Hélène
07/06/2004, 23h19
Une vraie voiture à 5 000 euros
LE MONDE | 05.06.04 | 15h30
La Logan, que Renault et Dacia destinent aux pays émergents et à l'Europe de l'Ouest, est robuste, austère, mais loin d'être mesquine.
En 1946, Renault lançait la 4 CV, sa toute première voiture populaire. Près de soixante ans plus tard, le constructeur présente un modèle dont la vocation est également de faire entrer l'automobile dans le cercle des biens de consommation courante, mais à plus grande échelle. Conçue en France, fabriquée en Roumanie et demain en Russie, au Maroc, en Iran, en Colombie, en Chine, la Logan, "l'automobile à 5 000 € ", doit permettre à des conducteurs des pays émergents d'acheter leur première voiture neuve (Le Monde du 2 juin). Objectif : 700 000 unités par an dès 2010.
La Logan, produite par la firme roumaine Dacia, rachetée par Renault en 1999, n'a rien de très glamour. Elle n'est pas de celles qui provoquent un coup de cœur. Ses formes simples et carrées sont intemporelles, le profil est un peu ramolli et les surfaces vitrées encadrées par un gros joint de caoutchouc noir. Sur la carrosserie, pas de subtils effets de lumière ni de fondus enchaînés dans la découpe des volumes. Pour simplifier les opérations d'emboutissage, il a fallu faire sobre.
Prête à affronter routes défoncées et pires écarts de température, la Renault-Dacia dispose d'une garde au sol surélevée, n'embarque qu'un minimum d'électronique et ignore la direction assistée, les vitres électriques ou la climatisation (en option). Son niveau de technologie peut, grosso modo, se comparer à celui d'une Clio de la précédente génération. A l'intérieur, les plastiques sont durs, les vis apparentes, le volant ne se règle ni en hauteur ni en profondeur, et la banquette arrière ne bascule pas.
LE GABARIT D'UNE MÉGANE
En revanche, les ajustements sont de bonne facture, tout comme l'instrumentation de bord, et la portière ne sonne pas creux lorsqu'on la ferme d'un coup sec. Pas de fantaisie ou de solutions révolutionnaires mais des petites astuces, comme les rétroviseurs extérieurs identiques (ils peuvent être mon-tés indifféremment à gauche ou à droite, cela coûte moins cher à fabriquer) ou les contre-portes, moulées en une seule pièce.
" Voiture économique de qualité", la Logan affiche le gabarit d'une Mégane et accueille trois adultes à l'arrière avec une hau-teur sous pavillon nettement supérieure à la moyenne. Le volume de son coffre (520 l) égale celui de la Vel Satis. Réalisée sur la plate- forme rallongée de la nouvelle Nis- san Micra (et du petit monospace Renault Modus), elle reçoit des freins à disques à l'avant, deux airbags et trois ceintures trois points à l'arrière.
Les trains roulants comme les moteurs (le 1,4 l et le 1,6 l essence de la gamme au losange et bientôt son 1,5 l diesel) sont de conception moderne, les normes d'émissions polluantes Euro4 sont respectées, les résultats aux crashs tests sont compatibles avec la réglementation, et le véhicule est recyclable à 95 % de son poids. Renault promet une voiture bien insonorisée et très saine en comportement routier, mais qui devrait être un peu ferme en suspension. Econome sans être mesquine, la Logan pèse moins d'une tonne (une Mégane de base atteint les 1 145 kg), ce qui devrait limiter sa consommation.
"Nos clients-types sont fonctionnaires ou entrepreneurs individuels. Ils utilisent Internet et savent ce qui définit une voiture moderne", assure Rémi Deconynck, responsable de la gamme Renault. "Ce véhicule, poursuit-il, devait faire "sérieux" pour refléter un statut social et offrir beaucoup d'espace, car elle sera fréquemment utilisée par la famille élargie, et transporter toutes sortes de choses."
Ce cahier des charges, autant que les contraintes industrielles, a pesé sur les choix des designers qui ont opté pour une architecture traditionnelle avec un coffre classique, évité d'arrondir les angles afin de privilégier l'habitabilité et cherché à engendrer un sentiment de robustesse, à l'allemande. En attendant les versions fourgonnette et break sept-places, on peut déjà prédire à la Logan une carrière internationale comme taxi.
