I wumi !
23/08/2003, 15h23
Ksagh-d seg usebt'ar AYAMUN yiwen usarag ghef ungal amazigh ig-ga Âmar Mezdad, u bghigh a t-suqlagh gher tezwawt (taqbaylit), maca ad ih'wijjagh kra iwaziwen am at zik ma d-yawwed wukud n tmegra!
Xas akka at'as aya fell-as. Xas akka kra si talghiwin yellan deg-s ur llint ara d tidett ass-a, maca yeccur-iyi tit' usarag-agi!
Atan ihi ghur-wen:
"Perspectives dans l’édition du roman berbère
Si un jour on éprouve le besoin de s'intéresser à la langue Tamazight, de vouloir contribuer un tant soit peu à en faire une langue moderne d'écriture, il faut certainement avoir des dispositions particulières tel qu'un certain profil psychologique, l'amour de la langue, une volonté tenace de corriger une aberration historique, voire un côté militant. Ceci relève tout de même du niveau affectif, partie intégrante d'une certaine révolte, si ceci est nécessaire dans la prise de conscience, il est loin d'être suffisant pour passer à l'acte, il faut d'autres facteurs qui ne peuvent être que multiples. En premier lieu, il faut avoir le minimum d’instruments ne serait-ce que la maîtrise de la langue utilisée.
Définition du roman. Le roman est une oeuvre en prose généralement assez longue, dont l'intérêt est dans la narration d'aventures, l'étude de mœurs ou de caractères, l'analyse de sentiments ou de passions, la représentation, objective ou subjective du réel. C’est une œuvre qui doit comporter une action et une intrigue, des personnages, et quelques connaissances générales ou spécifiques pour le côté documentaire. Il ne peut y avoir de roman sans ces trois faces qui sont également importantes pour les auteurs soucieux de réalisme. Je considère qu’il ne faut pas oublier bien-sûr le zest de poésie.
On n’écrit pas que pour soi, pour sa propre catharsis, on écrit pour être lu. On ne vous lira qu si l’on vous comprend. C’est une évidence.
La langue écrite ne sera jamais le calque parfait de la langue parlée.
Il faut se garder de tomber dans le piège du patchwork.
Pour décrire des situations inhérentes à la vie moderne, il faudra de toutes les façons dépasser la langue traditionnelle, en utilisant des termes nouveaux. Le recours au néologisme doit être maîtrisé.
Ma CAT est la suivante :
1°)_toujours me référer à la langue de tous les jours par la recherche fines de vieux mots +/- oubliés qui pourront traduire la situation nouvelle, exemple: azenneqnaq/insomnies, awerdan/étranger, tanZa/hiatus, tazayert/cercle, tebghes/courage, inan/discours, askussber/constipation amgirred/différence hcic/fragile, lufa/abondance, awerdan/étranger, anagar/excepté, taZayert/cercle.
Les emprunts réussis sont également irremplaçables : amikrub, amutur, tamacint, azufri , apiRi, takasiT etc.
2°)_me référer aux recueils lexicaux existants : Dallet Ex :tifeght/secret,
3°)_passer à un mot utilisé dans un autre parler : Uiliser par exple le Dictionnaire français-chleuh de Destaing. Beaucoup de mots fuguant dans cet ouvrage peuvent faire l’économie de néologismes. Exple : ajdam/lèpre, aman n maârur/mirage, aghlaghal /écho,
et notamment le vocabulaire de la mer inexistant dans le Kabyle si ce n’est dans les toponymes.
4°)me référer à un lexique tamaceght considéré comme une banque de racines, 5°)me reférer à Amawal
6°)procéder à une dérivation. Exceptionnellement ! Exple :timanest/solitude
Au niveau de la réflexion, essayer de respecter autant que faire se peut le Kabyle traditionnel, quand il sort de la bouche de personnages eux-mêmes « traditionnels » Il en est différemment quand il s’agit de personnages confrontés à la guerre ou aux conflits professionnels.
Au total, l’écriture proprement dite d’un ouvrage peut demander un investissement de 2 années de travail.
Actuellement il y une dizaine de romans publiés en langue kabyle.
