ben
17/11/2003, 13h11
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Le 20ème siècle a véritablement commencé avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Sa première victime fut le certificat de décès de l’Empire Ottoman. Ensuite le déclin progressif des grands empires coloniaux européens, et enfin, après trente ans de gestation et deux guerres, l’émergence d’un ordre mondial nouveau basé sur la bipolarité et l’équilibre de la terreur.
Ce nouveau siècle, sorti des décombres du Mur de Berlin en 1989, en est à ses premiers balbutiements. Les changements sont plus radicaux. Au lieu du déclin progressif de l’Europe au début du 20ème siècle, le 21ème a connu la chute brutale du bloc soviétique et, avec, le dépérissement de l’idéologie marxiste qui a représenté, un siècle durant, l’horizon “indépassable” de la pensée.
On est encore aujourd’hui incapable de discerner les nouvelles lignes de fractures et les nouvelles tendances lourdes… Nul ne sait si les prochaines années verraient le déclin de l’empire américain, ou si l’Europe, dans une ou deux décennies, pourrait peser lourdement sur la balance mondiale, militairement et politiquement. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que l’empire américain a besoin de guerres cycliques importantes pour sauvegarder et accentuer son leadership scientifique, technologique et militaire. Malheureusement, les Américains n’ont pas d’autres moyens. Renoncer à cette surprématie équivaudrait pour eux à un déclin irrémédiable. Les guerres, pour les USA, c’est comme la vésicule biliaire pour le corps humain : évacuer le surplus de toxines…
Si les nouvelles puissances régionales arrivent à imposer aux USA de renoncer peu ou prou à leur hégémonisme militaire, nous serons certainement à un tournant historique du 21ème siècle.
Sur le plan des idées, le marxisme n’est pas l’unique victime du nouveau siècle. Paradoxalement, l’humanisme libéral est sorti lui aussi amoindri, quoique donnant des signes extérieurs de victoire. L’humanisme et les Droits de l’Homme ont certes vaincu le communisme dans sa dernière version despotique et policière… Mais la disparition de l’ennemi d’hier pose beaucoup plus de problèmes qu’elle n’apporte de solutions. La disparition du monde bipolaire ne peut déboucher, mécaniquement, que sur la multipolarité. L’unipolarité ne peut être qu’une étape intermédiaire. Du coup, l’humanisme universaliste est opérant dans un monde bipolaire en fin de cycle. Il ne peut être qu’en crise dans l’unipolarité, car il est, de fait, l’idéologie de la puissance dominante, le nouvel horizon “indépassable” de la pensée, mais totalement inadapté à la multipolarité en puissance. D’ailleurs, l’universalisme recule dans ses foyers d’origine. Le débat provoqué en Europe par la demande d’admission de la Turquie est plus qu’éloquent. Le nouveau fondamentalisme dans certaines hautes sphères du pouvoir aux Etats-Unis en est une autre illustration. Mais ce qui est encore plus significatif, c’est l’émergence continue de la Chine et sa maîtrise croissante des technologies les plus sophistiquées et le bien-être, certes relatif, de sa population, le tout en dehors de toute gestion “à l’Occidentale”. Le grand Japon du 20ème siècle n’a pas pu le faire. Cela veut-il dire pour autant que l’humanisme universaliste est condamné à périr ? Le cœur dit non, mais la raison dit que cet humanisme est, au moins, condamné à changer.
La dialectique du cœur et de la raison est ici plus qu’intéressante. On a souvent pensé que la raison est le principal pilier de l’humanisme universaliste, et que le “cœur”, lieu des passions par excellence, est pré-moderne, archaïque et rétrograde. Malheureusement, la raison est toujours au service de la volonté de puissance. Elle est toujours, dans la réalité des faits, l’instrument de finalités qui la dépassent. Le nazisme et, par delà, le fascisme, comme la démocratie occidentale, ont été les expressions de cette instrumentalisation. Prétendre que la raison est la fin et non le moyen dans la démocratie relève de la pure idéologie.
Est-ce que cela signifie pour autant que le repli identitaire est la solution de l’avenir ?
Le repli identitaire ne se réalise qu’avec l’idéologisation des particularismes culturels et religieux. Sa systémicité l’empêche de voir la nature des défis qui se posent à une civilisation donnée. Puis, comme tel, il divise les potentialités d’un peuple plutôt qu’il ne les multiplie.
Participer au monde qui se dessine veut dire tout simplement avoir la volonté de se doter des moyens de peser sur le cours des choses. Le dernier rapport du PNUD (voire notre dossier dans la partie arabe) montre, a contrario, que si la modernité et le 20ème siècle se sont faits sans les Arabes…, dans ce nouveau siècle, encore mouvant, une première vérité émerge : le 21ème siècle se fera, lui aussi, sans nous.
