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Voir la version complète : Isefra n Si Mohand 4 (version française)


tikli
25/04/2002, 15h46
Maladie et Résignation

15

O généreux et miséricordieux
sois loué, ô tout puissant !
Père de toutes les créatures.

Ta nourriture ne s’achète pas.
Toi seul donne à chacun
Ce que les hommes ne peuvent vendre.

Le sage ignore les calculs
Il n’a ni dette ni soucis
Pourquoi te craindrais-je, ô faim ?

16

O Dieu, c’est toi qui donnes,
Qui fait vivre ou mourir
Et assigne à chacun une patrie.

L’un a reçu des richesses,
De tout côté il prospère,
La perdrix égaie sont toit (1).

L’autre est livré à l’aventure
A la misère et à l’amour :
C’est l’Absent, c’est l’Insensé.

(1) La perdrix est le symbole féminin par excellence. Comprendre : il est heureux avec sa bien-aimée. MB.

17

Louange à toi, le Seul !
Il faut que nous t’adorions :
Ton épreuve, je la supporte !

Quand le sort était favorable,
Je m’appliquais à l’étude
Et pénétrais le sens de chaque lettre.

Maintenant, pris par le vice,
Je commet sciemment le péché :
Je sais la voie et m’en écarte (1)

(1)Cf. les études que Si Mohand fit dans sa jeunesse.

18

Le bateau s’ébranle et mugit
Tous l’ont entendu
O Dieu, quelle foule tu as créée !

Les capitaines font l’appel
Chacun doit avoir son billet
Des gardiens veillent au barrières.

Tel, comme moi, au sort néfaste,
Est délaissé pas ses frères :
Ils ont dit " pauvres hechaïchi !" (1)

(1) Hechaïchi : Celui qui fume l’herbe, le rêveur, le poète. L’homme capricieux, insaisissable et incompréhensible, qui pleure de ne pouvoir quitter l’exil et de s’en aller.

19

Mon cœur est obsédé
Par ce siècle injuste
Comme l’orphelin, je reste au seuil (1)

Secours-moi, ô Sidna Ali (2)
Fils de noble ****
Fais que se dissipe la brume.

Mon mal me consume et me noircit ;
Chaque jour, il s’aggrave
Et je sens venir la mort.

(1) Quand le Père revient du marché, son fils attend avec impatience son retour. Ses yeux ne quittent pas le seuil, il accueille son père avec joie car il rapporte toujours quelque chose. L’orphelin fait de même bien qu’il sache qu’il n’aura rien, que son attente est vaine.
(2) Ali, gendre du Prophète, connu pour sa bravoure..

20

Voilà mon cœur dans l’angoisse
Délaissé par les hommes sages,
Il demeure seul dans la foule.

Que la volonté de Dieu soit faite !
C’est lui qui récompense ou châtie ;
Nul n’est maître de ses désirs.

Chacun a une passion qui l’emporte :
Il s’égare malgré lui
Et accepte la marche vers l’abîme.

21

Toi d’entre nous, ô frères,
Peut s’affilier aux dévots
Et pratiquer, l’esprit libre.

Il recherchera une noble alliance
Il comprend, il sait juger
Son regard n’ira pas au-delà.

La liste de mes peines est longue,
Mon mal dépasse tous les autres.
Et personne ne le connaît.

22

Chacun veut un sacrifice (1)
Propre à apaiser son tourment,
Moi, mon mal est singulier.

Il n’est connu de personnes
Ni des hommes ni des enfants,
Sauf de l’esprit perspicace.

Pour toi, ô Dieu, tout est visible,
Tu sais qui est en peine
Et de toi seul attend le secours.

(1) Il s’agit de sacrifice d’animaux, qui se pratiquent encore dans les campagnes en Kabylie. Ils sont destinés à guérir de certaines maladies. Si Mohand fait donc allusion à son impuissance, que seul Dieu pourrait guérir.

23

Nous t’implorons nuit et jour,
Nous t’importunons
Notre lot n’est pas le bonheur.

L’un, comblé par tes bontés,
Vit dans les plaisirs
Et ne quitte pas sa bien aimée.

L’autre est mis aux arrêts
Mais cela ne se voit pas
Et nul ne connaît son mal.

