ben
18/02/2004, 12h41
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Les Arabes américains s'organisent pour faire entendre leur voix, lors de la campagne pour les présidentielles de novembre. Ils ne voteront certainement pas pour l'actuel chef de l'Etat, tant en raison de sa politique arabe que des mesures discriminatoires à leur égard.
Mission en deux volets, c'est ainsi que les activistes arabes américains engagés dans l'actuelle et bouillonnante campagne pour les élections présidentielles de novembre voient leur tâche. Le premier volet consiste à faire de leurs revendications une affaire purement américaine, de manière à ce que celles-ci deviennent une partie intégrante de la campagne pour tous les candidats. Le second est de resserrer les rangs, peut-être pour la première fois, avec le Parti démocrate dans le but de réaliser un objectif majeur, un seul : chasser le président George W. Bush de la Maison Blanche.
Dans les réunions très nombreuses tenues par les organisations arabo-américaines pour mobiliser la communauté et encourager ses membres à s'inscrire sur les listes électorales et à participer aux élections, un changement important a été relevé parmi la majorité des Arabes américains qui avaient largement favorisé le président Bush lors des élections de 2000 contre Al Gore, candidat démocrate. « A présent, il est évident que la majorité des Arabes américains vont voter contre Bush en novembre parce qu'ils ont été profondément déçus par ses actions tant sur le plan intérieur que sur celui extérieur », estime Edmund Gharib, professeur de sciences politiques à l'Université de Washington, longtemps impliqué dans les affaires de la communauté arabo-américaine.
Sur le plan intérieur, précise Gharib, les Arabes américains et les musulmans des Etats-Unis n'ont pas apprécié les lois introduites par le président Bush à la suite des attentats du 11 septembre contre New York et Washington. Ces lois et notamment le Patriotioc Act, approuvé par une majorité du Congrès quelque temps après ces attaques terroristes qui ont fait 3 000 morts, ont fait des Arabes et des musulmans américains des suspects, donnant aux services de renseignements américains le pouvoir de détenir et d'interroger tous ceux qui seraient prétendument impliqués dans le terrorisme presque indéfiniment, sans charges officielles ni procès. La même loi autorise les autorités américaines à espionner et à détecter les activités suspectes, en utilisant des moyens que les groupes civils américains considèrent comme une violation des libertés individuelles et des principes de base des droits de l'homme.
Des mesures discriminatoires
Le président Bush n'a pas seulement affirmé le maintien de son soutien à l'Acte patriotique, mais aussi mis en relief sa volonté de le renouveler, lors du discours sur l'état de l'Union prononcé le mois dernier. « Or, le président avait affirmé un jour qu'il était contre les lois qui violent la vie privée des Arabes et des musulmans américains », rappelle Gharib. « Mais ceci était durant la campagne de son premier mandat. Après le 11 septembre, la situation a totalement changé et la majorité des Arabes américains sont convaincus que Bush et son ministre de la Justice, John Ashcroft, sont responsables du sentiment grandissant de suspicion à leur égard et de la violation de certains de leurs droits de base », ajoute-t-il.
Ce qui a contribué au changement d'attitude parmi les Arabes et les musulmans à l'égard de Bush a été l'alliance qu'il a formée avec les groupes chrétiens conservateurs et les sionistes chrétiens, y compris ceux qui ont mené des attaques virulentes contre les fondements de la religion musulmane. Ces derniers ont accusé cette religion d'être une foi terroriste qui encourage ses adeptes à mener des opérations suicides et de tuer des juifs et des chrétiens. Bien que Bush ait subi des pressions terribles jusqu'à ce qu'il ait accepté de condamner une déclaration de proéminents prêtres évangélistes, comme Pat Robertson et Jerry Falwell contre le prophète Mohamad, il continue à maintenir des relations étroites avec ces églises.
Ziad Assali, un dirigeant activiste arabo-américain, président de la Task force arabo-américaine pour la Palestine, a noté de son côté qu'à l'exception des Iraqiens américains, qui constituent un groupe-clef de la communauté arabo-américaine du Michigan « la majorité de la communauté s'oppose à la politique de Bush en Iraq et en Palestine ». Non seulement l'actuel chef de la Maison Blanche ignore totalement le fait que la majorité des Arabes américains s'était opposés à la guerre contre l'Iraq, mais aussi il a donné le feu vert au premier ministre israélien, Ariel Sharon, pour mener ses pires attaques contre les Palestiniens dans les territoires occupés de Cisjordanie et de Gaza.