Asfel, Faffa de R.ALICHE ,
Askuti de S.SADI
Tadyant gher tayeD de Amar Uhemza
Yuger ucerrig tafawaett de Ahmed Nekkkar
Tasga n Ttlam de Saâid iêmrac
2 de mes romans : ID d wass, tagrest urghu
On peut leur ajouter l’œuvre maîtresse de Bélaïd At-Ali : « Lwali n_wedrar » qu’il convient de classer comme un roman, puisqu’il répond à la définition même du roman : c’est un texte assez long de 111 pages avec un début, une action, une intrigue, des études de caractères et une fin. Il s'agit de l'histoire d'un dénommé "Bu-Leghtut", une espèce d'anti-héros, de niais de village, qui se retrouve, bien malgré lui, dans le rôle de marabout "régnant" dans une montagne où les villageois viennent chercher la baraka. Si l’on admet que Lwali n wedrar peut être classé dans le genre romanesque, nous pourrons dire que le premier roman écrit par un berbérophone s'est fait non pas en Français, mais directement en langue Kabyle. Si cette expérience d’écriture n'a pas fructifié dans les années 1945, cela tient à des raisons purement accidentelles, dont la principale est, bien-sûr, la mort précoce de Bélaïd.
Cela fait un total de 9 romans publiés à ce jour. A ces 9 romans connus, on veut ajouter quelques recueils de récits :
Mohand Ait-Ighil : Atlanta, Allen n tayri
Mezyan UmuH : targit Umedyaz
Cela fait peu et beaucoup en même temps. Le roman moderne en tant que tel est d'apparition récente dans la plupart des langues. C'est un genre littéraire européen que, par exemple, les Turcs et les Arabes ont adopté il n'y pas très longtemps, à peine un peu plus d'un siècle, eux qui ont mené des empires et géré une civilisation planétaire. Je pense que nous nous sommes bien débrouillés malgré l'absence de mécènes et d'institutions sur qui s'appuyer.
Un fois le roman écrit, commence la vraie vie du livre.
Chez nous ce qui suit la création est autrement plus difficile. Il faudra saisir l’ouvrage, le corriger, le faire financer, le faire imprimer, le faire diffuser, la faire lire en lui assurant un minimum de publicité. Toutes ces étapes sous d’autres cieux et d’autres langues sont affaires de professionnels. Quand une même personne prend en charge toutes ces étapes, il y a inévitablement des insuffisances.
Toutes ces étapes ont un dénominateur commun : l’argent. La confection du livre est dans les contrées ordinaires est un travail sérieux réalisé par des professionnels du livre. Un seule chose est demandée à l’auteur, c’est d’écrire. A partir du point final, le livre est pris en charge, l’auteur interviendra parfois dans les campagnes de promotion, ou d’explication de l’œuvre. La plupart des livres cités ci-dessus ont été édités soit dans les cercles militants, soit à compte d’auteur. Aucun d’entre eux n’a été soutenu matériellement par un quelconque mécène ou institution. Il faut une bonne dose de persévérance et de conviction pour écrire en Berbère.
Je trouve par ailleurs désolant que parmi les centaines de milliers de citoyens berbères qui maîtrisent plusieurs langues, l’Arabe, le Français, l’Anglais, l’Espagnol etc.…, aucun d’eux n’a eu pour le moment l’idée ou la volonté de traduire une œuvre berbère pour augmenter par ricochet le volume du lectorat et la mettre à la disposition d’autres horizons. S’agit-il d’une attitude paresseuse, symptôme d’une indigence intellectuelle, ou alors d’une activité sous estimée parce que nécessitant des efforts qui devront être reconnus ?
Les jeunes berbérophones ont commencé à traduire du Français vers le Kabyle, il y a déjà assez longtemps mais le chemin inverse semble faire peur : y aurait-il une incapacité psychologique à se faire découvrir à l’Autre ? Je pense qu’il n’ y a pas de complexe à avoir puisque, à travers le monde, la traduction littéraire est d'apparition relativement récente . En France, elle apparaît avec les débuts de la prose littéraire, dans les débuts du 14e siècle. On l'appelait les "belles-infidèles", le traducteur préférant l'aisance et l'élégance à la rigueur. Ce n'est qu'à la fin du 18e siècle, avec le développement du sens historique des différences entre les civilisations que la traduction veille à l'exactitude du détail et respect de l'originalité des textes.
Le travail de traduction doit être investi par des hommes et des femmes de lettres compétents devant connaître au moins 2 langues : la langue-source, dans le cas qui nous concerne, le Kabyle et la langue-cible, le Français, l’Anglais, l’espagnol etc.
