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Voir la version complète : Toi, à qui j’ai écrit ces mots….


Sacov
27/04/2002, 03h43
Comment te dire, par des mots, dépouillés de mes gestes, pour mimer ma pensée? Comment te crier cette hargne qui me dévore de te savoir vaincre le désespoir, le porter sur la lame de ton désir, sur… la larme de ton plaisir?…Comment cacher mon supplice à donner un corps à ton nom, un son à ton mot ….. Un éclat à ton rire?
Comment t’expliquer le poids de mes chaînes, de mes tares cachées derrière le rythme saccadé de mes hymnes?
Ne jouissant ni de la grandeur d’Apollon, ni de la gloire de Crésus, mon habit de profane, incapable de couvrir ta splendeur, a promis de protéger ton cœur.
Quel exploit!! Me dis-je…Quel exploit pour moi, que de savoir tes yeux impatients, tes mains tendues, ton cœur fendu et ton corps frémissant. Quel autre mirage peut se targuer d’avoir narguer aussi dangereusement le rêve? Quelle vérité peut se prévaloir ainsi, d’avoir frôler d’aussi prés le songe?
La crainte m’habite à l’approche de ton sanctuaire où tout semble miraculeusement beau, où le hasard trône plus haut que mes certitudes, le doute creusant en moi des labyrinthes complices à la déraison qui a fini par me vaincre.. Devrai-je continuer ton chemin ? Abandonner mes chansons.. Ma maison.. Ma raison? Ou, dois-je attendre que les sentiers escarpés de nos désirs se croisent enfin, pour nous donner d’autres façons d’y croire?
La crainte qui m’habite salue en toi….. Ta foi en moi. Mon hérésie ne peut t’être fidèle, elle ne saurait apprécier ta candeur, ne pourrait la comprendre pour pouvoir l’adopter.

Ces bourgeons tant promis ont éclos…. Quel drame!… Mon impatience à la tienne enlacée, bravant le rythme des saisons, a brisé le charme des meurtrissures de nos sens rebelles. Sans goûter au répit tant mérité par les guerriers que nous sommes, nous nous sommes lancés, sans fourbir nos armes, à l’assaut la citadelle imprenable de la passion, sans nous délester du tribut de l’amour. La nature n’y aurait vu que du feu! Mais…. Et nous?
Je t’avais dépeinte, il n’y pas si longtemps, juste des siècles de mots enchevêtrés les uns aux autres, pour t’accuser d’être absente de mon regard, de ma mémoire, de torturer mon récit et de nourrir mes phantasmes. Tu m’as résolu à boire à la coupe de ton élan dévastateur, m’arrachant les dernières guenilles de l’orgueil, foulant du baiser l’assurance limbique dont je me suis souvent délecté.
Comment veux-tu encore que je me présente devant toi?.. Les mains, la tête et le cœur, vidés par cette éternité qui nous sépare.
Non, je ne viendrai pas, ni demain ni dans la pleine lune ni encore aujourd’hui. Je n’ai ni la force, ni la volonté de défaire ton nid quand le mien t’ouvre les bras.
Mon chemin à ton chemin contraire fait des signes à un passé…. affreusement utile à tes peines, que je ne saurai panser.<


Sacov.