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Voir la version complète : Gloire à nos martyrs


ben
01/11/2003, 15h29
UN OFFICIER DE LA WILAYA IV TEMOIGNE -un berbère debout-
LA BATAILLE DE SIDI MOHAND AKLOUCHE DAIRA DE CHERCHELL, 26 AVRIL 1957


J’apporte mon témoignage de ma participation en tant que maquisard à un accrochage de l’ALN (Armée de libération nationale) avec l’armée française au douar Si Mohaned Aklouche dans la daïra de Cherchell, région III, Zone II de la Wilaya IV. Notre commando qui portait le nom de notre valeureux chahid Si Zoubir - de son vrai nom Tayeb Souleimane - qui a été tué le 22 février 1957 au douar Sebaghnia dans la région de Blida lors d’une opération héliportée de parachutes où 27 lycéens dont une jeune fille ont trouvé la mort.

Notre commando est composé du 36 moudjahidine dont l’âge varie entre 17 et 27 ans. Chacun de nous avait fait ses preuves de courage dans une mission de fidayines. Notre chef Si Moussa - de son vrai nom Kelouaz Si Moussa, son adjoint Si Ahmed Khelassi et Chamouni Abdelkader, tous 3 originaires d’Aïn Defla et déserteurs de l’armée française lors de la guerre d’Indochine. Parmi nos compagnons 3 ou 4 ont fait leur service militaire ; tels Brakni Si Braham, Maâmar Si Maâmar de Oued-Djer ; ils nous avaient beaucoup servis avec leur instruction militaire et leur connaissance des armes.

Le mercredi, 24 avril 1957, nous étions sur la route de Cherchell qui mène vers les montagnes du Zaccar. Durant cette journée l’ennemi ne s’est pas manifesté à part l’aviation qui survolait la région. En fin d’après-midi, nous avons regagné nos refuges au douar Hayouna, dans la daïra de Cherchell.

Un agent de liaison apporta une lettre de notre capitaine Si Slimane que Si Moussa m’avait donnée à lire. Elle faisait état des interventions fréquentes (presque tous les jours) des parachutistes au douar Sidi Mohand Aklouche pour terroriser les habitants. Il nous demandait de les attaquer et de mettre fin à leurs agissements néfastes.

Après un repos de quelques heures au douar Hayouna, nous sommes partis en direction de Sidi Mohand Aklouche. Il nous a fallu 7 heures de marche pour arriver au douar. Il faisait froid le vent était glacial, il était 3h. Si Moussa a choisi un emplacement pour une éventuelle embuscade, malheureusement l’ennemi ne s’est pas manifesté. Nous sommes sortis de la forêt vers 16 heures pour aller au douar voisin. Les habitants étaient étonnés de nous voir, ils se demandaient d’où nous sortions. Ils nous ont accueillis chaleureusement en se pressant de nous préparer les refuges pour nous permettre de nous reposer.
Le jeudi 25 avril 1957, c’était la veille du 27e jour de Sidna Ramdhane «Leilat El Kadr», le moudjahid Si Abderahmane Sahnoun d’El-Biar - l’infirmier de notre commando - nous avait promis de nous préparer une bonne zalabia dont il détient la recette de sa mère. En attendant el maghreb, nous nous sommes baignés dans les eaux limpides de l’oued, nous étions heureux comme des enfants, jouant avec l’eau, donnant des coups sur le dos de notre compagnon Si Listiklal qui nous dit : «Faites ce que vous voulez, demain Inchallah, je sens que je vais vous quitter, je vous devancerais au Paradis, je serais chahid Inchalah». Nous lui répondions que nous le serions avant lui, tout en continuant à le frapper.
Après la rupture du jeûne «el-ftour», nous avons dégusté la succulente Zalabia préparée par Si Abderahmane. Nous avons chanté des hymnes patriotiques «Min DjibaIina-, Fidaou El Djazaïr, etc.». Après, nous avons fait notre prière en demandant à Dieu de nous faire sortir victorieux de la bataille de demain. Si Moussa nous demanda de nous reposer quelques heures pour être en forme, la journée de demain risque d’être dure.

Le vendredi 26 avril 1957, à 2h, nous sommes sortis silencieusement du refuge. Nous avons repris notre emplacement de la veille à quelques centaines de mètres du douar Sidi Mohand Aklouche. Il faisait toujours froid, nous n’étions pas loin du littoral et de la route nationale reliant Cherchell à Gouraya. Le ronflement des moteurs nous parvenait vers 6 heures du matin, mais on ne pouvait pas le situer. Entre le douar et l’endroit où nous sommes embusqués, il y avait une clairière et un champ de blé et tout à coup nous avons aperçu des soldats français. Les uns encerclaient le douar, les autres, en formation de combat avançaient vers nous. Nous avions compris que nous avions été trahis, c’est normal, car nous sommes restés trop ongtemps dans le secteur, alors que d’habitude nous ne restons pas plus d’une journée au maximum.

Notre plan d’attaque n’était plus valable, il fallait changer de tactique. Le soleil se levait à l’horizon, nous ne pouvions leur faire face. Si Moussa nous ordonna un repli rapide. Tous au fond de nos coeurs nous voulions combattre, nous avions l’avantage d’être dans la forêt, l’ennemi se trouvait à découvert.
Si Moussa voulait surtout gagner du temps, trouver une autre position stratégique. Une distance de 50 à 60 mètres nous séparait de l’ennemi qui avançait toujours. Nous entendions l’ordre de leur commandant qui hurlait «Avancez, avancez et tirez à volonté».
Ils commencèrent à tirer sur nous. Nous étions un peu inquiets, car nous avons reçu l’ordre de ne pas répondre.
Si Moussa nous ordonna le repli vers l’arrière, l’ennemi continuait à tirer, heureusement que nous étions dans la forêt, les arbres nous protégeaient des balles.
Le commandant français continuait à donner des ordres à ses soldats «Avancez, avancez, tirez».

Pour freiner leur élan, le moudjahid Si Mahmoud Enemri, de Hammam-Melouane, tira sur eux quelques rafales de sa mitraillette Thomson américaine pour les bloquer. Notre repli consistait à occuper la crête élevée d’une montagne, pour cela nous devions traverser un terrain découvert de quelques dizaine de mètres.
En face, l’ennemi avait placé un fusil mitrailleur pour nous empêcher d’accéder à ce point stratégique qu’est la crête, que lui aussi convoitait. Pour nous couvrir, Si Moussa avait pris position derrière un rocher, il tirait en direction du fusil mitrailleur pour le neutraliser en nous disant «vite, vite, la crête». On devait passer un par un, couverts par les tirs de la carabine US. de Si Moussa. A notre droite se trouvaient les paras qui couraient pour prendre la crête. Le moudjahid Si Tahar avait atteint le sommet de la crête le premier, il avait pris position, tirait sur les paras avec son fusil garant pour les stopper, Si Tahar en tirant, criant : «Allahou Akbar» sur les paras et nous faisait des appels «avancez, mes frères, avancez». Nous sommes tous passés sans aucune perte humaine, nous avons devancé les paras en prenant le sommet de la montagne.
Sur cette crête de la montagne, il y avait 3 pitons distants d’environ 10 mètres. Nous étions 3 groupes de 11 moudjahidine. Si Moussa plaça un groupe à chaque piton.

Nous nous sommes installés avec beaucoup de calme, nous étions prêts à faire face à l’ennemi. Notre position dominait tout le terrain, on pouvait voir tous les déplacements des soldats français. Il y avait le 29e bataillon de tirailleurs qui avait sa base à Fontaine du Génie, actuellement Hadjrat-Ennous, à droite les soldats martiniquais et sénégalais à gauche les parachutistes. Nous étions heureux tout en observant les mouvements de l’ennemi qui se préparait à nous attaquer.

