ben
13/01/2004, 13h11
Liberté au bout des canons en Arabie ! (7)
Le verdict des nouveaux orientalistes est clair et définitif. Le déchaînement de la violence aveugle contre le Monde libre n’est pas du fait de l’Islam et de ses fanatiques intégristes. L’Islam et le Monde islamique d’une manière générale ont su opérer les mutations et les réformes nécessaires afin d’être dans le temps du monde et d’accéder à l’universel occidental censé être la porte d’entrée au bonheur et à l’opulence. Le véritable problème réside dans cet “ Orient dans l’Orient ” qu’est devenu au fil de l’histoire le Monde arabe et qui reste incapable de s’ouvrir sur les philosophies de la conscience et continue à enfermer le sujet sous le poids des archaïsmes sociaux et politiques. Le refus de la modernité politique se traduit dans le domaine public par la domination de la figure du despote paternaliste à la fois tyrannique et autoritaire. De ce point de vue, les nouveaux orientalistes d’outre-Atlantique se démarquent de l’orientalisme classique en créant de nouvelles lignes de fracture au sein de l’Orient. Mais, cette démarcation ne dure pas longtemps car les néo-orientalistes retrouvent les pères fondateurs en faisant de la personnalité arabe le nœud du despotisme oriental. Car cette personnalité est marquée profondément par l’image du patriarche bon et bienveillant mais qui sait également se montrer cruel et autocratique. Cette image est au cœur de la perception du pouvoir chez les Arabes, nous expliquent les néo-orientalistes, et constitue le fondement des rapports privés comme publics et notamment la norme de fonctionnement de l’ordre politique.
C’est cette personnalité figée dans sa soumission aux formes archaïques d’exercice du pouvoir qui explique l’impasse arabe et les crises politiques et économiques que connaît l’Arabie depuis des décennies. L’impasse est d’abord politique avec les difficultés des transitions démocratiques et la persistance de l’autoritarisme comme figure centrale de l’espace politique arabe. F. Zakaria précise dans son ouvrage “ qu’à la fin des années 1980, tandis que le reste du monde regardait s’écrouler les vieux régimes, de Moscou à Prague, de Séoul à Johannesburg, les Arabes restaient en panne avec leurs dictateurs corrompus et leurs rois vieillissants ” (p. 168). La déroute et le blocage ne sont pas seulement politiques mais également économiques avec l’échec des tentatives de modernisation entreprises aux lendemains des indépendances par la plupart des régimes arabes. L’échec économique s’explique, selon les néo-orientalistes d’outre-Atlantique, par la prédominance de la figure du patriarcat. En effet, l’existence d’une importante rente pétrolière dans un grand nombre de pays arabes s’est traduite par l’établissement de rapports singuliers entre l’Etat et ses citoyens où le droit de regard de la population sur l’exercice du politique est inexistant. Les despotes peuvent gérer et dépenser à leur guise les rentes sans se sentir obligés de rendre des comptes aux populations. F. Zakaria précise qu’un “ revenu que le gouvernement n’a pas eu à gagner le soulage de la nécessité d’avoir à taxer ses citoyens – mais, du même coup, de tout engagement vis-à-vis d’eux en termes de responsabilité, de transparence et même de représentativité ” (p. 171). Ainsi, les disponibilités financières en provenance des ressources naturelles permettent de compléter, selon les néo-orientalistes, la figure du despote oriental qui peut dépenser l’argent à sa guise, entre autres pour maintenir une certaine opulence et une société de consommation, sans pour autant que les populations soient en mesure de le questionner sur ces actes ou de lui demander de rendre compte. F. Zakaria indique encore que “ les régimes du Moyen-Orient exigent peu de leurs peuples mais, en retour, ils leur donnent peu. Les richesses provenant des ressources naturelles ont pour autre conséquence néfaste une opulence qui permet de financer la répression. L’argent ne manque jamais pour payer la police et la répression ” (p. 171). Ainsi, la figure du despote oriental, qui a progressivement disparu dans l’Orient imaginaire des orientalistes, persiste et continue à dominer la vie politique et économique dans le Monde arabe. Une figure qui tient ses origines dans la domination dans la personnalité arabe de l’image du patriarche et la soumission des Arabes à ce père à la fois brave et autoritaire. Toute l’histoire arabe peut s’écrire, selon les néo-orientalistes, comme cette quête incessante de la figure du père fondateur et du maître censé nous ouvrir les voies de la purification. Les origines de l’impasse arabe et de l’autoritarisme, nous expliquent-ils, ne sont pas à trouver dans l’Islam mais dans les fondements même de la personnalité et de la culture arabes. Le drame arabe réside dans notre soumission originelle et intrinsèque à la figure du père doté de pouvoirs surnaturels et qui devrait nous mener vers l’éden. Un père à qui on pardonnerait son despotisme et son autoritarisme. Le véritable enjeu des sociétés arabes pour les néo-orientalistes est de les libérer de la figure du despote et d’inscrire le changement et l’évolution dans la dynamique sociale.
