ben
22/05/2003, 02h24
« Osama », premier film afghan à Cannes
Plongée saisissante dans l’ère des talibans
Premier film afghan jamais présenté à Cannes dans la sélection de la Quinzaine des réalisateurs, Osama, de Sedigh Barmak, offre un voyage saisissant dans l’Afghanistan de l’ère des talibans à travers l’histoire d’une gamine contrainte de se travestir en homme pour échapper à la condition des femmes.
Des centaines de femmes recouvertes des pieds à la tête de «burqas» manifestent dans les rues poussiéreuses d’un village d’Afganistan, brandissant des banderoles qui proclament : « Nous voulons du travail », « nous sommes veuves », « ce n’est pas politique ». Dernières velléités revendicatives féminines rapidement balayées par les jets de canons à eau des talibans, qui, depuis trois mois, contrôlent la région. La chape de plomb du régime du mollah Omar vient de s’abattre sur le pays, transformant les femmes afganes en fantômes. Ne pouvant sortir de chez elle, une jeune fille se déguise en garçon, avec l’aide de sa mère, pour tenter de trouver du travail et faire ainsi vivre sa famille privée d’hommes par la guerre. Un artifice qui permet au réalisateur afghan de nous faire voyager alternativement dans l’univers des hommes et des femmes. Cheveux coupés, habillée en garçon et rebaptisée Osama, la jeune fille va vivre, à l’extérieur, le quotidien des adolescents enrôlés dans les écoles coraniques et, dans sa famille, celui des femmes cloîtrées, avant que la supercherie ne soit découverte. Sedigh Barmak, qui dit s’être inspiré de l’histoire vraie d’une petite fille afghane qui s’était travestie pour pouvoir aller à l’école, a tourné son film en 2002 à Kaboul, avec des comédiens non professionnels. Réalisateur formé à l’Université de Moscou et exilé au Pakistan pendant le régime des talibans (1996-2001), Barmak est revenu dans son pays après leur chute pour tenter de donner un essor à un cinéma quasi inexistant. Quarante courts et longs métrages seulement ont été tournés dans le pays depuis l’invention des frères Lumière, a-t-il précisé. « Le peuple afghan a beaucoup de choses à dire aux autres peuples du monde, c’est un pays où de nombreux réalisateurs pourraient exercer leur talent », explique cet admirateur du Russe Andreï Tarkovski et du Grec Theo Angelopoulos, dont il revendique l’influence sur son film. Après plusieurs scénarios, quatre courts-métrages et deux documentaires, il réalise ici sa première œuvre majeure, qui concourt à Cannes pour l’obtention de la Caméra d’or récompensant un premier film. Ancien aide de camp du célèbre commandant Massoud, aujourd’hui président de l’Office afghan du cinéma, il réussit une œuvre sensible, servie par les images d’Ebrahim Ghafuri, opérateur sur le film Kandahar de Mohsen Makhmalbaf. Ce réalisateur iranien a d’ailleurs participé au financement d’Osama avec le ministère iranien de la Culture, qui a également payé la réparation de l’unique caméra 35 mm existant en Afghanistan.
Plongée saisissante dans l’ère des talibans
Premier film afghan jamais présenté à Cannes dans la sélection de la Quinzaine des réalisateurs, Osama, de Sedigh Barmak, offre un voyage saisissant dans l’Afghanistan de l’ère des talibans à travers l’histoire d’une gamine contrainte de se travestir en homme pour échapper à la condition des femmes.
Des centaines de femmes recouvertes des pieds à la tête de «burqas» manifestent dans les rues poussiéreuses d’un village d’Afganistan, brandissant des banderoles qui proclament : « Nous voulons du travail », « nous sommes veuves », « ce n’est pas politique ». Dernières velléités revendicatives féminines rapidement balayées par les jets de canons à eau des talibans, qui, depuis trois mois, contrôlent la région. La chape de plomb du régime du mollah Omar vient de s’abattre sur le pays, transformant les femmes afganes en fantômes. Ne pouvant sortir de chez elle, une jeune fille se déguise en garçon, avec l’aide de sa mère, pour tenter de trouver du travail et faire ainsi vivre sa famille privée d’hommes par la guerre. Un artifice qui permet au réalisateur afghan de nous faire voyager alternativement dans l’univers des hommes et des femmes. Cheveux coupés, habillée en garçon et rebaptisée Osama, la jeune fille va vivre, à l’extérieur, le quotidien des adolescents enrôlés dans les écoles coraniques et, dans sa famille, celui des femmes cloîtrées, avant que la supercherie ne soit découverte. Sedigh Barmak, qui dit s’être inspiré de l’histoire vraie d’une petite fille afghane qui s’était travestie pour pouvoir aller à l’école, a tourné son film en 2002 à Kaboul, avec des comédiens non professionnels. Réalisateur formé à l’Université de Moscou et exilé au Pakistan pendant le régime des talibans (1996-2001), Barmak est revenu dans son pays après leur chute pour tenter de donner un essor à un cinéma quasi inexistant. Quarante courts et longs métrages seulement ont été tournés dans le pays depuis l’invention des frères Lumière, a-t-il précisé. « Le peuple afghan a beaucoup de choses à dire aux autres peuples du monde, c’est un pays où de nombreux réalisateurs pourraient exercer leur talent », explique cet admirateur du Russe Andreï Tarkovski et du Grec Theo Angelopoulos, dont il revendique l’influence sur son film. Après plusieurs scénarios, quatre courts-métrages et deux documentaires, il réalise ici sa première œuvre majeure, qui concourt à Cannes pour l’obtention de la Caméra d’or récompensant un premier film. Ancien aide de camp du célèbre commandant Massoud, aujourd’hui président de l’Office afghan du cinéma, il réussit une œuvre sensible, servie par les images d’Ebrahim Ghafuri, opérateur sur le film Kandahar de Mohsen Makhmalbaf. Ce réalisateur iranien a d’ailleurs participé au financement d’Osama avec le ministère iranien de la Culture, qui a également payé la réparation de l’unique caméra 35 mm existant en Afghanistan.