Il était 8h, c’est trop tôt pour nous, le temps n’était pas à notre avantage. Nous aurions souhaité que ce soit l’après-midi pour pouvoir nous replier avec l’approche de la nuit. Nous étions joyeux, Dieu nous a donné cette occasion, cette journée du vendredi pour combattre et mourir en ce 27e jour de Sidna Ramdhane. Nous chantions Min Djibalina, en faisant nos adieux, en souhaitant la mort, nous donnant rendez-vous au Paradis. Notre frère Istiklal qui nous disait qu’il serait le premier au Paradis était plus joyeux que nous. Nous lui avons donné le surnom Istiklal, lors d’une discussion sur l’avenir de notre pays. Notre compagnon Istiklal - de son vrai nom Benmira Tayeb - ne comprenait pas le sens du mot L’Istiklal (l’indépendance). Il nous a demandé de lui expliquer le sens de ce nom. On lui avait dit: «Quand on chassera le colonialisme français et son armée, l’Algérie retrouvera son Indépendance.» Si Tayeb ne comprenait pas, il disait: «Moi je combats pour mourir en tant que moudjahid fi sabil Allah», et c’est à partir de ce jour que nous l’avons surnommé Si «1’Istiklal».

Une partie des soldats français se trouvant à notre droite, a reçu l’ordre d’avancer pour nous attaquer. Si Moussa ordonna au chef de groupe Si Larbi d’El Attaf, de descendre sur un talus en contrebas à une dizaine de mètres de notre position, lui demandant de laisser approcher l’ennemi le plus près possible pour tirer et de ne pas faire l’assaut (el houdjoum) lui ordonnant le repli à la position initiale après les tirs sur la première vague de soldats martiniquais et sénégalais.
L’ennemi ne s’est pas aperçu du changement de position du groupe de Si Larbi qui avançait toujours, il fut reçu par un feu nourri, des dizaines de soldats furent tués et les blessés étaient tirés par le col ou les pieds par leurs camarades. Un Martiniquais blessé, rampait affolé, tirait avec son fusil mitrailleur. Surpris et pris de panique, les soldats pensaient que les moudjahidine allaient donner l’assaut pour récupérer l’armement comme d’habitude. Après cette attaque, notre groupe a repris sa place sur la crête.



Fusils contre avions
Le silence était total, les soldats français ne bougèrent plus cherchant la solution pour pouvoir nous déloger. Ils avaient sous-estimé notre force de frappe et notre volonté, croyant avoir affaire à des moussebiline armés de fusils de chasse alors qu’ils furent reçus par des armes automatiques. L’ennemi avait changé de tactique après ce revers. Pendant ce temps-là, nous étions tout heureux de notre avantage, nous étions décidés à combattre jusqu’à notre dernière goutte de sang.

A notre gauche, des centaines de soldats nous faisaient des signes en criant: «Nous sommes des soldats algériens musulmans, nous voulons nous joindre à vous, pour combattre avec vous les militaires français.» C’étaient des harkis. Si Moussa a répondu «avancez, si vous avez de bonnes intentions et la volonté d’être avec nous, nous ne tirerons pas». Si Moussa avait flairé la ruse des harkis, il nous ordonna d’ouvrir le feu sur les traîtres sans faire usage des armes lourdes (les mitrailleuses) pour ne pas dévoiler à l’ennemi nos capacités. Au signal de Si Moussa, nous avons ouvert le feu. Les tirs ont été spontanés par trois groupes, il a duré quelques minutes. Les harkis surpris ont été foudroyés; ils se sont sauvés laissant leurs morts et blessés sur le terrain. C’est ce que mérite les traîtres à la Nation algérienne.

De nouveau le silence, l’ennemi avait évalué notre force, a su qu’il avait affaire à un commando, mais n’arrivait pas à nous situer. Il cherchait par quel moyen nous déloger de cette montagne. Ses deux tentatives n’ont pas réussi. Les soldats sénégalais et martiniquais qui étaient à notre droite ont été repoussés par le groupe de Si Larbi. L’autre tentative des harkis qui voulaient nous avoir par la ruse, notre haine à leur infidélité a été sans pitié, nos tirs étaient précis ; je les voyais sauter, faire des bonds puis retomber morts. Ce fut une grande satisfaction pour nous.

L’ennemi avait installé son P.C. un peu plus loin, par radio, il a fait appel à l’aviation. Pendant quelques minutes deux avions bombardiers type B26 survolaient la zone de combats sans pouvoir larguer leurs bombes sur nous au risque de toucher leurs soldats qui étaient proche de notre commando, ils ne pouvaient aussi voler à basse altitude à cause de la mauvaise visibilité, de la hauteur élevée de la montagne et du risque d’être abattus par nos tirs. Les avions B26 inopérants étaient repartis ont été remplacés par deux avions T6 Morane (Jaguar) qui nous survolaient.

Si Moussa nous demanda de nous préparer à faire face aux avions chasseurs, particulièrement aux tireurs de fusils mitrailleurs, Si Maamar et Si Benaicha munis de FM BAR américain, Si Tayeb disposait d’une mitrailleuse 30 américaine. Les avions chasseurs commencèrent à piquer sur nous, nous attaquant à la roquette - sur ordre de Si Moussa, en position debout, tête en l’air, les armes sur l’épaule nous tirions sur les deux avions qui tournaient au-dessus de nous, nous attaquant à la roquette ; nous étions bien couverts par les rochers. Les deux pilotes ont amorcé un grand virage pour charger de nouveau, Si Moussa a crié aux tireurs de pièces «Ah, vous, tirez! tirez!». Très rapidement, nos tireurs de pièces Si Maamar, Si Benaicha et Si Tayeb se sont levés ensemble, ils tiraient debout sur les avions chasseurs T6; surpris par nos tirs, les 2 pilotes n’ont pas eu le temps de réagir, ignorant que nous disposions d’armes lourdes, ce fut trop tard ; les avions ont été touchés; l’un a pris feu et est tombé dans la mer, tandis que l’autre, atteint également s’est écrasé plus loin. Notre joie était immense, abattre deux avions est très important malgré que nous soyons encerclés. Nous nous sommes exposés lors de nos tirs sur les avions; grâce à Dieu, leurs roquettes n’ont touché personne parmi nous. C’était un spectacle, les habitants des douars proche qui suivaient le cours des événements n’en croyaient pas leurs yeux après la destruction des deux avions.

Des encouragements, les youyous des «Allah Yansserkoum Ya El Moudjahidine» fusèrent. Nous avons donné une leçon de bravoure, de courage, de sacrifice et de foi à l’armée française qui était réduite à regarder le spectacle dans le ciel.
La seule solution pour l’ennemi était de faire appel à d’autres avions ; pendant ce temps-là, il y avait un calme absolu, un silence total malgré la présence de milliers de soldats français autour de nous, nous étions les plus forts car notre combat est juste, c’est grâce à la bénédiction de Dieu le Tout-Puissant et notre foi en Lui. Effectivement, quelques minutes après quatre avions chasseurs Morane T6 arrivaient pour nous attaquer de face. Si Moussa nous demanda de nous préparer, de bien nous abriter dans les rochers. Les quatre avions nous survolaient, l’un de face, l’autre de dos, le 3e à gauche et le 4e à droite, ils tournaient au-dessus de nos têtes, il nous était difficile de faire face. Ils tiraient, lançaient des roquettes avec acharnement sans trop s’exposer aux tirs de Si Maamar et Si Benaïcha. C’était infernal, Si Moussa cherchait une solution pour éviter un déluge de feu par un éventuel repli. Le temps était brumeux, nous étions près du littoral, seul un changement de temps pouvait nous sauver. Dans nos esprit, dans nos coeurs, on priait Dieu de faire quelque chose pour être à l’abri de l’aviation. Quelques minutes plus tard, la montagne était enveloppée par un brouillard épais comme un tapis qui nous a séparé de l’aviation, Dieu le Tout-Puissant a exaucé nos prières, c’est un miracle d’Allah. Si Moussa nous ordonna de décrocher en vitesse, de nous replier en arrière et de suivre le flanc de la montagne.

Il était midi, il faisait un peu sombre, nous étions satisfaits de ce combat livré aux soldats français. Subitement, je ne sais comment, j’ai glissé pour tomber dans le ravin; dans ma chute je me suis accroché à une branche d’arbre et j’ai vu passer le moudjahid Brakni Braham à qui j’ai fait appel pour me tirer de là. Il s’est penché pour m’aider lorsque juste par malheur, le brouillard s’est dissipé. Le pilote d’un T6 nous a repérés, il nous poursuivait. Brakni Braham est allé s’abriter en me criant: «Si Cherif, lâche-toi.» Je lui répondis que mon point de chute est profond; il m’a répondu qu’il est préférable de sauter.

