Hélène
02/04/2004, 01h07
31 mars 2004 / 10 h 53
La chronique d'Élisabeth Schemla - en partenariat RCJ
À l'Université Notre-Dame, dans l'Indiana, je me suis rendu compte que l'on ignore tout de Tariq Ramadan, qui s'apprête à y occuper une chaire sur la religion et la paix !
La semaine dernière, j'étais conviée à l'Université Notre-Dame, dans l'Indiana aux États-Unis, pour donner une conférence dont le titre était le suivant : « Confrontée à l'islam, la France et le combat pour la sécularité ». Cette université privée et pluridisciplinaire, fréquentée par 11 000 étudiants qui payent chaque année 23 000€ pour leurs études, est l'une des quatre meilleures universités américaines. C'est aussi l'une des plus riches, comme en témoignent les somptueux bâtiments et équipements de pur style néo-chrétien américain. Car Notre-Dame, outre qu'elle possède l'équipe de football américain la plus prestigieuse du pays, est une université catholique placée sous la protection d'une immense église et d'un Christ géant en céramique d'une quinzaine de mètres. On y est libéral. En l'occurrence : chrétien de gauche.
L'invitation qui m'était faite traduit l'esprit d'ouverture des dirigeants et des enseignants de ce lieu de savoir. La France, avec l'adoption de la loi sur la laïcité, est très sévèrement jugée de l'autre côté de l'Atlantique : intolérante, liberticide, anti-religieuse. L'affaire du foulard islamique suscite au mieux incompréhension, au pire entretient l'hostilité tenace engendrée par la position française sur l'Irak. Je me suis donc employée à expliquer la poussée de l'islamisme en France, à dresser un inventaire de sa guerre pernicieuse, de l'école à l'hôpital, à tenter de démontrer pourquoi il avait fallu se protéger. Mais je suis abstenue de citer Tariq Ramadan, préférant mettre en lumière ce qu'il représente et défend. Pourquoi ? Parce que l'Université Notre-Dame, et plus particulièrement le « Kroc Institute » d'études internationales pour la paix, vient de recruter ce Frère Musulman, non pas pour un an comme il le prétend, mais m'a-t-on confirmé, pour plusieurs années. Ramadan va y occuper une chaire « religion, conflit et construction de la paix ». On croît rêver !
Bien sûr c'est au nom de la tolérance, du dialogue inter et intra-religieux que ce fondamentaliste va faire son entrée dans cette université à partir du mois d'août prochain. Quand j'ai demandé, hors conférence, si l'on savait qu'il est antisémite, on m'a répondu qu'il n'y avait aucune preuve probante ; qu'il est partisan de la disparition de l'État d'Israël, j'ai eu droit à un étonnement sans suite ; quelle position Ramadan a sur les femmes, j'ai bien compris que le hidjab, ici, est considéré comme une pratique culturelle respectable ; quand j'ai parlé de sa tactique pour islamiser les sociétés occidentales, on n'en a rien cru. Et quand j'ai raconté que c'est, comme par hasard, dans l'Indiana qu'est basée la principale organisation islamiste américaine, mes interlocuteurs en ignoraient tout.
Décidément, malgré une tentative pour sortir de leur insularité intellectuelle et politique, nos amis américains n'ont toujours rien compris, semble-t-il, à ce qui leur est arrivé le 11 septembre.
Élisabeth Schemla
La chronique d'Élisabeth Schemla - en partenariat RCJ
À l'Université Notre-Dame, dans l'Indiana, je me suis rendu compte que l'on ignore tout de Tariq Ramadan, qui s'apprête à y occuper une chaire sur la religion et la paix !
La semaine dernière, j'étais conviée à l'Université Notre-Dame, dans l'Indiana aux États-Unis, pour donner une conférence dont le titre était le suivant : « Confrontée à l'islam, la France et le combat pour la sécularité ». Cette université privée et pluridisciplinaire, fréquentée par 11 000 étudiants qui payent chaque année 23 000€ pour leurs études, est l'une des quatre meilleures universités américaines. C'est aussi l'une des plus riches, comme en témoignent les somptueux bâtiments et équipements de pur style néo-chrétien américain. Car Notre-Dame, outre qu'elle possède l'équipe de football américain la plus prestigieuse du pays, est une université catholique placée sous la protection d'une immense église et d'un Christ géant en céramique d'une quinzaine de mètres. On y est libéral. En l'occurrence : chrétien de gauche.
L'invitation qui m'était faite traduit l'esprit d'ouverture des dirigeants et des enseignants de ce lieu de savoir. La France, avec l'adoption de la loi sur la laïcité, est très sévèrement jugée de l'autre côté de l'Atlantique : intolérante, liberticide, anti-religieuse. L'affaire du foulard islamique suscite au mieux incompréhension, au pire entretient l'hostilité tenace engendrée par la position française sur l'Irak. Je me suis donc employée à expliquer la poussée de l'islamisme en France, à dresser un inventaire de sa guerre pernicieuse, de l'école à l'hôpital, à tenter de démontrer pourquoi il avait fallu se protéger. Mais je suis abstenue de citer Tariq Ramadan, préférant mettre en lumière ce qu'il représente et défend. Pourquoi ? Parce que l'Université Notre-Dame, et plus particulièrement le « Kroc Institute » d'études internationales pour la paix, vient de recruter ce Frère Musulman, non pas pour un an comme il le prétend, mais m'a-t-on confirmé, pour plusieurs années. Ramadan va y occuper une chaire « religion, conflit et construction de la paix ». On croît rêver !
Bien sûr c'est au nom de la tolérance, du dialogue inter et intra-religieux que ce fondamentaliste va faire son entrée dans cette université à partir du mois d'août prochain. Quand j'ai demandé, hors conférence, si l'on savait qu'il est antisémite, on m'a répondu qu'il n'y avait aucune preuve probante ; qu'il est partisan de la disparition de l'État d'Israël, j'ai eu droit à un étonnement sans suite ; quelle position Ramadan a sur les femmes, j'ai bien compris que le hidjab, ici, est considéré comme une pratique culturelle respectable ; quand j'ai parlé de sa tactique pour islamiser les sociétés occidentales, on n'en a rien cru. Et quand j'ai raconté que c'est, comme par hasard, dans l'Indiana qu'est basée la principale organisation islamiste américaine, mes interlocuteurs en ignoraient tout.
Décidément, malgré une tentative pour sortir de leur insularité intellectuelle et politique, nos amis américains n'ont toujours rien compris, semble-t-il, à ce qui leur est arrivé le 11 septembre.
Élisabeth Schemla