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Hélène
25/05/2004, 02h08
Débats & Opinions
Intéressante lecture dans le figaro aujourd'hui.



INTERNATIONAL Alors que le débat sur la candidature d'Ankara soulève la polémique



Libérez les Turcs de l'Europe !

PAR ALAIN-GÉRARD SLAMA
[24 mai 2004]

Face à l'islamisme, quelle conduite adopter ? La politique du gouvernement Sharon, qui est celle de la force brute, est la pire qui soit. Elle est condamnée, tôt ou tard, à tomber sous le coup d'une force supérieure. Mais la politique de la main tendue aux islamistes dits «modérés» pratiquée par l'Europe ne vaut guère mieux : elle consolide les avancées d'une religion qui se nourrit de la crise de la culture occidentale, et qui prend, pour une majorité de ses adeptes, la dimension d'une nouvelle idéologie.

Contre l'idéologie, l'ouverture est impuissante. Loin de libérer les peuples qu'elle opprime, elle les entrave dans leur effort d'affranchissement. Elle les empêche de tirer par eux-mêmes les leçons de leurs échecs et de se débarrasser de ceux qui les y ont conduits.

Ainsi les gouvernements européens sont-ils persuadés depuis 1963 que l'adhésion à l'Union résoudra les difficultés de la Turquie. C'est le contraire qui semble de plus en plus vrai : l'entrée de la Turquie dans l'Union ne sera possible, à supposer qu'elle soit souhaitable, que lorsque les problèmes turcs auront été résolus. Pour l'heu-re, l'Europe n'est pas la solu- tion, mais le vrai problème de la Turquie.

Non seulement l'islamisme, tel qu'il est pratiqué en Turquie, est incompatible avec le modèle européen, mais les efforts que les Européens font pour s'y adapter précipitent ce pays dans un dilemme : ou il se modernisera, au prix d'une déstabilisation dont les islamistes recueilleront le fruit ; ou il continuera à collaborer avec ces derniers, et il leur ouvrira un boulevard. Les Chypriotes grecs savent, de même, ce qu'il leur en coûte d'être entrés dans l'Union avant d'avoir réglé leur différend avec la Turquie.

Plutôt que de se demander s'il faut, ou non, libérer l'Europe de la Turquie, les dirigeants de l'Union feraient mieux de s'apercevoir que l'urgence est inverse : il faut libérer les Turcs de l'Europe ! Cela ne signifie pas qu'il faille renoncer à la coopération économique avec ceux-ci, d'autant plus efficace qu'elle sera en concurrence avec celle des Etats-Unis. Mais dissiper les mirages de l'adhésion, aussi longtemps qu'ils n'auront pas levé l'hypothèque islamiste, est le meilleur service qu'on puisse leur rendre.

Telle est l'observation que l'on pouvait être tenté de tirer, samedi soir, d'un remarquable colloque France-Turquie tenu à Istanbul sur la laïcité (1). Il était étonnant d'observer, à cette occasion, à quel point la notion de laïcité peut revêtir des sens différents, voire opposés, selon qu'elle est prononcée par des universitaires turcs ou par des universitaires français.

La vulgate fait du kémalisme l'un des rares modèles laïques inspirés de l'exemple français. Aussi rudement dressé contre l'islam que les républicains le furent contre l'Eglise catholique, on l'imagine aussi soucieux de protéger le pouvoir politique contre les empiétements du pouvoir religieux en reléguant le plus possible ce dernier dans la sphère privée. La réalité est que Mustapha Kémal a renoué avec un fil interrompu par Abdulhamid II, qui avait conduit les sultans à imposer le pouvoir de l'Etat au pouvoir religieux, sur le modèle du «joséphisme» autrichien ou de la Constitution civile du clergé.

Le kémalisme a-t-il cherché à fonder une religion d'Etat ou à encadrer administrativement le culte sunnite dominant ? Les historiens turcs, sur ce point, semblent divisés. La seule certitude est que, si forte que fût la référence française dans l'esprit d'Ataturk, le modèle culturel qui conduisait son action en était très éloigné. Par la suite, à partir des années cinquante, l'écart s'est creusé non seulement avec le laïcisme français, mais avec le modèle dominant en Europe, qui, moins soucieux d'évincer les religions de l'espace public, fait de l'Etat le garant du pluralisme religieux.