Effectivement, le pilote venait sur moi; j’ai lâché la branche et pensais que j’aurais les jambes fracturées après avoir sauté d’une telle hauteur, grâce à Dieu il n’en fut rien, des roquettes éclataient en haut à l’endroit où j’étais. J’ai couru pour rejoindre mes compagnons. Nous étions en danger dans l’oued, poursuivis par les quatre avions T6 nous attaquant. On courait en zigzaguant d’un côté à un autre, les pilotes nous tiraient dessus. On continuait notre course, on avait soif pendant ce mois de Sidna Ramadhane, on avait bu quelques gorgées d’eau de l’oued, quelques compagnons n’ont pas voulu rompre le jeûne. Les soldats français, appuyés par l’aviation nous poursuivaient toujours, nous ripostons par nos tirs, soudain, notre frère l’Istiklal tomba, touché par une roquette au ventre, il était grièvement blessé, on ne put le porter. Nous aurions souhaité le secourir, mais les circonstances ne le permettaient pas.

L’Istiklal conscient, nous disait: «Je vous disais hier que je vous quitterais, je serais fi Djenat El Ferdousse avant vous». Il était heureux, rayonnant de joie. Il continuait à parler, nous disant: «Prenez mon arme, transmettez mon salut à mes compagnons et si un jour vous êtes de passage au douar Mira ; dans la région de Theniet El Had passez le bonjour à ma famille, embrassez ma fille et maintenant, laissez-moi mourir.» N’ayant pas le choix, l’ennemi derrière nous, nous l’avons déposé dans un endroit camouflé. Les dernières paroles du Chahid furent: «Pressez-vous de partir, vite, vite, partez ;adieu ne vous en faites pas pour moi ; je vous disais que je vous devancerai au Paradis.» En principe, on ne laisse jamais nos martyrs sur le terrain. On les enterraient dans un endroit discret, ce fut la première fois que cela nous arrivait ; on n’avait pas le temps. Les larmes aux yeux, nous avons fait nos adieux au brave et courageux Si l’Istiklal Benmira Tayeb.

Après ce moment de forte émotion, nous avons repris notre course pour rejoindre nos compagnons. Aux environs de 16 heures Si Moussa nous ordonna de sortir de l’oued pour prendre position en un endroit stratégique et faire face à l’aviation, aux soldats français qui étaient derrière nous. Avant de nous installer et placer nos pièces mitrailleuses, les 4 pilotes des avions T6 ont refusé le combat.

Ils avaient flairé le danger : on pouvait les abattre. Les soldats français également ont rebroussé chemin car la nuit commençait à tomber. Les habitants qui ont suivi le déroulement de notre combat ont applaudi en voyant la fuite de l’aviation. La bataille de Sidi Mohand Akiouche qui était à notre avantage avait duré du matin au soir. Nous nous sommes dirigés vers un douar proche où le peuple nous a préparé les refuges. Nous avons été accueillis chaleureusement par la population qui a suivi cette bataille en direct.


Miracles de Dieu

Une heure après Si Moussa a désigné trois moudjahidine pour aller ramener le corps de Si l’Istikial dans l’oued. En cours de route ils ont rencontré des civils. Ces derniers ont informé nos moudjahidine que les soldats français, à notre poursuite, ont découvert l’1stiklal. Un lieutenant français s’adressant à lui, «on t’a eu sale fellaga». L’Istiklal a eu le courage, la force de se lever à genoux et s’était permis de cracher sur le lieutenant. Ce dernier l’acheva de trois balles. Après le départ des Français, les civils l’ont enterré. Allah Yarham Echouhadas.
En cette journée du vendredi du 27e jour éblouissant de Sidna Ramadan, Leilet El Kadr, nous avons triomphé dans la grande bataille de Sidi Mohand Aklouche malgré le nombre impressionnant de soldats français, l’armée française n’a pu venir à bout de notre résistance, de notre volonté de fer. Notre arme est la foi en Dieu. A un certain moment nous étions dans une situation désespérée, alarmante. Dieu a exaucé nos prières, il ne nous a pas abandonné mouadjizat El Illah «les miracles de Dieu». L’ennemi, comme à son habitude pensait avoir affaire à des moussebiline sans armes automatiques. Il a remarqué qu’il a eu affaire à des moudjahidine équipés d’un armement moderne qui ont repoussé ses deux tentatives d’invasion laissant plusieurs morts et blessés sur le terrain ainsi que la destruction de deux (02) avions de chasse T6. Il a constaté aussi qu’il avait affaire au commando du chahid Si Zoubir. Les armes lourdes, automatiques de notre commando ont été récupérées lors de l’embuscade de Beni Menacer (Tizi-Franco) le 09 janvier 1957:
· Une mitrailleuse type Américain 1217
· Une mitrailleuse type Américain 30
· Deux fusils mitrailleurs type FM BAR
· Plusieurs fusils type Garand
· Des carabines US Américain, des mitraillettes MAT 49, des pistolets, des caisses de munitions et grenades.

L’armée française savait que notre commando était redoutable dans toute la région ; il est sorti plusieurs fois victorieux comme dans la grande bataille de Tamezguida dans les montagnes de Chréa (Blida) contre le commando noir du colonel Bigeard le 22 mars 1957, où on avait abattu plusieurs soldats français dont le lieutenant Guillaume fils du général Guillaume.

Dans cette bataille de Sidi Mohand Aklouche l’ennemi a subi de grandes pertes, elles s’élèvent à plus de 64 morts et à des centaines de blessés, 2 avions de chasses T6 Morane (Jaguar) abattus. Quant à nous, les moudjahidine nous déplorons un mort, le chahid Si l’Istiklal Benmira Tayeb et deux blessés. C’était une cuisante défaite infligée aux soldats français, à ses valets, aux infidèles harkis et aux goumiers.

MADELIOS
01/11/2003, 21h40
Rendons hommage à nos glorieux martyres, en ce glorieux jour, qui ont mené une glorieuse révolution, où la liberté de notre pays a été arrachée. Grâce à ces glorieux martyres, nous sommes aujourd’hui des citoyens libres.
Gloire à nos martyres, gloire à l’Algérie avec toutes ses composantes

ben
01/11/2003, 22h57
Un géant s’en va



Il a côtoyé Che Guevara et Frantz Fanon. Il a été l’ami de Yasser Arafat et Abou Djihad. Il a comploté avec Fidel Castro et donné un coup de main à Neslon Mandela.

Il a discuté avec Abane Ramdane, Mohamed Boudiaf. Et, au-delà de tout, il a cette chance exceptionnelle qui permet à un homme de tutoyer l’histoire et de fréquenter les géants, après avoir eu «l’ultime honneur», celui d’avoir été le porte-parole de la révolution algérienne.

M’hamed Yazid est décidément un homme chanceux. Il est parti la veille d’un 1er novembre, en ce début du Ramadhan. Il est parti presque par effraction, car personne ne s’y attendait, après qu’il ait réussi à surmonter une difficile épreuve une année plutôt. Mais tout a une fin. Même la vie de M’hamed Yazid, qui ressemble plus à un roman d’aventures dont le héros

serait un fanatique de la liberté qu’un Algérien du vingtième siècle. Ce roman, Yazid l’a passé dans une opposition presque

systématique, même quand il était au pouvoir. Opposant radical à la colonisation, il s’est retrouvé centraliste par hasard et par amitié plutôt que par tempérament. Mais dès les premiers jours de novembre 1954, il était au FLN, avec lequel sa vie allait se confondre.

Membre du GPRA, la plus haute fonction dont puisse rêver un Algérien, il sera de tous les grands rendez-vous: Assemblée générale de l’ONU, qui en fait définitivement le communicateur algérien, négociations d’Evian et premiers pas pour bâtir un Etat algérien. Comment un ministre du GPRA se retrouve-t-il ambassadeur ? Seules les incohérences de l’Algérie peuvent en donner l’explication.

Toujours est-il qu’il se trouve à Beyrouth quand Yasser Arafat commence à recevoir les agréments des premiers ambassadeurs auprès de l’OLP. Et M’hamed Yazid sera naturellement le premier ambassadeur à se rendre dans un bunker de l’OLP pour présenter très solennellement ses lettres de créances au président Arafat. Un journaliste américain, Jonathan Randal, capturé dans des conditions douteuses par un commando palestinien au Liban, raconte ce qu’était Yazid. Le journaliste se sait condamné. Il cherche désespérément une sortie. Il finit par dire au chef du commando: «Je connais M’hamed Yazid». Immédiatement, les choses changent.

