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Special ELECTIONS PRESIDENTIELLE.

Arnaud Montebourg : Berbéritude républicaine.

D 2 avril 2007     H 22:34     A BOUKHELIFA zahir     C 31 messages


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Il a la gouaille naturelle des manants des bourgs campagnards de la France profonde. Pas celle d’en bas, certainement pas celle d’en haut, mais juste celle qui vit. De Jaurès, il a hérité le bagou des syndicalistes de la révolution sociale. De Rousseau il a pris la profondeur du verbe et la précision des analyses.
Des Oulkadis, il est la réincarnation des ancêtres, dynastie de Koukou. Il a le naturel de manier diplomatie, fermeté et conviction dans les engagements.
Mais bon de dieu de bon de dieu, qu’est qu’il cause bien le Montebourg depuis qu’il est avec la Ségolène.

Arnaud Montebourg : 45 ans, avocat de profession. Député socialiste de la Bresse et du Val de Saône. Porte parole de la candidate socialiste Mme Ségolène Royal aux élections présidentielles françaises du 06 Mai 2007.

Kabyle.com : Votre histoire personnelle et familiale depuis plusieurs générations a commencé par votre grand père, est un parfait mélange entre une origine algérienne et une patrie d’accueil la France. Pouvez vous nous raconter un peu de cette histoire que partagent avec vous une grande partie des franco berbères ?

Arnaud Montebourg : C’est difficile de raconter une histoire personnelle, car cela met en jeu bien des pudeurs qu’il faut surmonter.

Mon grand-père Khermiche Ould Cadi est né en 1907 dans l’Oranie. Quand j’étais jeune, et vers l’aurore de sa vie il me racontait ce qu’il avait vécu dans sa petite jeunesse, dans les années 1920.

C’est l’histoire très romanesque, qui se dessine sous le sens tragique de l’histoire, du destin de ces familles divisées, blessées profondément. Mais en même temps, cette histoire montre que la vie est toujours la plus forte sur la violence des hommes et des événements.

Il était né dans une famille de bachagha sous la colonisation au début du siècle précèdent. Encore adolescent, il vit son père mourir assassiné. Marqué à jamais par cet événement, il décida de venger la mort de son père. Sa condamnation fut prononcée par le tribunal « indigène » qui administrait les tribus de cette époque et qui décida de son bannissement. Lui qui était issu d’une famille assez riche, se retrouva seul, élevé par des paysans pauvres dans un douar de la montagne. Il avait, d’après les souvenirs de la famille, à peine 16 ou 17 ans.

Pour survivre, il ne trouva d’autre issue que celle de s’engager dans l’armée française comme homme du rang. Il fut envoyé en garnison en métropole. C’est dans sa garnison de rattachement à Rouen, qu’il rencontra ma grand-mère, à la fin des années trente. Fille de domestique, dépourvue de père officiel, c’est à la force du poignet qu’elle devint postière.

Mon grand père occupait le rang de sergent major lorsque survint la débâcle de 1940. Les algériens ou autres soldats issus des colonies ne pouvaient pas aspirer dans l’armée française à des grades très élevés. Il fut fait prisonnier par les Allemands. Démobilisé, il rentra en France puis il fut renvoyé en Algérie. Après la guerre, sa famille l’excusa de son acte de jeunesse et le réintégra en son sein. Il reçut quelques parcelles de terre à Dombasle dans la région de Mascara qu’il cultiva. Il vécut dans la ferme familiale qui d’ailleurs existe toujours. C’est là qu’il se mit un peu à son compte. Là aussi, dans ce coin de l’Oranie, que ma mère est née, ainsi que son frère et ses sœurs.

