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Interview hors cadre.

Akli. D : Musique et confusion des genres.

D 17 février 2007     H 14:09     A BOUKHELIFA zahir     C 11 messages


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Son univers est habité, hanté par des personnages faits de chair et de musiques. Déjà, dans le berceau il avait les oreilles remplies de chants mystiques de sa mère, qui accompagnent les tâches ménagères. Le chant des femmes pendant les fêtes du village, les Idebbalaen : ces musiciens errants qui sillonnent les places des villages de Kabylie. De ces Derwichs tourneurs kabyles, il a hérité la musique et l’errance. France, Amérique, Irlande…tant d’expériences et de rencontre qui forment la jeunesse et forgent les caractères trompés. Aussi tant de galères de luttes et d’espoirs.
C’est au bar du marché chez Saïdovitch à Croix-de-Chavaux qu’il s’est livré pour les lecteurs de Kabyle.com.


Kabyle.com : Ta chanson garde une emprunte très forte de ton passé de « sans papier », de ces années de galères passé en France et outre Atlantique . Slimane Azem a chanté l’exil des années quarante, Akli. D chante l’exil des années quatre vingt dix à nos jours. Raconte moi ta propre expérience de l’exil et de la séparation.


Akli D : Les expériences de l’exil sont différentes d’un individu à l’autre, néanmoins elle se ressemble sur un point « la galère ». La galère c’est très difficile, après chacun comment il se débrouille. Mon passé de sans papier me pousse aujourd’hui à défendre et à me rapprocher de ces gens. L’histoire des clandestins me renvoie à ma propre histoire. Voilà « agnaŏ di barra »*, j’ai dormis dehors, j’ai dormis dans des squats, trains, les gares et chez des amis. Je me rappel que je rêvais d’escapades lointaines quand les trains des lignes internationales rentraient en gare, sauf les vigiles nous courraient derrière pour nous déloger de nos planques et de mon rêve. Tout ça n’est pas important, cette misère matérielle, en parlant d’immigration le plus qui me fait mal c’est de constater que notre propre pays nous a laissé partir. Avec toutes les richesses que nous possédons, rien n’a été fait pour retenir la jeunesse. Aujourd’hui je tire le signal d’alarme, même si j’ai la chance de vivre ici, cette chance je l’ai payé très cher. Quatre ans de galère et de souffrances, à errer dans les rues de Paris à jouer de la musique à des touristes. Même si c’était une expérience enrichissante au niveau humain, elle demeure une plaie. J’aimerai bien qu’aujourd’hui un jeune algérien en général et kabyle en particulier, pourquoi kabyle ? Parce que si les Algériens mènent des révoltes socio-économiques, les Kabyles mènent en plus un combat identitaire et culturel. Qui dit identité et culture dit automatiquement existence. Je ne dis pas aux kabyles de venir ou ne pas venir, car chacun possède sa propre destinée, je dis juste que la France de nos jours est plus dure que celle des années quatre vingt quand je suis arrivé. Aujourd’hui je me retourne vers l’Algérie d’où je suis venu, pour dire que maintenant il y en a marre de votre système hypocrite mensonger, ce système qui pousse les jeunes à s’enfuir au lieu de les aider rester.

Kabyle.com : Sur ton chemin, il y avait la France et les Etats-Unis. Quelle est la différence entre ces deux galères ou plutôt ces deux expériences ?


L’exil en France par rapport aux Etats-Unis ou dans un autre pays où il n y a pas les compatriotes est deux fois plus dur. Parce que en France quand on a le manque du pays on se conforte en rendant visite à la famille, aux amis et aux kabyles. Aux Etats-Unis on n’a pas ces repères. « Lŏarba n Marikan naŏ di l’Australie d lŏarba tis snat ».** Là bas en plus d’être loin rien ne nous rappel tamurt. Si j’ai un conseil à donner aux jeunes qui s’expatrient, allez dans un pays francophone. Déjà vous n’aurez le problème de la langue, et puis il yaura toujours une lueur d’espoir là où réside notre communauté. Une pensée pour mes copains des Etats-Unis qui vivent toujours sans papiers et je sais que c’est très très dur. En Amérique ce n’est pas de l’immigration mais un exil pur et dur.
Kabyle.com : Puiser son inspiration des anciens tels Nna Cherifa, Zerrouki Alloua Slimane Azem… et travailler avec des contemporains comme Manu Chao. Qu’est qui vous a permis cette ouverture sur l’autre, sur le monde ?