Le commando se rend au domicile de Yazid, vers trois heures du matin. Il les accueille, leur raconte une blague et le journaliste retrouve la liberté.

Yazid est déjà une sommité au niveau international. Il reste assez peu connu au plan interne. C’est que c’est un civil qui sert la liberté des pauvres, mais se trouve en porte-à-faux par rapport aux régimes en place. Le malaise est là. Il durera longtemps. Jusqu’à octobre 1988, quand M’hamed Yazid s’adresse durement aux barons du FLN. «Vos fils sont-ils au parti ?», leur demande-t-il au cours d’une conférence célèbre. La réponse est négative. «C’est la preuve de votre échec», accuse-t-il tranchant.

Il quitte le comité central et veut se consacrer à une autre tâche, celle de mener une réflexion d’envergure sur l’avenir du pays. Il veut lier les institutions et l’université, établir des ponts entre différentes structures, dont les services de sécurité et l’armée, d’une part, et le monde des idées, d’autre part. Il tente l’expérience à la tête de l’Institut d’études stratégiques, auquel il donne une certaine audience. Mais les vents sont contraires. L’Algérie s’installe dans la violence. La lutte antiterroriste étouffe le reste, notamment les appels pour le respect des droits de l’Homme et la citoyenneté. M’hamed Yazid s’engage dans ce combat, mène campagne lors des présidentielles de 1999. Et alors que la résignation s’installe face à ce nouveau coup du pouvoir, Yazid repart à l’assaut.

Il annonce la création de la Maison des Libertés. Il lui consacre une partie de sa maison, tient à la financer de son propre argent et annonce publiquement la provenance de ses fonds. Un année après, il attend toujours l’agrément de la Maison des Libertés. Ouyahia, qui s’est rendu à l’enterrement de Yazid, l’a oublié. M’hamed Yazid ne sera pas de la prochaine bataille, celle des présidentielles. Mais il a déjà gagné une autre bataille, celle de la dignité. Il a pris soin de demander à ses proches de l’enterrer à Blida, dans un cimetière discret, après un dernier passage à la maison familiale. Une manière de se rappeler, par-delà la tombe, à ceux qu’il appelait les «usurpateurs», ceux qui ont squatté ce qui ne leur appartient pas, qu’il s’agisse de l’histoire, du pouvoir ou des honneurs.

cherchemidi
02/11/2003, 08h49
-extrait d'un articke du Matin de ce jour :

" UN PREMIER NOVEMBRE DANS LA RÉPRESSION" ( titre)

" La célébration du 1er Novembre 1954 intervient, cette année, dans un contexte de grogne généralisée, mais aussi de répression tous azimuts. 49 ans après le déclenchement de la révolution armée contre l'oppresseur français, le peuple algérien continue de goûter la répression de la matraque. La différence : celle-ci n'est plus le fait du colonialisme mais de ses propres
dirigeants...."

-on fête Halloween comme on peut !

-pour une fois , le" colonialisme" n'est pas rendu responsable de la situation ( qu'en pense le forumiste qui estime que , depuis 62 , c'est la France qui gouverne l'Algérie ? )

-en somme ça se passe en famille et " on n'est jamais mieux servi que par soi-même" !

tartuffe
02/11/2003, 18h15
UN OFFICIER DE LA WILAYA IV TEMOIGNE -un berbère debout-
LA BATAILLE DE SIDI MOHAND AKLOUCHE DAIRA DE CHERCHELL, 26 AVRIL 1957


J’apporte mon témoignage de ma participation en tant que maquisard à un accrochage de l’ALN (Armée de libération nationale) avec l’armée française au douar Si Mohaned Aklouche dans la daïra de Cherchell, région III, Zone II de la Wilaya IV. Notre commando qui portait le nom de notre valeureux chahid Si Zoubir - de son vrai nom Tayeb Souleimane - qui a été tué le 22 février 1957 au douar Sebaghnia dans la région de Blida lors d’une opération héliportée de parachutes où 27 lycéens dont une jeune fille ont trouvé la mort.

Notre commando est composé du 36 moudjahidine dont l’âge varie entre 17 et 27 ans. Chacun de nous avait fait ses preuves de courage dans une mission de fidayines. Notre chef Si Moussa - de son vrai nom Kelouaz Si Moussa, son adjoint Si Ahmed Khelassi et Chamouni Abdelkader, tous 3 originaires d’Aïn Defla et déserteurs de l’armée française lors de la guerre d’Indochine. Parmi nos compagnons 3 ou 4 ont fait leur service militaire ; tels Brakni Si Braham, Maâmar Si Maâmar de Oued-Djer ; ils nous avaient beaucoup servis avec leur instruction militaire et leur connaissance des armes.

Le mercredi, 24 avril 1957, nous étions sur la route de Cherchell qui mène vers les montagnes du Zaccar. Durant cette journée l’ennemi ne s’est pas manifesté à part l’aviation qui survolait la région. En fin d’après-midi, nous avons regagné nos refuges au douar Hayouna, dans la daïra de Cherchell.

Un agent de liaison apporta une lettre de notre capitaine Si Slimane que Si Moussa m’avait donnée à lire. Elle faisait état des interventions fréquentes (presque tous les jours) des parachutistes au douar Sidi Mohand Aklouche pour terroriser les habitants. Il nous demandait de les attaquer et de mettre fin à leurs agissements néfastes.

Après un repos de quelques heures au douar Hayouna, nous sommes partis en direction de Sidi Mohand Aklouche. Il nous a fallu 7 heures de marche pour arriver au douar. Il faisait froid le vent était glacial, il était 3h. Si Moussa a choisi un emplacement pour une éventuelle embuscade, malheureusement l’ennemi ne s’est pas manifesté. Nous sommes sortis de la forêt vers 16 heures pour aller au douar voisin. Les habitants étaient étonnés de nous voir, ils se demandaient d’où nous sortions. Ils nous ont accueillis chaleureusement en se pressant de nous préparer les refuges pour nous permettre de nous reposer.
Le jeudi 25 avril 1957, c’était la veille du 27e jour de Sidna Ramdhane «Leilat El Kadr», le moudjahid Si Abderahmane Sahnoun d’El-Biar - l’infirmier de notre commando - nous avait promis de nous préparer une bonne zalabia dont il détient la recette de sa mère. En attendant el maghreb, nous nous sommes baignés dans les eaux limpides de l’oued, nous étions heureux comme des enfants, jouant avec l’eau, donnant des coups sur le dos de notre compagnon Si Listiklal qui nous dit : «Faites ce que vous voulez, demain Inchallah, je sens que je vais vous quitter, je vous devancerais au Paradis, je serais chahid Inchalah». Nous lui répondions que nous le serions avant lui, tout en continuant à le frapper.
Après la rupture du jeûne «el-ftour», nous avons dégusté la succulente Zalabia préparée par Si Abderahmane. Nous avons chanté des hymnes patriotiques «Min DjibaIina-, Fidaou El Djazaïr, etc.». Après, nous avons fait notre prière en demandant à Dieu de nous faire sortir victorieux de la bataille de demain. Si Moussa nous demanda de nous reposer quelques heures pour être en forme, la journée de demain risque d’être dure.

Le vendredi 26 avril 1957, à 2h, nous sommes sortis silencieusement du refuge. Nous avons repris notre emplacement de la veille à quelques centaines de mètres du douar Sidi Mohand Aklouche. Il faisait toujours froid, nous n’étions pas loin du littoral et de la route nationale reliant Cherchell à Gouraya. Le ronflement des moteurs nous parvenait vers 6 heures du matin, mais on ne pouvait pas le situer. Entre le douar et l’endroit où nous sommes embusqués, il y avait une clairière et un champ de blé et tout à coup nous avons aperçu des soldats français. Les uns encerclaient le douar, les autres, en formation de combat avançaient vers nous. Nous avions compris que nous avions été trahis, c’est normal, car nous sommes restés trop ongtemps dans le secteur, alors que d’habitude nous ne restons pas plus d’une journée au maximum.

