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Yoda
03/04/2002, 18h17
LE MONDE | 02.04.02 |
Les armes chimiques et biologiques vont proliférer
La revue "Les Cahiers de Mars" pronostique la dissémination,
dans le monde, de ces munitions beaucoup moins chères et plus
faciles à fabriquer que des bombes nucléaires.

Les risques d'une utilisation des armes chimiques et biologiques
augmentent sur la planète. Et les populations civiles, comme les
troupes en opération extérieure, doivent s'y préparer dans les
prochaines années.

Sous le titre : "La prolifération des armes de destruction
massive", c'est le grave diagnostic que pose la revue Les
Cahiers de Mars, éditée par les anciens élèves du Collège
interarmées de défense (CID).

Cette instance a remplacé, en les unifiant, les différentes
écoles de guerre propres à chaque armée en France. "Qu'il
s'agisse d'Etats n'ayant pas les capacités classiques qui leur
permettraient de résister à des armées occidentales ou
d'organisations terroristes faisant du meurtre de masse un
objectif de leur stratégie, dans les deux cas, écrit Thérèse
Delpech, chercheur associé au Centre d'études et de recherches
internationales, le risque d'usage augmente." Pour contrer
cette menace vraie, biaisée ou exagérée, il faut, note
Jean-François Daguzan, membre de la Fondation pour la recherche
stratégique, "une politique rationnelle" de non-prolifération
et "des stratégies adaptées" pour qu'un pays, tel l'Irak, ne
puisse déjouer les interdits internationaux dont il est
l'objet.

Du côté des armes nucléaires, "on peut craindre, estime
Marie-Hélène Labbé, chercheur à l'Institut français des
relations internationales, que divers réseaux, comme celui de
la drogue, des solidarités religieuses, des mafias, des sectes
ou même un groupe d'illuminés ne trouvent dans le "supermarché"
nucléaire de l'ex-URSS de quoi donner du poids à leurs
revendications". Mais l'arme nucléaire est d'abord un choix
politique.

En revanche - et l'article de Michel-Jean Allary qui, pendant
dix ans, a travaillé sur "les technologies et transferts
sensibles" pour le secrétariat général de la défense nationale,
donne froid dans le dos - les proliférations chimiques et
biologiques sont probablement les plus "épouvantables", car il
se pourrait qu'elles reviennent aussi le moins cher aux pays
désireux, malgré les difficultés techniques, d'accumuler des
agents infectieux comme des bactéries, des virus ou des
toxines.

"Il suffit de rappeler, écrit cet expert en pharmacie, qu'une
centaine de kilos d'agent du charbon peut tuer 300 000 personnes
lors d'un épandage dans de bonnes conditions et pour une
létalité qui serait maximale. En comparaison, la bombe
nucléaire d'Hiroshima [équivalant à 12,5 tonnes de TNT] a tué
80 000 personnes." Sur la foi de simulations américaines qui
mesurent les dégâts rapportés au coût et à la surface détruite,
M. Allary explique : "Avec une efficacité supérieure, le coût
de revient des armes biologiques est faible. Ce qui explique le
choix fait par certains. Une arme classique revient à
2 000 dollars au kilomètre carré. Une arme nucléaire, à
800 dollars. Une arme chimique, à 600 dollars, et une arme
biologique, à 1 dollar au kilomètre carré."

N'ayant ni signé pour les uns, ni ratifié pour d'autres la
convention internationale d'interdiction de 1972, plusieurs
pays en Afrique, au Moyen-Orient, dans le sous-continent indien
ou en Asie du Nord-Est sont suspectés d'être "à risques" en
matière d'armes biologiques. Sans oublier l'ancienne URSS qui,
ayant signé et ratifié la convention en 1975, continue des
activités de recherches "potentiellement duales" (civiles et
militaires). Nombre de scientifiques s'expatrient "avec leur
savoir-faire" et "il est toujours possible à des bioterroristes
très organisés de détourner des micro-organismes pathogènes ou
des toxines dans les laboratoires, car ils sont facilement
dissimulables".

Les armes chimiques sont, dit-on, les armes des pays pauvres et
les armes biologiques sont les armes nucléaires du XXI
(superscript: e) siècle. "Vrai et faux", selon M. Allary, pour
qui elles sont plus faciles à produire que des armes nucléaires.
De plus, "cela se fait de façon plus discrète".

Jacques Isnard

Les Cahiers de Mars, BP 69, 00445 Armées, n° 172, 9 euros.
? ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 03.04.02