Au rattachement des Arabes de par leur personnalité et leur culture à la figure du despote et du patriarche, F. Zakaria rajoute le sentiment de fierté et de déchéance qui enveniment nos relations avec l’Occident et son universel démocratique. L’importation de ce point de vue de certains biens occidentaux, notamment en matière de consommation, ne doit pas nous illusionner sur l’échec de la modernité dans nos contrées. Ainsi, écrit-il, “ pour le Monde arabe, la modernité a représenté échec sur échec. Chaque voie empruntée –le socialisme, la laïcité, le nationalisme – s’est révélée une impasse ” (p. 173). Un ressentiment et une rancune prévalent vis-à-vis de l’Occident chez les populations arabes et du coup “ le Monde arabe a donc cessé de croire en l’Occident –alors qu’il aurait dû cesser de croire en ses dirigeants ” (p. 173).
Le Monde arabe se trouve, dans les analyses des néo-orientalistes, déchirée entre sa personnalité intrinsèque et sa croyance dans la prophétie du sauveur et, d’un autre côté, dans l’attrait du modèle de la liberté et de la démocratie occidentale. “ Ce mélange de fascination et de répulsion à l’égard de l’Occident –en d’autres termes, de la modernité-, écrit F. Zakaria, a totalement désorienté le Monde arabe ” (p. 173). C’est dans ce contexte qu’il faut alors comprendre la montée de l’intégrisme dans le Monde arabe et le déchaînement de violence qui s’en est suivi. “ A un moment où l’avenir est incertain, il (l’intégrisme) les relie à une tradition qui apaise leur inquiétude. L’intégrisme a fourni aux Arabes mécontents de leur sort le puissant langage des contre-pouvoirs ” (p. 176). Ainsi, la montée du fondamentalisme et de la violence dans le Monde arabe ne trouve pas ses origines dans l’Islam et dans son prétendu refus de la séparation du temporel et du religieux. Il faut plutôt se tourner vers les échecs arabes pour comprendre le terrorisme et les attaques du 11 Septembre. Cette hypothèse est au cœur des analyses des néo-orientalistes, et F. Zakaria d’expliquer que “ s’il existe une cause sérieuse à la montée de l’intégrisme, c’est le complet échec des institutions politiques dans le Monde arabe ” (p. 177).
En définitive, les néo-orientalistes, tout en s’inspirant de l’orientalisme classique dans l’analyse de l’impasse arabe, s’en démarquent pour suggérer une nouvelle ligne de partage au sein même de l’Orient. Certes, ils mettent l’accent sur les fondements de la culture orientale, prompte à accepter les mythes et l’action d’hommes armés de forces surnaturelles. Une culture qui s’oppose aux philosophies de la conscience qui dominent l’univers politique et culturel occidental depuis les Lumières et qui mettent l’accent sur la capacité du sujet collectif à opérer les changements sociaux nécessaires. Mais les néo-orientalistes introduisent une nouvelle hypothèse et mettent l’accent sur les mutations que l’Orient a connues depuis quelques décennies et qui ont permis à de larges espaces de s’inscrire dans la dynamique du modèle occidental. Ne manque alors à l’appel que le Monde arabe, qui continue à ruminer ses gloires passées et à croire dans les prophéties de l’homme providentiel qui lui ouvrirait les portes du Paradis. Ces thèses vont jouer un rôle important dans le contexte de la lutte anti-terroriste qui animera le monde après le 11 Septembre et donneront des arguments supplémentaires aux néo-conservateurs américains.
