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ben
03/10/2003, 20h40
... dans l’étau de l’identité et de la mondialisation

Dans son ouvrage: “J’ai assisté à la fin de l’ancien monde”, l’écrivain français, Alexandre Adler, qualifie le drame du 11 septembre 2001 d’apocalypse, dans le sens grec du terme, “la vision”. Cela pourrait être une vision à plus d’un niveau, notamment celui des libertés dans son sens global, tel que l’a défini Charles Alexis de Tocqueville dans son livre sur “la démocratie en Amérique”, paru à Paris en 1840.

En révélant les sources de la puissance américaine, de Tocqueville qui était, en 1849, ministre des Affaires étrangères de la IIème république française, les détecte dans la démocratie, la pluralité des opinions, le droit à la différence, la capacité à l’initiative, le sens de la valeur économique, le soutien des marginalisés et des exclus dans le système social, la recherche de l’égalité et le relèvement des valeurs culturelles dans le monde de la diversité et de la non-violence.

Certains pourraient considérer que ces valeurs essentielles ayant constitué le fondement et la force des réalisations américaines, ont été dénaturées, en raison de la terreur qui a frappé les symboles des Etats-Unis. Les nouveaux conservateurs qui gouvernent à la Maison-Blanche, y ont ajouté un quantum de parti pris, de manque de crédibilité et de chantage.

Cependant, l’essence américaine diffère de cela, bien que le jeu des intérêts matériels l’ait influencée, du moins au plan médiatique, à travers les familles juives aristocratiques qui dominent la machine de propagande. Ici, il importe de signaler que le succès réalisé par Ben Laden et ses associés n’a pas consisté uniquement à propager le terrorisme et la mondialisation, mais, également, à semer les germes du contre-terrorisme dans les sociétés qui se targuent d’être plus libres, tolérantes et ouvertes. Comme si l’ancien fantôme du maccarthysme revenait. De là, les libertés dans leurs concepts, leurs applications européennes, plus précisément françaises, suisses et scandinaves, restent le modèle dont devraient s’inspirer le Liban et le monde arabe.

Naturellement, l’évolution de nos sociétés, diffère du concept des libertés et des démocraties en Occident. Des situations politico-sociales ont influé sur nos destins, particulièrement la blessure palestinienne qui gangrène le corps arabe depuis 1948. La mobilisation pour y faire face, a nécessité le sacrifice du système des libertés et son bâillonnement. Ensuite, est venu le danger fondamentaliste en tant qu’autre facteur ayant prolongé l’état d’urgence en vigueur, dans certains pays, depuis des décennies. A cela s’ajoute la nature de certains systèmes qui empêchent l’alternance au Pouvoir consacrant le fait accompli et la perpétuation du style. Cependant, le statu quo politique ne doit pas éliminer l’ouverture et les libertés dans la société.

Il existe sans doute une culture des libertés, à l’instar de la culture générale, du nouveau savoir, de l’Internet et des médias. Elle est enseignée par tous les moyens de l’éducation et de l’information, tissant un lien entre la démocratie, le développement humain et le respect des droits de l’homme. D’où la nécessité d’établir des plans, afin d’accélérer la transformation démocratique dans la région arabe, partant du besoin vital d’un relèvement global dont la démocratie serait la locomotive, la société civile devant y jouer, avec le secteur privé, un rôle fondamental aux côtés de l’Etat. Les libertés ne sont pas un luxe permettant de porter atteinte au progrès social, à la mondialisation de l’argent, des affaires et des marchés.

Le président Franklin Roosevelt répétait dans ses cercles privés: “Nous aspirons à un monde reposant sur la liberté d’expression dans toutes les régions du globe; sur la liberté de toute personne, de se libérer de la misère et de la peur sous toutes les latitudes”. Mais chaque fois que les chartes appellent à respecter les droits de l’homme et ses libertés, à reconnaître l’autre et à le comprendre, s’intensifie l’hégémonie d’organismes qui n’attachent aucun poids à l’homme et à la liberté.

Chaque fois que le monde a besoin de la culture de la paix, de la tolérance et de la richesse spirituelle, la culture de la violence et de la haine prend plus d’ampleur. Les valeurs humaines, les principes et les libertés payent le prix de la tyrannie. Oui, les libertés sous le plafond de la responsabilité et la protection de la loi, sont la condition fondamentale au relèvement de nos sociétés et à la formation de générations créatrices, loin de la peur, de la soumission, des têtes mal faites et des aspirations étriquées. Pas de libertés sans une information libre, un droit d’expression et un droit à la différence, à la diversité et au pluralisme. La moralité, l’esprit de responsabilité, la clairvoyance, la concurrence et la discussion, sont le protecteur des libertés et leur citadelle inexpugnable.
De là, notre insistance à préconiser un pacte arabe visant à consolider les forces et les organisations de la société civile militant en faveur des libertés, défendant l’évolution démocratique, exigeant la pratique de la liberté d’opinion, du verbe et d’expression, en sa qualité de mère des libertés qui traduit véritablement toute pratique démocratique. L’information arabe a engagé la bataille des libertés avec honneur, responsabilité et héroïsme, prenant en considération les liens, les barrages politiques et bureaucratiques. La question des libertés demeure posée dans bien des pays; nous tentons de les sortir de l’administration sclérosée et de la dictature. Il nous peine de voir les organisations internationales qui s’occupent des libertés, placer certains de nos Etats en tête des pays qui violent la liberté d’opinion et le verbe.

Dans ce contexte, reviennent à ma mémoire des données qui se sont rassemblées dans mon esprit, après ma lecture du livre de Samuel Huntington, auteur de la théorie du “choc des civilisations”. Dans ce premier livre qu’il a écrit, il a traité ce qu’il appelle “la troisième vague de la démocratie”.
A son sens, la première vague remonte aux révolutions française et américaine et s’arrête en 1926. Elle s’est heurtée à des systèmes totalitaires et fascistes en Italie, en Espagne et en Allemagne, régressant dramatiquement jusqu’en 1942.

Huntington indique que la seconde vague a coïncidé avec la Seconde Guerre mondiale, l’eclipse de la phase colonialiste et l’adoption de la philosophie de la démocratie et des libertés. Elle a prévalu de 1942 à 1962.
Quant à la troisième vague, elle a débuté en 1975 et se perpétue, englobant des Etats arabes ayant choisi l’option démocratique, même si la Pologne, la Hongrie et la Tchéquie en sont les titres-symboles.

Nous connaissons bien la dimension des forces occultes et leur capacité à paralyser tout ce qui est noble, sublime et futuriste. C’est pourquoi, nous ne transigeons pas dans notre bataille, en réclamant la justice et le droit à la différence, à la concurrence et à la discussion, pour faire face au sous-développement et à la tyrannie. Nous visons des objectifs élevés, le chemin pouvant être long et dur. Toutefois, nous sommes résolus à réussir, n’oubliant pas un seul instant que nul ne peut nous ravir la liberté de notre pensée, de notre vision et de notre conscience.