Bush ou la loi du plus fort
Dans un livre récent basé sur un document obtenu de l'ancien secrétaire au Trésor, Paul O'Neill et intitulé Le Prix de la loyauté, il souligne que « le président pense que le conflit arabo-israélien est trop complexe et que les Etats-Unis doivent se désengager de celui-ci ». Se référant à une réunion tenue par Bush, à peine un mois après une rencontre avec son conseil de sécurité nationale, O'Neill a cité le chef de l'exécutif affirmant que « les combattants doivent opérer chacun à sa manière ». Il a ajouté que lorsque le secrétaire d'Etat, Colin Powell, a qualifié une telle mesure de « hâtive » et qu'un retrait des Etats-Unis allait déchaîner Sharon et l'armée israélienne, le maître de la Maison Blanche a haussé les épaules en disant : « Cela est peut-être la meilleure façon de rééquilibrer la situation ». Powell, selon O'Neill, a failli sursauter lorsque Bush a ajouté : « Parfois, une démonstration de force par l'une des parties peut clarifier vraiment les choses ».
Ce qui compromet encore plus les chances de Bush de gagner la sympathie des électeurs arabes est que les partisans des partis démocrate et républicain semblent unis dans leur sentiment que son « Administration a trahi la communauté » comme l'affirme un membre arabe américain du Parti républicain. L'activiste qui a requis l'anonymat, étant affilié au Parti républicain, a ajouté : « Nous sommes 7 frères et sœurs à la maison et personne de nous ne va voter pour lui ». Il a indiqué qu'il croyait que « le président pourrait avoir quelques bonnes intentions, mais qu'il est totalement sous l'influence de ses conseillers, et la majorité de ces derniers sont des néo-conservateurs de la ligne dure qui ont clairement un agenda anti-arabe et anti-musulman. Ces conseillers non seulement soutiennent Israël, mais croient aussi en lui ».
La fin d'un stéréotype
Traditionnellement, une majorité de la communauté arabo-américaine, notamment lors des dernières présidentielles, votait pour le Parti républicain parce qu'il était apparemment plus connecté avec les intérêts pétroliers de la région du Golfe. Par contre, le Parti démocrate était connu pour ses relations étroites avec Israël, et de plus, la majorité des juifs américains continuent de soutenir ce parti.
Mais selon Rebecca Abou-Chédid, de l'Institut arabo-américain (AAI) qui est l'un des groupes les plus actifs dans la mobilisation de la communauté pour prendre part à la vie publique aux Etats-Unis en tant qu'Américains, ces stéréotypes sont en train de changer. Les organisations arabo-américaines, comme l'AAI, ont approché tous les candidats à ces prochaines présidentielles, notamment ceux qui veulent obtenir la nomination du Parti démocrate pour entrer en compétition avec Bush, afin qu'ils prennent en considération les intérêts de la communauté. Lors des primaires tenues dans 15 Etats pour désigner le candidat démocrate, l'AAI a cherché à encourager les Arabes américains à prendre part au vote afin que les candidats en lice prennent en compte les affaires qui les concernent.
Entre-temps, après avoir reconnu que les Arabes et les musulmans américains forment maintenant un bloc électoral influent, notamment dans plusieurs Etats dits « changeants », c'est-à-dire ceux qui traditionnellement ne votent ni pour les Républicains ni pour les Démocrates, les candidats démocrates se sont asés d'avoir dans leurs équipes des membres de la communauté pour veiller à ce que ses intérêts figurent sur l'agenda. « Nous faisons beaucoup d'efforts et avons réalisé des progrès significatifs », dit Abou-Chédid.
Pareil activisme est particulièrement clair dans la campagne menée par le sénateur John Kerry, le candidat démocrate le plus en vue et sans doute celui qui sera le rival de Bush en novembre. De nombreux membres influents de la communauté arabe, y compris le très populaire Jean Chahine, ancien gouverneur du New Hampshire, sont parmi ses proches conseillers. Kerry s'est engagé à réviser le Patriotic Act qui constitue une discrimination claire contre la communauté, s'il est élu. En ce qui concerne le processus de paix, Chahine indique que l'une des tâches du candidat serait de relancer le processus de paix. Kerry envisagerait de faire des anciens présidents Jimmy Carter et Bill Clinton ses envoyés spéciaux, dans une tentative de réaliser un accord entre Palestiniens et Israéliens.
« Indépendamment du fait de savoir pour qui les Arabes américains vont voter, nous sommes déterminés à poursuivre notre activisme en tant que partie intégrante de ce pays », souligne Nasser Danielle, un activiste arabe américain. Mais, dit-il en souriant, il serait en définitive mieux qu'on n'ait plus Bush à la Maison Blanche.