Le 20ème siècle a véritablement commencé avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Sa première victime fut le certificat de décès de l’Empire Ottoman. Ensuite le déclin progressif des grands empires coloniaux européens, et enfin, après trente ans de gestation et deux guerres, l’émergence d’un ordre mondial nouveau basé sur la bipolarité et l’équilibre de la terreur.
Ce nouveau siècle, sorti des décombres du Mur de Berlin en 1989, en est à ses premiers balbutiements. Les changements sont plus radicaux. Au lieu du déclin progressif de l’Europe au début du 20ème siècle, le 21ème a connu la chute brutale du bloc soviétique et, avec, le dépérissement de l’idéologie marxiste qui a représenté, un siècle durant, l’horizon “indépassable” de la pensée.
On est encore aujourd’hui incapable de discerner les nouvelles lignes de fractures et les nouvelles tendances lourdes… Nul ne sait si les prochaines années verraient le déclin de l’empire américain, ou si l’Europe, dans une ou deux décennies, pourrait peser lourdement sur la balance mondiale, militairement et politiquement. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que l’empire américain a besoin de guerres cycliques importantes pour sauvegarder et accentuer son leadership scientifique, technologique et militaire. Malheureusement, les Américains n’ont pas d’autres moyens. Renoncer à cette surprématie équivaudrait pour eux à un déclin irrémédiable. Les guerres, pour les USA, c’est comme la vésicule biliaire pour le corps humain : évacuer le surplus de toxines…
Si les nouvelles puissances régionales arrivent à imposer aux USA de renoncer peu ou prou à leur hégémonisme militaire, nous serons certainement à un tournant historique du 21ème siècle.
Sur le plan des idées, le marxisme n’est pas l’unique victime du nouveau siècle. Paradoxalement, l’humanisme libéral est sorti lui aussi amoindri, quoique donnant des signes extérieurs de victoire. L’humanisme et les Droits de l’Homme ont certes vaincu le communisme dans sa dernière version despotique et policière… Mais la disparition de l’ennemi d’hier pose beaucoup plus de problèmes qu’elle n’apporte de solutions. La disparition du monde bipolaire ne peut déboucher, mécaniquement, que sur la multipolarité. L’unipolarité ne peut être qu’une étape intermédiaire. Du coup, l’humanisme universaliste est opérant dans un monde bipolaire en fin de cycle. Il ne peut être qu’en crise dans l’unipolarité, car il est, de fait, l’idéologie de la puissance dominante, le nouvel horizon “indépassable” de la pensée, mais totalement inadapté à la multipolarité en puissance. D’ailleurs, l’universalisme recule dans ses foyers d’origine. Le débat provoqué en Europe par la demande d’admission de la Turquie est plus qu’éloquent. Le nouveau fondamentalisme dans certaines hautes sphères du pouvoir aux Etats-Unis en est une autre illustration. Mais ce qui est encore plus significatif, c’est l’émergence continue de la Chine et sa maîtrise croissante des technologies les plus sophistiquées et le bien-être, certes relatif, de sa population, le tout en dehors de toute gestion “à l’Occidentale”. Le grand Japon du 20ème siècle n’a pas pu le faire. Cela veut-il dire pour autant que l’humanisme universaliste est condamné à périr ? Le cœur dit non, mais la raison dit que cet humanisme est, au moins, condamné à changer.
La dialectique du cœur et de la raison est ici plus qu’intéressante. On a souvent pensé que la raison est le principal pilier de l’humanisme universaliste, et que le “cœur”, lieu des passions par excellence, est pré-moderne, archaïque et rétrograde. Malheureusement, la raison est toujours au service de la volonté de puissance. Elle est toujours, dans la réalité des faits, l’instrument de finalités qui la dépassent. Le nazisme et, par delà, le fascisme, comme la démocratie occidentale, ont été les expressions de cette instrumentalisation. Prétendre que la raison est la fin et non le moyen dans la démocratie relève de la pure idéologie.
Est-ce que cela signifie pour autant que le repli identitaire est la solution de l’avenir ?
Le repli identitaire ne se réalise qu’avec l’idéologisation des particularismes culturels et religieux. Sa systémicité l’empêche de voir la nature des défis qui se posent à une civilisation donnée. Puis, comme tel, il divise les potentialités d’un peuple plutôt qu’il ne les multiplie.
Participer au monde qui se dessine veut dire tout simplement avoir la volonté de se doter des moyens de peser sur le cours des choses. Le dernier rapport du PNUD (voire notre dossier dans la partie arabe) montre, a contrario, que si la modernité et le 20ème siècle se sont faits sans les Arabes…, dans ce nouveau siècle, encore mouvant, une première vérité émerge : le 21ème siècle se fera, lui aussi, sans nous.