Notre plan d’attaque n’était plus valable, il fallait changer de tactique. Le soleil se levait à l’horizon, nous ne pouvions leur faire face. Si Moussa nous ordonna un repli rapide. Tous au fond de nos coeurs nous voulions combattre, nous avions l’avantage d’être dans la forêt, l’ennemi se trouvait à découvert.
Si Moussa voulait surtout gagner du temps, trouver une autre position stratégique. Une distance de 50 à 60 mètres nous séparait de l’ennemi qui avançait toujours. Nous entendions l’ordre de leur commandant qui hurlait «Avancez, avancez et tirez à volonté».
Ils commencèrent à tirer sur nous. Nous étions un peu inquiets, car nous avons reçu l’ordre de ne pas répondre.
Si Moussa nous ordonna le repli vers l’arrière, l’ennemi continuait à tirer, heureusement que nous étions dans la forêt, les arbres nous protégeaient des balles.
Le commandant français continuait à donner des ordres à ses soldats «Avancez, avancez, tirez».

Pour freiner leur élan, le moudjahid Si Mahmoud Enemri, de Hammam-Melouane, tira sur eux quelques rafales de sa mitraillette Thomson américaine pour les bloquer. Notre repli consistait à occuper la crête élevée d’une montagne, pour cela nous devions traverser un terrain découvert de quelques dizaine de mètres.
En face, l’ennemi avait placé un fusil mitrailleur pour nous empêcher d’accéder à ce point stratégique qu’est la crête, que lui aussi convoitait. Pour nous couvrir, Si Moussa avait pris position derrière un rocher, il tirait en direction du fusil mitrailleur pour le neutraliser en nous disant «vite, vite, la crête». On devait passer un par un, couverts par les tirs de la carabine US. de Si Moussa. A notre droite se trouvaient les paras qui couraient pour prendre la crête. Le moudjahid Si Tahar avait atteint le sommet de la crête le premier, il avait pris position, tirait sur les paras avec son fusil garant pour les stopper, Si Tahar en tirant, criant : «Allahou Akbar» sur les paras et nous faisait des appels «avancez, mes frères, avancez». Nous sommes tous passés sans aucune perte humaine, nous avons devancé les paras en prenant le sommet de la montagne.
Sur cette crête de la montagne, il y avait 3 pitons distants d’environ 10 mètres. Nous étions 3 groupes de 11 moudjahidine. Si Moussa plaça un groupe à chaque piton.

Nous nous sommes installés avec beaucoup de calme, nous étions prêts à faire face à l’ennemi. Notre position dominait tout le terrain, on pouvait voir tous les déplacements des soldats français. Il y avait le 29e bataillon de tirailleurs qui avait sa base à Fontaine du Génie, actuellement Hadjrat-Ennous, à droite les soldats martiniquais et sénégalais à gauche les parachutistes. Nous étions heureux tout en observant les mouvements de l’ennemi qui se préparait à nous attaquer.

Il était 8h, c’est trop tôt pour nous, le temps n’était pas à notre avantage. Nous aurions souhaité que ce soit l’après-midi pour pouvoir nous replier avec l’approche de la nuit. Nous étions joyeux, Dieu nous a donné cette occasion, cette journée du vendredi pour combattre et mourir en ce 27e jour de Sidna Ramdhane. Nous chantions Min Djibalina, en faisant nos adieux, en souhaitant la mort, nous donnant rendez-vous au Paradis. Notre frère Istiklal qui nous disait qu’il serait le premier au Paradis était plus joyeux que nous. Nous lui avons donné le surnom Istiklal, lors d’une discussion sur l’avenir de notre pays. Notre compagnon Istiklal - de son vrai nom Benmira Tayeb - ne comprenait pas le sens du mot L’Istiklal (l’indépendance). Il nous a demandé de lui expliquer le sens de ce nom. On lui avait dit: «Quand on chassera le colonialisme français et son armée, l’Algérie retrouvera son Indépendance.» Si Tayeb ne comprenait pas, il disait: «Moi je combats pour mourir en tant que moudjahid fi sabil Allah», et c’est à partir de ce jour que nous l’avons surnommé Si «1’Istiklal».

Une partie des soldats français se trouvant à notre droite, a reçu l’ordre d’avancer pour nous attaquer. Si Moussa ordonna au chef de groupe Si Larbi d’El Attaf, de descendre sur un talus en contrebas à une dizaine de mètres de notre position, lui demandant de laisser approcher l’ennemi le plus près possible pour tirer et de ne pas faire l’assaut (el houdjoum) lui ordonnant le repli à la position initiale après les tirs sur la première vague de soldats martiniquais et sénégalais.
L’ennemi ne s’est pas aperçu du changement de position du groupe de Si Larbi qui avançait toujours, il fut reçu par un feu nourri, des dizaines de soldats furent tués et les blessés étaient tirés par le col ou les pieds par leurs camarades. Un Martiniquais blessé, rampait affolé, tirait avec son fusil mitrailleur. Surpris et pris de panique, les soldats pensaient que les moudjahidine allaient donner l’assaut pour récupérer l’armement comme d’habitude. Après cette attaque, notre groupe a repris sa place sur la crête.



Fusils contre avions
Le silence était total, les soldats français ne bougèrent plus cherchant la solution pour pouvoir nous déloger. Ils avaient sous-estimé notre force de frappe et notre volonté, croyant avoir affaire à des moussebiline armés de fusils de chasse alors qu’ils furent reçus par des armes automatiques. L’ennemi avait changé de tactique après ce revers. Pendant ce temps-là, nous étions tout heureux de notre avantage, nous étions décidés à combattre jusqu’à notre dernière goutte de sang.

A notre gauche, des centaines de soldats nous faisaient des signes en criant: «Nous sommes des soldats algériens musulmans, nous voulons nous joindre à vous, pour combattre avec vous les militaires français.» C’étaient des harkis. Si Moussa a répondu «avancez, si vous avez de bonnes intentions et la volonté d’être avec nous, nous ne tirerons pas». Si Moussa avait flairé la ruse des harkis, il nous ordonna d’ouvrir le feu sur les traîtres sans faire usage des armes lourdes (les mitrailleuses) pour ne pas dévoiler à l’ennemi nos capacités. Au signal de Si Moussa, nous avons ouvert le feu. Les tirs ont été spontanés par trois groupes, il a duré quelques minutes. Les harkis surpris ont été foudroyés; ils se sont sauvés laissant leurs morts et blessés sur le terrain. C’est ce que mérite les traîtres à la Nation algérienne.

De nouveau le silence, l’ennemi avait évalué notre force, a su qu’il avait affaire à un commando, mais n’arrivait pas à nous situer. Il cherchait par quel moyen nous déloger de cette montagne. Ses deux tentatives n’ont pas réussi. Les soldats sénégalais et martiniquais qui étaient à notre droite ont été repoussés par le groupe de Si Larbi. L’autre tentative des harkis qui voulaient nous avoir par la ruse, notre haine à leur infidélité a été sans pitié, nos tirs étaient précis ; je les voyais sauter, faire des bonds puis retomber morts. Ce fut une grande satisfaction pour nous.

L’ennemi avait installé son P.C. un peu plus loin, par radio, il a fait appel à l’aviation. Pendant quelques minutes deux avions bombardiers type B26 survolaient la zone de combats sans pouvoir larguer leurs bombes sur nous au risque de toucher leurs soldats qui étaient proche de notre commando, ils ne pouvaient aussi voler à basse altitude à cause de la mauvaise visibilité, de la hauteur élevée de la montagne et du risque d’être abattus par nos tirs. Les avions B26 inopérants étaient repartis ont été remplacés par deux avions T6 Morane (Jaguar) qui nous survolaient.

Si Moussa nous demanda de nous préparer à faire face aux avions chasseurs, particulièrement aux tireurs de fusils mitrailleurs, Si Maamar et Si Benaicha munis de FM BAR américain, Si Tayeb disposait d’une mitrailleuse 30 américaine. Les avions chasseurs commencèrent à piquer sur nous, nous attaquant à la roquette - sur ordre de Si Moussa, en position debout, tête en l’air, les armes sur l’épaule nous tirions sur les deux avions qui tournaient au-dessus de nous, nous attaquant à la roquette ; nous étions bien couverts par les rochers. Les deux pilotes ont amorcé un grand virage pour charger de nouveau, Si Moussa a crié aux tireurs de pièces «Ah, vous, tirez! tirez!». Très rapidement, nos tireurs de pièces Si Maamar, Si Benaicha et Si Tayeb se sont levés ensemble, ils tiraient debout sur les avions chasseurs T6; surpris par nos tirs, les 2 pilotes n’ont pas eu le temps de réagir, ignorant que nous disposions d’armes lourdes, ce fut trop tard ; les avions ont été touchés; l’un a pris feu et est tombé dans la mer, tandis que l’autre, atteint également s’est écrasé plus loin. Notre joie était immense, abattre deux avions est très important malgré que nous soyons encerclés. Nous nous sommes exposés lors de nos tirs sur les avions; grâce à Dieu, leurs roquettes n’ont touché personne parmi nous. C’était un spectacle, les habitants des douars proche qui suivaient le cours des événements n’en croyaient pas leurs yeux après la destruction des deux avions.

