Hélène
04/06/2004, 02h38
2 juin 2004 / 16 h 30
La chronique d'Élisabeth Schemla
Chirac et Bush : deux hommes entre Histoire et histoire immédiate
Par Élisabeth Schemla
Samedi prochain, il faudra ajouter une photo dans l'album des complexes relations franco-américaines : celle de la poignée de main de Jacques Chirac à George Bush, au moment où le chef de l'Etat accueillera le président des Etats-unis sur notre territoire, soixante ans après que les Américains l'ont libéré et un an après qu'ils ont occupé l'Irak. Photo pour une reconnaissance de dette à vie, côté Normandie, mais pour un refus de crédit à terme, côté Bagdad. Chirac-Bush : les deux hommes, aussi peu compassés et aussi directs l'un que l'autre, ont des relations personnelles cordiales malgré les apparences, et ils s'apprêtent en ce mois de juin à naviguer ensemble entre l'histoire et l'histoire immédiate. De fait, ils vont passer plus d'une semaine au total en trente jours, de commémoration du Débarquement en G8 et en sommet de l'Otan à se retrouver, et bien sûr, à s'affronter.
Nouvelle résolution de l'ONU sur l'Irak, annulation de la dette irakienne, projet américain de nouveau grand moyen-orient, place et importance du règlement du conflit israélo-palestinien pour pouvoir engager des réformes dans les pays arabes : autant de sujets, entre autres, qui continuent à les diviser. C'est vision contre vision : conviction, pour Chirac, que pour sortir du bourbier général, l'Irak doit appartenir le plus vite possible aux Irakiens avec un transfert maximal de souveraineté réel et ressenti comme tel, afin d'empêcher une déflagration avec une guerre civile toujours menaçante. Conviction aussi que la démocratie ne peut en aucun cas être imposée en terre arabo-musulmane, sous peine de laisser de fait libre cours à l'islamisme radical, un peu partout. Pour Bush, certitude que les Etats-Unis, porteurs de valeurs communes auxquelles ils croient toujours profondément, doivent les exporter à tout prix pour redistribuer la région moyen-orientale. Pour Bush toujours, les réformes sont le seul moyen de tirer ces sociétés hors du moyen âge dans lesquelles elles sont encore plongées, et l'unique instrument de succès dans la lutte globale contre le terrorisme.
Et pourtant, au-delà des divergences, on sent bien que chacun des deux acteurs a mis de l'eau dans son vin. Pas de triomphalisme excessif chez Chirac – du style : je vous l'avais bien dit !... -, pas d'arrogance intempestive chez Bush – du style : je n'écouterai pas plus aujourd'hui qu'hier !... L'heure est venue de recoudre le vêtement déchiré de l'entente, de retrouver les fils du dialogue, de travailler ensemble. Chacun, on le verra probablement, a quelque peu pris la mesure de ses erreurs de comportement ou d'analyse. Gageons, sans doute avec quelque optimisme, que ce mois de juin n'aura pas le goût amer de la discorde implacable que nous avons connue l'année dernière.
La chronique d'Élisabeth Schemla
Chirac et Bush : deux hommes entre Histoire et histoire immédiate
Par Élisabeth Schemla
Samedi prochain, il faudra ajouter une photo dans l'album des complexes relations franco-américaines : celle de la poignée de main de Jacques Chirac à George Bush, au moment où le chef de l'Etat accueillera le président des Etats-unis sur notre territoire, soixante ans après que les Américains l'ont libéré et un an après qu'ils ont occupé l'Irak. Photo pour une reconnaissance de dette à vie, côté Normandie, mais pour un refus de crédit à terme, côté Bagdad. Chirac-Bush : les deux hommes, aussi peu compassés et aussi directs l'un que l'autre, ont des relations personnelles cordiales malgré les apparences, et ils s'apprêtent en ce mois de juin à naviguer ensemble entre l'histoire et l'histoire immédiate. De fait, ils vont passer plus d'une semaine au total en trente jours, de commémoration du Débarquement en G8 et en sommet de l'Otan à se retrouver, et bien sûr, à s'affronter.
Nouvelle résolution de l'ONU sur l'Irak, annulation de la dette irakienne, projet américain de nouveau grand moyen-orient, place et importance du règlement du conflit israélo-palestinien pour pouvoir engager des réformes dans les pays arabes : autant de sujets, entre autres, qui continuent à les diviser. C'est vision contre vision : conviction, pour Chirac, que pour sortir du bourbier général, l'Irak doit appartenir le plus vite possible aux Irakiens avec un transfert maximal de souveraineté réel et ressenti comme tel, afin d'empêcher une déflagration avec une guerre civile toujours menaçante. Conviction aussi que la démocratie ne peut en aucun cas être imposée en terre arabo-musulmane, sous peine de laisser de fait libre cours à l'islamisme radical, un peu partout. Pour Bush, certitude que les Etats-Unis, porteurs de valeurs communes auxquelles ils croient toujours profondément, doivent les exporter à tout prix pour redistribuer la région moyen-orientale. Pour Bush toujours, les réformes sont le seul moyen de tirer ces sociétés hors du moyen âge dans lesquelles elles sont encore plongées, et l'unique instrument de succès dans la lutte globale contre le terrorisme.
Et pourtant, au-delà des divergences, on sent bien que chacun des deux acteurs a mis de l'eau dans son vin. Pas de triomphalisme excessif chez Chirac – du style : je vous l'avais bien dit !... -, pas d'arrogance intempestive chez Bush – du style : je n'écouterai pas plus aujourd'hui qu'hier !... L'heure est venue de recoudre le vêtement déchiré de l'entente, de retrouver les fils du dialogue, de travailler ensemble. Chacun, on le verra probablement, a quelque peu pris la mesure de ses erreurs de comportement ou d'analyse. Gageons, sans doute avec quelque optimisme, que ce mois de juin n'aura pas le goût amer de la discorde implacable que nous avons connue l'année dernière.