Le 1er portail du peuple kabyle
Musique
Né avec le renouveau de la chanson kabyle, courant des années 70, le groupe Azenzar est étroitement lié au nom de Momoh Boukella, son fondateur. Auteur, compositeur et interprète, Momoh est de ces artistes qui considèrent que chanter ne se réduit pas à seulement gratter la guitare et à donner de la voix. La chanson étant, avant tout, un art, comme tout art, elle doit procéder d’une vocation, pour enfanter des œuvres.
Féru de musique universelle, avec, cependant, un penchant pour les genres anglo-saxons, Azenzar transcende le simplisme stérilisant, pour s’investir, d’emblée, dans un travail d’élaboration, où la recherche et l’association de sonorités de divers horizons font éclore une création originale, qui porte haut l’empreinte du talent et de la profonde sensibilité de l’artiste. Le crédo de Momoh est clair, c’est l’innovation dans la symbiose.
Son premier grand spectacle, il l’a réalisé à la Mutualité de Paris, en 1978, avec Idir et Aït Menguellet. Auparavant, un 45 tours (1976), puis un 33 tours (1980) ont vu le jour, avec, entre autres, le titre «A mi », poème de Rudyard Kipling, traduit en Kabyle par Momoh. Ce titre, savamment conçu, a été repris par l’orchestre national de la télévision algérienne.
Après quelques tournées, en France et en Europe, notamment au Danemark, Azenzar s’éclipse de la scène artistique. Une absence qui va durer 20 ans. Pourquoi ? Les raisons de cette longue coupure, Momoh nous les exposera dans l’une de ses réponses apportées à l’entretien qui suit, et qu’il nous a accordé à l’occasion de son retour à la chanson, avec un album intitulé : « A yemma am hdugh cna».
A propos de cet album, il n’est pas exagéré de dire que la qualité y est de mise. Si de grands noms de la poésie, tels Mohia, ou Moh Cherbi, ont signé la plupart des textes, Azenzar a su les habiller d’airs musicaux de grande harmonie. Pour s’en convaincre, une seule chose à faire : écouter ce disque.
Pourquoi avoir arrêté l’activité artistique à un moment où la renommée d’Azenzar était établie, grâce au succès de ses chansons ?
Crois-moi que ça n’a pas été de gaité de cœur. Plusieurs facteurs ont concouru à la prise de cette décision. D’abord, l’exploitation des artistes par des producteurs vénaux, au moment où la chanson kabyle connaissait, si je puis dire, son âge d’or. Cela devenait intolérable. Le travail de pas mal d’artistes, dont moi, se trouvait souvent bradé à des éditeurs qui, eux récoltaient les dividendes. Cet état de fait s’était accentué par l’amateurisme de certains chanteurs qui ne négocient même pas leurs produits, et pour cause ! D’où la médiocrité ambiante qui, jusqu’à nos jours, ne cesse d’amoindrir la chanson kabyle. Donc toute cette atmosphère délétère m’avait blasé et écœuré au point de raccrocher ma guitare… pour 20 ans. Une autre chose me fait encore horreur aujourd’hui dans la manière de faire de quelques artistes : c’est la reprise d’anciennes chansons, accommodées souvent à n’importe quelle sauce musicale. A ce titre, des chefs-d’œuvre entiers se retrouvent altérés, voire dénaturés par l’inconscience artistique de beaucoup de néophytes. Une reprise, digne de ce nom, doit mettre en valeur, sinon donner plus d’éclat à l’original. Et puis, la moindre des politesses n’est-il pas de demander l’accord de l’auteur de la chanson, quand celui-ci est vivant ? Moi-même je suis victime de cet acte, synonyme d’anarchie et de désordre. Il faut que les choses se rétablissent, que les rôles soient définis, pour que notre culture avance dans une dynamique moderne et porteuse.
Pendant toutes ces années, est-ce que tu étais complètement coupé du milieu musical kabyle ?
Absolument ! J’étais dans l’ignorance totale de ce qui se faisait, ou se produisait dans le domaine de la chanson kabyle, et algérienne, en général. Mon isolement était à tel point que je me suis tourné vers d’autres domaines de l’art, tels que la prestdigitation, l’expertise de papier ancien, devenus mes nouvelles sources d’intérêt. Cependant, avec la musique comme avec mes nouvelles passions, un point commun y est préservé : le lien avec le public.
Qu’est-ce qui a motivé ton retour à la chanson, après un retrait de tant d’années ?
