Azal Belkadi à l’Européen, la kabylité retrouve sa splendeur !

mar, 2010-05-25 10:00 -- Rédaction Paris

Azl Belkadi

Azal Belkadi, artiste baryton a enchanté un public mélomane venu nombreux. Telle la foudre s’abattant sur l’olivier, sa voix trancha l’atmosphère confinée et intimiste à laquelle invite le rouge des murs et des sièges, contraste relevé par le blanc immaculé d’une  chorale exclusivement féminine.

La recette de la réussite du spectacle est aussi simple que celle de la galette kabyle. Une voix, une percussion (avendayer) une flûte magistrale de M Kaci  et au clavier Philippe Kyriel pour donner la mesure. Le sel du met est amené par les voix suaves des femmes de la chorale Tiliwa. Les joutes poétiques entre belles mères et brus (Tislit ţ-ţamγarti) ont été gaiement accueillies par le public.   Comme à la fête c’est comme à la fête trois danseuses espiègles complètent le tableau.

Une fois ce décor planté, les sonorités se suivent et ne ressemblent pas. Il passe du grave par cet hommage à un artiste disparu feu Brahim Izri au festif. L’artiste quitte les montagnes de Kabylie pour pénétrer le pays Amazigh dans les Aurès en passant par nos co-festoyeurs les Celtes. Nul ne peut rêver meilleur voyage.

La scène est pensée comme un souvenir lointain mais vivace d’une enfance en Kabylie. Une enfance partagée entre la gravité du monde des hommes et la finesse du huis clos  de la fontaine du village. Anza, urar ahiha, izlan… en kabyle dans le texte sans traduction possible, ces chants qui font vibrer et donnent la chair de poule aux hommes les plus déterminés. Des chants de fêtes de fêtes et de deuils.

Le récital invite à l’escapade. A dos d’âne à califourchon, galopant vers la fontaine, rythmé par le ballottement des jerricanes de 20 litres des deux côtés. Il invite au voyage vers des destinations lointaines à bord de bateaux en bois. C’est un mélange d’échappées belles et de déracinement vers des exils lointains à Cayenne.

Au fil du temps la scène s’étoffe, elle s’embellit de couleurs et de formes belles et généreuses. Comme une toile blanche sous les assauts des pinceaux du peintre, elle passe du sombre classique et austère à une avalanche de couleurs. La beauté des femmes de la chorale Tiliwa dans leurs robes traditionnelles fait naître un chef d’œuvre du néant. Les danseuses parées de bijoux en argent ressemblent à des déesses berbères. Jamais ostentatoire n’a si bien rimé avec beauté.

Avec ce travail de recherche sur le patrimoine musical, Azal Belkadi rend ses lettres de noblesses au folklore kabyle. Il a réussi à produire du festif sans voix mécanique, sans boîte à rythme et sans médiocrité du texte. Avec son talent, le retour aux sources ne souffre d’aucune ringardise. Tannemirt ay Azal, azal-ik meqqwar. Merci l’artiste.

Zahir BOUKELIFA

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