Mon grand père était un patriote sincère, il aimait profondément la France. Il a fait don d’une partie de sa vie à celle-ci en rejoignant les rangs de l’armée. Il était si patriote qu’il voulut envoyer dans une école militaire son seul fils. C’est pour cette raison qu’il s’installa avec ma grand-mère près d’Autun, en Saône et Loire, dont je suis aujourd’hui l’un des députés. Ses filles qui sont restées en France, dont ma mère, se sont mariées avec des Autunois. Mon père était fils de boucher charcutier à Autun, « La Maison de la Rosette », en face de la gare.

Lorsque survint la guerre d’indépendance, mon père et mon oncle furent envoyés servir dans le contingent en Algérie (mon père avec de nombreux appelés de Saône-et-Loire fut sergent à Colomb Bechar), pendant que les cousins de mon grand-père s’engageaient secrètement dans l’ALN, membres d’une même famille, mais servant dans deux camps différents. Les déchirures de la décolonisation ne l’ont pas épargnée de ces drames qui séparent les membres d’une même famille.

En 1962, après l’indépendance, mes grands-parents revinrent en France et s’y installèrent définitivement, aux confins de la Nièvre et de la Saône-et-Loire, à Glux-en-Glenne, dans les profondeurs boisées du Morvan, où j’ai vécu mes vacances d’enfant et d’adolescent. C’est là qu’ils reposent en paix aujourd’hui.

Kabyle.com : Que vous apporte cette double culture dans votre vie de tous les jours ?

Arnaud Montebourg : Ce qui nous définit ce n’est pas d’où on vient mais ce qu’on veut faire ensemble. C’est cette image forte de la République, capable de mettre à la même table tous ses enfants. C’est cette image là qui reste, quelles que soient les influences ou les trajectoires individuelles. Beaucoup de travail reste à faire, pour réouvrir sereinement la réflexion rétrospective sur cette période. Je crois nécessaire de refonder les relations avec l’Algérie. Il faut revisiter ensemble l’histoire et réparer les erreurs commises de part et d’autre. L’Algérie du temps de la colonisation était un pays d’apartheid et d’une rare violence. Ma famille était au milieu de cette histoire. Toute mon enfance fut travaillée par ces questionnements. Cela a beaucoup compté dans l’acquisition de ma confiance en la République.

Kabyle.com : Vous aimez particulièrement rappeler la phrase suivante : « l’école républicaine permet l’arrachement à sa condition sociale ». Le vôtre d’arrachement s’est effectué comment ?

Arnaud Montebourg : C’est une phrase de la philosophe Hannah Arendt. Je suis enraciné en Bourgogne, puisque j’y ai toujours vécu. Je dois beaucoup à l’école républicaine et à mes parents. Mes parents croyaient dans la nécessité de se construire, de devenir un citoyen, d’acquérir un métier, de maîtriser les savoirs fondamentaux. Aussi défendre l’esprit de la République, ses valeurs dans l’égalité, la liberté et la fraternité passait par l’école et ses valeurs universelles, le meilleur antidote à la violence politique, à l’enfermement communautaire ou au racisme.

Kabyle.com : Dans vos discours vous rappelez les mérites de la gauche populaire. Vous allez plus loin en comparant la marche de la candidate socialiste vers le sommet de l’Etat à l’écriture de l’Histoire de France. Sauf qu’il y a cinq ans, cette même gauche n’a pas passé le premier tour de l’élection présidentielle. Quel est vôtre analyse de cet échec qui a marqué les esprits ?

Arnaud Montebourg : C’est l’échec de l’isolement d’un pouvoir par rapport à la société. C’est l’échec de Lionel Jospin et d’un système politique qui n’écoutait plus les français et les françaises. Ségolène Royal a compris cette leçon. C’est pour cela qu’elle organise et institutionnalise la discussion et le dialogue avec la société lors des débats participatifs : réforme de la VIe République, recherche du dialogue permanent entre les représentants et représentés. La refondation du système politique marquera la fin de cet enfermement des dirigeants politiques. Regardez le comportement de la classe politique pendant le referendum européen : tout le monde, ou presque, était pour le oui, et puis c’est le non qui l’emporta. Je trouve que cet épisode fut une formidable leçon de démocratie.