D’abord, ma femme. Malgré ma réticence à me rouvrir à la musique, elle ne s’est jamais découragée. Et à force de me faire écouter du jazz, j’ai fini par reprendre goût à ma passion première. Le mélomane que, en réalité, je n’ai jamais cessé d’être, s’est réveillé. Petit à petit j’écoutais même une certaine radio où je croyais découvrir de la nouveauté kabyle, sinon de l’ancien dont je suis fan. A ma grande désillusion, cette station ne diffuse, presque exclusivement, que du Rai. Cependant, quelques artistes, à l’instar d’ONB (Orchestre National de Barbès), et de GNAWA diffusion m’ont agréablement surpris par la qualité de leur travail. Et je me suis dit que, malgré tout, quelque chose de bien est en train de s’opérer au sein de la musique algérienne. A partir de ce moment, je n’ai cessé de penser à revenir à la chanson, ce qui s’est concrétisé par ce nouvel album.
Après écoute de ce nouveau disque, on pense tout de suite à une conception dans l’esprit des années 70, surtout du point de vue de la thématique…
Oui. Et mon chant restera toujours revendicatif des droits sociaux et identitaires, tant que l’Algérie ne connaîtra pas de démocratie digne de ce nom, et, par conséquences, tant que le Berbère ne sera pas constitutionnalisé. La faillite du système, qui gère le pays depuis l’indépendance, est manifeste à tous coins de rues. Témoins les mouvements populaires qui crient à la ruine du pays. Malgré ça, spoliation, dilapidation des biens du peuple, autoritarisme avilissant assorti d’un paternalisme primaire, qui réduisent le citoyen au stade d’éternel mineur, font le quotidien amer des Algériens… Comment se taire, ou chanter la mer et le soleil, devant tant d’injustice qui me touche de près ? La revendication, au sens large, d’aucuns l’auront compris, est le fil conducteur des 13 tires de cet album.
Quant à la musique, j’ai toujours cherché à innover, en glanant dans plusieurs genres musicaux, tout en préservant ce que le chant kabyle a d’essentiel : son âme. Dans ce disque, j’aurais voulu y mettre plus de rythmes et de sonorités de Jazz, mais les moyens techniques, au cours de l’enregistrement, me faisaient défaut.
La chanson « Nunamber » fait référence au 1er Novembre 54…
C’est évident, mais que l’on ne se méprenne pas sur le sens du message. Elle n’exhorte pas à la guerre, mais à une révolution pacifique, comme ça s’est passé dans beaucoup de pays, où des peuples ont détrôné leurs dictateurs, et arraché leur démocratie. Chez nous aussi, si le peuple est uni, et il faut qu’il le soit, il bannirait ses affameurs et ses bourreaux qui le musèlent depuis bientôt 50 ans.
Parlons de la production et de la diffusion de ce nouveau disque…
Je tiens d’abord à signaler que la SACEM m’a octroyé une subvention dans le cadre de l’aide d’une autoproduction. Ce produit, je l’ai coproduit et édité avec CSB production. La diffusion, en Algérie, s’est faite par Belda diffusion, contactée par CSB. Aux dernières nouvelles, j’apprends que si mon disque s’est vendu à Alger, par contre, j’ai le sentiment que sa distribution, dans d’autres villes du pays, a été mal faite, ou pas du tout réalisée. La question du pourquoi, je l’ai posée moi-même à Belda diffusion. La réponse de mon interlocuteur a été évasive. En gros, j’avais compris que les disquaires n’étaient pas venus commander le C.D., car, peut-être, il ne les intéressait pas… Si c’est le cas, je lance un appel à tous les disquaires d’Algérie de me contacter par mail : m.azenzar@gmail.com, pour me dire ce qu’ils reprochent à mon produit, comme ça, au moins je serai édifié afin mieux en tenir compte. Sinon, qu’ils le commandent afin de satisfaire le public qui aime Azenzar.
D’autre part, ce même responsable de Belda diffusion, m’apprend que ce disque, offert à un animateur de la radio kabyle chaîne II, a été frappé d’anathème par un responsable de cette station. Alors que le disque était en train de passer sur les ondes de la chaine, ce responsable aurait enjoint audit animateur d’arrêter la diffusion de la chanson « A kunwi ». Est-ce qu’il n’y avait que cette chanson qui aurait été censurée, ou est-ce que c’est tout le disque qui subit le même sort, je ne saurais l’affirmer.
Ici, en France, les gens peuvent télécharger le C.D. sur le site de la FNAC , (ITUNES), Virgin, ainsi que sur d’autres sites Internet. On peut aussi le commander sur undergroone. com.
Ahcène Bélarbi - Kabyle.com Paris
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11 janvier 2008 14h30
3 Janvier 2009 Ã partir de 20h
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