Les Arabes américains s'organisent pour faire entendre leur voix, lors de la campagne pour les présidentielles de novembre. Ils ne voteront certainement pas pour l'actuel chef de l'Etat, tant en raison de sa politique arabe que des mesures discriminatoires à leur égard.
Mission en deux volets, c'est ainsi que les activistes arabes américains engagés dans l'actuelle et bouillonnante campagne pour les élections présidentielles de novembre voient leur tâche. Le premier volet consiste à faire de leurs revendications une affaire purement américaine, de manière à ce que celles-ci deviennent une partie intégrante de la campagne pour tous les candidats. Le second est de resserrer les rangs, peut-être pour la première fois, avec le Parti démocrate dans le but de réaliser un objectif majeur, un seul : chasser le président George W. Bush de la Maison Blanche.
Dans les réunions très nombreuses tenues par les organisations arabo-américaines pour mobiliser la communauté et encourager ses membres à s'inscrire sur les listes électorales et à participer aux élections, un changement important a été relevé parmi la majorité des Arabes américains qui avaient largement favorisé le président Bush lors des élections de 2000 contre Al Gore, candidat démocrate. « A présent, il est évident que la majorité des Arabes américains vont voter contre Bush en novembre parce qu'ils ont été profondément déçus par ses actions tant sur le plan intérieur que sur celui extérieur », estime Edmund Gharib, professeur de sciences politiques à l'Université de Washington, longtemps impliqué dans les affaires de la communauté arabo-américaine.
Sur le plan intérieur, précise Gharib, les Arabes américains et les musulmans des Etats-Unis n'ont pas apprécié les lois introduites par le président Bush à la suite des attentats du 11 septembre contre New York et Washington. Ces lois et notamment le Patriotioc Act, approuvé par une majorité du Congrès quelque temps après ces attaques terroristes qui ont fait 3 000 morts, ont fait des Arabes et des musulmans américains des suspects, donnant aux services de renseignements américains le pouvoir de détenir et d'interroger tous ceux qui seraient prétendument impliqués dans le terrorisme presque indéfiniment, sans charges officielles ni procès. La même loi autorise les autorités américaines à espionner et à détecter les activités suspectes, en utilisant des moyens que les groupes civils américains considèrent comme une violation des libertés individuelles et des principes de base des droits de l'homme.
Des mesures discriminatoires
Le président Bush n'a pas seulement affirmé le maintien de son soutien à l'Acte patriotique, mais aussi mis en relief sa volonté de le renouveler, lors du discours sur l'état de l'Union prononcé le mois dernier. « Or, le président avait affirmé un jour qu'il était contre les lois qui violent la vie privée des Arabes et des musulmans américains », rappelle Gharib. « Mais ceci était durant la campagne de son premier mandat. Après le 11 septembre, la situation a totalement changé et la majorité des Arabes américains sont convaincus que Bush et son ministre de la Justice, John Ashcroft, sont responsables du sentiment grandissant de suspicion à leur égard et de la violation de certains de leurs droits de base », ajoute-t-il.
Ce qui a contribué au changement d'attitude parmi les Arabes et les musulmans à l'égard de Bush a été l'alliance qu'il a formée avec les groupes chrétiens conservateurs et les sionistes chrétiens, y compris ceux qui ont mené des attaques virulentes contre les fondements de la religion musulmane. Ces derniers ont accusé cette religion d'être une foi terroriste qui encourage ses adeptes à mener des opérations suicides et de tuer des juifs et des chrétiens. Bien que Bush ait subi des pressions terribles jusqu'à ce qu'il ait accepté de condamner une déclaration de proéminents prêtres évangélistes, comme Pat Robertson et Jerry Falwell contre le prophète Mohamad, il continue à maintenir des relations étroites avec ces églises.
Ziad Assali, un dirigeant activiste arabo-américain, président de la Task force arabo-américaine pour la Palestine, a noté de son côté qu'à l'exception des Iraqiens américains, qui constituent un groupe-clef de la communauté arabo-américaine du Michigan « la majorité de la communauté s'oppose à la politique de Bush en Iraq et en Palestine ». Non seulement l'actuel chef de la Maison Blanche ignore totalement le fait que la majorité des Arabes américains s'était opposés à la guerre contre l'Iraq, mais aussi il a donné le feu vert au premier ministre israélien, Ariel Sharon, pour mener ses pires attaques contre les Palestiniens dans les territoires occupés de Cisjordanie et de Gaza.