Kabyle.com : Mais vous n’avez pas fait campagne pour le non.

Arnaud Montebourg : Je ne voulais pas faire campagne contre mon parti parce que l’outil socialiste est indispensable et qu’il fallait le préserver. J’ai toujours été loyal envers mon parti même quand il m’a fait des misères. Mon comportement a toujours privilégié l’action collective, même lorsque j’étais minoritaire. C’est un principe d’action dont les militants doivent toujours s’inspirer. En revanche, j’ai toujours été convaincu que le non devait l’emporter. Les citoyens européens, ces intrus du suffrage universel, ont enfin pu pénétrer dans la forteresse de l’Europe. Je pense que ce désaveu électoral est là pour rappeler que cette Europe appartient aux citoyens et non pas aux dirigeants des gouvernement libéraux de l’Europe. Nous voulons la réorienter selon nos besoins et nos aspirations. Ségolène Royal a parfaitement compris ce message du 21 avril 2002 et du 29 mai 2005.

Kabyle.com : Dès votre élection à l’Assemblée nationale, vous avez pris pour cheval de bataille d’une part :
La lutte conte le blanchiment d’argent et les paradis fiscaux comme la Suisse. Quels sont les véritables enjeux de cette lutte ?

Arnaud Montebourg : Les enjeux sont la reconstruction d’un capitalisme maîtrisé. Le soumettre à des règles où la politique est plus forte que l’économie sera l’objectif de cette nouvelle génération politique qui se lève.

Kabyle.com : C’est aux socialistes de reconstruire le capitalisme ?

Arnaud Montebourg : C’est aux socialistes de le soumettre à des lois qui sont celles de l’humanité. Des lois qui permettent un meilleur partage des richesses pour tout le monde. Des lois qui permettent aussi un pouvoir politique plus fort que le pouvoir économique.
Ce travail a été fait par les premiers socialistes qui faisaient face au premier capitalisme industriel de l’histoire. Maintenant il faut refaire un travail de même nature face à un capitalisme mondialisé et financier. Cette lutte n’est pas encore inventée et c’est à notre génération de la mener. Il y aura des confrontations inévitables dans cette nécessaire reprise en main. Nous avons ce devoir de soumettre à la loi de l’être humain, cette bête redevenue sauvage et la domestiquer. Nous devons remettre les mains dans le cambouis de la machine économique, par l’innovation et la créativité politique. Dans ce sens, la réorientation des règles de l’Union Européenne est indispensable.

S’agissant des paradis fiscaux, nous avons intégré dans notre projet socialiste la revendication de demander à ces pays de revoir leur système fiscal et de faire en sorte que les paradis fiscaux reviennent à des normes communes. C’est un front diplomatique qu’il faudra ouvrir. Je l’ai moi-même ouvert à l’égard de la Suisse au mois de janvier dernier à l’occasion de l’affaire Johnny Hallyday.

Kabyle.com : Par extension, pour redéfinir les relations avec les pays au sud du bassin méditerranéen dont les pays d’Afrique du nord sur des bases saines. Auriez vous le courage politique de mener la même campagne pour dénoncer les protections dont bénéficient les pouvoirs qui détournent l’argent de ces pays vers ces paradis bancaires ?

Arnaud Montebourg : Ségolène Royal a parlé de l’Afrique en général, pas seulement de l’Afrique du nord, dans ces termes très forts. Elle disait en gros qu’il faudrait qu’on ait le courage politique de rompre avec tous ces régimes corrompus.
C’est la première fois que je l’entends de la part d’un dirigeant politique, depuis que j’ai commencé mon action publique. C’est la première fois que l’on parle de la morale dans l’action politique, et que celle-ci est considérée comme aussi nécessaire que le simple jeu des intérêts, même d’Etat. C’est une vision renouvelée de la société internationale que Ségolène nous propose. Pour ma part, je considère que le capitalisme dans sa dégénérescence actuelle est en train de détruire les sociétés et les pactes sociaux.

