ben
18/12/2003, 16h09
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Évidemment, c’est frustrant. Huit mois ont suffi à faire de Saddam Hussein un prisonnier docile alors qu’Oussama Ben Laden court la campagne afghano-pakistanaise depuis plus de deux ans. Sa tête a pourtant été mise à prix 25 millions de dollars, et 12 000 soldats des forces de la coalition sont à ses trousses en Afghanistan. Le Pakistan, de son côté, affirme mettre tout en œuvre pour traquer sur son territoire l’homme que George W. Bush se dit persuadé de débusquer bientôt, « mort ou vif ».
La prise spectaculaire de l’ancien leader irakien a dopé le moral du président américain. « Ben Laden est en fuite mais nous sommes aussi sur ses t****s. Il ne fait certainement pas le fanfaron ces jours-ci. Il est probablement dans un trou, quelque part, pour échapper à la justice », a-t-il déclaré à une chaîne de télévision américaine. Un optimisme que partage le président afghan Hamid Karzaï. Du moins officiellement. « La capture de Saddam Hussein a prouvé aux méchants, aux coupables, aux pécheurs qu’ils ne peuvent courir pour toujours », a-t-il affirmé lui aussi à une chaîne de télévision d’outre-Atlantique.
En fait, Karzaï connaît mieux que personne les réalités du terrain: de vastes montagnes au relief hostile qui courent des deux côtés de la frontière afghano-pakistanaise, longue de 2 500 kilomètres, poreuse à souhait. Des montagnes qui n’ont rien d’un trou et qui recèlent bien des caches inaccessibles. Une zone peuplée, aussi, de Pachtouns plutôt favorables au chef d’el-Qaëda ; fidèles, surtout, à leur coutume ancestrale de l’hospitalité, chapitre d’un code de l’honneur que l’on ne brade pas pour 25 millions de dollars.
Le lieutenant-colonel Bryan Hilferty, porte-parole des forces américaines à Bagram, ne s’y trompe pas. « Saddam Hussein vient d’un pays différent. Ce sont des organisations différentes. Je suis sûr que le succès serait le même avec Ben Laden et le mollah Omar (le chef spirituel des talibans) qu’avec Saddam si nous avions un bon réseau de renseignements au niveau de la population ; un bon réseau humain que nous n’avons pas », avoue-t-il. Ajoutant : « On ne peut certainement pas faire plus que ce que l’on fait en ce moment pour capturer Ben Laden. Et surtout, si on le capturait, cela ne résoudrait pas le problème de l’Afghanistan. Notre objectif est que ce pays connaisse une sécurité durable. L’arrestation de Ben Laden n’y suffira pas. Il y a ici d’autres formes d’insécurité. Ce qui compte, ce sont les progrès de tous les jours sur le terrain. Je ne vous dis pas que l’Afghanistan deviendra la Suisse d’ici à février, mais ces progrès sont réels. »
Un haut responsable américain à Kaboul affirme pour sa part, sous couvert d’anonymat, « comprendre que certains Afghans rechignent à “donner” Ben Laden ». Il comprend qu’ils « aient pu aimer les talibans, et qu’entre les chefs de guerre qui ont semé l’anarchie et les étudiants en théologie qui ont ramené une sorte de sécurité, ils aient choisi ces derniers, sans être pour autant des terroristes ». En clair, dit-il, il ne faut pas sous-estimer ici l’aura d’un homme comme Ben Laden, qui était l’hôte des talibans.
Reste que pour nombre d’experts, ce dernier est beaucoup plus dangereux que ne l’était Saddam Hussein. Tant qu’il sera en liberté, il continuera de téléguider des attentats dans le monde entier, y compris aux États-Unis et en Irak, préviennent-ils. Saddam n’était qu’un dictateur. Un tyran qui avait toutes les chances d’être détesté et trahi un jour par son entourage. Ben Laden est un idéologue qui prône le jihad (la guerre sainte) contre les Occidentaux et érige le martyre des combattants en vertu. Il est à la tête d’une organisation internationale solidement implantée. Mort ou prisonnier, il deviendra un héros, ce qui pourrait être pire encore.