Le verdict des nouveaux orientalistes est clair et définitif. Le déchaînement de la violence aveugle contre le Monde libre n’est pas du fait de l’Islam et de ses fanatiques intégristes. L’Islam et le Monde islamique d’une manière générale ont su opérer les mutations et les réformes nécessaires afin d’être dans le temps du monde et d’accéder à l’universel occidental censé être la porte d’entrée au bonheur et à l’opulence. Le véritable problème réside dans cet “ Orient dans l’Orient ” qu’est devenu au fil de l’histoire le Monde arabe et qui reste incapable de s’ouvrir sur les philosophies de la conscience et continue à enfermer le sujet sous le poids des archaïsmes sociaux et politiques. Le refus de la modernité politique se traduit dans le domaine public par la domination de la figure du despote paternaliste à la fois tyrannique et autoritaire. De ce point de vue, les nouveaux orientalistes d’outre-Atlantique se démarquent de l’orientalisme classique en créant de nouvelles lignes de fracture au sein de l’Orient. Mais, cette démarcation ne dure pas longtemps car les néo-orientalistes retrouvent les pères fondateurs en faisant de la personnalité arabe le nœud du despotisme oriental. Car cette personnalité est marquée profondément par l’image du patriarche bon et bienveillant mais qui sait également se montrer cruel et autocratique. Cette image est au cœur de la perception du pouvoir chez les Arabes, nous expliquent les néo-orientalistes, et constitue le fondement des rapports privés comme publics et notamment la norme de fonctionnement de l’ordre politique.
C’est cette personnalité figée dans sa soumission aux formes archaïques d’exercice du pouvoir qui explique l’impasse arabe et les crises politiques et économiques que connaît l’Arabie depuis des décennies. L’impasse est d’abord politique avec les difficultés des transitions démocratiques et la persistance de l’autoritarisme comme figure centrale de l’espace politique arabe. F. Zakaria précise dans son ouvrage “ qu’à la fin des années 1980, tandis que le reste du monde regardait s’écrouler les vieux régimes, de Moscou à Prague, de Séoul à Johannesburg, les Arabes restaient en panne avec leurs dictateurs corrompus et leurs rois vieillissants ” (p. 168). La déroute et le blocage ne sont pas seulement politiques mais également économiques avec l’échec des tentatives de modernisation entreprises aux lendemains des indépendances par la plupart des régimes arabes. L’échec économique s’explique, selon les néo-orientalistes d’outre-Atlantique, par la prédominance de la figure du patriarcat. En effet, l’existence d’une importante rente pétrolière dans un grand nombre de pays arabes s’est traduite par l’établissement de rapports singuliers entre l’Etat et ses citoyens où le droit de regard de la population sur l’exercice du politique est inexistant. Les despotes peuvent gérer et dépenser à leur guise les rentes sans se sentir obligés de rendre des comptes aux populations. F. Zakaria précise qu’un “ revenu que le gouvernement n’a pas eu à gagner le soulage de la nécessité d’avoir à taxer ses citoyens – mais, du même coup, de tout engagement vis-à-vis d’eux en termes de responsabilité, de transparence et même de représentativité ” (p. 171). Ainsi, les disponibilités financières en provenance des ressources naturelles permettent de compléter, selon les néo-orientalistes, la figure du despote oriental qui peut dépenser l’argent à sa guise, entre autres pour maintenir une certaine opulence et une société de consommation, sans pour autant que les populations soient en mesure de le questionner sur ces actes ou de lui demander de rendre compte. F. Zakaria indique encore que “ les régimes du Moyen-Orient exigent peu de leurs peuples mais, en retour, ils leur donnent peu. Les richesses provenant des ressources naturelles ont pour autre conséquence néfaste une opulence qui permet de financer la répression. L’argent ne manque jamais pour payer la police et la répression ” (p. 171). Ainsi, la figure du despote oriental, qui a progressivement disparu dans l’Orient imaginaire des orientalistes, persiste et continue à dominer la vie politique et économique dans le Monde arabe. Une figure qui tient ses origines dans la domination dans la personnalité arabe de l’image du patriarche et la soumission des Arabes à ce père à la fois brave et autoritaire. Toute l’histoire arabe peut s’écrire, selon les néo-orientalistes, comme cette quête incessante de la figure du père fondateur et du maître censé nous ouvrir les voies de la purification. Les origines de l’impasse arabe et de l’autoritarisme, nous expliquent-ils, ne sont pas à trouver dans l’Islam mais dans les fondements même de la personnalité et de la culture arabes. Le drame arabe réside dans notre soumission originelle et intrinsèque à la figure du père doté de pouvoirs surnaturels et qui devrait nous mener vers l’éden. Un père à qui on pardonnerait son despotisme et son autoritarisme. Le véritable enjeu des sociétés arabes pour les néo-orientalistes est de les libérer de la figure du despote et d’inscrire le changement et l’évolution dans la dynamique sociale.