Kabyle.com : Cet engagement contre l’argent sale n’est il pas la raison qui vous a attiré les foudres de la star de cinéma G. Depardieu amis de M. Khalifa le golden boy algérien, (condamné à perpétuité par un pouvoir algérien encore plus corrompu que l’homme de main des généraux) qui s’est déclaré pour votre concurrent umpiste de la 6ème circonscription en Saône et Loire ?

Arnaud Montebourg : La droite a toujours utilisé contre moi des « peoples », qu’ils ont fait défiler dans ma circonscription en Bresse. La dernière fois, c’était David Douillet, cette fois-ci ce sera donc Depardieu. Mais ces pratiques font ricaner tout le monde. On n’a pas besoin de Douillet ou de Tartampion, sous prétexte qu’ils passent à la télévision, pour savoir de quoi le monde est fait. Surtout pour soutenir des têtes couronnées du CAC 40, et les retraites chapeau dorées sur tranche de l’UMP ! De toute façon le show business et les milliardaires du CAC 40 se fréquentent, c’est un petit monde qui vit ensemble dans le même bain Sarkozyste. Personnellement, je suis fier de ne pas fréquenter ces gens là. Quand au lien entre Khalifa et Depardieu, je ne ferai aucun commentaire, je ne sais s’il y a des affaires d’argent entre eux.

Kabyle.com : D’autre part :
Amener le président Jacques Chirac devant le tribunal pour y être jugé dans des affaires de corruption. On dirait que vous en voulez au président personnellement, qu’est qui vous a tant offusqué chez lui ?

Arnaud Montebourg : Ce n’est en aucun cas un combat personnel parce que Jacques Chirac est quelqu’un qui m’est plutôt sympathique, comme tous les français le ressentent. Je trouve, par ailleurs, que ce qu’il a fait vis-à-vis de la guerre en Irak et de l’administration Bush est exemplaire. J’ai manifesté publiquement et avec les socialistes mon soutien à sa politique du refus de l’atlantisme et à l’aveuglement face à l’impérialisme pétrolier américain. Ce n’est donc pas un problème personnel mais une question de principe. Voilà des gens de droite qui font profession de foi d’établir la tolérance zéro. La justice est donc impitoyable avec le citoyen ordinaire, mais d’une tolérance maximale avec les puissants qui nous gouvernent ! Délinquance en col blanc, financière, corruption à tous les étages : pas de répression mais au contraire l’impunité par des mécanismes d’amnistie et de protection clanique.

Je pense que ces pratiques sont contraires aux principes d’une République égalitaire, elles relèveraient plutôt d’une République aristocratique, car reconstituant les privilèges. En étymologie, cela veut dire qu’il y aurait une loi publique pour les manants et la plèbe et une loi privée pour la caste au pouvoir. Pour moi, c’est inacceptable : il s’agit donc un combat de principe.

Kabyle.com : Qu’est ce que ça vous inspire d’entendre « Chirac l’Africain ». L’ami des dictateurs tel Ben Ali et de Bouteflika bourreaux de la presse et des droits de l’homme. Hôte au sommet de Canne de O. El Béchir, président du Soudan et responsable du KO au Darfour…etc.?

Arnaud Montebourg : Ça m’inspire que la France a perdu de son éclat auprès des peuples opprimés d’Afrique en soutenant des dictatures. C’est cette politique qu’il va falloir refonder. D’ailleurs le changement d’orientation politique, qui approche avec Ségolène Royal, nous amènera à repenser et refonder nos relations avec les pays d’Afrique sur des bases beaucoup plus saines. Nous défendrons nos intérêts certes, mais nous penserons aux populations, aux enjeux du développement, en sachant, instruits par les leçons de l’histoire, que la démocratie est le premier outil pour le développement.
Dans la vision internationale que nous voulons impulser, la question de la démocratie ne sera ni verbale ni nominale. Nous devons regarder cette question avec autant de vigilance qu’à l’égard d’un Poutine, par exemple.