Des encouragements, les youyous des «Allah Yansserkoum Ya El Moudjahidine» fusèrent. Nous avons donné une leçon de bravoure, de courage, de sacrifice et de foi à l’armée française qui était réduite à regarder le spectacle dans le ciel.
La seule solution pour l’ennemi était de faire appel à d’autres avions ; pendant ce temps-là, il y avait un calme absolu, un silence total malgré la présence de milliers de soldats français autour de nous, nous étions les plus forts car notre combat est juste, c’est grâce à la bénédiction de Dieu le Tout-Puissant et notre foi en Lui. Effectivement, quelques minutes après quatre avions chasseurs Morane T6 arrivaient pour nous attaquer de face. Si Moussa nous demanda de nous préparer, de bien nous abriter dans les rochers. Les quatre avions nous survolaient, l’un de face, l’autre de dos, le 3e à gauche et le 4e à droite, ils tournaient au-dessus de nos têtes, il nous était difficile de faire face. Ils tiraient, lançaient des roquettes avec acharnement sans trop s’exposer aux tirs de Si Maamar et Si Benaïcha. C’était infernal, Si Moussa cherchait une solution pour éviter un déluge de feu par un éventuel repli. Le temps était brumeux, nous étions près du littoral, seul un changement de temps pouvait nous sauver. Dans nos esprit, dans nos coeurs, on priait Dieu de faire quelque chose pour être à l’abri de l’aviation. Quelques minutes plus tard, la montagne était enveloppée par un brouillard épais comme un tapis qui nous a séparé de l’aviation, Dieu le Tout-Puissant a exaucé nos prières, c’est un miracle d’Allah. Si Moussa nous ordonna de décrocher en vitesse, de nous replier en arrière et de suivre le flanc de la montagne.

Il était midi, il faisait un peu sombre, nous étions satisfaits de ce combat livré aux soldats français. Subitement, je ne sais comment, j’ai glissé pour tomber dans le ravin; dans ma chute je me suis accroché à une branche d’arbre et j’ai vu passer le moudjahid Brakni Braham à qui j’ai fait appel pour me tirer de là. Il s’est penché pour m’aider lorsque juste par malheur, le brouillard s’est dissipé. Le pilote d’un T6 nous a repérés, il nous poursuivait. Brakni Braham est allé s’abriter en me criant: «Si Cherif, lâche-toi.» Je lui répondis que mon point de chute est profond; il m’a répondu qu’il est préférable de sauter.

Effectivement, le pilote venait sur moi; j’ai lâché la branche et pensais que j’aurais les jambes fracturées après avoir sauté d’une telle hauteur, grâce à Dieu il n’en fut rien, des roquettes éclataient en haut à l’endroit où j’étais. J’ai couru pour rejoindre mes compagnons. Nous étions en danger dans l’oued, poursuivis par les quatre avions T6 nous attaquant. On courait en zigzaguant d’un côté à un autre, les pilotes nous tiraient dessus. On continuait notre course, on avait soif pendant ce mois de Sidna Ramadhane, on avait bu quelques gorgées d’eau de l’oued, quelques compagnons n’ont pas voulu rompre le jeûne. Les soldats français, appuyés par l’aviation nous poursuivaient toujours, nous ripostons par nos tirs, soudain, notre frère l’Istiklal tomba, touché par une roquette au ventre, il était grièvement blessé, on ne put le porter. Nous aurions souhaité le secourir, mais les circonstances ne le permettaient pas.

L’Istiklal conscient, nous disait: «Je vous disais hier que je vous quitterais, je serais fi Djenat El Ferdousse avant vous». Il était heureux, rayonnant de joie. Il continuait à parler, nous disant: «Prenez mon arme, transmettez mon salut à mes compagnons et si un jour vous êtes de passage au douar Mira ; dans la région de Theniet El Had passez le bonjour à ma famille, embrassez ma fille et maintenant, laissez-moi mourir.» N’ayant pas le choix, l’ennemi derrière nous, nous l’avons déposé dans un endroit camouflé. Les dernières paroles du Chahid furent: «Pressez-vous de partir, vite, vite, partez ;adieu ne vous en faites pas pour moi ; je vous disais que je vous devancerai au Paradis.» En principe, on ne laisse jamais nos martyrs sur le terrain. On les enterraient dans un endroit discret, ce fut la première fois que cela nous arrivait ; on n’avait pas le temps. Les larmes aux yeux, nous avons fait nos adieux au brave et courageux Si l’Istiklal Benmira Tayeb.

Après ce moment de forte émotion, nous avons repris notre course pour rejoindre nos compagnons. Aux environs de 16 heures Si Moussa nous ordonna de sortir de l’oued pour prendre position en un endroit stratégique et faire face à l’aviation, aux soldats français qui étaient derrière nous. Avant de nous installer et placer nos pièces mitrailleuses, les 4 pilotes des avions T6 ont refusé le combat.

Ils avaient flairé le danger : on pouvait les abattre. Les soldats français également ont rebroussé chemin car la nuit commençait à tomber. Les habitants qui ont suivi le déroulement de notre combat ont applaudi en voyant la fuite de l’aviation. La bataille de Sidi Mohand Akiouche qui était à notre avantage avait duré du matin au soir. Nous nous sommes dirigés vers un douar proche où le peuple nous a préparé les refuges. Nous avons été accueillis chaleureusement par la population qui a suivi cette bataille en direct.


Miracles de Dieu

Une heure après Si Moussa a désigné trois moudjahidine pour aller ramener le corps de Si l’Istikial dans l’oued. En cours de route ils ont rencontré des civils. Ces derniers ont informé nos moudjahidine que les soldats français, à notre poursuite, ont découvert l’1stiklal. Un lieutenant français s’adressant à lui, «on t’a eu sale fellaga». L’Istiklal a eu le courage, la force de se lever à genoux et s’était permis de cracher sur le lieutenant. Ce dernier l’acheva de trois balles. Après le départ des Français, les civils l’ont enterré. Allah Yarham Echouhadas.
En cette journée du vendredi du 27e jour éblouissant de Sidna Ramadan, Leilet El Kadr, nous avons triomphé dans la grande bataille de Sidi Mohand Aklouche malgré le nombre impressionnant de soldats français, l’armée française n’a pu venir à bout de notre résistance, de notre volonté de fer. Notre arme est la foi en Dieu. A un certain moment nous étions dans une situation désespérée, alarmante. Dieu a exaucé nos prières, il ne nous a pas abandonné mouadjizat El Illah «les miracles de Dieu». L’ennemi, comme à son habitude pensait avoir affaire à des moussebiline sans armes automatiques. Il a remarqué qu’il a eu affaire à des moudjahidine équipés d’un armement moderne qui ont repoussé ses deux tentatives d’invasion laissant plusieurs morts et blessés sur le terrain ainsi que la destruction de deux (02) avions de chasse T6. Il a constaté aussi qu’il avait affaire au commando du chahid Si Zoubir. Les armes lourdes, automatiques de notre commando ont été récupérées lors de l’embuscade de Beni Menacer (Tizi-Franco) le 09 janvier 1957:
· Une mitrailleuse type Américain 1217
· Une mitrailleuse type Américain 30
· Deux fusils mitrailleurs type FM BAR
· Plusieurs fusils type Garand
· Des carabines US Américain, des mitraillettes MAT 49, des pistolets, des caisses de munitions et grenades.

L’armée française savait que notre commando était redoutable dans toute la région ; il est sorti plusieurs fois victorieux comme dans la grande bataille de Tamezguida dans les montagnes de Chréa (Blida) contre le commando noir du colonel Bigeard le 22 mars 1957, où on avait abattu plusieurs soldats français dont le lieutenant Guillaume fils du général Guillaume.

