
Envoyé par
amazir9999
azul fellawen,
je vous présente ici une vision critique de la réligions, quelle est sa source?
je vous propose, ici, quelque extrait de mes cours de philo de Terminales S, ça se lit et se-relie sans modération.
C'est de la Philosophie avec toutes ses lettres de noblesse.
Les grandes choses exigent que l'on s'en taise, ou qu'on en parle avec grandeur: avec grandeur, c'est-à-dire avec cynisme et innocence.
Ce que je raconte, c'est l'histoire des deux siècles qui vont venir. Je décris ce qui va venir, ce qui ne saurait plus venir autrement: la montée du nihilisme. Cette page d'histoire peut être contée dès maintenant: car, dans le cas présent, la nécessité elle-même est à l'oeuvre.
Celui qui prend ici la parole n'a, au contraire, rien fait jusqu'à présent, si ce n'est réfléchir et se recueillir: en philosophe et en solitaire par instinct, qui a trouvé son avantage dans la vie en dehors, à l'écart, dans la patience, l'ajournement et le retard; tel un esprit hasardeux et téméraire qui souvent s'est égaré dans tous les labyrinthes de l'avenir, tel un oiseau prophétique qui regarde en arrière lorsqu'il raconte ce qui est l'avenir.
De l'origine de la religion. - De même que le vulgaire s'imagine aujourd'hui que la colère est chez lui la cause de son emportement, l'esprit, la cause de sa pensée, l'âme, la cause de son sentiment; en un mot, de même que l'on admet encore, inconsidérément, une foule d'entités psychologiques qui doivent être des causes - de même, sur une échelle sociale plus naïve encore, l'homme a interprété ces phénomènes à l'aide d'entités personnelles. Les états d'âme qui lui paraissaient étranges, accablants, passionnants, il les considérait comme des obsessions, des enchantements provoqués par le pouvoir mystérieux d'une personne. C'est ainsi que le chrétien (le musulman, l'hébreu), l'espèce d'homme la plus naïve et la plus arriérée, ramène l'espérance, la tranquillité, le sentiment de " rédemption ", à une inspiration psychologique de Dieu. Parce qu'il est le type essentiellement souffrant et inquiet, la quiétude, le bonheur, la résignation lui apparaissent comme quelque chose d'étrange dont il faut donner une explication. Parmi les ****s d'une grande vitalité, intelligentes et fortes, c'est l'épileptique qui éveille le plus souvent la conviction qu'une puissance étrangère est en jeu; mais toute espèce d'assujettissement de même ordre, par exemple la contrainte que l'on remarque chez l'enthousiaste, le poète, le grand criminel, dans les passions comme l'amour et la haine, pousse à l'invention de puissances extra-humaines. On concrétise un état d'âme dans une seule personne, et l'on prétend que, lorsque cet état se manifeste chez nous, il est l'action de cette personne. Autrement dit: dans la formation psychologique de Dieu, un état, pour être l'effet de quelque chose, est personnifié et revêt le caractère de la cause.
Cependant la logique psychologique dit ceci: le sentiment de puissance, lorsqu'il s'empare d'une façon soudaine de l'homme et qu'il le subjugue - c'est le cas dans toutes les grandes passions - éveille une sorte de doute sur la capacité de la personne: l'homme n'ose pas s'imaginer qu'il est lui-même la cause de ce sentiment - il imagine donc une personnalité plus forte, une divinité, qui se substitue à lui-même, dans le cas donné.
L'origine de la religion se trouve par conséquent dans les extrêmes sentiments de puissance qui surprennent l'homme par leur caractère étrange; et, semblable au malade qui sent d'étranges lourdeurs dans un de ses membres et en conclut qu'un autre homme est couché sur lui, le naïf homo religiosus se dissocie en plusieurs personnes. La religion est un cas d'" altération de la personnalité ", une espèce de sentiment de crainte et de terreur devant soi-même... Mais en même temps une extraordinaire sensation de bonheur et de supériorité... Chez les malades, l'impression de santé suffit à faire croire en Dieu, à une influence de Dieu.
Les états de puissance inspirent à l'homme le sentiment qu'il est indépendant de la cause, qu'il est irresponsable: ils viennent sans qu'on les désire, donc nous n'en sommes pas les auteurs... La volonté non affranchie (c'est-à-dire la conscience d'un changement en nous, sans que nous l'ayons voulu) exige une volonté étrangère.
L'homme n'a pas osé s'attribuer à lui-même tous les moments surprenants et forts de sa vie, il a imaginé que ces moments étaient " passifs ", qu'il les " subissait " et en était " subjugué "... La religion est un produit du doute au sujet de l'unité de l'individu... Dans la même proportion, où tout ce qui est grand et fort a été considéré par l'homme comme surhumain et étrange, l'homme s'est rapetissé, il a départagé les deux faces en deux sphères absolument différentes, l'une pitoyable et faible, l'autre très forte et surprenante, appelant la première " homme ", la seconde " Dieu ".
Il en a continuellement agi ainsi; dans la période d'idiosyncrasie morale, il n'a pas considéré comme " voulues ", comme " oeuvre de l'individu " ses sublimes conditions morales. Le chrétien (le musulman, l'hébreu), lui aussi, substitue à sa personne deux fictions, l'une mesquine et faible qu'il appelle l'homme, l'autre surnaturelle qu'il appelle Dieu (Sauveur, Rédempteur)...
La religion a abaissé le concept " homme "; sa conséquence extrême c'est que tout ce qui est bon, grand, vrai, demeure surhumain et n'est donné que par grâce...
Friedrich Nietzsche, La Volonté de puissance , livre deuxième
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