Par étape, les gouvernements turcs successifs, soucieux d'endiguer le sunnisme, en sont arrivés à monopoliser l'enseignement religieux, rendu progressivement obligatoire dans les écoles. La contradiction entre l'affirmation de principe de la liberté de conscience et l'identification par l'Etat entre l'islam et la nation a fait le lit des partis islamistes, jusqu'à la victoire électorale du parti démo-islamique en novembre 2002.

Bien entendu, on peut considérer cette victoire comme la conséquence des déséquilibres économiques d'un pays à 45% agricole, frappé par une inflation et une dette publique colossales. Mais le revenu par habitant frôle les deux tiers de celui de la République tchèque. Il est proche de celui de la Pologne. Les badauds d'Istanbul de toute condition qui s'arrêtent pour entendre jouer dans les kiosques la musique de Verdi sont les mêmes que les hurlements du muezzin réveillent à cinq heures du matin. Cette société paresseuse et entreprenante a atteint un certain équilibre ; elle est attachée à un certain bonheur de vivre, qui serait tué par les lois sociales et les normes juridiques européennes. Même en imaginant une Union à plusieurs vitesses, on voit mal comment les trois ou quatre assistants du moindre coiffeur turc pourraient entrer dans les catégories d'une Europe sociale...

Plus que dans une pauvreté que les moeurs rendent supportable, l'idéologie intégriste a pris sa source dans l'analphabétisme et l'ignorance. Elle s'est infiltrée et s'est développée à la faveur d'un dévoiement de l'idée laïque que l'Europe encouragerait, si elle s'obstinait à ne pas y reconnaître un obstacle dirimant à la procédure d'adhésion de la Turquie à l'Union.

Or non seulement les Européens sous-estiment la gravité de ce dévoiement, mais ils semblent toutes proportions gardées – vouloir le reprendre à leur compte, en mettant en place, à l'égard de l'islam, des politiques concordataires qui remettent en cause la séparation, et le principe selon lequel l'Etat ne subventionne ni ne salarie aucun culte.

En France, le nouveau ministre de l'Intérieur est revenu, apparemment, sur les illusions de son prédécesseur, qui avait cru pouvoir contrôler le culte musulman, au sein d'un organe représentatif, le CFCM, créé par l'Etat. La poussée de l'UOIF favorisée par cette institution lui a peut-être servi de leçon. Mais il cherche à intervenir, au moins de façon indirecte, dans la formation des imams, alors que seul leur contrôle devrait être de son ressort.

S'il est une leçon que les Européens devraient tirer de l'exemple turc, ce serait d'observer, plus scrupuleusement que jamais, les principes laïques qui sont au fondement de leurs démocraties et de s'occuper de leur habitat et de leurs écoles. L'islam n'échappera pas au processus d'individuation et de sécularisation qui est le propre de toutes les religions. L'islamisme est voué à mourir de ses échecs, comme toutes les idéologies.
(1) Colloque organisé par l'Institut français d'études anatoliennes et par la revue L'Histoire à l'université Galatasaray, avec le concours de la revue turque Toplumsal Tarih, la participation, entre autres, d'Ibrahim Kaboglu, Ilbert Ortayli, Michel Winock, et le «soutien» distant et distrait de l'ambassadeur de France.

kabylonaute
25/05/2004, 02h58
Le Koweït publie une fatwa contre « Star Academy »


Le ministère des Affaires islamiques koweïtien a publié hier une fatwa interdisant les concerts d’artistes féminines et des participants à l’émission libanaise Star Academy, dont le spectacle avait provoqué un tollé dans cet émirat conservateur du Golfe. « Il est interdit à toute partie d’organiser un concert (des participants à) Star Academy, ou sous tout autre nom, tant que ces représentations incluent des pratiques interdites par l’islam », selon le texte de la fatwa. Ces « pratiques » portent sur « les chansons interprétées par des femmes devant des hommes qui ne leur sont pas apparentés, la mixité entre les sexes lorsque les femmes dévoilent des parties de leur corps, et l’usage de paroles et de danses vulgaires », ajoute-t-il. « Il est également interdit de regarder ces concerts, d’aider (à leur organisation) ou d’y investir », selon la fatwa.

Le ministère, qui affirme avoir pris cette décision pour « sauvegarder la morale publique », répondait ainsi à une question soumise au Parlement par le député islamiste Walid al-Tabtabaï, qui a mené une campagne contre un concert de Star Academy. Celui-ci a néanmoins eu lieu le 6 mai sous haute sécurité à Koweït.

Le 17 mai, le gouvernement avait décidé de durcir le contrôle des concerts, provoquant les critiques des libéraux et de plusieurs ONG.