet le port du foulard islamique et de la barbe à des restrictions de lieu et de forme dans les universités est une « ingérence dans l'exercice par l'intéressée du droit de manifester sa religion », elle précise que cette circulaire « est fondée sur deux principes qui se renforcent et se complètent mutuellement : la laïcité et l'égalité ».
« La Cour ne perd pas de vue qu'il existe en Turquie des mouvements politiques extrémistes qui s'efforcent d'imposer à la société toute entière leurs symboles religieux et leur conception de la société, fondée sur des règles religieuses (…). La réglementation litigieuse est également destinée à protéger le pluralisme dans un établissement universitaire », expliquent les juges. La liberté de religion n'est donc pas un droit absolu -comme l'avait déjà souligné le vice-président de la CEDH, Jean-Paul Costa- et peut être limitée pour répondre à un « besoin social impérieux ».
Cette décision devrait dissuader d'autres citoyens turcs de saisir la CEDH dans des cas similaires alors que 213 autres requêtes du même genre ont été introduites contre la Turquie. Mais elle n'a pas empêché le ministre turc des affaires étrangères, Abdullah Gül, de laisser entendre que le gouvernement islamiste en place pourrait malgré tout contester l'interdiction du foulard dans les établissements publics. Une décision politique qui pourrait bien fermer les portes de l'Europe à Ankara. Il n'en reste pas moins que la décision de la CEDH pourra également faire référence en France dans le débat sur le voile à l'école alors que la prochaine rentrée scolaire s'annonce mouvementée.
EN GRANDE-BRETAGNE, À L'OCCASION D'UNE CONFÉRENCE ISLAMISTE INAUGURÉE PAR LE MAIRE DE LONDRES
Deux organisations musulmanes lancent une « assemblée pour la protection du Hidjab », dénommée ProHidjab, avec la participation de Tariq Ramadan
Par l'AFP
Le prédicateur vedette Youssef Al-Qardaoui a également fait le déplacement dans l'île, provoquant la colère de l'opposition conservatrice qui interpelle le gouvernement Blair
LONDRES, 8 juil (AFP) - Deux organisations musulmanes britanniques ont annoncé jeudi le lancement, le 12 juillet, d'une "assemblée pour la protection du hidjab" (voile musulman), et vont organiser à cette occasion une conférence destinée à défendre "le droit pour toutes les femmes de (le) porter".
La Société des femmes musulmanes (Muslim women society, MWS) et l'Association musulmane de Grande-Bretagne (Muslim Association of Britain, MAB) "lancent une +Assemblée pour la protection du hidjab+, intitulée ProHijab, dans le but de se saisir de cette importante question et d'user de tous les moyens pacifiques et légaux pour protéger le droit de toutes les femmes de porter le hidjab", a annoncé un communiqué.
La conférence sera officiellement inaugurée par le maire de Londres, selon ses organisateurs.
Parmi les intervenants, figurent Tariq Ramadan et le Cheikh Youssef Al-Qardaoui. La visite au Royaume-Uni de ce dernier, un influent religieux qatariote d'origine égyptienne, suscite des remous, l'opposition conservatrice reprochant au ministre de l'Intérieur David Blunkett de l'avoir laissé entrer dans le pays.
Ce prédicateur a certes été l'un des premiers dignitaires musulmans à avoir dénoncé les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et ceux de Madrid en mars. Mais la BBC a diffusé mercredi soir une interview de Youssef Al-Qardaoui, effectuée le mois dernier, dans laquelle il justifiait les attentats suicides commis en Israël par des extrémistes palestiniens.
Interrogé sur le point de savoir si l'Islam justifiait ces attentats, il a répondu : "Il ne s'agit pas de suicide. Il s'agit de martyr au nom de Dieu".
"Allah est juste. Dans sa sagesse infinie, il a donné aux faibles ce que les forts n'ont pas : la capacité de transformer leurs corps en bombes comme le font les Palestiniens", a-t-il poursuivi.
Tony Blair a été interpellé sur la question par l'opposition conservatrice mercredi à la chambre des Communes, lors de la séance hebdomadaire de questions au Premier ministre.