Kabyle.com : La mondialisation sauvage à l’américaine, menace aujourd’hui jusqu’au fondement des sociétés et des nations. Mondialisation qui est à l’origine de nombreuses guerres sanglantes sur les cinq continents. Après la République, quelle est la parade de la France pour combattre ce fléau, y compris dans les pays du tiers-monde ?

Arnaud Montebourg : Notre projet est d’abord de reconsidérer les bases du libre-échange sans entrave. C’était le discours de Ségolène à Villepinte. Tout d’abord faire le diagnostic que la mondialisation est :
• Une impasse sociale : parce qu’elle fait exploser les inégalités dans les pays du Nord et dans les pays du Sud, et entre les pays du Nord et du Sud.
• Une impasse politique : elle met en concurrence et fait pression sur les choix souverains des Etats. Elle devient ainsi une atteinte directe à la liberté des peuples, d’où la révolte des peuples et la montée désastreuse des populismes.
• Une impasse environnementale : parce qu’elle contribue à une croissance débridée qui détruit les biens naturels de la planète.

_• Une impasse économique : parce qu’elle pèse excessivement sur les salaires et sur rémunère le capital.
Au fond c’est un modèle qui nourrit la rente des actionnaires de ces entreprises multinationalisées, incapables d’assurer des débouchés à la fois dans les pays du Sud où on ne rémunère pas ces nouveaux esclaves de la mondialisation, et dans les pays du Nord, devenus une machine à fabriquer des chômeurs et des précaires.

Notre objectif est de revenir au marché commun des années 50, 60 et 70. C’est à dire des organisations de marché régionales, par continent. Par exemple, l’organisation en Amérique du sud autour des initiatives de Chavez, Lula et d’autres grands dirigeants politiques, qui sont dans leur écrasante majorité des politiques de gauches. Ces organisations régionales signeront la fin de l’OMC (organisation mondiale du commerce). Cette organisation qui est complètement paralysée dans son fonctionnement est d’ailleurs un échec flagrant. Je mets au défi ceux qui disent que l’ OMC est encore capable de prendre des décisions à l’unanimité de plus de 120 pays membres.

Nous sommes arrivés au bout d’un système devenu fou. L’alternative est de revenir à des accords d’organisations régionales comme ceux de Lomé entre les pays d’Afrique, des Caraïbes et de l’Océan Pacifique dit pays ACP, que l’OMC et les accord du GATT, en 1994, ont mis par terre. C’étaient des accords destinés à assurer le développement de ces pays, notamment en maintenant le juste prix des matières premières, ou de première transformation qu’ils commercialisaient.

C’est ainsi qu’avec l’Afrique, avec laquelle nous avons une histoire commune, nous travaillerons à reconstruire des rapports plus équilibrés. Des rapports qui nous assurerons le co-développement durable, qui est l’un des points centraux du programme de Ségolène Royal.

Kabyle.com : Selon vous pourquoi il faut voter pour Ségolène Royal ?

Arnaud Montebourg : Pour reconstruire la France et la République. Si on la laisse au petit-fils de Thatcher, ou au frère jumeau de Silvio Berlusconi nous nous enfoncerons dans une crise beaucoup plus profonde. Ce que propose Ségolène Royal ce n’est pas le statu quo, mais la transformation en profondeur de toutes les structures du système politique, économique et social.

Kabyle.com : C’est l’avènement de la sixième république ?

Arnaud Montebourg : C’est l’avènement de la VIe République. Il faut venir massivement nous aider à la construire.