Annoncée au prix de 5 000 € TTC (c'est trois fois moins cher qu'une Mégane), la Logan sera, en réalité, rarement vendue à ce tarif plancher. En fonction des droits de douane, des équipements installés en série et des réalités commerciales de chaque pays, des variations sont prévues. En Roumanie, elle sera bien accessible dès 5 000 € , mais en Russie il faudra débour- ser entre 8 000 € et 10 000 € , selon le modèle. Les responsables du projet X90 considèrent toutefois que, dans leur très grande majorité, les acheteurs choisiront une version mieux dotée que le modèle d'entrée de gamme. De là à parler d'embourgeoisement... La Logan ne sera pas la voiture "premier prix". Son argument numéro un, c'est le rapport tarif-technologie-habitabilité qu'elle propose.
SUR TOUS LES MARCHÉS
Initialement destiné à n'être commercialisé que sous la marque Dacia, dont il consacre le renouveau, ce modèle sera distribué sur plusieurs marchés (en Russie, notamment) sous le sigle Renault. "Dans certaines contrées, Dacia traîne pas mal de casseroles...", glisse un responsable de Billancourt. Soucieux de faire connaître leur pedigree, les modèles portant le blason de la marque roumaine ont pris soin de faire figurer sur la partie gauche du coffre la mention "Logan, by Renault".
Après avoir présenté la voiture comme destinée aux pays émergents, Renault semble avoir changé et considère désormais que la Logan "peut trouver sa place sur tous les marchés".
En fait, cette grande voiture toute simple sera bel et bien importée en Europe de l'Ouest dans les prochaines années, reste à savoir sous quelle marque. Il faut s'en réjouir car, chez nous, la voiture neuve - l'âge médian des acheteurs français atteint désormais 51 ans - est en train de redevenir un produit de luxe. Et puis cela nous changera. Pour une fois, un nouveau modèle pensera à autre chose qu'à devenir la coqueluche des beaux quartiers.
Jean-Michel Normand
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 06.06.04
LE MONDE | 05.06.04 | 15h30
La Logan, que Renault et Dacia destinent aux pays émergents et à l'Europe de l'Ouest, est robuste, austère, mais loin d'être mesquine.
En 1946, Renault lançait la 4 CV, sa toute première voiture populaire. Près de soixante ans plus tard, le constructeur présente un modèle dont la vocation est également de faire entrer l'automobile dans le cercle des biens de consommation courante, mais à plus grande échelle. Conçue en France, fabriquée en Roumanie et demain en Russie, au Maroc, en Iran, en Colombie, en Chine, la Logan, "l'automobile à 5 000 € ", doit permettre à des conducteurs des pays émergents d'acheter leur première voiture neuve (Le Monde du 2 juin). Objectif : 700 000 unités par an dès 2010.
La Logan, produite par la firme roumaine Dacia, rachetée par Renault en 1999, n'a rien de très glamour. Elle n'est pas de celles qui provoquent un coup de cœur. Ses formes simples et carrées sont intemporelles, le profil est un peu ramolli et les surfaces vitrées encadrées par un gros joint de caoutchouc noir. Sur la carrosserie, pas de subtils effets de lumière ni de fondus enchaînés dans la découpe des volumes. Pour simplifier les opérations d'emboutissage, il a fallu faire sobre.
Prête à affronter routes défoncées et pires écarts de température, la Renault-Dacia dispose d'une garde au sol surélevée, n'embarque qu'un minimum d'électronique et ignore la direction assistée, les vitres électriques ou la climatisation (en option). Son niveau de technologie peut, grosso modo, se comparer à celui d'une Clio de la précédente génération. A l'intérieur, les plastiques sont durs, les vis apparentes, le volant ne se règle ni en hauteur ni en profondeur, et la banquette arrière ne bascule pas.