"Etes-vous d'accord avec moi que quelqu'un qui accepte que des enfants soient tués par des kamikazes et qui est interdit d'accès aux Etats-Unis en raison de ses relations présumées avec des organisations terroristes ne devrait pas être admis dans ce pays ?", a demandé Michael Howard, le chef des conservateurs.
Le ministre de l'Intérieur David Blunkett "va regarder cela de très près. Il y a des règles à respecter", a répondu M. Blair, sans vouloir se prononcer sur ce cas particulier.
"Disons le clairement : nous ne voulons rien avoir à faire avec des gens qui soutiennent les kamikazes en Palestine ou ailleurs, ou qui soutiennent le terrorisme. Nous devons toutefois nous assurer que si quelqu'un est interdit d'accès dans ce pays, il le soit d'une manière conforme à la loi", a-t-il ajouté.
Youssef Al-Qardaoui s'est publiquement étonné mercredi à Londres de la polémique entourant sa visite.
"Ce n'est pas la première fois que je me rends à Londres, ni la dixième, ni la centième fois. J'y viens depuis un tiers de siècle. C'est une ville ouverte. Alors pourquoi cette dis**** autour de ma visite aujourd'hui ?", a-t-il dit.
Quant à Tariq Ramadan, citoyen suisse et petit-fils de Hassan El-Banna, fondateur des Frères musulmans égyptiens, il a fait campagne en France contre la loi sur le voile islamique à l'école. Il a fait l'objet d'une enquête préliminaire du parquet de Paris à la suite d'une tribune dans laquelle il mettait en cause "des intellectuels juifs français".
___________________________________
9 juillet 2004 / 10 h 42
HIDJAB - UNE DÉCISION CAPITALE POUR LES PAYS CONFRONTÉS À L'ISLAMISME
La Cour Européenne des Droits de l'Homme considère que l'interdiction du voile à l'université turque est parfaitement légale
En déboutant une étudiante qui estimait que sa liberté religieuse était atteinte, Strasbourg décourage des requêtes similaires en France
C'est une décision capitale que la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a prise fin juin. Elle a en effet débouté une étudiante en médecine turque qui se plaignait d'avoir été exclue de l'université d'Istanbul en mars 1998 pour port du voile islamique. L'institution strasbourgeoise a conclu à la non-violation par la Turquie de l'article 9 de la Convention européenne des droits de l'homme sur la liberté de pensée, de conscience et de religion à l'égard de la jeune femme. Si la CEDH estime que la circulaire du rectorat de 1998 qui soumet le port du foulard islamique et de la barbe à des restrictions de lieu et de forme dans les universités est une « ingérence dans l'exercice par l'intéressée du droit de manifester sa religion », elle précise que cette circulaire « est fondée sur deux principes qui se renforcent et se complètent mutuellement : la laïcité et l'égalité ».
« La Cour ne perd pas de vue qu'il existe en Turquie des mouvements politiques extrémistes qui s'efforcent d'imposer à la société toute entière leurs symboles religieux et leur conception de la société, fondée sur des règles religieuses (…). La réglementation litigieuse est également destinée à protéger le pluralisme dans un établissement universitaire », expliquent les juges. La liberté de religion n'est donc pas un droit absolu -comme l'avait déjà souligné le vice-président de la CEDH, Jean-Paul Costa- et peut être limitée pour répondre à un « besoin social impérieux ».
Cette décision devrait dissuader d'autres citoyens turcs de saisir la CEDH dans des cas similaires alors que 213 autres requêtes du même genre ont été introduites contre la Turquie. Mais elle n'a pas empêché le ministre turc des affaires étrangères, Abdullah Gül, de laisser entendre que le gouvernement islamiste en place pourrait malgré tout contester l'interdiction du foulard dans les établissements publics. Une décision politique qui pourrait bien fermer les portes de l'Europe à Ankara. Il n'en reste pas moins que la décision de la CEDH pourra également faire référence en France dans le débat sur le voile à l'école alors que la prochaine rentrée scolaire s'annonce mouvementée.