Dans cette bataille de Sidi Mohand Aklouche l’ennemi a subi de grandes pertes, elles s’élèvent à plus de 64 morts et à des centaines de blessés, 2 avions de chasses T6 Morane (Jaguar) abattus. Quant à nous, les moudjahidine nous déplorons un mort, le chahid Si l’Istiklal Benmira Tayeb et deux blessés. C’était une cuisante défaite infligée aux soldats français, à ses valets, aux infidèles harkis et aux goumiers.


Sésame ouvre toi !! )-(:-)

J’ose espérer que tu ne crois pas un mot de ton copier coller…. Que pareille connerie ne peut être que le fruit d’un désaxer….3 groupes de 11.. tenir tête a plusieurs milliers de soldats appuyés par l’aviation…
ton copain aurait pu écrire l'histoire d'Ali Baba et les 40 voleurs
C’est un bouffon ! :D :D :D

tartuffe
02/11/2003, 18h38
-extrait d'un articke du Matin de ce jour :

" UN PREMIER NOVEMBRE DANS LA RÉPRESSION" ( titre)

" La célébration du 1er Novembre 1954 intervient, cette année, dans un contexte de grogne généralisée, mais aussi de répression tous azimuts. 49 ans après le déclenchement de la révolution armée contre l'oppresseur français, le peuple algérien continue de goûter la répression de la matraque. La différence : celle-ci n'est plus le fait du colonialisme mais de ses propres
dirigeants...."

-on fête Halloween comme on peut !

-pour une fois , le" colonialisme" n'est pas rendu responsable de la situation ( qu'en pense le forumiste qui estime que , depuis 62 , c'est la France qui gouverne l'Algérie ? )

-en somme ça se passe en famille et " on n'est jamais mieux servi que par soi-même" !


Non cherche… comme a l’habitude….

La glorieuse toussaint… un haut fait d’armes :bang:
Sur une route loin de tous risques, près d’Arris dans les Aurès … une douzaine de ‘’combattants ‘’ on massacré un pauvre instituteur… blessé son épouse.. Attitude de voyous pas de soldats… (:-) >
alors que dire des 33 autres qui tinrent plusieurs milliers de militaires Français, et mirent en déroute l’aviation… a rire, si c’était pas triste a pleurer ! ;o)

Les mêmes... leurs fils aujourd'hui perpétuent le courage des anciens, égorgent la nuit tombée des pauvres hères sans défense )-(:-) :applause:

ben
02/11/2003, 18h40
Sésame ouvre toi !! )-(:-)

J’ose espérer que tu ne crois pas un mot de ton copier coller…. Que pareille connerie ne peut être que le fruit d’un désaxer….3 groupes de 11.. tenir tête a plusieurs milliers de soldats appuyés par l’aviation…
ton copain aurait pu écrire l'histoire d'Ali Baba et les 40 voleurs
C’est un bouffon ! :D :D :D


On voir bien que tu n'as pas crapahuté du côté du Mt-Chenoua... Tu ne dois pas confondre les kabyles avec les chanouayens. Le gars dit bien que Dieu était présent: '' Dieu le Tout-Puissant a exaucé nos prières, c’est un miracle d’Allah''...''c’est grâce à la bénédiction de Dieu le Tout-Puissant et notre foi en Lui''. Miracles de Dieu! Et puis il y avait les yousyous des fatma...

Pas seulement l'aviation, mais il y avait des milliers de soldats francais. Il y avait le 29e bataillon de tirailleurs qui avait sa base à Fontaine du Génie, actuellement Hadjrat-Ennous, à droite les soldats martiniquais et sénégalais à gauche les parachutistes et aussi les Harkis et les goumiers.

«Allahou Akbar» (:-) >

tartuffe
02/11/2003, 22h13
On voir bien que tu n'as pas crapahuté du côté du Mt-Chenoua... Tu ne dois pas confondre les kabyles avec les chanouayens. Le gars dit bien que Dieu était présent: '' Dieu le Tout-Puissant a exaucé nos prières, c’est un miracle d’Allah''...''c’est grâce à la bénédiction de Dieu le Tout-Puissant et notre foi en Lui''. Miracles de Dieu! Et puis il y avait les yousyous des fatma...

Pas seulement l'aviation, mais il y avait des milliers de soldats francais. Il y avait le 29e bataillon de tirailleurs qui avait sa base à Fontaine du Génie, actuellement Hadjrat-Ennous, à droite les soldats martiniquais et sénégalais à gauche les parachutistes et aussi les Harkis et les goumiers.

«Allahou Akbar» (:-) >



le gars comme tu dis…. Ne devait pas être un bon muzz ! ;o)
Il avait sans doute fait violence a une bouteille de gnôle.. et fini par confondre son rêve et la réalité… :-0
Pas plus de miracle d’Allah que de beurre en broche, mais une forme de schizophrénie avancée, fréquemment installée chez ces grands ‘’guerriers’’ prolixes d’aventures improbables… de même tonneau que les bontés de leur improbable protecteur .. :viking:
Comme se plairait a dire Aghyul le grand : Allah est Kbar :applause:

aghiles
02/11/2003, 23h42
Rendons hommage à nos glorieux martyres, en ce glorieux jour, qui ont mené une glorieuse révolution, où la liberté de notre pays a été arrachée. Grâce à ces glorieux martyres, nous sommes aujourd’hui des citoyens libres.
Gloire à nos martyres, gloire à l’Algérie avec toutes ses composantes

je veux bien que l'on rende hommage aux martyres mais de g**** ne parle pas de gllorieuse revolution quand on sait comment celle-ci s'est terminée ! et quand on voit dans quelle ***** se trouve le pays !

sinon j'ai trouvé amusant ton histoire de citoyen libre, je pensais que 'etait un post de chipalo qui faisait du second degré, je me suis marré un peu et puis j'ai vu que c'etait toi ! et là je me suis marré encore parce que tu penses les conneries que tu ecris et c'est encore plus drole !!!!

la cerise sur le gateau c'est la derniere phrase ...... "avec toutes ses composantes" .... je trouve plus les mots.

ben
02/11/2003, 23h48
le gars comme tu dis…. Ne devait pas être un bon muzz ! ;o)
Il avait sans doute fait violence a une bouteille de gnôle.. et fini par confondre son rêve et la réalité… :-0
Pas plus de miracle d’Allah que de beurre en broche, mais une forme de schizophrénie avancée, fréquemment installée chez ces grands ‘’guerriers’’ prolixes d’aventures improbables… de même tonneau que les bontés de leur improbable protecteur .. :viking:
Comme se plairait a dire Aghyul le grand : Allah est Kbar :applause:


(:-) > Non de dieu

Dieu,
Descends sur terre et dis-leur,
Dis-leur à ceux qui te croient,
Dis-leur à ceux qui te voient,
Dis-leur à ceux qui te prient,
Dis-leur que tu leur as menti,
Dis-leur, bon dieu, dis-leur
Que tu n'existes pas...
:-0

ben
03/11/2003, 01h21
Toussaint, tout humain
_:^)

Kawkab a toujours été vieille. Même que je n’ai jamais connu vieille plus vieille, malgré l’éclat de ses petits yeux bleus qui avait dû inspirer à sa mère ce prénom d’astre. Kawkab pilait la viande à grands coups de pilon. Je la revois, le grand mortier de pierre entre les volants noirs de sa jupe retroussée, d’où émergeaient des jambes maigres étranglées par les élastiques qui retenaient ses bas. Elle soulevait la masse du pilon comme l’eut fait un homme, puis l’abattait lourdement sur la pâte sanguinolente en marmonnant des prières. Kawkab, un jour d’orage, retour de la cueillette des pommes, à cette époque de l’année où le ciel a ses vapeurs. La voiture valsait sur la piste savonneuse, au bord d’un précipice, et Kawakab implorait : « Ya Yussef Bey, Ya Yussef Bey !… » Et ma mère se demandait, le souffle haché par la terreur, quel miracle pouvait faire ce saint ignoré des papes et de la confrérie céleste. Mais Youssef Bey, c’était Youssef Bey. Un saint canonisé par la volonté du peuple pour avoir combattu les abus du mutassarrif ottoman et repoussé les armées turques, autant dire les sarrasins, à Bnachii. Et pour preuve de sa sainteté, son cadavre mal momifié n’en finit pas de se décomposer sous verre dans une niche de l’église de la place. Toujours est-il que nous avons franchi le méchant passage jusqu’à la route asphaltée avec plus de peur que de mal. À qui le mérite ?