Imaginez un peu qu'un roman berbère soit traduit dans une des grandes langues qui nous entourent et qu'il ait du succès, l'impact serait grand : ce serait la fin de la période des vaches maigres des éditions à 200 exemplaires non viables.
Pierre Bourdieu a écrit : « toute situation linguistique fonctionne comme un marché sur lequel le locuteur place ses produits. » Dans cette phrase, il y a marché, et qui dit marché dit vendre et acheter, par conséquent le locuteur doit savoir acheter le produit culturel. S’il est vrai qu’il ne peut exister de marché en l’absence des producteurs et des créateurs, L’absence de lecteurs contribue également à la destruction de ce marché. S’il y a un marché pour elle, la littérature berbère continuera d’exister et même de grandir ; sinon rien, c’est la disparition à terme. Dans les sociétés normales, le rêve de l’écrivain est de vivre de sa plume.
Pour que le roman berbère ou autre d'ailleurs survive, il faut qu'il y ait des gens qui écrivent, mais il faut que les lecteurs potentiels achètent et travaillent à le faire connaître.
Sous d'autres cieux, les prix littéraires qui sanctionnent les romans parus en librairie ne sont pas fait que pour la gloire, mais pour procurer des revenus à celui qui a écrit pour qu'il puisse continuer d'écrire. C’est une habitude inexistante chez-nous.
Le roman berbère va finir par user la corde symbolique et militante, et c'est une évolution normale, logique. La loi du marché sera sa seule réalité. Si le roman se vend, l'éditeur qui est aussi investisseur, éditera et le romancier écrira. Sinon point de salut. Il faut que les Berbères qui lisent dans beaucoup de langues se mettent à lire également dans la leur !
Comme sous toutes les contrées, c’est grâce à des efforts soutenus que l’édition kabyle donnera naissance à de véritables chaînes de lecture englobant l’auteur, l’éditeur et ses collaborateurs immédiats (l’agent de saisie, le correcteur, l’imprimeur, le distributeur). Finalement, l’éditeur sera le garant ultime de la qualité de l’œuvre, car il pourra souvent trier le bon grain de l’ivraie. La Bruyère, a écrit dans Les Caractères : " Le mérite de certains hommes est de bien écrire ; et de quelques autres, c'est de n'écrire point."
Xas akka at'as aya fell-as. Xas akka kra si talghiwin yellan deg-s ur llint ara d tidett ass-a, maca yeccur-iyi tit' usarag-agi!
Atan ihi ghur-wen:
"Perspectives dans l’édition du roman berbère
Si un jour on éprouve le besoin de s'intéresser à la langue Tamazight, de vouloir contribuer un tant soit peu à en faire une langue moderne d'écriture, il faut certainement avoir des dispositions particulières tel qu'un certain profil psychologique, l'amour de la langue, une volonté tenace de corriger une aberration historique, voire un côté militant. Ceci relève tout de même du niveau affectif, partie intégrante d'une certaine révolte, si ceci est nécessaire dans la prise de conscience, il est loin d'être suffisant pour passer à l'acte, il faut d'autres facteurs qui ne peuvent être que multiples. En premier lieu, il faut avoir le minimum d’instruments ne serait-ce que la maîtrise de la langue utilisée.
Définition du roman. Le roman est une oeuvre en prose généralement assez longue, dont l'intérêt est dans la narration d'aventures, l'étude de mœurs ou de caractères, l'analyse de sentiments ou de passions, la représentation, objective ou subjective du réel. C’est une œuvre qui doit comporter une action et une intrigue, des personnages, et quelques connaissances générales ou spécifiques pour le côté documentaire. Il ne peut y avoir de roman sans ces trois faces qui sont également importantes pour les auteurs soucieux de réalisme. Je considère qu’il ne faut pas oublier bien-sûr le zest de poésie.
On n’écrit pas que pour soi, pour sa propre catharsis, on écrit pour être lu. On ne vous lira qu si l’on vous comprend. C’est une évidence.
La langue écrite ne sera jamais le calque parfait de la langue parlée.
Il faut se garder de tomber dans le piège du patchwork.
Pour décrire des situations inhérentes à la vie moderne, il faudra de toutes les façons dépasser la langue traditionnelle, en utilisant des termes nouveaux. Le recours au néologisme doit être maîtrisé.
