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Voir la version complète : Albert Camus et l'Algérie


ben
02/11/2003, 15h26
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« Pour parler d'Albert Camus, il aurait fallu parler de l'Algérie. Non pour l'expliquer par son pays, mais parce que des traits de son caractère ne peuvent se comprendre que par là. » Cette affirmation de Jean Grenier sert aujourd'hui d'un bon prétexte pour encadrer la vie et l'uvre du prix Nobel de littérature à la lumière algérienne. De plus, cette manifestation intervient au moment où l'actualité littéraire redécouvre en France ce célèbre auteur natif d'Algérie (ex-Mondovi, actuellement Dréan, au sud de Annaba).


Outre les manuscrits et les éditions rares, on retrouve des correspondances officielles adressées à l'homme de lettres, dont un accusé de réception daté du 20 mars 1958 de la Présidence de la République concernant l'étudiant Taleb Abderrahmane, condamné à mort pour lequel Albert Camus avait appuyé, en vain, le recours en grâce. Deux autres lettres envoyées par la commission de sauvegarde des droits et des libertés individuels portent celles-ci sur l'élargissement à la demande du prix Nobel, des nommés Kaci Abdallah, Aroua Ahmed, Moussaoui Ahmed et Mimouni Abdelkader (!). « S'il avait décidé de se taire, Albert Camus n'en agissait pas moins discrètement », est-il clairement indiqué. La mise en exergue de ce lot de documents (qui provient des Archives d'outre-mer, dont le siège se trouve précisément à Aix- en-Provence) tend à relativiser « le mutisme » jugé jusque-là déconcertant de Camus à l'égard de la question algérienne, une véritable déchirure. On dit que c'est sa fille Catherine, excédée par ce silence présumé coupable, qui a décidé non seulement de faire republier Les Chroniques algériennes (d'où ressort l'attitude courageuse de Camus racontant l'échec de la colonisation.

A ce titre, l'engagement peu connu d'Albert Camus en faveur des militants nationalistes algériens arrêtés durant la guerre de Libération mérite que l'on s'y attarde un peu d'autant que cette facette insoupçonnée ne peut, bien évidemment, que tordre le cou à sa réputation d'écrivain « pied-noir qui a toujours préféré sa mère à la justice ». Il s'en trouve d'ailleurs certains qui tentent de justifier la position de l'intellectuel « ambigu » par le seul aspect lyrique de son uvre et au lien viscéral qui l'attache à l'Algérie qu'il célèbre du Premier Homme à Noces de manière charnelle. C'est justement cette description magnifique de ce pays qui nous laisse irrémédiablement songer à un paradis perdu. C'est peut-être là, en fait, que le bât blesse.