Aqcic
02/12/2003, 11h47
Timechret au secours des pauvres
L'AÏD EN KABYLIE
ll L'Aïd n'est plus ce qu'il était en Kabylie. Finis les temps où le fils du pauvre savourait cette fête, ne serait-ce que le temps d'aller faire un tour au marché pour choisir son jouet. Finis aussi les temps où la majorité des citoyens ne se souciaient pas beaucoup des dépenses, du moment que "Timechret" était toujours au secours de tous, et là, les plus riches et les plus pauvres se réunissent pour partager la viande de bœuf - il s'agit bien de la viande de bœuf, puisqu'ils l'égorgent sur place ! Durant tout le Ramadhan, rares sont ceux qui veillent en Kabylie. A part le chef-lieu de wilaya où la maison de la culture renoue avec l'ambiance, au niveau des différents villages, c'est un véritable R.A.S (rien à signaler), excepté, bien sûr, les parties interminables de dominos ou les jeux de loto. D'aucun s'entendent dire que même si, tout au long du mois, Tizi n'a pas connu d'actes terroristes, la vigilance est de mise. La majorité des jeunes de cette région du pays se retrouvent dans des garages aménagés pour les jeux "Spécial Ramadhan", notamment le loto. Et là, il faut dire que les soirées se terminent tôt à cause du froid qui prend souvent le dessus sur l'ambiance. Lors de ces veillées, ces jeunes - diplômés ou non - ne comptent que le nombre de ceux qui ont réussi à rejoindre l'autre rive de la Méditerranée. Mais "avec les mesures draconienne de Sarkozy, ce n'est pas facile de mettre le pied là-bas, puisque la majorité opte pour la France", dit Smaïl, un marchand de journaux. Smaïl fait sa revue de presse quotidiennement. Il sait qu'aujourd'hui, émigrer n'est pas du tout chose aisée. Il le fait d'ailleurs savoir à ceux qui ont l'habitude de se réunir devant sa petite boutique pour passer le temps, ou, comme diront certains, voir le temps passer. Durant le Ramadhan, tout le monde ou presque, fait la grasse matinée. Et, les premières heures de la journée, en passant par les différents commerces aux Ouadhias, à Amechras, Boghni et Draâ El Mizan, on dirait que c'est une journée de grève massivement suivie. Ce n'est que vers les derniers jours du mois de carême que les petites villes ont renoué avec le mouvement. Timechret, Lewziaâ, c'est selon les régions, est plus qu'une tradition en Kabylie. Depuis longtemps, cette forme de solidarité est transmise d'une génération à une autre. Yemma Fadhma a 93 ans, elle dit qu'elle se souvient "lorsque les vieux du village allaient égorger les bœufs à Tala avant de partager la viande. Chaque foyer a sa part selon la taille de la famille. Pour annoncer la fin du Ramadhan, ils allumaient le feu sur les collines pour informer les villages voisins". Cette année, Yemma Fadhma est satisfaite. Les villageois étaient au rendez-vous pour se réunir à la fontaine du village et égorger les bœufs. Les enfants, eux aussi, ne ratent pas ces moments. Ce sont des moments inoubliables. Ils se réveillent tôt pour ne rater aucun détail. Aucune étape, jusqu'au moment où chaque père de famille prend sa part de viande. Même si, avec les temps qui courent, plusieurs villages de Kabylie, pour une raison ou une autre, ont renoncé à cette forme de solidarité avec les couches les plus démunies, quelques-uns ont été au rendez-vous cet Aïd aussi. "Lorsqu'on égorge au village, on est au moins sûr que tous les villageois passent l'Aïd comme il se doit. A cela vient s'ajouter la facilité de paiement puisque le père de famille ne payera que quand il le pourra", nous dit Ahmed, un membre d'un comité de village dans la commune d'Ath Bouaddou. Notre interlocuteur ajoute : "Il y a aussi la qualité de la viande qui est en jeu. Chez quelques bouchers, il y a toujours des doutes, surtout en ces moments où tout le monde parle de la vente de la viande d'âne". En Kabylie, cet Aïd a coïncidé avec une vague de froid. La pluie n'a pas facilité la tâche à ceux qui étaient obligés de se déplacer. Même les enfants qui attendaient ce jour avec impatience, étaient obligés de rester au chaud après un petit tour au marché. Quant aux parents, après avoir fait face aux dépenses du Ramadhan et celles de l'Aïd, ils font le bilan pour ceux qui ont encore quelque chose à compter… L'Aïd est passé et on recommence tout.