Au rattachement des Arabes de par leur personnalité et leur culture à la figure du despote et du patriarche, F. Zakaria rajoute le sentiment de fierté et de déchéance qui enveniment nos relations avec l’Occident et son universel démocratique. L’importation de ce point de vue de certains biens occidentaux, notamment en matière de consommation, ne doit pas nous illusionner sur l’échec de la modernité dans nos contrées. Ainsi, écrit-il, “ pour le Monde arabe, la modernité a représenté échec sur échec. Chaque voie empruntée –le socialisme, la laïcité, le nationalisme – s’est révélée une impasse ” (p. 173). Un ressentiment et une rancune prévalent vis-à-vis de l’Occident chez les populations arabes et du coup “ le Monde arabe a donc cessé de croire en l’Occident –alors qu’il aurait dû cesser de croire en ses dirigeants ” (p. 173).
Le Monde arabe se trouve, dans les analyses des néo-orientalistes, déchirée entre sa personnalité intrinsèque et sa croyance dans la prophétie du sauveur et, d’un autre côté, dans l’attrait du modèle de la liberté et de la démocratie occidentale. “ Ce mélange de fascination et de répulsion à l’égard de l’Occident –en d’autres termes, de la modernité-, écrit F. Zakaria, a totalement désorienté le Monde arabe ” (p. 173). C’est dans ce contexte qu’il faut alors comprendre la montée de l’intégrisme dans le Monde arabe et le déchaînement de violence qui s’en est suivi. “ A un moment où l’avenir est incertain, il (l’intégrisme) les relie à une tradition qui apaise leur inquiétude. L’intégrisme a fourni aux Arabes mécontents de leur sort le puissant langage des contre-pouvoirs ” (p. 176). Ainsi, la montée du fondamentalisme et de la violence dans le Monde arabe ne trouve pas ses origines dans l’Islam et dans son prétendu refus de la séparation du temporel et du religieux. Il faut plutôt se tourner vers les échecs arabes pour comprendre le terrorisme et les attaques du 11 Septembre. Cette hypothèse est au cœur des analyses des néo-orientalistes, et F. Zakaria d’expliquer que “ s’il existe une cause sérieuse à la montée de l’intégrisme, c’est le complet échec des institutions politiques dans le Monde arabe ” (p. 177).
En définitive, les néo-orientalistes, tout en s’inspirant de l’orientalisme classique dans l’analyse de l’impasse arabe, s’en démarquent pour suggérer une nouvelle ligne de partage au sein même de l’Orient. Certes, ils mettent l’accent sur les fondements de la culture orientale, prompte à accepter les mythes et l’action d’hommes armés de forces surnaturelles. Une culture qui s’oppose aux philosophies de la conscience qui dominent l’univers politique et culturel occidental depuis les Lumières et qui mettent l’accent sur la capacité du sujet collectif à opérer les changements sociaux nécessaires. Mais les néo-orientalistes introduisent une nouvelle hypothèse et mettent l’accent sur les mutations que l’Orient a connues depuis quelques décennies et qui ont permis à de larges espaces de s’inscrire dans la dynamique du modèle occidental. Ne manque alors à l’appel que le Monde arabe, qui continue à ruminer ses gloires passées et à croire dans les prophéties de l’homme providentiel qui lui ouvrirait les portes du Paradis. Ces thèses vont jouer un rôle important dans le contexte de la lutte anti-terroriste qui animera le monde après le 11 Septembre et donneront des arguments supplémentaires aux néo-conservateurs américains.