Ma CAT est la suivante :
1°)_toujours me référer à la langue de tous les jours par la recherche fines de vieux mots +/- oubliés qui pourront traduire la situation nouvelle, exemple: azenneqnaq/insomnies, awerdan/étranger, tanZa/hiatus, tazayert/cercle, tebghes/courage, inan/discours, askussber/constipation amgirred/différence hcic/fragile, lufa/abondance, awerdan/étranger, anagar/excepté, taZayert/cercle.
Les emprunts réussis sont également irremplaçables : amikrub, amutur, tamacint, azufri , apiRi, takasiT etc.
2°)_me référer aux recueils lexicaux existants : Dallet Ex :tifeght/secret,
3°)_passer à un mot utilisé dans un autre parler : Uiliser par exple le Dictionnaire français-chleuh de Destaing. Beaucoup de mots fuguant dans cet ouvrage peuvent faire l’économie de néologismes. Exple : ajdam/lèpre, aman n maârur/mirage, aghlaghal /écho,
et notamment le vocabulaire de la mer inexistant dans le Kabyle si ce n’est dans les toponymes.
4°)me référer à un lexique tamaceght considéré comme une banque de racines, 5°)me reférer à Amawal
6°)procéder à une dérivation. Exceptionnellement ! Exple :timanest/solitude
Au niveau de la réflexion, essayer de respecter autant que faire se peut le Kabyle traditionnel, quand il sort de la bouche de personnages eux-mêmes « traditionnels » Il en est différemment quand il s’agit de personnages confrontés à la guerre ou aux conflits professionnels.
Au total, l’écriture proprement dite d’un ouvrage peut demander un investissement de 2 années de travail.
Actuellement il y une dizaine de romans publiés en langue kabyle.
Asfel, Faffa de R.ALICHE ,
Askuti de S.SADI
Tadyant gher tayeD de Amar Uhemza
Yuger ucerrig tafawaett de Ahmed Nekkkar
Tasga n Ttlam de Saâid iêmrac
2 de mes romans : ID d wass, tagrest urghu
On peut leur ajouter l’œuvre maîtresse de Bélaïd At-Ali : « Lwali n_wedrar » qu’il convient de classer comme un roman, puisqu’il répond à la définition même du roman : c’est un texte assez long de 111 pages avec un début, une action, une intrigue, des études de caractères et une fin. Il s'agit de l'histoire d'un dénommé "Bu-Leghtut", une espèce d'anti-héros, de niais de village, qui se retrouve, bien malgré lui, dans le rôle de marabout "régnant" dans une montagne où les villageois viennent chercher la baraka. Si l’on admet que Lwali n wedrar peut être classé dans le genre romanesque, nous pourrons dire que le premier roman écrit par un berbérophone s'est fait non pas en Français, mais directement en langue Kabyle. Si cette expérience d’écriture n'a pas fructifié dans les années 1945, cela tient à des raisons purement accidentelles, dont la principale est, bien-sûr, la mort précoce de Bélaïd.
Cela fait un total de 9 romans publiés à ce jour. A ces 9 romans connus, on veut ajouter quelques recueils de récits :
Mohand Ait-Ighil : Atlanta, Allen n tayri
Mezyan UmuH : targit Umedyaz
Cela fait peu et beaucoup en même temps. Le roman moderne en tant que tel est d'apparition récente dans la plupart des langues. C'est un genre littéraire européen que, par exemple, les Turcs et les Arabes ont adopté il n'y pas très longtemps, à peine un peu plus d'un siècle, eux qui ont mené des empires et géré une civilisation planétaire. Je pense que nous nous sommes bien débrouillés malgré l'absence de mécènes et d'institutions sur qui s'appuyer.
Un fois le roman écrit, commence la vraie vie du livre.
Chez nous ce qui suit la création est autrement plus difficile. Il faudra saisir l’ouvrage, le corriger, le faire financer, le faire imprimer, le faire diffuser, la faire lire en lui assurant un minimum de publicité. Toutes ces étapes sous d’autres cieux et d’autres langues sont affaires de professionnels. Quand une même personne prend en charge toutes ces étapes, il y a inévitablement des insuffisances.