Kabyle.com : Les politiques de gauches ont tendance à considérer tous les nord-Africains comme des religionnaires. La gestion du culte musulman est en passe de devenir le règlement du problème identitaire des jeunes de banlieues. Alors que les 2 millions de Berbères de France ont d’autres préoccupations autres que religieuses liées à leur place dans la société française. Si Ségolène Royal est élue présidente qu’est ce qu’elle apportera pour les franco berbères ?

Arnaud Montebourg : L’Islam en France est la deuxième religion de notre pays. Il y a cinq millions de personnes qui s’en réclament à un titre ou à un autre sans se déclarer pour autant pratiquant. C’est une grande religion monothéiste, et il me paraît nécessaire qu’il y ait des institutions dont il importe qu’elles soient représentatives, de la diversité des personnes se réclamant de ce culte. Toutes les questions liées à l’exercice de ce culte doivent se conformer à la République laïque, y compris la loi de 1905 qui est un monument sur lequel nous sommes particulièrement vigilants et intransigeants.
La question de la berbéritude n’a pas de ressort religieux. C’est à la société, à ceux qui veulent faire vivre leur culture, leur histoire, leur trajectoire, leur apport riche et original à la République, de s’organiser. Ce n’est pas à l’Etat de structurer la représentation des Berbères de France. C’est à eux mêmes, par la voix de leurs médias, avec les grands artistes de cette culture, des personnalités fortes du monde économique et je l’espère de mieux en mieux et de plus en plus du monde politique.
Pour nous, il est naturel d’organiser un dialogue avec un culte à raison des problèmes particuliers que pose son exercice concret. Mais nous ne voulons pas instaurer une discrimination entre les catégories de la population. Tous les enfants de la République doivent avoir leur place. En exaltant la République égalitaire, ce que rappelle la Marseillaise, notre hymne national, on exalte d’une certaine manière le retour aux sources de cette République qui avait amené ces enfants à la fête de la fédération en 1791, là ou est né le drapeau tricolore. De ces enfants différents et distincts, il y a forcément des Berbères parmi eux.

Kabyle.com : Tout au long de l’histoire d’après guerre d’Algérie, la France a joué un jeu trouble avec le régime militaire algérien. L’expulsion vers Londres du fondateur de l’académie berbère M.A Bessaoud sous Giscard, la remise aux autorités algériennes de l’assassin de Ali Mecili (opposant assassiné à Paris en 1983). Le laxisme face aux intégristes qui ont mené une guerre contre les civils algériens, la non dénonciation de la répression des manifestations pacifiques en Kabylie en 2001 qui ont engendré 130 morts et des milliers de blessés… et j’en passe. Selon vous, pourquoi la France a adopté une telle attitude face à l’Algérie en général et à la Kabylie en particulier ?

Arnaud Montebourg : Nous sommes attachés à la construction durable d’une démocratie en Algérie. C’est le meilleur moyen pour que ce grand peuple, qui a des trésors entre les mains, des ressources considérables pour son destin, puisse prendre son avenir en main dans le vivre ensemble. Il y a des progrès qui ont été fait, il faut les poursuivre. Il faut établir un solide état de droit. Il faut améliorer le système politique et démocratiser l’accès aux richesses. Je porte un regard amical sur ce pays qui est un morceau de moi-même, que je regarde avec beaucoup de tendresse et je trouve que nous devons tous faire de notre mieux pour l’aider à construire son destin. Elle est incontournable dans nos relations méditerranéennes.

Kabyle.com : Quel est votre dernier mot pour les lecteurs du magazine Kabyle.com ?

Arnaud Montebourg : La France est à la croisée de son destin. Regardez très clairement les risques que nous encourrons pendant cette élection, et en même temps toutes les espérances que nous pouvons y mettre et qui sont de notre côté.

Entretien réalisé par Boukhelifa Zahir

Pour plus d’informations sur Monsieur Arnaud Montebourg
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