Il y a toute sorte de saints. Des héros, des martyrs, des guerriers, des docteurs, des philosophes, des douloureux qui ont suinté leur vie durant les plaies du Christ et de la condition humaine. Autant qu’ils sont, de là où ils se trouvent, ils restent le recours pathétique des sans recours.

La béatification de Mère Teresa a ouvert une ère nouvelle à la sainteté, elle qui s’est donné pour mission de rendre leur humanité aux rebuts de l’humanité. Elle n’a pas demandé leur religion aux hommes, aux femmes, ni aux enfants à qui il lui fallait d’abord rendre un visage, une image à l’image du créateur. Une goutte d’eau dans l’Océan, c’était son combat pour que l’Océan n’ait pas soif. Elle a su mobiliser des troupes, assurer la pérennité de sa lutte, créer des vocations, amener des gens de toutes les obédiences à quitter leur confort pour toucher la vermine, le sida, la lèpre et la misère la plus noire, car ce ne sont malédictions ni bibliques, ni apocalyptiques, mais proprement humaines. Leur survenue est le symptôme du peu de cas que nous faisons les uns des autres.

Le monde laïc, républicain et obligatoire avait inventé ce vilain mot de « tolérance », qui vient de « tolérer, supporter », pour faire de l’acceptation d’autrui une valeur. Un « tolérant » est au pire un arrogant, au mieux un condescendant. La Toussaint, à l’heure globale, c’est une histoire de fusion, de solidarité, d’empathie et d’amour. C’est la fête de l’humain en nous qui réclame dignité.


:fantome:

ben
03/11/2003, 01h28
Toussaint, tout humain
_:^)

Kawkab a toujours été vieille. Même que je n’ai jamais connu vieille plus vieille, malgré l’éclat de ses petits yeux bleus qui avait dû inspirer à sa mère ce prénom d’astre. Kawkab pilait la viande à grands coups de pilon. Je la revois, le grand mortier de pierre entre les volants noirs de sa jupe retroussée, d’où émergeaient des jambes maigres étranglées par les élastiques qui retenaient ses bas. Elle soulevait la masse du pilon comme l’eut fait un homme, puis l’abattait lourdement sur la pâte sanguinolente en marmonnant des prières. Kawkab, un jour d’orage, retour de la cueillette des pommes, à cette époque de l’année où le ciel a ses vapeurs. La voiture valsait sur la piste savonneuse, au bord d’un précipice, et Kawakab implorait : « Ya Yussef Bey, Ya Yussef Bey !… » Et ma mère se demandait, le souffle haché par la terreur, quel miracle pouvait faire ce saint ignoré des papes et de la confrérie céleste. Mais Youssef Bey, c’était Youssef Bey. Un saint canonisé par la volonté du peuple pour avoir combattu les abus du mutassarrif ottoman et repoussé les armées turques, autant dire les sarrasins, à Bnachii. Et pour preuve de sa sainteté, son cadavre mal momifié n’en finit pas de se décomposer sous verre dans une niche de l’église de la place. Toujours est-il que nous avons franchi le méchant passage jusqu’à la route asphaltée avec plus de peur que de mal. À qui le mérite ?

Il y a toute sorte de saints. Des héros, des martyrs, des guerriers, des docteurs, des philosophes, des douloureux qui ont suinté leur vie durant les plaies du Christ et de la condition humaine. Autant qu’ils sont, de là où ils se trouvent, ils restent le recours pathétique des sans recours.

La béatification de Mère Teresa a ouvert une ère nouvelle à la sainteté, elle qui s’est donné pour mission de rendre leur humanité aux rebuts de l’humanité. Elle n’a pas demandé leur religion aux hommes, aux femmes, ni aux enfants à qui il lui fallait d’abord rendre un visage, une image à l’image du créateur. Une goutte d’eau dans l’Océan, c’était son combat pour que l’Océan n’ait pas soif. Elle a su mobiliser des troupes, assurer la pérennité de sa lutte, créer des vocations, amener des gens de toutes les obédiences à quitter leur confort pour toucher la vermine, le sida, la lèpre et la misère la plus noire, car ce ne sont malédictions ni bibliques, ni apocalyptiques, mais proprement humaines. Leur survenue est le symptôme du peu de cas que nous faisons les uns des autres.

Le monde laïc, républicain et obligatoire avait inventé ce vilain mot de « tolérance », qui vient de « tolérer, supporter », pour faire de l’acceptation d’autrui une valeur. Un « tolérant » est au pire un arrogant, au mieux un condescendant. La Toussaint, à l’heure globale, c’est une histoire de fusion, de solidarité, d’empathie et d’amour. C’est la fête de l’humain en nous qui réclame dignité.


:fantome:

tartuffe
03/11/2003, 13h58
Toussaint, tout humain
_:^)

Kawkab a toujours été vieille. Même que je n’ai jamais connu vieille plus vieille, malgré l’éclat de ses petits yeux bleus qui avait dû inspirer à sa mère ce prénom d’astre. Kawkab pilait la viande à grands coups de pilon. Je la revois, le grand mortier de pierre entre les volants noirs de sa jupe retroussée, d’où émergeaient des jambes maigres étranglées par les élastiques qui retenaient ses bas. Elle soulevait la masse du pilon comme l’eut fait un homme, puis l’abattait lourdement sur la pâte sanguinolente en marmonnant des prières. Kawkab, un jour d’orage, retour de la cueillette des pommes, à cette époque de l’année où le ciel a ses vapeurs. La voiture valsait sur la piste savonneuse, au bord d’un précipice, et Kawakab implorait : « Ya Yussef Bey, Ya Yussef Bey !… » Et ma mère se demandait, le souffle haché par la terreur, quel miracle pouvait faire ce saint ignoré des papes et de la confrérie céleste. Mais Youssef Bey, c’était Youssef Bey. Un saint canonisé par la volonté du peuple pour avoir combattu les abus du mutassarrif ottoman et repoussé les armées turques, autant dire les sarrasins, à Bnachii. Et pour preuve de sa sainteté, son cadavre mal momifié n’en finit pas de se décomposer sous verre dans une niche de l’église de la place. Toujours est-il que nous avons franchi le méchant passage jusqu’à la route asphaltée avec plus de peur que de mal. À qui le mérite ?

Il y a toute sorte de saints. Des héros, des martyrs, des guerriers, des docteurs, des philosophes, des douloureux qui ont suinté leur vie durant les plaies du Christ et de la condition humaine. Autant qu’ils sont, de là où ils se trouvent, ils restent le recours pathétique des sans recours.

La béatification de Mère Teresa a ouvert une ère nouvelle à la sainteté, elle qui s’est donné pour mission de rendre leur humanité aux rebuts de l’humanité. Elle n’a pas demandé leur religion aux hommes, aux femmes, ni aux enfants à qui il lui fallait d’abord rendre un visage, une image à l’image du créateur. Une goutte d’eau dans l’Océan, c’était son combat pour que l’Océan n’ait pas soif. Elle a su mobiliser des troupes, assurer la pérennité de sa lutte, créer des vocations, amener des gens de toutes les obédiences à quitter leur confort pour toucher la vermine, le sida, la lèpre et la misère la plus noire, car ce ne sont malédictions ni bibliques, ni apocalyptiques, mais proprement humaines. Leur survenue est le symptôme du peu de cas que nous faisons les uns des autres.

Le monde laïc, républicain et obligatoire avait inventé ce vilain mot de « tolérance », qui vient de « tolérer, supporter », pour faire de l’acceptation d’autrui une valeur. Un « tolérant » est au pire un arrogant, au mieux un condescendant. La Toussaint, à l’heure globale, c’est une histoire de fusion, de solidarité, d’empathie et d’amour. C’est la fête de l’humain en nous qui réclame dignité.


:fantome:



Ce qui est formidable avec toi Ben… c’est que tout fait ventre !
L’important est d’occuper la place.. j’aime mieux le fruit l’imaginaire.
Le copier coller dans le désordre n’apporte rien. Sinon, la confusion dans tes croyances ou engouements du moment