24

O Destin qui nous fait souffrir
Tu nous tue de boisson :
Arrête-toi, cesse de jouer.

Si c’étais affaire de justice
J’y aurais sacrifié une fortune :
Tu m’as dépouillé parmi les hommes (1).

O Dieu, éprouve le railleur
Interdit lui les filles :
Qu’il subisse la brûlure du foie ! (2)

(1) Littéralement : tu m’as privé de ma part.
(2) Ce qui signifie : qu'il vive la rage impuissante.

25

O toi que nous implorons,
Guéris celui qui souffre
D’amour et se pauvreté.

J’ai épelé le Coran tout entier,
J’ai fait toutes les prières,
Mon nom était respecté de tous.

Maintenant que je suis vieux et sec
Les plus vils se moquent de moi ;
J’ai peur, l’épouvante me saisis.

26

Sultan des Amraoua (1)
O sidi Belloua,
Maître du Sandjaq (2) vénéré,

Je suis malade, soigne-moi,
En toi je place mon espoir :
Tous, c’est toi que nous implorons.

Délivre moi du Kif et de la chira (3),
J’ai recherché l’ivresse
De la jeunesse à la vieillesse.

(1) Amraoua : région de Tizi Ouzou : le saint vénéré de cette région est Sidi Belloua
(2) Emblème, étendard
(3) stupéfiant, comme le kif.

27

Je suis atteint d’un mal incurable
Et je me consume peu à peu
Dès que me guéris la plaie se rouvre.

Son remède, la médecine, l’ignore ;
En vain, j’ai cherché dans les villes,
J’ai consulté mâle et femelle.

Cette fois, préparez les dalles (1)
Avant qu’on ne vous dise :
Mohand est au seuil de la tombe.

(1) Dalles funéraires, en schiste, avec lesquelles ont ferme le tombeau, en kabylie.

28

O Dieu aie pitié de moi ;
je suis comparable au mort,
Mais il me manque le repos.

Comme cire s’égoutte mon corps,
L’angoisse me suffoque,
Ma misère me prend à la gorge.

Supporte, ô mon cœur, et tais-toi ;
C’est le tour des autres,
Incline-toi, que passe l’épreuve !

29

Mon cœur étouffe dans un dé,
Ma souffrance est continue,
Chaque jour, elle empire.

Mon énergie s’est épuisée :
Dans ma prison bardée de pointes
Le mois me semble une année.

Pareil au mort dans sa tombe
Qui a perdu toute espérance
O mes amis, je vous pardonne.

30

O Dieu, aie pitié de moi
Je suis celui à qui tu as ôté la vie
Et qui n’attend rien de ce monde

Tu m’as livré à l’angoisse et au froid
Mon compagnons, c’est le mur,
Je suis seul devant mes actes.

Calme toi, ô cœur, si tu t’irrites
Prends garde de t’emporter :
Comme tu es loin de Ses Élus !

31

J’ai été la cible du siècle nouveau
Qui a terni ma valeur
Et c’est pourquoi on me raille.

Lorsque j’étais fin cavalier
J’avais bonne compagnie
Nombreux furent mes élèves.

Maintenant que mon étoile à pâlit
Personne ne m’écoute
Sans doute souffrirai-je encore.(1)

(1) Dans le passé, un poète valait bien plus qu'un cavalier, même si ce dernier était très respecté. En neuf vers, Si Mohand décrit toute l'humiliation des kabyles suite à la colonisation (MB).

32

O sage, je t’en prie, écoute-moi,
Pèse la valeur de mes mots :
Mon mal, je ne le dirais pas.

Le sens de la vie est obscur :
Les favoris du sort sont les égoïstes
J’en connais tant.

Alors que tel autre à mangé le feu,
Il désespère du bonheur :
C’est de Dieu seul que cela vient.

lila.t
25/04/2002, 16h57
tu es le meilleur ambassadeur que tala hamza ai jamais eu....

;)

mattino
25/04/2002, 17h00
Mira devait poster les poemes de Slimane Azem. Allez Mira, un petit effort.

tikli
25/04/2002, 17h14
Tanemirt-im a Lilat...j'ai simplement voulu faire partager la richesse de notre poésie...:D

;)