Évidemment, c’est frustrant. Huit mois ont suffi à faire de Saddam Hussein un prisonnier docile alors qu’Oussama Ben Laden court la campagne afghano-pakistanaise depuis plus de deux ans. Sa tête a pourtant été mise à prix 25 millions de dollars, et 12 000 soldats des forces de la coalition sont à ses trousses en Afghanistan. Le Pakistan, de son côté, affirme mettre tout en œuvre pour traquer sur son territoire l’homme que George W. Bush se dit persuadé de débusquer bientôt, « mort ou vif ».
La prise spectaculaire de l’ancien leader irakien a dopé le moral du président américain. « Ben Laden est en fuite mais nous sommes aussi sur ses t****s. Il ne fait certainement pas le fanfaron ces jours-ci. Il est probablement dans un trou, quelque part, pour échapper à la justice », a-t-il déclaré à une chaîne de télévision américaine. Un optimisme que partage le président afghan Hamid Karzaï. Du moins officiellement. « La capture de Saddam Hussein a prouvé aux méchants, aux coupables, aux pécheurs qu’ils ne peuvent courir pour toujours », a-t-il affirmé lui aussi à une chaîne de télévision d’outre-Atlantique.
En fait, Karzaï connaît mieux que personne les réalités du terrain: de vastes montagnes au relief hostile qui courent des deux côtés de la frontière afghano-pakistanaise, longue de 2 500 kilomètres, poreuse à souhait. Des montagnes qui n’ont rien d’un trou et qui recèlent bien des caches inaccessibles. Une zone peuplée, aussi, de Pachtouns plutôt favorables au chef d’el-Qaëda ; fidèles, surtout, à leur coutume ancestrale de l’hospitalité, chapitre d’un code de l’honneur que l’on ne brade pas pour 25 millions de dollars.
Le lieutenant-colonel Bryan Hilferty, porte-parole des forces américaines à Bagram, ne s’y trompe pas. « Saddam Hussein vient d’un pays différent. Ce sont des organisations différentes. Je suis sûr que le succès serait le même avec Ben Laden et le mollah Omar (le chef spirituel des talibans) qu’avec Saddam si nous avions un bon réseau de renseignements au niveau de la population ; un bon réseau humain que nous n’avons pas », avoue-t-il. Ajoutant : « On ne peut certainement pas faire plus que ce que l’on fait en ce moment pour capturer Ben Laden. Et surtout, si on le capturait, cela ne résoudrait pas le problème de l’Afghanistan. Notre objectif est que ce pays connaisse une sécurité durable. L’arrestation de Ben Laden n’y suffira pas. Il y a ici d’autres formes d’insécurité. Ce qui compte, ce sont les progrès de tous les jours sur le terrain. Je ne vous dis pas que l’Afghanistan deviendra la Suisse d’ici à février, mais ces progrès sont réels. »
Un haut responsable américain à Kaboul affirme pour sa part, sous couvert d’anonymat, « comprendre que certains Afghans rechignent à “donner” Ben Laden ». Il comprend qu’ils « aient pu aimer les talibans, et qu’entre les chefs de guerre qui ont semé l’anarchie et les étudiants en théologie qui ont ramené une sorte de sécurité, ils aient choisi ces derniers, sans être pour autant des terroristes ». En clair, dit-il, il ne faut pas sous-estimer ici l’aura d’un homme comme Ben Laden, qui était l’hôte des talibans.
Reste que pour nombre d’experts, ce dernier est beaucoup plus dangereux que ne l’était Saddam Hussein. Tant qu’il sera en liberté, il continuera de téléguider des attentats dans le monde entier, y compris aux États-Unis et en Irak, préviennent-ils. Saddam n’était qu’un dictateur. Un tyran qui avait toutes les chances d’être détesté et trahi un jour par son entourage. Ben Laden est un idéologue qui prône le jihad (la guerre sainte) contre les Occidentaux et érige le martyre des combattants en vertu. Il est à la tête d’une organisation internationale solidement implantée. Mort ou prisonnier, il deviendra un héros, ce qui pourrait être pire encore.