LE GABARIT D'UNE MÉGANE
En revanche, les ajustements sont de bonne facture, tout comme l'instrumentation de bord, et la portière ne sonne pas creux lorsqu'on la ferme d'un coup sec. Pas de fantaisie ou de solutions révolutionnaires mais des petites astuces, comme les rétroviseurs extérieurs identiques (ils peuvent être mon-tés indifféremment à gauche ou à droite, cela coûte moins cher à fabriquer) ou les contre-portes, moulées en une seule pièce.
" Voiture économique de qualité", la Logan affiche le gabarit d'une Mégane et accueille trois adultes à l'arrière avec une hau-teur sous pavillon nettement supérieure à la moyenne. Le volume de son coffre (520 l) égale celui de la Vel Satis. Réalisée sur la plate- forme rallongée de la nouvelle Nis- san Micra (et du petit monospace Renault Modus), elle reçoit des freins à disques à l'avant, deux airbags et trois ceintures trois points à l'arrière.
Les trains roulants comme les moteurs (le 1,4 l et le 1,6 l essence de la gamme au losange et bientôt son 1,5 l diesel) sont de conception moderne, les normes d'émissions polluantes Euro4 sont respectées, les résultats aux crashs tests sont compatibles avec la réglementation, et le véhicule est recyclable à 95 % de son poids. Renault promet une voiture bien insonorisée et très saine en comportement routier, mais qui devrait être un peu ferme en suspension. Econome sans être mesquine, la Logan pèse moins d'une tonne (une Mégane de base atteint les 1 145 kg), ce qui devrait limiter sa consommation.
"Nos clients-types sont fonctionnaires ou entrepreneurs individuels. Ils utilisent Internet et savent ce qui définit une voiture moderne", assure Rémi Deconynck, responsable de la gamme Renault. "Ce véhicule, poursuit-il, devait faire "sérieux" pour refléter un statut social et offrir beaucoup d'espace, car elle sera fréquemment utilisée par la famille élargie, et transporter toutes sortes de choses."
Ce cahier des charges, autant que les contraintes industrielles, a pesé sur les choix des designers qui ont opté pour une architecture traditionnelle avec un coffre classique, évité d'arrondir les angles afin de privilégier l'habitabilité et cherché à engendrer un sentiment de robustesse, à l'allemande. En attendant les versions fourgonnette et break sept-places, on peut déjà prédire à la Logan une carrière internationale comme taxi.
Annoncée au prix de 5 000 € TTC (c'est trois fois moins cher qu'une Mégane), la Logan sera, en réalité, rarement vendue à ce tarif plancher. En fonction des droits de douane, des équipements installés en série et des réalités commerciales de chaque pays, des variations sont prévues. En Roumanie, elle sera bien accessible dès 5 000 € , mais en Russie il faudra débour- ser entre 8 000 € et 10 000 € , selon le modèle. Les responsables du projet X90 considèrent toutefois que, dans leur très grande majorité, les acheteurs choisiront une version mieux dotée que le modèle d'entrée de gamme. De là à parler d'embourgeoisement... La Logan ne sera pas la voiture "premier prix". Son argument numéro un, c'est le rapport tarif-technologie-habitabilité qu'elle propose.
SUR TOUS LES MARCHÉS
Initialement destiné à n'être commercialisé que sous la marque Dacia, dont il consacre le renouveau, ce modèle sera distribué sur plusieurs marchés (en Russie, notamment) sous le sigle Renault. "Dans certaines contrées, Dacia traîne pas mal de casseroles...", glisse un responsable de Billancourt. Soucieux de faire connaître leur pedigree, les modèles portant le blason de la marque roumaine ont pris soin de faire figurer sur la partie gauche du coffre la mention "Logan, by Renault".
Après avoir présenté la voiture comme destinée aux pays émergents, Renault semble avoir changé et considère désormais que la Logan "peut trouver sa place sur tous les marchés".
En fait, cette grande voiture toute simple sera bel et bien importée en Europe de l'Ouest dans les prochaines années, reste à savoir sous quelle marque. Il faut s'en réjouir car, chez nous, la voiture neuve - l'âge médian des acheteurs français atteint désormais 51 ans - est en train de redevenir un produit de luxe. Et puis cela nous changera. Pour une fois, un nouveau modèle pensera à autre chose qu'à devenir la coqueluche des beaux quartiers.
Jean-Michel Normand
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 06.06.04