Toutes ces étapes ont un dénominateur commun : l’argent. La confection du livre est dans les contrées ordinaires est un travail sérieux réalisé par des professionnels du livre. Un seule chose est demandée à l’auteur, c’est d’écrire. A partir du point final, le livre est pris en charge, l’auteur interviendra parfois dans les campagnes de promotion, ou d’explication de l’œuvre. La plupart des livres cités ci-dessus ont été édités soit dans les cercles militants, soit à compte d’auteur. Aucun d’entre eux n’a été soutenu matériellement par un quelconque mécène ou institution. Il faut une bonne dose de persévérance et de conviction pour écrire en Berbère.
Je trouve par ailleurs désolant que parmi les centaines de milliers de citoyens berbères qui maîtrisent plusieurs langues, l’Arabe, le Français, l’Anglais, l’Espagnol etc.…, aucun d’eux n’a eu pour le moment l’idée ou la volonté de traduire une œuvre berbère pour augmenter par ricochet le volume du lectorat et la mettre à la disposition d’autres horizons. S’agit-il d’une attitude paresseuse, symptôme d’une indigence intellectuelle, ou alors d’une activité sous estimée parce que nécessitant des efforts qui devront être reconnus ?
Les jeunes berbérophones ont commencé à traduire du Français vers le Kabyle, il y a déjà assez longtemps mais le chemin inverse semble faire peur : y aurait-il une incapacité psychologique à se faire découvrir à l’Autre ? Je pense qu’il n’ y a pas de complexe à avoir puisque, à travers le monde, la traduction littéraire est d'apparition relativement récente . En France, elle apparaît avec les débuts de la prose littéraire, dans les débuts du 14e siècle. On l'appelait les "belles-infidèles", le traducteur préférant l'aisance et l'élégance à la rigueur. Ce n'est qu'à la fin du 18e siècle, avec le développement du sens historique des différences entre les civilisations que la traduction veille à l'exactitude du détail et respect de l'originalité des textes.
Le travail de traduction doit être investi par des hommes et des femmes de lettres compétents devant connaître au moins 2 langues : la langue-source, dans le cas qui nous concerne, le Kabyle et la langue-cible, le Français, l’Anglais, l’espagnol etc.
Imaginez un peu qu'un roman berbère soit traduit dans une des grandes langues qui nous entourent et qu'il ait du succès, l'impact serait grand : ce serait la fin de la période des vaches maigres des éditions à 200 exemplaires non viables.
Pierre Bourdieu a écrit : « toute situation linguistique fonctionne comme un marché sur lequel le locuteur place ses produits. » Dans cette phrase, il y a marché, et qui dit marché dit vendre et acheter, par conséquent le locuteur doit savoir acheter le produit culturel. S’il est vrai qu’il ne peut exister de marché en l’absence des producteurs et des créateurs, L’absence de lecteurs contribue également à la destruction de ce marché. S’il y a un marché pour elle, la littérature berbère continuera d’exister et même de grandir ; sinon rien, c’est la disparition à terme. Dans les sociétés normales, le rêve de l’écrivain est de vivre de sa plume.
Pour que le roman berbère ou autre d'ailleurs survive, il faut qu'il y ait des gens qui écrivent, mais il faut que les lecteurs potentiels achètent et travaillent à le faire connaître.
Sous d'autres cieux, les prix littéraires qui sanctionnent les romans parus en librairie ne sont pas fait que pour la gloire, mais pour procurer des revenus à celui qui a écrit pour qu'il puisse continuer d'écrire. C’est une habitude inexistante chez-nous.
Le roman berbère va finir par user la corde symbolique et militante, et c'est une évolution normale, logique. La loi du marché sera sa seule réalité. Si le roman se vend, l'éditeur qui est aussi investisseur, éditera et le romancier écrira. Sinon point de salut. Il faut que les Berbères qui lisent dans beaucoup de langues se mettent à lire également dans la leur !
Comme sous toutes les contrées, c’est grâce à des efforts soutenus que l’édition kabyle donnera naissance à de véritables chaînes de lecture englobant l’auteur, l’éditeur et ses collaborateurs immédiats (l’agent de saisie, le correcteur, l’imprimeur, le distributeur). Finalement, l’éditeur sera le garant ultime de la qualité de l’œuvre, car il pourra souvent trier le bon grain de l’ivraie. La Bruyère, a écrit dans Les Caractères : " Le mérite de certains hommes est de bien écrire ; et de quelques autres, c'est de n'écrire point."