_ Avant tout Manu est un ami avec lequel j’ai fait beaucoup de musiques. Comme il vit en Espagne, on a partagé les bars de l’exil la musique de l’exil ici en France. Ses parents étaient exilés en Algérie à un moment donné, sauf que je ne veux pas trop m’étaler sur ce sujet. Slimane Azem et El Hasnaoui c’est à la fois très beau et triste. C’est comme le soleil qui brûle, pas ce soleil du printemps doux et bienveillant, mais ce soleil d’été vif et brûlant, une inspiration douleureuse. Mes voyages sont avant tout des histoires de rencontres, dont celle de Manu.

_ Kabyle.com : Tu chantes l’errance. Est-ce ta musique qui a provoqué ton errance ou ton errance qui a fait ta musique ?


Akli. D : Ma musique a inspiré mon errance, mais ma musique je l’ai faite en Algérie dans cette Kabylie qui m’a vu naître. Si je chante encore cette errance c’est parce que comme dirait l’autre je suis un kabyle errant. Comme l’a chanté Moustaqui à propos des juifs. « Avec ma gueule de métèque de kabyle errant de pâtre grecque… »

_ Kabyle.com : Toi qui a su marier de manière intelligente le rythme et les textes. Si tu as un conseil à donner aux chanteurs kabyles en herbes qui sont partagés entre le rythme entraînant et la chanson à texte, ça serai lequel ?

Akli. D : J’ai été en Algérie il y a deux ans et j’ai trouvé que le système algérien pousse beaucoup la Kabylie à une folklorisation terrible. Pour eux aujourd’hui nous sommes le indiens d’Algérie. Il ne faut pas tomber dans ce piége parce que nous les Kabyles, nous devons avant tout penser Nnif, Lharma. Nous avons notre identité notre culture let beaucoup d’Imusnawen. Au nom de Lounés le rebelle, Mammeri, Djaout et d’autres nous sommes condamnés à la vigilance. Aujourd’hui quand j’entends « el oŏnya el qabaylya al xafifa »*** ça me révolte qu’on soit réduit à ça. Nous revendiquons la liberté, la mixité mais pas la vulgarité ce n’est pas ça l’Europe. Si nous voulons s’immiscer au rang des pays civilisés nous devons travailler davantage. Ce n’est pas toute la France qui est à la rue Strasbourg St Denis. Mohya avant de mourir me disait sur son lit d’hôpital « à ma sortie nous ouvrirons une école pour éduquer ». Il ne faut pas négliger les enfants, car si on les écarte du débat des adultes, avec ou sans l’école les enfants doivent être mis au devant nous devons leur expliquer. Si j’ai un message à transmettre ça sera de la part de Mohya. La culture ce n’est pas que la musique, mais c’est le théâtre, les livres, le cinéma, c’est tout ce qui aidera à devenir un grand peuple. Je veux plus de cette chanson légère el xafifa ou entendre parler de l’imitation.

_ Kabyle.com : ton dernier mot pour les lecteurs de notre magazine ?
Akli. D : Je suis un kabyle qui vient de KaBYLIE mais ce qui se passe ailleurs en Tchétchénie en Irlande… m’interpelle. Si on veut être un grand peuple nous devons nous intéresser à ce qui se trame de par ce grand monde. Autrement nous serons q’une communauté. L’Amaziŏ que je suis veut circuler dans ce monde et être libre. Pour ma part je continuerai à prendre le métro, à chercher ce qui a de bon dans mes frères humains. Je suis plus pour l’harmonie entre les gens.
Propos recueillis par boukhelifa Zahir

http://www.akli-d.com/

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Portfolio

  • Saïdovitch et Akli.D

[1* : j’ai dormis dehors
** : deuxième exil
*** : chanson kabyle légère