Bush ou la loi du plus fort
Dans un livre récent basé sur un document obtenu de l'ancien secrétaire au Trésor, Paul O'Neill et intitulé Le Prix de la loyauté, il souligne que « le président pense que le conflit arabo-israélien est trop complexe et que les Etats-Unis doivent se désengager de celui-ci ». Se référant à une réunion tenue par Bush, à peine un mois après une rencontre avec son conseil de sécurité nationale, O'Neill a cité le chef de l'exécutif affirmant que « les combattants doivent opérer chacun à sa manière ». Il a ajouté que lorsque le secrétaire d'Etat, Colin Powell, a qualifié une telle mesure de « hâtive » et qu'un retrait des Etats-Unis allait déchaîner Sharon et l'armée israélienne, le maître de la Maison Blanche a haussé les épaules en disant : « Cela est peut-être la meilleure façon de rééquilibrer la situation ». Powell, selon O'Neill, a failli sursauter lorsque Bush a ajouté : « Parfois, une démonstration de force par l'une des parties peut clarifier vraiment les choses ».
Ce qui compromet encore plus les chances de Bush de gagner la sympathie des électeurs arabes est que les partisans des partis démocrate et républicain semblent unis dans leur sentiment que son « Administration a trahi la communauté » comme l'affirme un membre arabe américain du Parti républicain. L'activiste qui a requis l'anonymat, étant affilié au Parti républicain, a ajouté : « Nous sommes 7 frères et sœurs à la maison et personne de nous ne va voter pour lui ». Il a indiqué qu'il croyait que « le président pourrait avoir quelques bonnes intentions, mais qu'il est totalement sous l'influence de ses conseillers, et la majorité de ces derniers sont des néo-conservateurs de la ligne dure qui ont clairement un agenda anti-arabe et anti-musulman. Ces conseillers non seulement soutiennent Israël, mais croient aussi en lui ».
La fin d'un stéréotype
Traditionnellement, une majorité de la communauté arabo-américaine, notamment lors des dernières présidentielles, votait pour le Parti républicain parce qu'il était apparemment plus connecté avec les intérêts pétroliers de la région du Golfe. Par contre, le Parti démocrate était connu pour ses relations étroites avec Israël, et de plus, la majorité des juifs américains continuent de soutenir ce parti.
Mais selon Rebecca Abou-Chédid, de l'Institut arabo-américain (AAI) qui est l'un des groupes les plus actifs dans la mobilisation de la communauté pour prendre part à la vie publique aux Etats-Unis en tant qu'Américains, ces stéréotypes sont en train de changer. Les organisations arabo-américaines, comme l'AAI, ont approché tous les candidats à ces prochaines présidentielles, notamment ceux qui veulent obtenir la nomination du Parti démocrate pour entrer en compétition avec Bush, afin qu'ils prennent en considération les intérêts de la communauté. Lors des primaires tenues dans 15 Etats pour désigner le candidat démocrate, l'AAI a cherché à encourager les Arabes américains à prendre part au vote afin que les candidats en lice prennent en compte les affaires qui les concernent.
Entre-temps, après avoir reconnu que les Arabes et les musulmans américains forment maintenant un bloc électoral influent, notamment dans plusieurs Etats dits « changeants », c'est-à-dire ceux qui traditionnellement ne votent ni pour les Républicains ni pour les Démocrates, les candidats démocrates se sont asés d'avoir dans leurs équipes des membres de la communauté pour veiller à ce que ses intérêts figurent sur l'agenda. « Nous faisons beaucoup d'efforts et avons réalisé des progrès significatifs », dit Abou-Chédid.
Pareil activisme est particulièrement clair dans la campagne menée par le sénateur John Kerry, le candidat démocrate le plus en vue et sans doute celui qui sera le rival de Bush en novembre. De nombreux membres influents de la communauté arabe, y compris le très populaire Jean Chahine, ancien gouverneur du New Hampshire, sont parmi ses proches conseillers. Kerry s'est engagé à réviser le Patriotic Act qui constitue une discrimination claire contre la communauté, s'il est élu. En ce qui concerne le processus de paix, Chahine indique que l'une des tâches du candidat serait de relancer le processus de paix. Kerry envisagerait de faire des anciens présidents Jimmy Carter et Bill Clinton ses envoyés spéciaux, dans une tentative de réaliser un accord entre Palestiniens et Israéliens.
« Indépendamment du fait de savoir pour qui les Arabes américains vont voter, nous sommes déterminés à poursuivre notre activisme en tant que partie intégrante de ce pays », souligne Nasser Danielle, un activiste arabe américain. Mais, dit-il en souriant, il serait en définitive mieux qu'on n'ait plus Bush à la Maison Blanche.