Saïd Taleb
La Dépêche de Kabylie
L'AÏD EN KABYLIE
ll L'Aïd n'est plus ce qu'il était en Kabylie. Finis les temps où le fils du pauvre savourait cette fête, ne serait-ce que le temps d'aller faire un tour au marché pour choisir son jouet. Finis aussi les temps où la majorité des citoyens ne se souciaient pas beaucoup des dépenses, du moment que "Timechret" était toujours au secours de tous, et là, les plus riches et les plus pauvres se réunissent pour partager la viande de bœuf - il s'agit bien de la viande de bœuf, puisqu'ils l'égorgent sur place ! Durant tout le Ramadhan, rares sont ceux qui veillent en Kabylie. A part le chef-lieu de wilaya où la maison de la culture renoue avec l'ambiance, au niveau des différents villages, c'est un véritable R.A.S (rien à signaler), excepté, bien sûr, les parties interminables de dominos ou les jeux de loto. D'aucun s'entendent dire que même si, tout au long du mois, Tizi n'a pas connu d'actes terroristes, la vigilance est de mise. La majorité des jeunes de cette région du pays se retrouvent dans des garages aménagés pour les jeux "Spécial Ramadhan", notamment le loto. Et là, il faut dire que les soirées se terminent tôt à cause du froid qui prend souvent le dessus sur l'ambiance. Lors de ces veillées, ces jeunes - diplômés ou non - ne comptent que le nombre de ceux qui ont réussi à rejoindre l'autre rive de la Méditerranée. Mais "avec les mesures draconienne de Sarkozy, ce n'est pas facile de mettre le pied là-bas, puisque la majorité opte pour la France", dit Smaïl, un marchand de journaux. Smaïl fait sa revue de presse quotidiennement. Il sait qu'aujourd'hui, émigrer n'est pas du tout chose aisée. Il le fait d'ailleurs savoir à ceux qui ont l'habitude de se réunir devant sa petite boutique pour passer le temps, ou, comme diront certains, voir le temps passer. Durant le Ramadhan, tout le monde ou presque, fait la grasse matinée. Et, les premières heures de la journée, en passant par les différents commerces aux Ouadhias, à Amechras, Boghni et Draâ El Mizan, on dirait que c'est une journée de grève massivement suivie. Ce n'est que vers les derniers jours du mois de carême que les petites villes ont renoué avec le mouvement. Timechret, Lewziaâ, c'est selon les régions, est plus qu'une tradition en Kabylie. Depuis longtemps, cette forme de solidarité est transmise d'une génération à une autre. Yemma Fadhma a 93 ans, elle dit qu'elle se souvient "lorsque les vieux du village allaient égorger les bœufs à Tala avant de partager la viande. Chaque foyer a sa part selon la taille de la famille. Pour annoncer la fin du Ramadhan, ils allumaient le feu sur les collines pour informer les villages voisins". Cette année, Yemma Fadhma est satisfaite. Les villageois étaient au rendez-vous pour se réunir à la fontaine du village et égorger les bœufs. Les enfants, eux aussi, ne ratent pas ces moments. Ce sont des moments inoubliables. Ils se réveillent tôt pour ne rater aucun détail. Aucune étape, jusqu'au moment où chaque père de famille prend sa part de viande. Même si, avec les temps qui courent, plusieurs villages de Kabylie, pour une raison ou une autre, ont renoncé à cette forme de solidarité avec les couches les plus démunies, quelques-uns ont été au rendez-vous cet Aïd aussi. "Lorsqu'on égorge au village, on est au moins sûr que tous les villageois passent l'Aïd comme il se doit. A cela vient s'ajouter la facilité de paiement puisque le père de famille ne payera que quand il le pourra", nous dit Ahmed, un membre d'un comité de village dans la commune d'Ath Bouaddou. Notre interlocuteur ajoute : "Il y a aussi la qualité de la viande qui est en jeu. Chez quelques bouchers, il y a toujours des doutes, surtout en ces moments où tout le monde parle de la vente de la viande d'âne". En Kabylie, cet Aïd a coïncidé avec une vague de froid. La pluie n'a pas facilité la tâche à ceux qui étaient obligés de se déplacer. Même les enfants qui attendaient ce jour avec impatience, étaient obligés de rester au chaud après un petit tour au marché. Quant aux parents, après avoir fait face aux dépenses du Ramadhan et celles de l'Aïd, ils font le bilan pour ceux qui ont encore quelque chose à compter… L'Aïd est passé et on recommence tout.
Saïd Taleb
La Dépêche de Kabylie